Les myocardiopathies

Pr. Pony

Département de cardiologie et maladies vasculaires
CHU de Rennes, 2 rue Henri Le Guilloux, 35033 Rennes Cedex
 

mis à jour le 14 septembre 1998

1 La myocardiopathie hypertrophique
1.1 Etiologie
1.2 Anatomie pathologique
1.3 Physiopathologie
1.4 Etude clinique
1.5 Evolution
1.6 Les complications
1.7 Les formes cliniques
1.8 Le traitement
2 La myocardiopathie primitive dilatée
2.1 Aspect anatomique
2.2 Physiopathologie
2.3 Etude clinique
2.4 Evolution
2.5 Complications
2.6 Diagnostic
2.7 Le traitement


On emploie indifféremment le terme "cardiomyopathie", désignation anglo-saxonne recommandée par l'O.M.S. (1980) et le terme de "myocardiopathie" surtout utilisé en France.
On entend habituellement par myocardiopathie des atteintes du muscle cardiaque d'allure "primitive", le terme de myocardiopathie étant préférable à celui de cardiomyopathie, ne serait-ce que pour bien limiter le sujet aux maladies du myocarde et pour éviter toute éventuelle confusion avec les atteintes myocardiques des myopathies.
Avec Goodwin (1961), on distingue trois grandes variétés :
- La myocardiopathie hypertrophique, avec ou sans obstruction,
- La myocardiopathie dilatée ou congestive
- La myocardiopathie restrictive, essentiellement représentée par la fibrose endo-myocardique.

1 La myocardiopathie hypertrophique

La myocardiopathie hypertrophique (MCH) est une hypertrophie primitive du myocarde et ses principaux caractères sont :
- elle survient sans aucune cause apparente et serait d'origine génétique, se transmettant suivant un mode autosomique dominant,
- l'hypertrophie intéresse principalement certaines régions du ventricule gauche et notamment le septum interventriculaire, mais elle peut aussi être diffuse,
- elle correspond à un aspect myocardique particulier, réalisant une "désorganisation" des fibres myocardiques.
 
De nombreux travaux ont peu à peu édifié la maladie :
- caractéristiques hémodynamiques décrites par Soulié et Forman en 1958,
- aspect particulier de cette hypertrophie "asymétrique" par Teare en 1958, prédominant sur le septum interventriculaire,
- l'aspect histologique avec des fibres musculaires désorganisées et l'étude clinique par Braunwald en 1960,
- la première cure chirurgicale par Morrow en 1961, puis Bigelow en 1966.

Pendant longtemps, la forme obstructive de la MCH a accaparé toute l'attention, l'obstacle à l'éjection systolique ventriculaire gauche dû au bourrelet septal et le gradient intraventriculaire ayant résumé l'essentiel de la physiopathologie.
Sous l'impulsion de Goodwin en 1961, on insiste sur la composante hypertrophique et les conséquences diastoliques, ce qui amène aujourd'hui à parler de myocardiopathie hypertrophique avec ou sans obstruction, réservant le terme de myocardiopathie non obstructive (MCNO) à celui des myocardiopathies dilatées.

1.1 Etiologie

L'hypothèse la plus souvent retenue est celle qui fait intervenir une stimulation sympathique excessive, entraînant au cours de l'embryogenèse une réponse anormale du myocarde vis-à-vis des catécholamines circulantes.
La MCH se présente sous deux formes :
- l'une familiale, dans un tiers des cas, survenant plus fréquemment dans le sexe féminin, de survenue précoce, avec des risques évolutifs, en premier lieu la mort subite.
- la forme sporadique, atteignant plus volontiers les hommes et se manifestant vers la 3ème ou 4ème décennie, parfois même chez des sujets plus âgés.

