AFFECTIONS PROFESSIONNELLES
RENCONTRÉES CHEZ LE PERSONNEL DE SANTÉ
Institut Universitaire
de Médecine du Travail de Rennes
cours mis à jour le 3 décembre 1997
ABREVIATIONS
L'apparition des hôpitaux
au Moyen-Age doit tout à l'improvisation. Aussi malgré
l'unification progressive qui a été réalisée
depuis, il n'est pas surprenant de découvrir des différences
notables dans l'organisation de ces établissements : (regroupement
des spécialités, principes architecturaux généraux…).
Le passé a aussi légué des bâtiments, parfois
plusieurs fois centenaires et qui sont encore partiellement utilisés
après aménagement. Les années 60 à 70 ont
vu la disparition des salles communes. Nous allons lentement vers la
généralisation des chambres individuelles avec salle de
bain. L'hôpital est un chantier permanent. Le médecin du
travail doit être associé à la définition
des besoins et donne un avis sur la conception ergonomique des locaux
projetés.
2.- GÉNÉRALITÉS
L'évolution des métiers
de l'hôpital est constante
Ainsi les méthodes de soins ont beaucoup évolué
pendant les vingt dernières années et la durée
de séjour est aujourd'hui très brève, parfois quelques
heures, même pour des gestes chirurgicaux. La conséquence
est la création des hôpitaux de jours, aux horaires de
travail plus réguliers. Le soucis d'utiliser au mieux les fonds
amène à la fermeture des salles pendant les vacances ou
les fins de semaine (les moments calmes de la vie des équipes
soignantes disparaissent).
Les titularisations sont souvent tardives et la précarisation
que cette pratique induit est dommageable à la santé des
agents affectés souvent à un "pool de remplacement" qui
les déplace souvent d'un poste à un autre. Les carrières
s'allongent chez les infirmières et les contraintes autrefois
acceptées par de toutes jeunes femmes ou des religieuses ne le
sont plus par des femmes d'âge mûr ou vieillissantes.
Certaines activités sont confiées à des entreprises
extérieures (alimentation, déchets, nettoyage…). Dans
le même temps, les hôpitaux deviennent prestataires de services
(blanchisserie, informatique…) pour d'autres entités économiques.
Les mentalités ont parfois du mal à s'adapter.
Tous les métiers sont
représentés à l'hôpital
La plupart y sont exercés avec des contraintes particulières
(blanchisserie, cuisine, secrétariat, standard téléphonique,
ateliers de réparation des matériels). Sans doute certains
métiers n'en sont pas transformés (courrier, entretien
des jardins, funerarium…), mais le médecin du travail devra être
attentif aux conditions exactes d'exercice de toutes ces activités
et ne pas s'en tenir à l'intitulé parfois vague qui lui
est communiqué. Ainsi les hospitalo-universitaires sont par leurs
activités extra-hospitalières exposés à
des risques inattendus comme ceux des animaleries.
Il faut évoquer les cabinets
libéraux (infirmières, médecins, dentistes, masseurs-kinésithérapeutes…),
les dispensaires, les infirmeries de prisons etc… La diversité
des modes d'exercice avec leurs risques propres est donc grande.
Le personnel de soin est nombreux
: environ un million de personnes en France.
Infirmières : 322 000
Sages-femmes : 12 000
Agents de service et aides soignants : 301 000
Masseurs kinésithérapeutes : 42 000
Techniciens de laboratoires : 19 000
Médico-technique : 20 000
Autres : ass. sociales, psychologues, orthophonistes… : 31 000
Médecins : 159 000
Chirurgiens-dentistes : 39 500
Total = 948 500 (dont 718 300 salariés et 230 200 libéraux).
L'hôpital est parfois
une entreprise énorme
- l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Paris : 75 000 agents, 19
000 médecins et internes, 51 500 paramédicaux, 59 médecins
du travail, 43 hôpitaux.
- les Hospices civils de Lyon : 23 000 salariés, 1 500 personnes
dans les blocs opératoires, 111 salles d'opérations, 50
salles d'endoscopie.
- Le CHRU de Rennes emploie 6747 répartis en 90 métiers
:
Personnel médical = 1031 : 451 praticiens hospitaliers
et assistants des höpitaux, 315 internes, 265 médecins attachés,
Personnel non médical = 5716 : 3814 soignants (IDE, aides-soignants,
agents de service hospitaliers, kinésithérapeutes...),
804 agents des services techniques et généraux (service
de sécurité, chauffeurs-livreurs, personnels de cuisines,
électriciens, plombiers, personnel de la lingerie...), 718 agents
administratifs, 380 agents médico-techniques (techniciens de
laboratoire, manipulateurs-radio, techniciens EEG , préparateurs
en pharmacie et en matériel...).
L'hôpital est souvent le principal employeur d'une commune voire
d'une région. La réforme en est rendue délicate.
