Page précédente(1.4.
Effets tissulaires
)
Page suivante (2.
RADIOPROTECTION ET RADIOBIOLOGIE
)
sommaire
1.5.
Action sur les organes et les individus
- Culture bactérienne ou cellulaire : outre la vitesse de croissance d'une culture ou la mortalité cellulaire, on peut suivre les caractéristiques métaboliques ou les mutations.
- Irradiation d'élevage de souris : la taille réduite des animaux, leur rapidité de reproduction, l'existence de races pures donc bien connues génétiquement permet de suivre l'évolution de lignées sur des périodes prolongées, ce qui correspond à plusieurs dizaines de générations (certaines études équivalent à trois millénaires pour l'homme). Ces études permettent de quantifier l'apparition des mutations spontanées ou consécutives à des agressions environnementales. Si les effets de doses élevées, en une fois sont relativement faciles à reconnaître, les doses faibles doivent être étudiées sur des populations importantes ; plus la dose est faible, plus la population d'étude est importante, plusieurs centaines de milliers d'animaux pour des doses de quelques dizaines de rad (0,5 à 0,2 Gy). Si l'on veut étudier les effets d'une dose moitié la population doit être multipliée par quatre. On conçoit que les effets de doses très faibles soient inaccessibles à l'étude car elles mettraient en jeu des millions de souris suivies pendant des générations. Notons que des populations d'animaux ont été soumises à l'irradiation de 1 Gy par génération sans que l'on constate de modification de la fertilité ou du comportement ou de pathologie.
On a ainsi étudié la fréquence des mutations, des cancers, la durée moyenne de vie, le poids de populations témoins ou après irradiation chronique selon des modalités variées (irradiations d'un sexe ou de femelles gravides, doses uniques ou fractionnées).
L'analyse de populations animales ou végétales dans des zones où l'irradiation naturelle est élevée (Kerala sur la côte sud ouest des Indes, Brésil) permettait, par comparaison avec les populations de zones de référence la recherche des effets de doses chroniques. On a ainsi cru remarquer que le nombre de cancers spontané est moindre lorsque la population est soumise à une irradiation naturelle importante !
L'industrie nucléaire et la recherche militaire ou civile ont créé des conditions d'accident ; comme pour l'aviation, les accidents sont répertoriés, analysés et exploités ; aucune industrie n'a été autant surveillée, même si certaines conditions ont conduit à dissimuler quelques données.
- 1 mars 1954 : lors de l'explosion d'une bombe atomique USA dans le Pacifique, 100 habitants des îles Marshall et 23 pêcheurs japonais reçoivent 70 à 380 rad ; les pêcheurs seront suivis ainsi que leur descendance.
- 1983, Mexique : la source d'une bombe de radiothérapie au cobalt est récupérée par des ferrailleurs et sert à fabriquer du fer à béton : 5 personnes ont reçu 100 à 500 rad et 300 des doses moindres.
- 1986, Tchernobyl : 22 personnes ont reçu plus de 8 Gy, 203 plus de 1 Gy et un nombre important de militaires ont reçu des doses concertées donc restant dans les limites autorisées par la radioprotection et dans des conditions exceptionnelles lors des opérations de sauvetage.
M. Bertin, D. Hubert, J. Lallemand.
Bull cancer/radioth 1994 ; 81: 275-283
- Irradiés aigus :
3 disparus ou morts immédiates,
28 décès imputables à l'irradiation,
238 irradiés à 1 Gy ou plus dont 50 à plus de 4 Gy en irradiation externe,
16 ne travaillaient plus et 59 avaient un taux d'invalidité.
Certaines données laissent septique sur ce nombre, la construction du sarcophage a placé des individus à des débits de 250 mGY/min et le nombre d'irradiés pourrait avoir été plus important.
- Cancer de thyroïde de l'enfant
Évolution en Bielorussie (tableau 1)
86 87 88 89 90 91 92 93 2 4 5 6 29 57 66 79
Tableau 1
- Délai d'apparition rapide.
- Frappe particulièrement chez les enfants irradiés in utero (8 ),avant 2 ans (54 ) sur 251 ; les autres ont étédépistés avant 12 ans.
- Par comparaison, IGR a traité 106 cancers de thyroïde avant 17 ans sur 2200 cancers de thyroïde à tous âges.
- Cancer de la thyroide de l'adulte
- Aucun effet encore enregistré, mais à Hiroshima le délai était 10 ans.
- Aucune donnée fiable pour une augmentation de fréquence.
- Par ailleurs, on connaît l'existence des accidents de :
- Three Miles Island (USA 1979) : dose considérée comme négligeable ;
- Windscale (GB 1957) : mal connu dans ses effets
- Khyshtym (URSS) vers 1957 ou 1958 : très mal connu.
