Elle est d'ordre biologique. Normalement les plaquettes
se chiffrent entre 150 et 400.109/1 (150-400
000 par mm3).
L'hyperplaquettose se traduit par un chiffre de plaquettes supérieur
ou égal à 500.109/l ou 500
000 éléments par mm3 à
deux examens successifs à quelques semaines d'intervalle.
2 Circonstances de découverte
Hémogramme systématique sans point d'appel clinique (découverte
fortuite).
Dans des contextes pathologiques ou prédominent en fréquence
les carences en fer, les syndromes inflammatoires chroniques.
Dans ces deux cas, une hyperplaquettose est fréquemment observée
associée à une anémie de type carentielle ou inflammatoire.
Devant des complications révélatrices qui peuvent être
soit de type hémorragique (hémorragie muqueuse), soit
de type thrombotique (capillaire, veineuse ou artériolaire).
3 Diagnostic étiologique
Les thrombocytoses secondaires liées à une pathologie
sous-jacente.
Les thrombocytoses essentielles correspondant à un syndrome
myéloprolifératif : leucémie myéloïde
chronique, polyglobulie primitive, plus exceptionnellement splénomégalie
myéloïde. Thrombocytémie essentielle enfin.
3.1 Les thrombocytoses
secondaires
Outre leur caractère satellite d'autres manifestations pathologiques,
elles ont en commun :
- leur amplitude en règle modérée (comprise entre
500 et 800.109/1).
- l'absence d'anomalie plaquettaire in vitro (il s'agit de plaquettes
normales)
- l'absence de splénomégalie.
Tous ces éléments sont importants pour le diagnostic
différentiel d'avec les thrombocytoses des syndromes myéloprolifératifs.
Les étiologies sont :
3.1.1 Les asplénies
Se souvenir qu'à l'état normal, 1/3 de la population plaquettaire
de l'organisme se situe à l'intérieur de la rate.
3.1.1.1 Splénectomie chirurgicale
Apparition rapide dans les jours qui suivent l'intervention.
Apogée vers le 14ème jour (en règle inférieures
à 1 000 x 109/l)
Régression progressive totale ou partielle en 6 à 8 semaines.
Un chiffre entre 400 et 500 000 plaquettes est fréquemment observé
de façon résiduelle et définitive.
3.1.1.2 Asplénie congénitale (rare, démontrée
par échographie voire scintigraphie splénique) ou acquise
(secondaire à des infarctus répétés de la rate).
C'est le cas observé en particulier dans les drépanocytoses,
homozygotes. Les phénomènes thrombotiques répétés
sont responsables de la disparition de la rate et constituent un facteur
supplémentaire des infections notamment à germes encapsulés.
3.1.2 Thrombocytoses "d'entraînement"
Observées dans le contexte d'une hyperproduction médullaire
réactionnelle consécutive à :
- une hémorragie aiguë et donc en règle transitoire.
- une hémolyse aiguë ou chronique importante.
3.1.3 Les hyposidérémies chroniques
3.1.3.1 Carences martiales vraies
Un saignement chronique d'origine gynécologique ou digestif,
plus qu'une carence d'apport peu fréquente sous nos climats entraîne
un effondrement des réserves du fer et la constitution secondaire
d'une anémie microcytaire et hypochrome, souvent associée
à une thrombocytose entre 500 et 800 x 109/1.
L'hyperplaquettose disparaît avec la restauration des stocks
de fer par le traitement substitutif.
3.1.3.2 Syndrome inflammatoire chronique
L'hyposidérémie n'est pas liée à une carence
(les réserves sont normales ou augmentées) mais à
la non disponibilité de ces réserves, bloquées dans
le système des monocytes macrophages).
Ceci s'observe par exemple dans les polyarthrites chroniques, les connectivites,
la rectocolite hémorragique, la colite ulcéreuse ou les suppurations
prolongées.
L'anémie peu marquée, plus ou moins hypochrome s'accompagne
d'une hyperplaquettose qui dans certains cas peut être majeure et
dépasser 1 000 x 109/1.
Le traitement est celui de la cause de l'inflammation : il ne faut
en aucun cas apporter du fer.
3.2 La thrombocytémie
essentielle
3.2.1 Définition
Syndrome myéloprolifératif avec anomalie acquise d'une cellule
souche myéloïde pluripotente. L'étiologie en est inconnue.
3.2.2 Signes cliniques :
- âge moyen autour de 50 ans mais des thrombocytémies peuvent
être observées notamment dans le sexe féminin chez
les sujets jeunes.
