INFECTIONS DU RACHIS

INFECTIONS DU RACHIS

C. MANELFE, I. BERRY Hôpital Purpan - Toulouse

1. INTRODUCTION

Bien que relativement rares et d'expression clinique souvent non spécifique, les infections rachidiennes nécessitent un diagnostic précoce. La négativité des examens radiologiques standards au stade de début explique l'intérêt primordial du scanner et surtout de l'IRM dans la détection de cette affection à un stade le plus précoce possible, permettant une thérapeutique adaptée (1 ).

La spondylodiscite est une affection qui touche principalement l'adulte et le sujet âgé et doit être distinguée de la discite survenant chez l'enfant.

1.1. Voies d'entrée

Trois voies de contamination sont possibles : hématogène, par contiguïté, par contamination directe (1 6 9 11 ).

1.1.1. Contamination hématogène

La voie hématogène artérielle est la voie empruntée par les germes de quelque source que ce soit pour atteindre la moelle osseuse vertébrale. Une bactériémie précède toujours les manifestations cliniques d'ostéomyélite vertébrale.

Chez l'enfant, les germes transportés par voie hématogène vont se fixer de façon prioritaire sur le disque en raison des riches canaux vasculaires perforant les plateaux vertébraux et nourrissant le disque (3 16 ).

Chez l'adulte, ces canaux vasculaires disparaissent et la partie la plus richement vascularisée du corps vertébral - la zone sous-chondrale la plus proche du ligament vertébral commun antérieur - est le site privilégié de l'infection (16 ). A partir de ce foyer primaire de spondylite, l'infection peut, soits'étendre au disque et atteindre le corps vertébral adjacent, soit poursuivre une dissémination sous-ligamentaire. L'atteinte caractéristique de 2 corps vertébraux adjacents résulte habituellement de cette extension transdiscale plutôt que d'une contamination hématogène multiple. Soixante quinze pour cent des spondylodiscites sont limitées à un espace intervertébral et aux deux corps vertébraux adjacents, 25 % touchent plus d'un niveau ; l'atteinte limitée à un seul corps vertébral et au disque adjacent est inférieure à 1 %.

La porte d'entrée est retrouvée dans 50 % des cas environ. Les origines les plus fréquentes sont génito-urinaires (46 %), cutanées (19 %) et respiratoires (14 %).

Quant à la dissémination hématogène par voie veineuse par l'intermédiaire des plexus veineux paravertébraux de Batson, il est prouvé actuellement que sa responsabilité est très limitée.

1.1.2. Contamination par contiguïté

Elle peut se faire à partir d'un foyer purulent des parties molles adjacentes (abcès rétro-pharyngien, abcès du psoas, sinus dermique infecté...). Une dissémination par voie hématogène peut être associée.

La tuberculose et les infections fungiques s'étendent souvent par contiguité sur plusieurs niveaux vers les tissus mous paravertébraux.

1.1.3. Contamination directe

Une infection rachidienne peut compliquer un traumatisme par plaie ouverte ou pénétrante, accidentelle ou contemporaine d'un geste diagnostique. On en rapproche l'infection post-opéraoitre (discectomie, laminectomie, fusion vertébrale).

2. PLACE RESPECTIVE DES EXAMENS D'IMAGERIE

2.1. Radiographies standards (1 6 9 12 )

En cas de spondylodiscite, il existe un temps de latence variant de 2 à 12 semaines entre l'installation des symptômes cliniques et l'apparition d'anomalies sur les radiographies standards. C'est dire que la constatation de signes tels que : pincement discal focalisé, irrégularité ou érosion des plateaux vertébraux, épaississement des parties molles ou fuseau paravertébral, constituent déjà des signes d'infection avancée.

2.2. Scintigraphie osseuse

La scintigraphie osseuse utilisant le Technetium 99, ou le Gallium 67 est plus sensible que la radiographie conventionnelle pour la détection précoce des spondylodiscites (90 %). Elle n'est pas spécifique : les fractures en cours de consolidation ou des remaniements osseux post-chirurgicaux peuvent donner un aspect comparable à l'infection osseuse.

2.3. Scanner (1 4 6 )

Bien qu'il soit difficile de dire à quel stade le scanner devient positif, sa sensibilité est plus grande que la radiographie standard. Il permet en plus, grâce aux coupes axiales et surtout aux reconstructions sagittales et coronales, une meilleure évaluation de l'atteinte osseuse dans les différents plans avec une irradiation moindre qu'un bilan tomographique conventionnel.