1.2 Anatomie pathologique

Dans sa forme typique, l'hypertrophie ventriculaire est avant tout septale, asymétrique. Le septum, très épaissi dans sa partie supérieure, forme un bourrelet de 20 à 25 mm en saillie dans la chambre de chasse.
L'HVG peut intéresser d'autres secteurs : la totalité du septum, réalisant une hypertrophie septale diffuse ; ou bien le septum et la paroi libre, réalisant une hypertrophie concentrique diffuse. L'hypertrophie peut prédominer à la pointe (forme apicale) ou bien réaliser une hypertrophie médio-ventriculaire.
Le ventricule droit est parfois concerné par cette hypertrophie septale.
L'étude microscopique met en évidence une désorganisation des fibres myocardiques, disposées de façon anarchique avec des cellules musculaires très hypertrophiées. Cette désorganisation des fibres myocardiques, véritable marqueur de la maladie, manquerait exceptionnellement.

1.3 Physiopathologie

Le rôle joué par l'obstruction systolique, considéré d'abord comme essentiel, s'est peu à peu réduit au profit des phénomènes diastoliques.

1.3.1 La fonction systolique

Perturbée par deux anomalies :
 
1.3.1.1  l'obstruction systolique ventriculaire gauche
 
Notamment dans la forme obstructive, liée à un obstacle localisé dans la chambre de chasse et formée :
- d'une part par l'épaississement de la partie supérieure du septum qui se majore en systole,
- d'autre part par l'appareil mitral, se déplaçant en avant et constituant, le SAM (Systolic Anterior Movement) sur l'échocardiogramme.
L'obstruction de la chambre de chasse détermine un gradient systolique de pressions avec en amont une chambre à hautes pressions, et en aval une chambre sous-sigmoïdienne à pressions systoliques moins élevées.
Ce gradient augmente sous Isuprel et lors de la contraction post- extrasystolique. Il diminue sous bêta-bloquant.
Ce gradient peut ne pas exister à l'état basal et apparaître par injection d'Isuprel.
Ce gradient intraventriculaire, important pour le diagnostic de myocardiopathie obstructive, est cependant sans parallélisme avec la tolérance de la cardiopathie (notamment la mort subite).
 
1.3.1.2 L'hypercontractilité ventriculaire gauche
 
Qu'elle soit ou non obstructive, avec un volume télédiastolique à peu près normal alors que le volume télésystolique est en général diminué, d'où une fraction d'éjection augmentée.

1.3.2 La fonction diastolique

La diminution de la distancibilité dont témoigne l'augmentation de la pression de remplissage, alors que le volume télédiastolique n'est pas augmenté, est confirmée par tous les procédés d'investigations, ceci entraînant une prolongation du temps de remplissage rapide et de la relaxation isovolumique.

1.3.3 Autres anomalies

L'augmentation de la masse myocardique, la diminution de la relaxation myocardique réduisant le remplissage des artères coronaires, accessoirement l'existence de pont myocardique ou la compression systolique d'artères intramyocardiques, favorisent l'ischémie myocardique.
L'insuffisance mitrale est également relativement fréquente dans la MCH obstructive, de l'ordre de 40 à 100% des cas.

1.4 Etude clinique

De découverte fortuite dans plus de la moitié des cas, à l'occasion d'une anomalie d'auscultation, d'un électrocardiogramme ou bien dans le cadre d'une enquête familiale.

1.4.1 Les signes fonctionnels :

- dyspnée d'effort en général modérée,
- douleurs thoraciques : douleurs d'angine de poitrine d'effort ou bien douleurs atypiques,
- palpitations et parfois accès tachycardiques,
- lipothymies ou syncopes se produisant à l'effort ou de façon inopinée, soit par pause ventriculaire, soit plus volontiers secondaires à des troubles du rythme ventriculaire.

1.4.2 Examen clinique

Dans les formes avec obstruction, existe un souffle systolique particulier séparé du 1er et du 2ème bruit, à maximum mésosystolique, dans la région mésocardiaque, d'intensité habituellement modérée et tout à fait variable (c'est là un de ses caractères), augmenté en position debout, en expiration, par la manœuvre de Valsalva et sous Isuprel ou inhalation d'une ampoule de nitrite d'amyle.
Un souffle d'insuffisance mitrale est fréquent, avec bruit de galop présystolique.
Conservation du 2ème bruit aortique et absence de clic d'éjection (sténose non orificielle).

1.4.3 Les signes radiologiques

La cardiomégalie est en général modérée avec une petite aorte, formant un pédicule étroit.