À côté de l'hôpital public, que nous connaissons
pour y avoir fait nos études, il faut rappeler les statuts privés
(à but lucratif et non lucratif), les hôpitaux psychiatriques,
les hôpitaux spécialisés en gériatrie…
3.- LES
ACCIDENTS DU TRAVAIL
Ils ont des causes multiples.
- Pour les activités de soins, les piqûres et coupures
par matériel médical, par la verrerie de laboratoire sont
les plus fréquentes. Les électrisations par matériel
de moniteur, lors des chocs électriques externes, par électrodes
manipulées par les chirurgiens sont rares. Les incendies dans
les hôpitaux ont souvent de lourds bilans. La mise en conformité
aux normes "incendies" et "électricité" est très
avancée maintenant. Les laboratoires doivent conserver leurs
réserves de solvants selon des règles fixées (pour
les principaux, se reporter aux fiches INRS).
- Hors secteur de soins, les accidents de circulation peuvent
advenir aux ambulanciers, aux chauffeurs du SAMU et au personnel transporté,
aux nombreux chauffeurs de camion d'un hôpital. Les accidents
du travail des jardiniers, garagistes, laveurs de vitres, agents des
ateliers de réparation sont sans particularité.
4.- MALADIES
INFECTIEUSES
Elles sont largement prévues
par les tableaux de maladies professionnelles. Les travaux de laboratoires
sont toujours cités, les travaux en milieu de soins sont prévus
par les tableaux 40, 76, 80.
| Amibiase 55 |
Kératoconjontivite virale
80 |
Rickettsioses aiguës 53
A |
| Brucellose 24 |
Leptospiroses 19 A |
Rouget de porc 88 |
| Charbon 18 |
Meningococcies 76 F |
Shigellose 76 H |
| Choléra 76 i |
Mycoses du cuir chevelu 46 A |
Staphylocoque 76 A |
| Dysenterie bacillaire 76 H |
Mycoses cutanées 46 B |
Streptocoque B hémol.
76 E |
| Entérobactéries
76 C |
Ornithose-psittacose 87 |
Streptococcus suis 92 |
| Fièvre de Lassa 76 J |
Pasteurelloses 86 |
Syphilis cutanée primaire
76 L |
| Fièvres typhoïdes et paratyph.
76 G |
Pneumocoques 76 D |
Tuberculoses 40 a, 40 b, 76 M |
| Fièvre Q 53 B |
Poliomyèlite 54 |
Tularémie 68 |
| Gonococcie cutanée 76
K |
Pseudomonas aeroginosa 76 B |
|
| Hépatite virale A, B , non A non B
45 |
Rage 56 |
|
5.- MALADIES
DUES AUX NUISANCES PHYSIQUES
Milieu hyperbare
Il concerne les médecins et infirmières qui accompagnent
parfois les patients dans les caissons soumis à 2 ou 3 atmosphères.
Il occasionne dans l'immédiat des douleurs digestives, de rares
otites.
Rayonnements ionisants
Leur utilisation médicale se modifie. Les scopies sont devenues
exceptionnelles. Les radiographies systématiques sont abandonnées
(poumons, crâne).
Les sources les plus dangereuses sont celles des chirurgiens-dentistes,
lesquels parfois, ne prennent pas les plus élémentaires
précautions pour protéger leurs mains. Les chirurgiens
orthopédistes, eux aussi, restent notablement exposés,
surtout lors des réductions de fractures sous scopie. Pour les
autres catégories d'utilisateurs, essentiellement médecins
radiologues et manipulateurs-radio, le risque est quasi nul (pour la
pathologie : radiodermite, épithélioma, hémopathies
malignes, néoplasies et cataracte, se reporter aux exposés
faits par ailleurs). Le médecin du travail doit vérifier
l'utilisation des dosifilms, tenir un dossier médical spécial,
les fiches d'exposition où figurent les divers examens biologiques
orientés réalisés, les résultats des développements
des dosifilms. La visite d'aptitude a une périodicité
de 6 mois. Le rôle essentiel reste de rappeler les consignes de
prudence aux personnels des catégories insouciantes.
Les postures
Le brancardage improvisé des aides soignants à l'occasion
d'une admission ou de la réfection d'un lit est le grand pourvoyeur
de douleurs à type de sciatique. Les troubles musculo-squelettiques
se retrouvent avec certains travaux de ménage ou de cuisine.
L'éclairage
Il est souvent mauvais : plafonds trop élevés, tubes néons
qui clignotent, mauvais rendu des couleurs, lampes veilleuses pour la
nuit, tournées de nuit éclairées par la lampe de
poche. Il peut être excessif avec certains microscopes, scialytiques
ou négatoscopes. La nature même des locaux est souvent
en cause : services enterrés, salles de radiologie, coursives
de blocs opératoires et salles de soins aveugles. La fatigue
visuelle en est la conséquence. Le port de lentilles de correction
visuelle est parfois inconfortable quand s'ajoutent le dérèglement
des systèmes de ventilation, la sécheresse de l'air et
la surcharge infectieuse.
Le confort thermique
Il est satisfaisant, du moins pour le personnel. Le contraste thermique
est souvent extrême pour les coursiers alternant séjours
au froid extérieur et à la forte chaleur des pavillons,
en particulier de pédiatrie.