- le mode de révélation : asymptomatique, ou au contraire
révélé par des hémorragies témoin d'anomalie
fonctionnelle des plaquettes (hémorragie muqueuse ou provoquée
par un geste chirurgical, une avulsion dentaire)...
A l'inverse, une maladie thrombotique peut être révélatrice
: thrombose veineuse, phlébite superficielle ou profonde (veine
mésentérique, veine porte). Thrombose de la microcirculation
capillaire avec des dysesthésies des extrémités des
membres, soulagées par un traitement anti-agrégant type Aspirine
ce que découvre le patient parfois de lui même ; acrosyndrome
ou syndrome de Raynaud, marbrure des segments jambiers des membres inférieurs
ou du pied ; ischémie des doigts voir nécrose ; troubles
visuels (amblyopie, scotome ... ).
L'examen clinique retrouve une splénomégalie en règle
modérée dans un cas sur deux. Il n'y a pas d'autre signe
clinique.
3.2.3 Signes biologiques : Hémogramme
- hyperplaquettose supérieure à 500 x 109/1
par définition, pouvant atteindre 800, 1000 voir 2000 x 109/1.
- anisocytose plaquettaire avec plaquettes géantes.
- par ailleurs, possibilité d'une hyperleucocytose modérée
entre 10 et 15 x 109/1, essentiellement
granuleuse ; possibilité d'une hyperbasophilie.
- absence d'anomalie de la lignée rouge en tous cas jamais de
polyglobulie. Possibilité d'une anémie associée par
saignement.
Tests fonctionnels plaquettaires : anomalie fonctionnelle des plaquettes
le plus souvent de type déficitaire avec troubles de l'hémostase
primaire : allongement du temps de saignement, anomalie de l'agrégabilité
des plaquettes fréquente (adrénaline, ADP).
Myélogramme :
Le myélogramme est sans intérêt montrant de nombreux
mégacaryocytes et des amas plaquettaires associés.
BOM ++ :
Moelle riche, plus ou moins hyperplasique avec diminution des cellules
adipeuses.
Mégacaryocytes nombreux, en amas, de grande taille à
cytoplasme anormalement étendu.
Myélofibrose inexistante ou modérée.
Cytogénétique :
Absence de chromosome de Philadelphie ++
Au total : diagnostic positif il s'agit d'une hyperplaquettose
importante et chronique dont le diagnostic est un diagnostic d'élimination
:
- absence de syndrome inflammatoire (VS, CRP), fer sérique normal,
ferritine normale.
- élimination des autres syndromes myéloprolifératifs
: volume globulaire isotopique qu'il faut systématiquement contrôler
sans anomalie, absence de myélofibrose ; absence de chromosome de
Philadelphie.
3.2.4 Evolution
Sous traitement bien conduit, sont levés les risques de thrombose
et d'hémorragie.
La chronicité de l'affection est remarquable avec des survies
supérieures à 10 ans. A noter l'exceptionnelle transformation
en une leucémie aiguë (inférieur à 5 %) ou l'évolution
vers d'autres syndromes myéloprolifératifs avec développement
d'une myélofibrose.
3.2.5 Traitement
Il doit tenir compte des risques de complication liés à la
maladie ou au terrain sur lequel elle survient, également des risques
de complication liés au traitement, du bon pronostic d'ensemble.
L'attitude préconisée peut être la suivante :
- maladie asymptomatique, sans facteur de risque (terrain
vasculaire, absence d'antécédents de thrombose ou d'accidents
vasculaires cérébraux ou cardiaque), plaquettes inférieures
à 800 x 109/1 : abstention possible
sous couvert d'une surveillance. - maladie symptomatique (signes fonctionnels ou accidents
thrombotiques) ou à risque en raison des antécédents
du patient, d'un état artériel ou veineux à risque
de thrombose, chiffre élevé des plaquettes (encore qu'il
n'y ait pas de parallélisme entre le nombre des plaquettes et le
risque de survenue d'un accident évolutif) : un traitement est
à entreprendre.
traitement de fond chimiothérapie : traitement cytoréducteur
en règle par l'HYDREA ++ à raison de 3 ou 2 gélules/24
h. Ce n'est qu'en cas d'échec de ce traitement, que pourront être
envisagées d'autres thérapeutiques cytoréductrices
avec des drogues potentiellement mutagènes ALKERAN, MISULBAN, PHOSPHORE
32.
l'Interferon recombinant Alpha a pu être utilisé avec succès
dans les cas d'échec des traitements cytoréducteurs.
traitement symptomatique : cytophérèse en cas d'hyperplaquettose
majeure ou de thrombose grave évolutive.
anti-agrégants plaquettaires type Aspirine faiblement dosée
ou Persantine* (dypyridamole).