1.4.4 Electrocardiogramme

Il peut être tout à fait normal.
4 types d'anomalies peuvent se rencontrer :
- hypertrophie ventriculaire gauche,
- présence d'ondes Q (dans 50% des cas). aspect de pseudo-nécrose en dérivations précordiales gauches ou postérieures, attribuée à l'hypertrophie septale,
- troubles de conduction, soit un bloc incomplet gauche (40%), incomplet droit, BAV complet (2%), le bloc de branche gauche complet est exceptionnel (se voit après la chirurgie septale).
- troubles primaires de la repolarisation dans 50% des cas, très divers, avec un aspect d'ischémie ou de lésion essentiellement sous-épicardique, parfois des ondes T inversées et très profondes, amples et pointues dans les formes apicales.

1.4.5 Phonomécanogramme

Le phono précise :
- les caractères du souffle d'obstruction, à maximum mésosystolique, augmenté sous nitrite d'amyle et Isuprel, diminué par la méthoxamine,
- l'insuffisance mitrale.
Le carotidogramme avec un aspect particulier : montée de pressions rapide, premier sommet pointu suivi d'un creux mésosystolique puis d'un deuxième sommet télésystolique (aspect de bulge).
Le temps de demi-ascension est conservé alors que le temps d'éjection est allongé.

1.4.6 Echocardiogramme

C'est l'examen de choix pour faire le diagnostic non invasif et préciser la variété :
- hypertrophie septale asymétrique avec un rapport d'épaisseur septum/paroi postérieure supérieur à 1.3,
- mouvement antérieur de la mitrale en systole (S.A. M. des anglo-saxons),
- cavité ventriculaire gauche réduite,
- fermeture prématurée partielle des sigmoïdes aortiques,
- l'échocardiographie bidimensionnelle précise la localisation des zones hypertrophiées,
- l'écho Doppler prédise l'accélération du flux d'éjection et l'insuffisance mitrale.

1.4.7 Cathétérisme

Gradient de pression systolique intraventriculaire gauche avec enregistrement simultané des deux chambres, soit par voie fémorale rétrograde, soit par cathétérisme trans-septal.
Ce gradient est variable, parfois très élevé, de l'ordre de 100 mm de mercure, parfois au contraire nul à l'état basal. Il augmente sous Isuprel ou par manœuvre de Valsalva.
Augmentation de ce gradient lors de la contraction post-extrasystolique.
Morphologie particulière des courbes de pressions avec une pression systolique élevée à la pointe, une pression systolique plus basse dans la chambre de chasse avec, pour celle-ci, un premier pic de pression suivi d'un plateau descendant. La courbe aortique présente un double sommet systolique identique à celui du carotidogramme.
Elévation de la pression télédiastolique VG dans un tiers des cas.
Cinéangiocardiographie ventriculaire gauche avec, dans sa forme typique, les anomalies suivantes :
- désaxation avec angulation du grand axe de la cavité ventriculaire gauche,
- concavité inférieure située sur le bord inférieur.
Dans d'autres cas, la cavité prend un aspect effilé sur toute sa longueur ou bien peut être parfaitement effacée en systole avec une cavité réduite à une petite chambre sous-aortique (aspect en trident).
Confirmation de l'insuffisance mitrale.

1.5 Evolution

L'évolution de la MCH est en général progressive et lente avec une aggravation de la symptomatologie fonctionnelle, diminution du souffle d'obstruction parfois remplacé par un souffle d'insuffisance mitrale, survenue d'une fibrillation auriculaire, augmentation des volumes cardiaques, et tout ceci conduit à l'installation progressive d'une insuffisance cardiaque congestive, rappelant le tableau d'une myocardiopathie dilatée.
La maladie peut dans d'autres cas rester parfaitement bien tolérée, et ceci pendant des années.
La mortalité globale est d'environ 5% par an, davantage chez le sujet jeune.
La mort subite est le risque majeur de la MCH dans toutes ses formes, obstructive ou non, mal tolérée ou asymptomatique, qu'il s'agisse d'une fibrillation ventriculaire (notamment à l'effort, chez le sujet jeune de moins de 15 ans, avec des antécédents familiaux de mort subite). Nécessité de rechercher l'existence de troubles du rythme par holter et recherche de potentiels tardifs.

