ARTHROGRAPHIES

ARTHROGRAPHIES

A. CHEVROT, JL DRAPÉ, AM DUPONT, D. GODEFROY

Hôpital Cochin - PARIS






DÉFINITION : l'arthrographie se définit comme la radiographie d'une articulation après injection de contraste intracavitaire. On y rattache actuellement l'arthroscanner, soit en complément de l'arthrographie, soit isolément.

On rappelle que l'articulation est composée de deux extrémités osseuses réunies par des ligaments, une capsule définissant une cavité articulaire. Cette cavité contient une petite quantité de liquide synovial qui agit à titre de lubrifiant.

Les surfaces articulaires glissent l'une sur l'autre au moyen d'élément de glissement que sont :

* le cartilage articulaire,

* les autres moyens de congruence tels que ménisque, fibro-cartilage.

En radiographie standard et en scanner, on n'observe de ces structures que les éléments fortement calcifiés, ce qui permet de définir :

* l'interligne articulaire témoin de l'épaisseur additionnée des cartilages des deux surfaces osseuses,

* les modifications des parties molles péri-articulaires, calcifications, épanchement.

1. INDICATIONS DE L'ARTHROGRAPHIE

L'arthrographie est indiquée en cas de :

1. Détérioration du cartilage ou des fibro-cartilages articulaires (ménisques du genou),

2. Déchirure capsulaire,

3. Débris intra-articulaires,

4. Tumeur bénigne ou maligne intra-articulaire : ostéochondromatose synoviale, synovite tumorale, synovite villonodulaire, synovialosarcome.

5. Certaines arthropathies inflammatoires ou infectieuses, à titre de prélèvement bactériologique, d'injections thérapeutiques, et pour vérifier le développement de cavités associées.

6. L'arthrographie tire également ses indications des contre-indications de l'IRM, concurrent principal, et à juste raison de l'arthrographie.

2. CONTRE-INDICATIONS

L'arthrographie est un acte qui nécessite une ponction articulaire et une injection de produit de contraste. Il pourrait être impossible de faire cet examen en cas de mauvais état cutané (infection cutanée). On peut observer une allergie à l'iode en cas de contraste iodé et il faut toujours conserver cette possibilité en mémoire, afin de prendre les précautions habituelles :

* prémédiquer les sujets allergiques,

* réaliser l'examen dans une salle permettant une réanimation,

* pouvoir injecter par voie intraveineuse une corticothérapie appropriée en cas de signe débutant d'allergie : prurit, érythème ou papule cutanée.

On rappelle que l'arthrographie est un acte destiné à résoudre un problème mécanique. L'adage : "Primum non nocere" doit être suivi à la lettre :

* plus grande précaution pour limiter l'agression articulaire par une ponction atraumatique, non infectante, et un produit de contraste toléré.

* perfection dans l'exécution de l'acte et des radiographies d'autant plus que les moyens compétitifs à l'arthrographie que sont l'arthroscopie et l'IRM sont très performants.

L'arthrographie doit venir avant l'arthroscopie, si elle est capable de faire mieux que l'arthroscopie et de préparer le plan opératoire de celle-ci.

3. MATÉRIEL NÉCESSAIRE

Actuellement, on utilise des tables de radioscopie télévisée, au mieux numérisées. La numérisation accroît la rapidité de l'examen et la sécurité anti-infectieuse : en effet, elle supprime les déplacements du manipulateur, les changements des cassettes. Elle améliore également la lutte contre l'irradiation, étant moins irradiante que la radiographie conventionnelle.

La qualité de la "chaîne de l'image" est fondamentale. Une bonne image doit être donnée par un tube radiogène ayant une puissance suffisante, un foyer fin de l'ordre du millimètre. Les arthrographies des extrémités peuvent être réalisées sans grille, mais les tables de radiographies actuelles autorisent l'utilisation du Potter sans perte de contraste ni augmentation d'irradiation.

La qualité de l'image radiographique finale est sous la dépendance d'une bonne reproduction sur film, donc un bon état des machines à développer ou des reprographes.

L'arthrographie comporte :

1. Des clichés sans préparation qui permettent d'établir un prédiagnostic et de pouvoir être comparés aux clichés après injection de contraste.

2. L'injection de contraste dans les sites choisis.

3. Des clichés après injection.

4. Éventuellement, un scanner après injection.