* Technique : l'examen doit être pratiqué systématiquement en utilisant des fenêtres "osseuses" et des fenêtres "parties molles". Sa résolution est excellente pour l'étude de l'os, bonne pour les parties molles, les tissus mous paravertébraux à la recherche d'un abcès, médiocre pour l'étude du contenu du canal rachidien surtout à l'étage thoracique et la mise en évidence d'une atteinte épidurale. Chez les patients présentant un déficit neurologique, l'IRM a remplacé la myélographie et le myéloscanner.

Le scanner sert à guider une biopsie percutanée et peut influer sur le traitement suggérant la nécessité d'un drainage précoce d'un abcès, d'un débridement pour ostéomyélite récurrente ou d'une fusion osseuse.

2.4. IRM (1 4 6 9 12 )

La visualisation directe dans les 3 plans de l'espace et l'excellente résolution anatomique de la moelle osseuse, des disques, des ligaments, de l'espace épidural, de la moelle et des parties molles paravertébrales en font un outil diagnostique indispensable.

Toutes les études confirment que l'IRM est supérieure à la radiographie standard, plus sensible que le scanner et la scintigraphie pour faire le diagnostic précoce de spondylodiscite (8 ).

* Technique : les coupes sagittales en séquences pondérées en T1 et en T2 sont les plus informatives. Les coupes axiales permettent de bien apprécier l'extension épidurale et et les abcès paravertébraux .

L'injection de gadolinium est capitale, la prise de contraste permettant de faire un bilan très précis de l'extension au corps vertébral, aux disques, à l'espace épidural et aux tissus paravertébraux (10 ). A noter que le pus ne prend pas le contraste.

Les séquences avec saturation de graisse associées à l'injection de gadolinium permettent de très bien mettre en évidence les prises de contraste pathologiques qui peuvent se voir au sein de zones spontanément hyperintenses sur la séquence pondérée en T1 (moelle osseuse, espace épidural) (12 ).

L'IRM est l'examen de première intention lorsqu'il existe une atteinte neurologique associée.

3. INFECTIONS SPECIFIQUES

3.1. Infections à pyogènes

3.1.1. Spondylodiscite

* Fréquence, âge, sexe : C'est une affection rare représentant 2 à 4 % des ostéomyélites à pyogènes. Elle atteint plus fréquemment l'adulte entre 60 et 70 ans avec une prédominance masculine (2 pour 1). Le rachis lombaire est le plus souvent touché suivi des localisations thoracique puis cervicale et enfin sacrée.

Des facteurs prédisposants sont souvent rencontrés : diabète sucré, patient immuno-déprimé, drogué.

* Etiologie : Les germes les plus fréquemment rencontrés sont le Staphylococcus aureus (50 à 60 %) le plus souvent d'origine cutanée. Parmi les germes Gram négatifs, les plus fréquents sont l'Escherichia coli (origine génito urinaire), le Pseudomonas aeruginosa (fréquent chez les drogués), le Klebsiella pneumoniae (foyer pulmonaire), les Salmonellas . D'autres bacilles comme les Brucellas, les Serratias et les Corynebacteriae sont plus rares.

* Clinique : La douleur rachidienne est le symptôme le plus constant de la spondylodiscite de l'adulte. Elle est souvent sévère, continue, résistante aux antalgiques et à l'alitement. Les autres symptômes associent asthénie, fièvre et raideur locale. L'existence de signes neurologiques fait suspecter une dissémination de l'infection à l'espace épidural mais moins de 1 % des spondylodiscites sont associées à une paraplégie.

La vitesse de sédimentation est fréquemment élevée ainsi que la protéine C réactive. Une bactériémie est souvent retrouvée à la phase aiguë de l'affection ainsi qu'une hyperleucocytose.

La règle des 50 % (12 ) :

- 50 % des patients ont plus de 50 ans ;

- La fièvre se voit dans 50 % ;

- La leucocytose est normale dans 50 % ;

- 50 % ont une origine génito-urinaire ;

- Le staphylocoque est responsable dans 50 à 60 % ;

- Aucun foyer n'est retrouvé dans 50 % ;

- Le siège est lombaire dans 50 % ;

- 50 % ont une évolution de plus de 3 mois.