12 accidents avant 1965,
1 depuis 1965,
9 morts et 37 survivants.
- sources de Co60 ou Ir 191 mal utilisées,
- irradiation globale (24 accidents, 17 morts, 38 survivants),
- irradiation localisée (115 accidents, 156 morts).
- Contamination par des sources non scellées : les accidents graves sont rares.
On ne peut considérer les bombes sur Hiroshima et Nagasaki comme une "expérience", mais elles ont conduit à la mise en place d'une surveillance pendant plus de 40 ans des personnes irradiées (109 000 à Hiroshima, 178 000 à Nagasaki) de leur descendance et de populations témoins ; jusqu'à 500 personnes ont assuré cette surveillance, mortalité, naissances, malformations, maladies, croissance, en fonction des doses calculées (en fait, ces dernières étaient beaucoup moins précises à Nagasaki). 1200 personnes ont reçu 3,3 Gy, dose proche de la DL50 et 12 ont fait une leucémie (contre une prévision de 1) ; aucun homme ayant reçu moins de 1 Gy n'a fait de leucémie. 400 à 500 cancers en plus que la quantité prévue sont survenus sur les 80 000 morts survenus entre 1950 et 1978 (soit environ 15 000 morts par cancer). Les morts par cancer liés à l'irradiation sont 1/20 des morts liés au tabac dans la même population.
Aucun effet génétique n'a (déjà) été constaté sur cette population.
Actuellement :
- 80 000 malades subissent une radiothérapie chaque année en France.
Autrefois :
- traitement "fonctionnel" de périarthrites, de spondylarthrites ;
- teignes (300 rad pour obtenir une calvitie) ;
- hypertrophie thymique du nourrisson, mastose ou fibrome utérin traités par radiothérapie ;
- tuberculoses surveillées par radioscopies itératives ;
- persistance dans le foie de thorium radioactif du "thorotrast" injecté pour des angiographies.
rradiation professionnelle
- Travailleurs dans des mines d'uranium (USA, Canada, Tchécoslovaquie).
- Peintres sur cadran lumineux de montres : le radium est utilisé pour stimuler la luminescence, les peintres lissaient leur pinceau avec la bouche.
- Radiologistes et manipulateurs : la dose moyenne annuelle atteignait 1 Gy vers 1930, 1 rad vers 1960, elle est de 0,2 rad actuellement ; la palpation sous écran était la règle pour rechercher des points douloureux, comme la tenue des malades pendant les clichés ; paravents et tabliers de plomb n'étaient pas utilisés de manière systématique avant 1960.
- Centres nucléaires : ces populations ont été suivies avec attention ; en étude globale, aucune augmentation du nombre de cancers (en France les statistiques ne peuvent être obtenues, en partie pour des raisons de confidentialité : la cause de mort est une donnée anonyme et ne peut être rendue publique).
De nombreuses observations d'augmentation de fréquence des cancers, des leucémies, des malformations, de modification du sex-ratio ont été rapportées dans certaines situations :
- l'environnement de centres nucléaires ;
- pilotes volants à très haute altitude, (Concorde, avions de chasse) ;
- etc...
On ne peut éliminer la relation entre faibles doses et effets, mais on doit remarquer les causes de biais statistiques :
- les effets étudiés sont fréquents, non spécifiques et banals (cancers) ;
- la recherche systématique d'un phénomène en augmente inévitablement la fréquence :
- ces recherches se font sur des populations peu nombreuses ;
- généralement, ces études proposent la démonstration d'augmentation d'un seul effet sans modification des autres effets comme si en un endroit seuls les carcinomes augmentaient, en un autre les leucoses et dans un troisième le sex-ratio était seul concerné.
Rappel de fréquence de certains effets chez l'homme
- Le cancer est fréquent : 22% des décès sont dus au cancer en France.
- La fréquence du cancer répond à des causes variées et souvent inconnues : le cancer du sein est 6 fois plus fréquent aux USA qu'au Japon et des variations notables sont reconnues en France, la fréquence du cancer d'oesophage ou d'estomac.
- L'influence des facteurs environnementaux, tabac (mis en ccause dans 40% des cancers), alcool (mis en cause dans 40% des cancers, parfois en association avec le tabac), alimentation, virus, soleil sur la peau (les mélanomes augmentent de 1% par an); les radiations sont une cause estimée de 1% parmi les facteurs environnementaux.
Dans ces conditions, sans nier la possibilité d'un risque, les
démonstrations du risque lié au radiodiagnosticc sont peu
convaincantes car très difficiles à apporter.
Page précédente(1.4.
Effets tissulaires
)
Page suivante (2.
RADIOPROTECTION ET RADIOBIOLOGIE
)
sommaire