3.1. Les clichés sans préparation

* Ils permettent de faire une étude préalable de l'articulation, diagnostic d'une pathologie ostéochondrale, d'un pincement articulaire, d'ostéophyte péri-articulaire. L'existence de calcifications ou d'autres images anormales doivent être notées.

* Ils permettent également le choix des constantes radiographiques et la vérification de la bonne qualité de la chaîne de l'image, avant l'injection de produit de contraste. On préconise l'utilisation de constante manuelle, de façon à réduire les aléas de l'exposition dus à la variation de réponse des cellules.

On rappelle que la recherche de contraste optimal nécessite une pénétration de l'ordre de 60 à 80 kV lorsqu'on utilise un produit de contraste iodé.

Ceci autorise également un milliampérage (mAs) bas, et un temps de pose court.

L'ensemble de ces précautions est orienté vers la perfection des images, qui ne peuvent pas être répétées lorsqu'on utilise du contraste iodé, en raison de la résorption synoviale de celui-ci.

3.2. Injection de produit de contraste

C'est le temps strictement médical.

3.2.1. Choix du contraste

On peut utiliser :

Un contraste gazeux : prélèvement d'air stérilisé à la flamme. Ceci peut se réaliser pour les arthrographies d'épaule et de genou.

On utilise couramment pour toutes les articulations le contraste iodé hydrosoluble (jamais de contraste liposoluble, ce qui serait une faute grave, provoquant des synovites destructrices).

Hexabrix 300 chauffé à 37deg. pour augmenter la fluidité.

En cas d'arthrographie des articulations du rachis (articulations intersomatiques, articulations des apophyses postérieures), on utilise un produit de contraste toléré par le système nerveux central, car il pourrait y avoir des fuites dans l'espace épidural voire intradural (Omnipaque).

En général, les quantités de produit de contraste injecté sont faibles, inférieures à 10 ml :

* genou : 8 à 10 ml,

* épaule : 8 ml,

* cheville : 2 à 4 ml,

* poignet : 2 ml,

* hanche : 8 à 10 ml (pour cette dernière articulation, M. Lequesne, préconise l'injection maximum de produit de contraste pour vérifier le diagnostic de capsulite rétractile. Une articulation de hanche normale accepte 15 ml de produit de contraste. En deçà de 8 ml, on évoque le diagnostic de capsulite rétractile. Cependant si l'on tente d'injecter 10 à 12 ml, on observe une fuite extra-articulaire qui est très préjudiciable à la réalisation des radiographies. A la hanche comme pour les autres articulations, l'aspect réduit de la cavité articulaire suffit à évoquer le diagnostic de capsulite rétractile, associée aux éléments cliniques.

Le contraste mixte est utilisé par certains auteurs (surtout anglo-saxons) et implique l'injection simultanée d'air et de produit de contraste iodé hydrosoluble. Il a été préconisé en particulier pour les articulations de genou et d'épaule. Il n'apporte pas de données supplémentaires à l'arthrographie au produit de contraste simple. Nous préconisons fortement le produit de contraste simple hydrosoluble iodé.

3.2.2. La ponction articulaire

Elle est effectuée :

* pour injecter le produit de contraste,

* pour faire éventuellement des prélèvements obligatoires s'il y a un épanchement intra-articulaire ou si l'articulation a déjà été ponctionnée les jours précédents.

On utilise une aiguille intramusculaire à biseau court, avec une seringue adaptée 10 ml.

Le matériel jetable à usage unique est recommandé pour des problèmes d'asepsie. On préconise la préparation suivante :

* lavage long prolongé et systématique des mains,

* désinfection des mains à l'alcool,

* l'utilisation de gants chirurgicaux stériles, recommandée, ne dispense pas des gestes précédents.

* désinfection de la peau du patient à l'alcool iodé,

* compresses stériles, aiguilles, seringues jetables,

* ampoules de contraste tiédies,

* préparation de la seringue par le médecin lui-même de façon à éviter une faute faite par quelqu'un d'autre (soit faute d'asepsie, soit erreur de contraste).

* est en règle non douloureuse. L'injection est bien correctement intra-articulaire.

* l'injection extra-articulaire de produit de contraste entraîne des phénomènes douloureux. On observe facilement sous radioscopie télévisée que le produit de contraste ne se répartit pas dans la cavité articulaire, mais demeure en flaque à l'extrémité de l'aiguille. Cette constatation indique la nécessité d'une reposition de l'extrémité de l'aiguille de façon à être dans la cavité articulaire elle-même.