* Imagerie

- Radiologie conventionnelle : Les signes radiologiques sont toujours en retard sur la clinique de plusieurs semaines. Au stade de début on note une déminéralisation et un flou des plateaux vertébraux, un pincement discal évoluant vers la constitution d'images osseuses érosives à contours mal limités. Au début il s'agit de signes subtils et, lorsque les images sont nettes, de signes tardifs.

Au stade de guérison les contours osseux se reminéralisent et se condensent.

- Scanner : Il est plus sensible que la radiographie standard. L'un des signes les plus précoces est l'hypodensité discale appréciée sur les coupes axiales (5 ). Lesirrégularités et les érosions des plateaux vertébraux adjacents sont bien appréciées sur les coupes axiales mais le pincement de l'espace intervertébral est plus évident sur les reconstructions sagittales. La progression du processus infectieux sans traitement approprié peut conduire à une destruction du corps vertébral, provoquant instabilité et angulation rachidienne. Sous traitement, à la phase de réparation, apparaît une condensation des corps vertébraux.

L'extension aux parties molles paravertébrales est observée dans 20 % des cas des spondylodiscites à pyogènes. Les muscles paravertébraux sont augmentés de volume par réaction inflammatoire avec effacement des fascias graisseux normaux. Une masse paravertébrale, étendue sur les coupes axiales d'une lame à l'autre, respectant l'arc postérieur, est très significative d'une spondylodiscite à pyogènes. En effet, la localisation la plus typique de la spondylodiscite à pyogènes est le corps vertébral et l'atteinte des éléments postérieurs est beaucoup plus rare et doit plutôt évoquer une infection granulomateuse (15 ).

La dissémination à l'espace épidural, parfois muette cliniquement, est bien mise en évidence sur le scanner après injection intraveineuse de produit de contraste ou mieux sur le myéloscanner.

- IRM : L'aspect IRM de la spondylodiscite est caractéristique :

* sur la séquence pondérée en T1 : un signe précoce est la diminution focalisée du signal dans l'os sous-chondral. Puis l'hyposignal intéresse les 2 corps vertébraux adjacents et l'espace intervertébral avec impossibilité de différencier le disque de l'os. Le disque a perdu ses contours, est diminué de hauteur et,sur la séquence en densité de proton, la corticale des plateaux vertébraux est détruite ou interrompue. Une masse épidurale ou sous-ligamentaire est souvent visible en regard. L'injection de gadolinium entraîne une prise de contraste au niveau de l'espace discal, des plateaux adjacents, des espaces paravertébraux et du tissu épidural lorsqu'il est envahi (10 ). Anoter que le pus ne prend pas le contraste.

* Sur la séquence pondérée en T2 : hypersignal focalisé de l'os sous-chondral au début s'étendant ensuite au disque et aux corps vertébraux adjacents. La disparition chez l'adulte de la fente intranucléaire est assez caractéristique. Dans 13 % des cas de spondylodiscite à pyogènes, le disque peut ne pas être modifié.

Ces modifications en T1 et en T2 sont le reflet de l'augmentation du contenu en eau dans les tissus inflammatoires remplaçant la moelle osseuse normale.

* Les séquences pondérées en T1 avec saturation de graisse et injection de gadolinium sont particulièrement utiles pour différencier les prises de contraste pathologiques des zones normalement hyperintenses en T1 (extension au niveau de la moelle osseuse, de la graisse, de l'espace épidural).

* Diagnostic différentiel : Il se pose avec la spondylodiscite tuberculeuse et les autres spondylodiscites granulomateuses (voir plus loin). Un processus néoplasique est habituellement facilement différencié en raison de l'absence de l'atteinte de l'espace intervertébral, quasiment de règle dans les pathologies tumorales. Toutefois, au stade très précoce d'ostéomyélite, limitée à un corps vertébral sans atteinte de l'espace intervertébral, le diagnostic différentiel avec un processus néoplasique ou une fracture-tassement peut être difficile; dans ce cas la surveillance prend toute sa valeur (1 6 ).

La discopathie dégénérative au stade I et Modic avec son hypointensité des plateaux vertébraux de part et d'autre du disque en T1 et une hyperintensité en T2 peut parfois poser des problèmes ; toutefois, la prise de contraste est moins marquée et le disque, très souvent dégénéré, a un hyposignal en T2 (7 ).

