Le développement de la glande mammaire dépend de trois facteurs interdépendants : l'âge, la composition du tissu mammaire et l'environnement hormonal. L'organogenèse du sein est un phénomène tardif puisque l'essentiel de la croissance mammaire se fait après la puberté et qu'elle ne se termine qu'au cours de la première grossesse menée à terme.
1.1. De la naissance à la
pubertéA la naissance, les structures mammaires sont rudimentaires. Le sein reste quiescent pendant l'enfance et la croissance se limite à quelques canaux qui se terminent par des bourgeons constitués de cellules épithéliales.
La croissance du sein est en général le premier signe de la puberté ; elle précède d'environ 2 ans la survenue des premières règles. C'est essentiellement l'estradiol sécrété par l'ovaire qui en est responsable. La prolactine, l'hormone de croissance et l'IGF 1 pourraient aussi jouer un rôle à ce stade.
Elles sont classées en 5 stades (classification de Tanner)
C'est une période de forte prolifération du tissu canaliculaire mammaire : formation de bourgeons solides qui se canalisent et s'entourent de tissu conjonctif lâche. Cette croissance s'accompagne d'un début de développement alvéolaire mais la différentiation sécrétoire définitive de l'épithélium ne se fera qu'au cours de la grossesse. Parallèlement, les tissus adipeux et fibreux s'accroissent et représentent à ce stade les 4/5 du sein.
1.3. Au cours du cycleLe sein subit les modifications hormonales du cycle : en phase folliculaire, ils sont de petit volume, souples ; en phase lutéale, on observe un gonflement mammaire avec augmentation du volume et de la température.
Ces variations sont surtout liées à une augmentation de la perméabilité capillaire ; cependant, la composante glandulaire subit quelques variations avec une légère activité sécrétoire en 2deg. partie de cycle, bien qu'il n'y ait pas de véritable prolifération lobulaire au cours du cycle.
1.4. Grossesse et lactationLe sein se prépare à la lactation dès le début de la grossesse : c'est une phase de croissance et de prolifération intense caractérisée par un rythme rapide des mitoses mais aussi des phénomènes d'apoptose (mort cellulaire). La différentiation sécrétoire se fait dans la seconde partie de la grossesse : formation des alvéoles mammaires à partir des bourgeons terminaux des canaux.
A la fin de la grossesse, les cellules alvéolaires se polarisent (captation des précurseurs du lait au pôle basal, excrétion du lait dans la lumière des canaux au pôle apical) et deviennent ainsi fonctionnelles. Cependant, la progestérone inhibe la lactation jusqu'à l'accouchement.
Après la délivrance, le taux des hormones stéro*diennes chute et la glande peut commencer à sécréter le lait, sous l'influence de la prolactine. A ce stade, on assiste à une hypertrophie des cellules alvéolaires. La prolactine stimule la synthèse et la sécrétion du lait tandis que l'ocytocine stimule la contraction des cellules myoépithéliales permettant l'éjection du lait dans les canaux galactophores.
Au moment du sevrage ou en l'absence d'allaitement, la glande mammaire involue : l'activité sécrétoire cesse, la glande retourne à un état moins différentié et reste au repos (ne subissant plus que de légères modifications liées au cycle) jusqu'à la grossesse suivante.
1.5. Après la ménopauseL'arrêt des sécrétions ovariennes provoquent l'involution progressive de la glande mammaire. Les lobules disparaissent et sont remplacés par du tissu fibreux et adipeux. Chez la femme âgée, les structures glandulaires sont réduites à quelques reliquats. Ceci explique la radiotransparence du sein et l'intérêt de la mammographie chez la femme ménopausée.
2. RÔLE DES HORMONESLe sein est sensible à de nombreuses hormones :
2.1. Facteurs hormonauxIls ont un rôle essentiel dans le développement mammaire. De nombreuses études in vitro ont montré qu'ils stimulaient la prolifération des cellules épithéliales. Le mode d'action des estrogènes sur le sein est beaucoup moins clair qu'il ne l'est au niveau de l'endomètre.