3.3. Risque allergique

Qui dit iode dit possibilité d'accidents allergiques. Ils sont rares mais possibles, la résorption de l'iode se faisant dès l'administration, progressivement, par voie lymphatique ou veineuse.

Toutes les variétés d'accident peuvent se rencontrer, plus souvent une simple toux ou une éruption érythémateuse. Un choc allergique est possible et doit être traité d'urgence.

La salle d'arthrographie doit comporter :

* corticoïdes, Soludécadron 20 mg,

* possibilité de perfusion, sérum glucosé, sérum salé, tubulures, aiguilles intraveineuses, seringues, adrénaline, oxygène.

De même les téléphones des réanimateurs, SAMU, pompiers, doivent être obligatoirement mis en évidence et à proximité de la salle de radiographie, près d'un poste de téléphone en état de marche.

Il est parfois nécessaire de prémédiquer les patients à risque :

* antihistaminique (Clarityne).

* sédatif (Valium perlingual : 10 à 20 gouttes avant l'intervention).

L'anesthésie locale est parfois utile pour l'épaule, le genou et la hanche en sachant que la ponction nécessaire à l'injection anesthésique s'avère aussi gênante que la ponction articulaire elle-même. Il suffit d'injecter 3 à 5 ml de Xylocaïne à 0,5 %. Elle n'est jamais obligatoire.

Elle peut également susciter des réactions allergiques.

3.4. Risque infectieux iatrigène

Le risque majeur demeure l'arthrite par inoculation, engageant le pronostic fonctionnel et parfois le pronostic vital. Tout geste ouvert doit être laissé au seul responsable devant la loi, le médecin.

L'aspiration systématique du liquide d'épanchement a pour but son prélèvement et son analyse bactériologique, cytologique et cristallographique. Il faut avoir en salle de radiographie, des flacons stériles, une lampe à alcool pour flambage des bords du flacon stérile. En cas de suspicion d'infection (liquide trouble, voire pus), le flacon stérile doit être conduit le plus vite possible au laboratoire avec les précautions thermiques d'usage afin de réaliser la recherche de germes et de cellules.

3.5. Radioprotection

La ponction articulaire s'effectue sous radioscopie télévisée. Elle justifie la protection contre les radiations du médecin par tablier, cache thyroïdien, gants de plomb.

4. LES RADIOGRAPHIES

Les radiographies sont réalisées sous la direction du médecin, en personne, en particulier en ce qui concerne les ménisques du genou.

Elles doivent être effectuées le plus rapidement possible, et le mieux possible, en raison de la résorption du contraste opaque. Le médecin dispose de 30 mn pour réaliser les radiographies correctes. Au-delà de ce délai, il peut y avoir une résorption intracartilagineuse et intrasynoviale qui limite l'obtention de radiographies satisfaisantes. On rappelle que le produit de contraste est pratiquement complètement disparu en 3 à 6 heures après l'injection intra-articulaire. La durée totale d'une arthrographie par exemple pour une arthrographie de genou doit être de 15 à 20 mn.

Toutes les incidences nécessaires doivent être effectuées, pour mettre en évidence la totalité des pathologies possibles, dans la limite du temps imparti et en fonction de l'examen clinique. Parfois des tomographies peuvent être utilisées notamment en arthrographie de hanche ou d'épaule.

On préfère réaliser un scanner, qui donne des compléments d'informations plus précis.

5. CAS PARTICULIER

5.1. L'arthroscanner

On utilise un contraste opaque. Lorsque l'arthroscanner poursuit une arthrographie et que cet arthroscanner a été prévu, on peut injecter en même temps que le produit de contraste une petite quantité d'adrénaline intra-articulaire (0,5 mg), ce qui retarde fortement la résorption du produit de contraste et la dilution de celui-ci par l'épanchement articulaire qui se produit en réaction à l'injection iodée. On peut réaliser l'arthroscanner 1/2 heure à 1 heure après l'injection.

L'arthroscanner doit être orienté vers les détails anatomiques que l'on veut mettre en évidence :

* épaule : coiffe des rotateurs, bourrelet ;

* hanche : bourrelet, cartilage articulaire ;

* genou : cartilage articulaire, ménisques ;

* cheville : cartilage articulaire, lésion du ligament latéral externe.