La présence de gaz peut être rencontrée dans certaines infections à anérobies au niveau du disque, du corps vertébral ou de l'espace épidural.

* Traitement, évolution : Le traitement d'une spondylodiscite à pyogènes fait appel à une antibiothérapie spécifique et à l'alitement. La durée du traitement varie selon le germe en cause et la précocité du diagnostic. Le traitement chirurgical peut être requis devant une dissémination épidurale, une instabilité rachidienne ou après échec de l'antibiothérapie. La résolution d'une ostéomyélite traitée survient habituellement en 6 mois à 1 an. Les remaniements de signal osseux s'amendent avec la résorption de l'excédent inflammatoire et la rétrocession de l'ischémie.

L'IRM est l'examen essentiel pour la surveillance évolutive. Les critères d'amélioration et de guérison sont la réduction et la disparition des abcès paravertébraux et épiduraux lorsqu'ils existent. Assez paradoxalement, alors que les signes cliniques s'amendent et que la vitesse de sédimentation et d'hyperleucocytose reviennent à la normale, l'IRM peut montrer une apparente progression de l'atteinte disco-vertébrale avec accentuation du pincement discal associée à une prise de contraste. L'hypersignal en T2 peut per-

sister pendant des mois.

3.1.2. Discite

* Fréquence, âge, sexe : La discite est une inflammation auto-limitée de l'espace discal survenant exclusivement chez l'enfant en raison de sa vascularisation discale particulière. La plupart des cas surviennent avant l'âge de 2 ans avec une prédominance féminine (2 pour 1). C'est l'infection rachidienne la plus fréquente chez l'enfant et touche particulièrement l'étage lombaire entre L3 et L5 (1 3 6 ).

* Etiologie, clinique : Le germe le plus fréquemment rencontré est le Staphylococcus aureus. Le tableau clinique de la discite juvénile simule souvent d'autres pathologies comme une appendicite aiguë, une arthrite septique ou une méningite. Le début peut être insidieux sur des semaines : irritabilité, manque d'appétit, douleurs abdominales, refus de s'asseoir ou de marcher, dominent le tableau clinique. Toute douleur rachidienne, toute raideur de l'enfant doit faire suspecter une infection. La vitesse de sédimentation est habituellement élevée mais l'hyperleucocytose peut manquer. La culture de matériel biopsique discal est plus souvent positive que les hémocultures, mais l'enquête bactériologique demeure négative dans 50 à 70 % des cas.

* Imagerie

- Radiographie standard : Elle est normale au début . Un pincement discal focalisé, une irrégularité des plateaux vertébraux doivent attirer l'attention.

- Scanner : L'hypodensité, puis le pincement de l'espace discal peuvent être les seuls signes de discite juvénile mais une irrégularité et une érosion d'un plateau vertébral adjacent peuvent également être retrouvés. Les séquelles tardives à type de bloc vertébral ou de déformation rachidienne sont plus rares.

- IRM : La discite juvénile est de diagnostic plus difficile en IRM car les modifications discales sur les images pondérées en T2 peuvent ne pas être appréciées du fait de l'habituelle hyperintensité des disques jeunes et de l'absence physiologique de fente intranucléaire. C'est dire toute la valeur qu'il faut accorder à une diminution isolée d'un espace intervertébral et à des anomalies, même minimes, des corps vertébraux adjacents (hypersignal en T2) en rapport avec l'oedème (3 12 ). L'abcèsépidural et l'abcès des parties molles sont rares chez l'enfant.

* Traitement , évolution : La discite de l'enfant s'amende habituellement de façon simple. L'antibiothérapie est toujours indiquée. L'immobilisation est requise en cas de douleurs rachidiennes persistantes.

3.2. Infections granulomateuses

* Etiologie : Une réaction granulomateuse se voit dans les infections bactériennes, virales, fungiques et parasitaires. Ces infections granulomateuses font habituellement suite à une dissémination hématogène (14 ).

Le germe le plus fréquent est le Mycobacterium tuberculosis à partir d'une source pulmonaire fréquemment quiescente. La spondylite brucellienne due à Brucella Melitensis est plus rare.

Les autres germes sont l'Aspergillose, la Cryptococcose , l'Actinomycose, et la Coccidioïdomycose ; elles entraînent des lésions osseuses difficiles à différencier d'une spondylite à pyogènes ou d'une spondylite tuberculeuse, à l'exception des 2 dernières qui respectent le disque.