En effet, in vivo, ils n'ont pas d'effet prolifératif direct mais stimulent la production d'un certain nombre de facteurs de croissance (TGF[[alpha]], IGF1, PDGF) par les éléments de la matrice extracellulaire. Cependant, cette matrice extracellulaire, abondante sur le sein au repos est très réduite autour des bourgeons en croissance ; Ceci suggère un autre mécanisme d'action sans doute prépondérant des estrogènes : la matrice extracellulaire a un rôle inhibiteur sur la croissance du sein, les estrogènes agiraient en favorisant sa destruction locale permettant aux bourgeons mammaires de proliférer.
Elle est nécessaire à la différentiation lobulo-alvéolaire du sein.
Ses effets sur la prolifération épithéliale restent controversés : pour certains elle inhibe la prolifération cellulaire, pour d'autres elle est plutôt mitogène. In vivo et contrairement à ce qui se passe au niveau de l'endomètre, l'index mitotique des cellules épithéliales est maximal en phase lutéale. En fait, l'action de la progestérone n'est probablement pas univoque :
Quoiqu'il en soit, les deux hormones, estradiol et progestérone, agissent en synergie et sont nécessaires au développement d'une glande apte à la lactation.
Ils s'opposent à la croissance et à la différentiation cellulaire. Chez le foetus mâle, ils provoquent la nécrose de l'ébauche mammaire.
C'est l'hormone lactogène : après l'accouchement, la sécrétion intense de PRL provoque la montée laiteuse.
Elle a aussi un rôle dans la mammogénèse : elle contribue à la différentiation des alvéoles au cours de la grossesse ; elle potentialise l'action de l'estradiol sur les cellules épithéliales et possède in vivo un effet prolifératif.
L'hormone de croissance (via l'IGF1 ? ), l'hormone lactogène placentaire, le cortisol interviennent également dans la mammogénèse.
2.2. Les facteurs de croissanceCertains, comme l'IGF1, l'EGF, le TGF [[alpha]] sont des stimulants généraux de la croissance cellulaire.
D'autres comme le MDGF1 (Mammary Derived Growth Factor I), produit par les cellules épithéliales, sont plus spécifiques du tissu mammaire ; les estrogènes augmentent la sensibilité des cellules épithéliales au MDGF1 mais en retour le MDGF1 stimule la production du collagène IV qui a un rôle inhibiteur sur la prolifération cellulaire. Ceci est un exemple des mécanismes complexes de régulation.
D'autres facteurs comme le TGF [[beta]], le MDGFI (Mammary Derived Growth Inhibitor Factor), la mammostatine sont des inhibiteurs de la prolifération épithéliale.
2.3. Rôle de la matrice
extracellulaire et du stromaL'environnement des cellules épithéliales, c'est à dire les cellules du stroma (adipocytes, fibroblastes) ainsi que la matrice extracellulaire (dont les composants au niveau du sein sont essentiellement le collagène I et IV) joue un rôle essentiel dans la réponse des cellules épithéliales aux stimuli hormonaux et la régulation.
La matrice extracellulaire a plusieurs fonctions :
- estradiol -> lyse partielle de la matrice -> libération de facteurs de croissance
- certains de ses constituants, comme le collagène IV ont à l'inverse un effet inhibiteur, permettant de limiter la prolifération cellulaire.
2.4. L'apoptoseC'est la mort cellulaire <<programmée>> par la cellule elle-même. Elle peut être déclenchée par de nombreux stimuli : déprivation hormonale (ménopause), vieillissement cellulaire, facteurs médicamenteux (chimiothérapie, anti-estrogènes). De nombreuses protéines, proapoptose (bcl2) ou antiapoptose (Bax) contrôlées par des gènes interviennent dans sa régulation.
L' eutrophie mammaire dépend de l'équilibre entre les phénomènes de prolifération, de différentiation et d'apoptose; toute rupture de cet équilibre fragile peut favoriser la croissance tumorale.
3. BIBLIOGRAPHIEPONS JY. Hormones et sein in << les mastopathies bénignes >> Eds Arnette Blackwell. 17es Journées Nationales de la Société Française de sénologie et de pathologie Mammaire - Bordeaux, 11-13 octobre 1995
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