Pour certaines articulations, on peut programmer un arthroscanner directement en salle de scanner (surtout genou, mais aussi épaule, cheville). L'injection intra-articulaire se réalise en salle de scanner, ou en salle de préparation du scanner selon des repères anatomiques. La certitude d'avoir une injection bien intra-articulaire dépend de l'entraînement de l'observateur et se trouve confirmée par le "scout-view". On peut se contenter d'une petite quantité de produit de contraste iodé hydrosoluble, qui peut être dilué à 50 % par du sérum ou de la Xylocaïne à 0,5 %.

On rappelle que le scanner doit être réalisé en coupes fines avec si possible reformatage dans les plans caractéristiques de l'articulation. On recommande particulièrement l'utilisation de scanner spiralé qui autorise un balayage rapide de la zone anatomique voulue, et un post-traitement des données dans toutes les directions de l'espace.

5.2. Arthrographies sur prothèses, en particulier arthrographies sur prothèse totale de hanche

C'est en fait une variété d'abcèdographie. L'essentiel de l'examen est orienté vers la recherche de germes et la recherche d'abcès. La recherche d'un descellement de prothèse (pour les prothèses scellées) ou d'une non intégration de prothèses (pour les prothèses non scellées) représente un complément moins fondamental.

L'arthrographie sur prothèse doit donc s'intégrer dans le cadre d'une étude bactériologique, avec les précautions d'usage.

5.3. Arthro-IRM

L'arthro-IRM peut être réalisée grâce à l'injection intra-articulaire d'une petite quantité de sérum physiologique additionnée de Gadolinium dilué à 2 ou 3/1000.

Des séquences en T1 avant et après injection intra-articulaire de Gadolinium peuvent être comparées.

Cette technique fait perdre les caractéristiques d'innocuité de l'IRM nécessitant une injection intra-articulaire. Elle peut cependant être très utile notamment pour la recherche de petites fuites capsulaires en particulier dans la pathologie de la coiffe des rotateurs de l'épaule. Elle est limitée par le coût global de l'examen.

5.4. L'arthrographie thérapeutique

L'injection intra-articulaire d'un produit thérapeutique à l'occasion de l'arthrographie représente un acte fondamental et une orientation intéressante de la radiologie interventionnelle. L'intervention consiste en l'instillation d'un produit thérapeutique après l'injection du produit de contraste qui témoigne que l'extrémité de l'aiguille se trouve à l'intérieur de la cavité articulaire :

* corticoïde retard : Cortancyl, Altim, Diprostène, Hexatrione.

* dérivés isotopiques (itrium, herbium radio-actif),

* acide osmique.

Les précautions d'asepsie sont rigoureuses, d'autant plus que les corticoïdes retard ou les anti-inflammatoires risquent de masquer une infection iatrogène.

Le test anesthésique est également utile, l'injection intra-articulaire de produit de contraste fait disparaître la douleur si celle-ci est d'origine articulaire.

6. INCIDENTS ACCIDENTS (SAUF ALLERGIE)

6.1. Hémorragie

Les hémorragies sous-cutanées ou intra-articulaires sont rares.

6.2. L'infection et la complication iatrogène majeure

Les signes douloureux apparaissent deux à trois jours après l'intervention. Il s'agit :

* de signes locaux : douleur, chaleur, rougeur, éventuellement aspect inflammatoire ou même pus au point de ponction.

* de signes généraux : altération de l'état général, fièvre.

* de signes biologiques : augmentation de la VS, et des différents facteurs de l'inflammation. Hyperleucocytose, polynucléose.

La constatation de ces signes doit faire mettre en oeuvre d'urgence :

* une enquête diagnostique immédiate et orientée vers la recherche d'un germe : nouvelle ponction pour faire un nouveau prélèvement. Etude des prélèvements avec recherche de germes, et de leur éventuelle résistance aux antibiotiques.

* un traitement adapté local et général en milieu spécialisé.

6.3. La synovite inflammatoire aiguë

Il s'agit d'une réaction inflammatoire au produit de contraste injecté. Elle se produit quelques heures après l'injection et se manifeste par une douleur inflammatoire, une impotence fonctionnelle. Il s'agit d'une réaction synoviale en règle aseptique. Elle guérit sous traitement anti-inflammatoire, application de glace, éventuellement, ponction évacuatrice.

6.4. Échecs

On peut toujours observer des échecs de la ponction articulaire, avec une ponction extra-articulaire. Si 8 à 10 ml de produit de contraste sont injectés dans les parties molles péri-articulaires, l'arthrographie est impossible en raison des superpositions. On préconise une attente de 3 à 6 heures avant de reprendre l'arthrographie.