Le diagnostic de certitude repose uniquement sur la culture des organismes. Ces infections sont favorisées par des facteurs prédisposants comme l'immuno-dépression sévère, l'usage de drogue, l'alcool.

3.2.1. Spondylite tuberculeuse

* Fréquence, âge, sexe : Bien que la fréquence de la tuberculose pulmonaire ait diminuée, la tuberculose ostéoarticulaire reste l'une des causes les plus fréquentes de spondylite. Elle se voit chez l'enfant dans les pays en voie de développement et chez l'adulte entre 40 et 50 ans en Europe et aux Etats-Unis. Elle est favorisée par l'immuno-dépression sévère, l'usage de drogue, l'acoolisme.

Les lésions prédominent sur le rachis thoracique bas et la jonction thoraco-lombaire (75 % des cas).

Le germe se localise initialement à la partie antérieure du corps vertébral, à proximité de l'espace intervertébral et essaime dans 50 % des cas à travers le disque vers le corps vertébral adjacent ou, par voie sous-ligamentaire et paravertébrale, à plusieurs corps vertébraux non adjacents.

La spondylite tuberculeuse touche au moins 2 corps vertébraux dans 90 % des cas et 3 corps ou plus dans 50 % des cas. Les lésions à des étages différents sont communes. La relative préservation du disque, l'extension sous-ligamentaire et l'atteinte fréquente de l'arc postérieur sont des arguments en faveur de l'étiologie tuberculeuse (15 ). Les abcès paravertébraux (55 à 95 %),en particulier s'ils contiennent de petites calcifications, sont hautement évocateurs de cette étiologie.

* Clinique : Le début est très souvent insidieux pouvant se résumer à de vagues douleurs rachidiennes au long cours ou à des algies abdominales évoluant sur des semaines, des mois, voire des années. La spondylite tuberculeuse est plus indolore que la spondylodiscite à pyogènes ce qui explique encore sa découverte tardive devant des déformations rachidiennes à type de gibbosité. A noter que la cuti-réaction est négative dans 20 % de cas de spondylite tuberculeuse (elle est positive dans 25 % de spondylodiscite à pyogènes).

* Imagerie : Il n'existe pas de signe radiologique absolument spécifique - en particulier au stade précoce - permettant de différencier la spondylite tuberculeuse d'une infection vertébrale à pyogènes. Les principaux éléments caractéristiques de ces 2 types d'infection sont résumés sur le Tableau I. La culture du matériel biopsique est l'élément diagnostique définitif (1, 12, 14, 15).

Tableau 1 : Diagnostic différentiel entre spondylodiscites tuberculeuses et à pyogènes (12 14 15 )

- Radiographies standard : La destruction osseuse est souvent très marquée, aboutissant, dans des cas typiques, à la lyse de la partie antérieure d'un ou de deux corps vertébraux adjacents, à un pincement discal 3 fois sur 4, et à des abcès bilatéraux du psoas contenant parfois de petites calcifications (11 ).

- Scanner : Le scanner met en évidence les abcès intra-osseux fréquents ainsi que les abcès des parties molles paravertébrales. Le scanner est supérieur à l'IRM pour montrer les calcifications des tissus mous qui, associées à un abcès du psoas, sont quasi-pathognomoniques de la tuberculose.

L'extension épidurale et sous-ligamentaire doit être recherchée sur les coupes axiales.

- IRM : L'érosion des corticales osseuses est bien vue sur la séquence en densité de proton. L'extension sous-ligamentaire (ligament vertébral commun antérieur en particulier), le respect relatif du disque et l'atteinte des éléments postérieurs, sont des arguments en faveur de la bacillose. les abcès paravertébraux sont bien mis en évidence sur les coupes axiales et coronales (14 ).

* Diagnostic différentiel : Il se pose avec l'infection à pyogènes et les autres infections granulomateuses (brucellose, actinomycose...). Une destruction osseuse associée à une masse parvertébrale fait discuter une origine tumorale essentiellement métastatique.