1.6 Les complications

En premier lieu les arythmies : fibrillation auriculaire paroxystique, crise de tachycardie supraventriculaire, trouble du rythme ventriculaire de degrés divers avec tachycardie ventriculaire, voire fibrillation ventriculaire.
Les embolies systémiques après passage en arythmie.
L'endocardite bactérienne, surtout sur la valve mitrale.
Le pronostic est souvent imprévisible, mais il faut retenir des éléments péjoratifs : l'âge jeune, la forme familiale, la notion de syncope ou de trouble du rythme ventriculaire ou de mort subite chez les parents. Rappelons que le gradient intraventriculaire n'a pas de valeur prévisionnelle.

1.7 Les formes cliniques

1.7.1 MCH hypertrophique, obstructive ou non obstructive

La forme obstructive, caractérisée par le souffle systolique d'éjection, le carotidogramme à double sommet, une cavité ventriculaire gauche très déformée, l'hypertrophie septale asymétrique, la présence d'un gradient intraventriculaire (précisant que celui-ci peut être absent).
Dans la forme non obstructive, il n'existe pas de souffle éjectionnel, l'hypertrophie est souvent plus diffuse.

1.7.2 Les formes topographiques

La forme hypertrophique diffuse ou concentrique, avec souvent une pression télédiastolique élevée lorsque la cavité ventriculaire est réduite.
Les formes localisées aux parois libres antéro-latérale et postérieure, à la région apexienne réalisant une forme apicale très particulière, décelée par l'échocardiogramme et s'accompagnent d'ondes T géantes négatives volontiers en dérivations précordiales avec un aspect angiographique en "as de pique".
Les formes familiales, dont la fréquence est certes sous-estimée, nécessitant une enquête familiale, avec échocardiogramme et enregistrement holter chez tous les membres de la fratrie.
Les formes du sujet âgé de plus de 60 ans, souvent associées à l'hypertension artérielle et dont la tolérance est assez bonne.

1.7.3 Les formes associées

A un rétrécissement aortique orificiel : Il s'agit non pas d'une véritable MCH, mais plutôt d'une hypertrophie réactionnelle généralement concentrique, prédominant sur le septum.

1.8 Le traitement

1.8.1 Le traitement médical

Interdire la Digitaline, l'Isuprel et les drogues qui effondrent les résistances périphériques tels les dérivés nitrés.
 
Trois médicaments peuvent être utilisés :
- Les bêta-bloquants, avec en premier lieu le Propranolol (Avlocardyl), doses élevées de l'ordre de 480 mg/jour.
Les bêta-bloquants améliorent la symptomatologie fonctionnelle, la compliance ventriculaire gauche, ont un effet plus ou moins antiarythmique et diminuent le nombre des morts subites.
- Le vérapamil (Isoptine) en cas d'intolérance des bêta-bloquants, à des doses de 360 mg/jour.
Le vérapamil améliore la symptomatologie fonctionnelle et la tolérance à l'effort, améliore la relaxation diastolique.
- L'amiodarone (Cordarone), notamment lorsqu'il existe des troubles du rythme ventriculaire, à des doses de l'ordre de 600 mg/jour.
Surveillance des effets secondaires de la Cordarone.

1.8.2 Le traitement chirurgical

Myotomie de Bigelow (incision du bourrelet septal).
Myotomie-myectomie septale de Morrow.
Associées au remplacement de la valve mitrale par une prothèse mécanique plate.
 
Mortalité opératoire de 5 à 15%.
Nécessité de poursuivre le traitement médical après chirurgie (mortalité annuelle 2%).
 
Indications opératoires :
- MCH mal tolérée malgré un traitement médical bien conduit,
- avec un gradient intraventriculaire gauche d'au moins 50 mm de mercure,
- avec insuffisance mitrale.

1.8.3 La stimulation cardiaque

Dont l'intérêt a été démontré récemment, sachant qu'une stimulation séquentielle auriculo-ventriculaire diminue le gradient intraventriculaire, améliore la tolérance à l'effort, et ceci dans la forme obstructive.
Cette amélioration est le fait de plusieurs mécanismes :
- le mouvement paradoxal du septum déclenché par la stimulation du ventricule droit, ayant pour conséquence un élargissement de la voie d'éjection ventriculaire,
- amélioration du remplissage diastolique,
- contribution de la systole auriculaire au remplissage ventriculaire.
 