7. CAS PARTICULIERS EN FONCTION DE L'ANATOMIE

7.1. Épaules

Radiographies sans préparation face rotation interne, rotation indifférente, rotation externe, profil de coiffe éventuellement profil glénoïdien (si l'on recherche une lésion du rebord glénoïdien ou du bourrelet glénoïdien).

Injection de 6 à 8 ml de produit de contraste hydrosoluble voie antérieure directe (fig. 1).

Figure 1 : point de ponction de l'arthrographie d'épaule.

Radiographies post-injection (fig. 2).

Figure 2 : résultat de l'arthrographie d'épaule.

7.2. Coudes

Radiographies sans préparation : face, profil, trois-quarts.

Ponction externe dans l'interligne radio-humérale. On préconise la position à plat ventre du patient, avec le bras au-dessus de la tête, ce qui permet de suivre l'injection du produit de contraste sous radioscopie télévisée (fig. 3 a et 3 b).

Figure 3 ac: point de ponction de l'arthrographie du coude.

Figure 3 b: résultat de l'arthrographie du coude.

Radiographies face, profil, trois-quarts éventuellement tomographie ou scanner.

7.3. Poignets

Il s'agit habituellement d'une recherche de lésions ligamentaires des ligaments intrinsèques du carpe. On préconise la position à plat ventre du patient avec le bras au-dessus de la tête à plat sur la table. On réalise habituellement ce qu'on appelle une arthrographie triphasée, comportant une injection dans l'articulation médio-carpienne, une injection dans l'articulation radio-cubitale inférieure, puis une injection dans l'articulation radio-carpienne dans cet ordre. Cette arthrographie triphasée n'est pas nécessaire si des passages spontanés se produisent entre ces différents compartiments (fig. 4) :

* radiographies sans préparation face, profil, face en inflexion radiale et cubitale.

* injection dans la médiocarpienne dans l'espace scapho-grand-os trapézoïde (fig 4 a). Injection dans la radio-cubitale inférieure à sa partie supérieure (fig. 4 b). Injection dans la radio-carpienne dans l'espace radio-scaphoïde (fig. 4 c) .

* radiographies post injection identiques aux radiographies pré-injection.

Figure 4 : points de ponction de l'arthrographie du poignet

Figure 4 a : résultat del'arthrographie médiocarpienne

Figure 4 b : résultat de l'arthrographie radiocarpienne

Figure 4 c: résultat de l'arthrographie radiocubitale

7.4. Doigts

Arthrographie des doigts : sans particularité. Il s'avère facile de faire bailler un interligne articulaire par un varus ou valgus pour installer une aiguille fine dans l'espace articulaire.

On peut étudier les métacarpo-phalangiennes ou les interphalangiennes. La recherche d'une lésion capsulo-ligamentaire post-traumatique oriente le chirurgien vers une réparation capsulaire. Sans cela, on peut observer des désaxations chroniques parfois très invalidantes (métacarpo-phalangiennes des pouces ou index).

7.5. Hanches

Il est nécessaire d'utiliser une aiguille de ponction lombaire. On ponctionne sur la face antérieure et interne du col fémoral, qui se trouve complètement intra-articulaire. On doit instiller 8 à 10 ml de produit de contraste.

* clichés sans préparation : face, profil, incidence de Ducroquet, faux profil de hanche.

* injection de 8 à 10 ml de produit de contraste (fig. 5 a, 5 b)

* radiographies post-injection identiques aux radiographies pré-injection.

Figure 5 a : point de ponction de l'arthrographie de hanche

Figure 5 b : résultat de l'arthrographie de hanche.

On porte l'attention sur le cartilage articulaire, le bourrelet, la recherche de corps étrangers.

7.6. Genoux

On doit disposer d'un bilan articulaire complet avant l'examen

* radiographies sans préparation : essai localisé sur les espaces fémoro-tibiaux.

* injection dans l'espace sous-rotulien de 8 à 10 ml de produit de contraste (fig. 6 a, 6 b).

* radiographies méniscales 12 à 18 images par ménisque, radiographies des facettes, radiographies de la tente des ligaments croisés, radiographies axiales de rotule à 90deg..

Figure 6 a : point de ponction de lĠarthrograhie de genou

Figure 6 b : résultat de l'arthrographie

7.7. Chevilles

Radiographies sans préparation face, profil.

Injection de 3 à 5 ml de produit de contraste par voie antérieure. On préconise l'espace astragalo-péronéo-tibial, bien visible en scopie, et directement sous cutané.