3.3. Infections épidurales et sous-durales

* Etiologie : Il s'agit le plus souvent d'abcès épidural provenant d'une dissémination hématogène à partir d'une source cutanée génito-urinaire ou respiratoire (2 ). Dans 50% des cas, le foyer primitif n'est pas retrouvé. Le staphylococcus aureus est l'agent le plus fréquemment en cause (60 à 65 % des cas). Ces abcès évoluent en 2 stades : l'un de phlegmon avec tissu inflammatoire épaissi constitué de matière granulomateuse et de micro-abcès encapsulés, puis d'abcès franc avec pus.

* Fréquence, âge, sexe : Les abcès épiduraux sont rares et la fréquence tant à augmenter notamment chez les sujets prédisposés (diabète sucré, drogue, trauma, chirurgie...). Ils surviennent à tout âge avec un pic entre 50 et 55 ans et une légère prédominance masculine. Tous les segments du rachis peuvent être affectés avec une prédominance dans la région médio-thoracique et lombaire basse. Dans 1/3 des cas, l'abcès est étendu à plus de 6 segments vertébraux. L'atteinte discale ou vertébrale est présente dans 80 % des cas.

* Clinique : Le tableau clinique comprend : fièvre, douleur rachidienne et symptômes neurologiques. La constatation d'une collection épidurale chez un patient présentant de la fièvre avec une spondylodiscite est hautement évocateur d'un abcès épidural.

* Imagerie

- Radiographies standards : Ce sont les signes d'une spondylodiscite.

- Scanner : Il ne permet que très rarement le diagnostic (en dehors des signes osseux associés), en raison du faible contraste intrarachidien, sauf dans la région lombaire où la graisse épidurale est abondante. Le myéloscanner permet une meilleure visualisation de la compression du sac dural et de la moelle et des racines par la collection épidurale. Les reconstructions sagittales permettent de voir l'étendue en hauteur de l'abcès.

- IRM : L'IRM, surtout en coupes sagittales, retrouve une masse extra-durale dont le signal est variable iso ou hypointense en T1 et hyperintense en T2 et en densité de proton. L'injection de gadolinium est capitale, permettant de retrouver 3 types (13 ) :

- prise de contraste homogène, diffuse retrouvée dans 70 % des cas et correspondant à un phelgmon ;

- prise de contraste en anneau épais ou fin entourant une collection purulente et correspondant à l'abcès nécrotique ;

- combinaison des 2 types.

L'abcès sous-dural est plus rare, la clinique non spécifique. Le diagnostic se discute avec un hématome, un lymphome ou une tumeur.

3.4. Méningites, myélites et abcès de la moelle

3.4.1. Méningites

Le diagnostic de méningite est un diagnostic clinique confirmé par la ponction lombaire. L'origine est soit bactérienne (germe à pyogènes, infections granulomateuse, mycotique, parasitaire...) ou virale.

En cas de leptoméningite à pyogènes, la plus fréquente, l'IRM avec injection de gadolinium permet de retrouver 3 types (9 ):

- une prise de contraste fine le long des racines de la moelle et des méninges ;

- des prises de contraste nodulaires sur ces structures ;

- un épaissement diffus de la leptoméninge entraînant une ou plusieurs lacunes intradurales.

Il n'y a pas de corrélation entre le type, la sévérité clinique et l'organisme responsable.

3.4.2. Myélites

Il s'agit d'une inflammation de la moelle pouvant relever de plusieurs infections :

- virale, la plus fréquente (herpès, coxsakie, polyomyélite, HIV), touchant surtout la substance grise,

- infection à pyogènes, ou granulomateuse due à une épidurite,

- post-vaccinale.

* Imagerie : N'est pas spécifique et est impossible à différencier sur de simples critères morphologiques des myélites d'autres origines comme la sclérose en plaques.

L'IRM montre sur la séquence pondérée en T2 une augmentation diffuse ou focalisée du signal avec ou sans effet de masse. L'injection de gadolinium peut dans certains cas entraîner un rehaussement non spécifique focalisé ou diffus de la moelle.

3.4.3. Abcès médullaires

Ils sont extrêmement rares contrairement aux abcès du cerveau. La voie hématogène est le mode de dissémination électif. Il s'agit le plus souvent d'une complication d'un infarctus veineux. L'abcès médullaire peut entraîner une myélite transverse et une douleur rachidienne en phase aiguë. En phase chronique, il peut simuler une tumeur médullaire. Le myéloscanner peut montrer un blocage partiel ou complet, mais il n'est pas spécifique (1 6 9 ).

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