Indication rare d'un défibrillateur automatique en cas de fibrillation ventriculaire récurrente et tachycardie réfractaire au traitement médical.

2 La myocardiopathie primitive dilatée

La myocardiopathie dilatée (MCD) est une atteinte en apparence primitive de la fibre cardiaque, caractérisée par :
- une dilatation plus ou moins importante d'un ou des deux ventricules,
- une atteinte de la fonction ventriculaire gauche systolique,
- une évolution vers l'insuffisance cardiaque progressivement irréductible,
- un risque de mort à tous les stades de la maladie.
Il s'agit là d'une affection fréquente, s'observant à tout âge mais principalement chez l'adulte jeune entre 20 et 40 ans, trois fois plus souvent chez l'homme que chez la femme.
Soulignons les travaux depuis 1961 de Goodwin précisant les trois grands types de myocardiopathie, primitive par définition, et l'appellation "myocardiopathie non obstructive" précédemment utilisée pour désigner la MCD ne doit plus aujourd'hui être employée.

2.1 Aspect anatomique

Le cœur de la MCD est gros, flasque, pouvant avoisiner 800 à 1000 grammes, avec des cavités très dilatées, notamment le ventricule gauche.
Les thromboses intracavitaires et notamment de la pointe du VG sont fréquentes, les valves sont normales, les anneaux auriculo-ventriculaires sont dilatés.
En microscopie optique, il existe une fibrose interstitielle avec des lésions dégénératives des myocytes, des infiltrats inflammatoires avec œdèmes importants.

2.2 Physiopathologie

Deux perturbations essentielles.

2.2.1 L'atteinte de la fonction contractile ventriculaire

En est le trouble fondamental.
Il existe une diminution des indices de contractilité :
- ralentissement de la montée de pression en fonction du temps (FORMAN, 1973),
- allongement de la contraction isovolumétrique,
- fraction d'éjection globale abaissée.

2.2.2 Augmentation du volume télédiastolique ventriculaire

Précoce, elle compense suivant le mécanisme de Starling, la diminution de contraction de sorte que, initialement, le débit cardiaque est conservé.
Secondairement, le volume télésystolique augmente et la pression télédiastolique normale au début s'élève progressivement.
Ces perturbations physiopathologiques évoluent schématiquement en trois stades :
- 1er stade : diminution de la contractilité, dilatation ventriculaire avec hypertrophie pariétale compensatrice. Pressions, débit et fraction d'éjection sont conservés.
- 2ème stade : fraction d'éjection diminuée, tachycardie.
- 3ème stade, irréversible : chute de l'index cardiaque, chute de la fraction d'éjection, augmentation importante des volumes télédiastolique et télésystolique, avec élévation de la pression télédiastolique ventriculaire gauche.

2.3 Etude clinique

2.3.1 Circonstances de découverte

La maladie est repérée :
- soit fortuitement chez un patient asymptomatique (clichés thoraciques, ECG),
- soit à l'occasion de troubles fonctionnels avec dyspnée d'effort, douleur thoracique insensible à la TNT, trouble du rythme, accident thromboembolique, manifestations d'insuffisance cardiaque.

2.3.2 Examen clinique

La MCD se traduit par une insuffisance cardiaque gauche, droite ou globale, à gros cœur, avec quelques particularités :
- une atteinte de l'état général avec une asthénie physique, une mauvaise tolérance à l'effort,
- certaines données de l'examen : tachycardie sinusale, bruit de galop de sommation, souffle systolique d'insuffisance mitrale fonctionnelle, deuxième bruit claqué au foyer pulmonaire, pressions artérielles systémiques basses au-dessous de 100 mm de mercure,
- l'importance particulière des signes d'insuffisance cardiaque droite, insolite pour une cardiopathie à priori gauche,
- et surtout une cardiomégalie avec un gros cœur immobile en scopie.