Radiographies post injection identiques aux radiographies pré-injection.

7.8. Autres articulations

On peut radiographier après injection intra-articulaire des articulations sous-astragaliennes du tarse antérieur, voire métartarso-phalangienne.

7.9. Discographie lombaire

Facile à réaliser sur table de radiographie télévisée conventionnelle sur un patient en procubitus oblique.

* Radiographies sans préparation face, profil sur l'interligne désiré.

* Système de deux aiguilles, aiguille de ponction lombaire, aiguille discale introduite dans la précédente, par voie postéro-latérale extra-durale, extra-canalaire.

* La position de l'aiguille en place doit être vérifiée par radiographies face, profil. On injecte 1 à 2 ml de produit de contraste hydrosoluble bien toléré par le système nerveux central. On radiographie l'espace face, profil, trois-quarts.

La discographie s'avère le premier geste d'injection intersomatique de liquide thérapeutique :

* Corticoïde retard : nucléorthèse.

* Papaïne : nucléolyse. La nucléolyse nécessite un environnement spécial en raison des risques de choc anaphylactique, et se pratique dans des centres spécialisés, d'autant plus que le produit injecté est à la charge de l'établissement et très coûteux (prix d'une ampoule : 1568 F.).

7.10. Arthrographie articulaire lombaire postérieure

Patient en procubitus.

Radiographies sans préparation sur l'espace intéressé face, profil.

Injection sous la pointe de l'articulaire inférieure de la vertèbre supérieure.

Préconisée pour l'injection thérapeutique intra-articulaire (fig. 7 a, 7 b).

Figure 7 a : point de ponction de l'arthrographie articulaire lombaire postérieure

Figure 7 b : résultat de l'arthrographie articulaire lombaire postérieure

7.11. Discographie cervicale

Voie antérieure après compression au doigt de la peau de façon à arriver au contact du plan dur antérieur qui représente le plan vertébro-discal. On introduit ainsi facilement l'aiguille dans l'espace intersomatique. On injecte 0,5 à 1 ml de produit de contraste. Les radiographies sont effectuées ensuite de face, de profil et de trois-quarts. On peut également instiller un produit thérapeutique (0,5 ml de corticoïde retard : Cortancyl).

7.12. Arthrographie cervicale postérieure

On préconise une voie d'abord postéro-latérale à la partie inférieure de l'interligne articulaire. On instille 1 ml de produit de contraste (puis injection thérapeutique).

7.13. Arthrographie C1-C2

On préconise une voie d'abord postérieure à hauteur de l'interligne C1-C2 postérieure, sur la lame de C2. On utilise une aiguille de 20 g (puis injection thérapeutique).

7.14. Articulation sacro-iliaque

On préconise une voie d'abord inférieure, site où l'articulation est directement sous-cutanée.

7.15. Autres articulations

On peut également injecter les articulations sterno-claviculaires (fig. 8 a, 8 b), acromio-claviculaires (fig. 9 a, 9 b), symphyse pubienne (fig. 10 a, 10 b), temporo-maxillaire, costo-vertébrale, voire des espaces qui peuvent contenir des bourses tels que l'espace interépineux, l'espace coraco-claviculaire.

Figure 8 a : point de ponction de l'articulation sterno-claviculaire

Figure 8 b : résultat de l'arthrographie sterno-claviculaire

Figure 9 a : point de ponction de l'articulation acromio-claviculaire

Figure 9 b : résultat de l'arthrographie de l'articulation acromio-claviculaire

Figure 10 a : point de ponction de la symphyse pubienne

Figure 10 b : résultat de l'arthrographie de symphyse pubienne.

8. EN CONCLUSION

L'arthrographie demeure un moyen très fiable, très sensible et facile à utiliser et peu coûteux, pour l'étude :

* des ménisques du genou,

* de la coiffe des rotateurs de l'épaule,

* des cartilages du genou, de la hanche, de l'épaule, des lésions des ligaments du poignet, des corps étrangers intra-articulaires, d'arthrite inflammatoire et infectieuse à la recherche de germes.

Son avenir se heurte à la compétition à l'IRM, mais elle reste utile pour les prélèvements intra-articulaires et les injections thérapeutiques.

L'objectif thérapeutique est très important, du fait de l'indication croissante des injections de corticoïdes intra-articulaires, avec l'âge. Ceci rend compte de la fréquence actuelle de ces interventions en relation avec le vieillissement général de la population.