2.3.3 Examen radiologique

La cardiomégalie net manque presque jamais, habituellement importante avec un rapport cardio-thoracique dépassant 0,60 dans 30% des cas.
La dilatation cardiaque est souvent globale, prédominant sur le ventricule gauche, avec un arc supérieur gauche aortique au contraire réduit (gros cœur, petite aorte).
La cinétique cardiaque est très diminuée, voire nulle.
Fréquence des signes d'hypertension capillaire pulmonaire.

2.3.4 Electrocardiogramme

Troubles de conduction fréquents avec bloc de branche gauche complet., (25%), bloc incomplet gauche (22%), hémibloc antérieur gauche. Les troubles de conduction auriculo-ventriculaires sont plus rares.
Hypertrophie ventriculaire gauche dans 50% des cas avec parfois des ondes Q pathologiques de pseudo-nécrose.
Troubles du rythme fréquents à l'étage ventriculaire. Fibrillation. auriculaire dans 30% des cas.
Anomalies de la repolarisation ventriculaire.

2.3.5 Phonomécanogramme

Bruit de galop protodiastolique parfois superposé à un B 4.
Allongement de la période pré-éjectionnelle.
Raccourcissement de la période éjectionnelle.
Aspect de bas débit du carotidogramme avec une forme ogivale et symétrique, incisure catacrote basse.

2.3.6 Echocardiogramme

Dilatation cardiaque globale avec des diamètres télédiastoliques augmentés,
Diminution diffuse et homogène de la cinétique ventriculaire,
Réduction plus ou moins importante du débit cardiaque,
Epaisseur des parois ventriculaires gauches normale, avec une épaisseur septale plutôt diminuée,
Fréquence de thrombus dans la pointe du VG.
 
L'échocardiogramme permet de suivre l'évolution de la maladie.

2.3.7 Les explorations isotopiques

Gammascintigraphie au technétium 99, scintigraphie myocardique au thallium,
sont capables de fournir des résultats parfois plus intéressants que ceux recueillis par l'échocardiographie et l'angiographie conventionnelle concernant les volumes cavitaires, la contractilité et les fractions d'éjection segmentaires.

2.3.8 Cathétérisme cardiaque

Pressions intra-cardiaques : élévation de la PTD VG au-dessus de 10 mm de mercure avec élévation des pressions capillaires et artérielles pulmonaires. Pressions des cavités droites élevées si atteinte ventriculaire droite,
Ventriculographie gauche : cavité ventriculaire dilatée avec fraction d'éjection diminuée, hypokinésie habituellement diffuse, parfois segmentaire,
Débit cardiaque et volume d'éjection systolique diminués (sauf au début de la maladie),
Insuffisance mitrale fonctionnelle,
La coronarographie est habituellement normale, éliminant une myocardiopathie d'origine ischémique,
Biopsie myocardique : examen souvent décevant, manquant de spécificité, permettant parfois d'identifier certaines cardiopathies de surcharge et des myocardites.

2.4 Evolution

L'évolution est très variable depuis les formes lentes, se prolongeant sur des années, jusqu'aux formes galopantes aboutissant en quelques mois à une déchéance myocardique irréversible avec des poussées répétées d'insuffisance cardiaque.
La survie moyenne est de 7 ans après la découverte fortuite de la maladie, de 4 ans après les premiers symptômes fonctionnels, de 2 ans après le début de l'insuffisance cardiaque (Lenègre, 1972).

2.5 Complications

Deux complications fréquentes :

2.5.1 Complications thrombo-emboliques :

- embolie systémique à partir des cavités cardiaques gauches dilatées,
- embolie pulmonaire (25%) due à des thromboses du cœur droit et des veines des jambes.
Les unes et les autres justifient le traitement anticoagulant systématique de toute MCD, même en rythme sinusal.

2.5.2 Les troubles du rythme cardiaque :

- fibrillation auriculaire fréquente, favorisant la survenue d'embolie systémique,
- troubles du rythme ventriculaire : extrasystoles, tachycardie ventriculaire (fréquente si fraction d'éjection inférieure à 30%).

2.6 Diagnostic

Devant une insuffisance cardiaque avec un gros cœur peu battant, apparue sans raison chez un homme d'âge moyen, il faut évoquer en principe une MCD.
Auparavant, il faut éliminer certaines cardiopathies :
- cardiopathie ischémique et silencieuse, nécessitant ainsi une coronarographie de principe,
- cardiopathies hypertensives décompensées,
- insuffisance mitrale organique évoluée en insuffisance cardiaque avec gros cœur,
- les péricardites avec épanchement chronique, gros cœur immobile, la péricardite chronique constrictive en insuffisance cardiaque,
- les autres myocardiopathies :
=> la MCH avec ou sans obstruction : on connaît de rares cas de MCH évoluant secondairement vers une MCD,
=> la myocardiopathie à forme restrictive.
- les myocardiopathies secondaires (il existe ainsi de nombreuses atteintes myocardiques secondaires qu'il faudrait en principe éliminer pour parler de MCD primitive, ce qui suppose une enquête importante, fort coûteuse et souvent négative) :
=> cardiopathie ischémique,
=> MCH et valvulopathie,
=> maladies infectieuses: coxsackie, rickettsiose, mononucléose, etc...
=> maladies thyroïdiennes,
=> maladies musculaires,
=> maladies métaboliques dont la vitaminose B,
=> maladies de surcharge: amylose, hémochromatose,
=> maladies de système (LED, sclérodermie, PAN),
=> la myocardiopathie alcoolique,
=> la sarcoïdose,
=> la myocardiopathie puerpérale (syndrome de Meadows) en rapprochant la myocardiopathie des bêtamimétiques (Salbutamol).
=> origines toxiques : chimiothérapie anticancéreuse (adriamycine), neuroleptiques (imipramine).

2.7 Le traitement

Il est d'une part étiologique s'il s'agit d'une MCD secondaire.
Dans les formes primitives, le traitement vasodilatateur et surtout la transplantation cardiaque ont permis d'obtenir une sensible prolongation de la survie.

2.7.1 Les règles hygiéno-diététiques

2.7.2 Traitements médicamenteux

2.7.2.1 Les salidiurétiques
 
2.7.2.2 Les digitaliques
 
Dont l'intérêt est indiscutable en cas d'arythmie complète. Prudence en cas de mauvaise fonction ventriculaire gauche.
 
2.7.2.3 Les inotropes positifs non digitaliques
 
Aucun intérêt par voie orale.
Intérêt par voie veineuse en attente d'une transplantation cardiaque.
 
2.7.2.4 Le traitement vasodilatateur (cf. cours "Insuffisance cardiaque") :
 
- les dérivés nitrés,
- la dihydralazine, aujourd'hui peu employée,
- les inhibiteurs calciques, dihydropyridine (sans inotropisme négatif)
- la molsidomine,
- les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine, de grand intérêt, en surveillant la fonction rénale, la tolérance tensionnelle. S'ils sont associés à un diurétique, choisir un épargneur de potassium.
- la prasozine.
 
Ce traitement vasodilatateur ne dispense pas du traitement digitalodiurétique. Il représente une acquisition importante dans le traitement de la MCD, mais souvent l'amélioration est de courte durée. Cependant, les IEC pourraient diminuer sensiblement la mortalité et prolonger la survie.
 
2.7.2.5 Les autres médicaments :
 
- antivitamines K : justifiés car les embolies systémiques sont fréquentes, à plus forte raison en cas de fibrillation auriculaire,
- les médicaments antiarythmiques, rappelant cependant leur effet inotrope négatif et le risque d'aggraver un trouble de conduction.
L'amiodarone serait peut-être le mieux toléré.

2.7.3 La transplantation cardiaque

Dont le pronostic a été nettement amélioré depuis l'introduction de la cyclosporine.
Tenir compte des contre-indications de la transplantation, et notamment des pressions et résistances artérielles pulmonaires.
Les indications sont aujourd'hui élargies au stade 3 de la NYHA avant que les résistances artérielles pulmonaires ne soient fixées.
La MCD représente, avec la cardiopathie ischémique en insuffisance cardiaque globale irréductible, l'indication majeure de la transplantation cardiaque: 43% dans la série Shumway, 72% dans celle de Cabrol.