La ventilation mécanique contrôlée est souvent l'objet
de plaintes (air trop sec, trop froid). Les salles en flux laminaire,
les scaphandres ventilés de salles d'opération demandent
une courte adaptation.
Le bruit
Il est incessant dans ces lieux de repos des malades, mais la surdité
n'y est pas à craindre. Notons quelques études pour de
nouveaux matériels tels les lithotripteurs. La fatigue nerveuse
et les difficultés de concentration, elles, sont bien présentes
(sonnettes, bips, téléphones, haut-parleurs, alarmes interrompent
les tâches et rappellent ou annoncent des difficultés à
traiter en bouleversant l'ordre des priorités).
Les odeurs
Elles surprennent les visiteurs. Elles sont souvent puissantes, parfois
associées à des souvenirs ou sensations désagréables.
On s'y accoutume, on les transporte et l'entourage le signale. Le comportement
de l'homme face aux odeurs et ses moyens de défense sont encore
peu étudiés.
6.- RISQUES
TOXIQUES
Cytostatiques
Ils sont utilisés depuis 1942. Localement ils sont responsables,
en cas de contact, d'irritations, de nécroses locales. Lors d'utilisations
fréquentes, on redoute, mais actuellement sans preuve épidémiologique,
un risque accru de cancers. (Parmi les arguments avancés, on
a noté un pouvoir mutagène élevé des urines
des infirmières qui manipulent ces produit, même en tenant
compte d'un éventuel tabagisme). Le centre national d'information
sur le médicament hospitalier propose un indice de contact cytostatique
:
R est le nombre de reconstitutions ou de préparations,
A est le nombre d'administrations,
H le nombre d'heures de travail.
Si ICC < 1, donc si l'activité
reste modérée (on préfère ne pas dépasser
10 manipulations par semaines et par agents) on pourra effectuer ce
travail dans les services eux-mêmes, mais avec des précautions
particulières : local réservé avec matériel
de sécurité, port de blouse imperméable, gants
de latex, lunettes protectrices, masque. On utilise un champ jetable
dont la face imperméable sera sur la paillasse. L'ajustement
des doses, par rejet d'une partie du contenu de la seringue se fera
dans une compresse afin d'éviter les aérosols.
Si l'indice est supérieur à 1, il faudra, pour tout l'hôpital,
centraliser les préparations à réaliser dans un
local spécial muni d'une hotte à flux laminaire voire
d'un local de laboratoire type P2 (sas, sous pression…) où on
travaillera sous hotte ou sous scaphandre avec boite à gants.
Le rôle du médecin du travail sera d'inciter à l'achat
de produits déjà dilués, de flacons prêts
à l'emploi. Il devra informer sur les dangers, faire prévoir
des protocoles de secours ou de nettoyage en cas d'urgence (l'improvisation
est ici redoutable). Il tentera de déceler et d'imputer les allergies.
Il conviendra aussi d'écarter de ce risque les femmes enceintes
ou allaitant, de tenir un registre des accidents bénins, d'analyser
les incidents pour en prévoir la répétition, de
vérifier l'existence du registre journalier des manipulations
à propos desquelles sont notés les produits, les doses
et le nom des agents. La surveillance pourra amener à faire pratiquer
une numération formule sanguine dont la périodicité
dépendra de l'appréciation du médecin, des dosages
urinaires ou sanguins de cytostatiques manipulés. Des techniques
de surveillance biologique plus sophistiquées sont étudiées
pour l'avenir.
Les anesthésiques volatiles
Les atteintes organiques sont, pour le personnel médical, rares
mais certaines (hépatites dues à l'halothane, atteintes
rénales dues au méthoxyflurane, agranulocytoses dues à
l'oxyde d'azote). On remarque aussi une augmentation du nombre d'avortements
spontanés chez les femmes travaillant dans les blocs opératoires
où ces substances sont manipulées. Il est recommandé
de ne pas dépasser des concentrations de 25 ppm pour le N2O,
de 2 ppm pour l'halothane (TRG :89).
Une enquête récente
rappelle que beaucoup d'installations ne permettent pas de les respecter.
Les salles d'endoscopie y sont particulièrement mal notées.
(Les gestes sont brefs, donc les inductions anesthésiques successives
nombreuses). Les solutions techniques qu'appellent ces problèmes
sont coûteuses car il faut adapter les systèmes de ventilation
des blocs opératoires et transformer ou remplacer les respirateurs
pour qu'ils fonctionnent en circuit fermé (réinsufflation
des gaz expirés).
Le mercure
C'est un contaminant fréquent des cabinets dentaires mais la
prévention de cette pollution est possible en utilisant sols
et murs lisses (pas de moquette murale si fréquente il y a 10
ans), en récupérant les gouttelettes perdues lors des
manipulations, en ventilant suffisamment les locaux. Des mélanges
prédosés en gélules pour amalgames dentaires sont
maintenant proposés.
À l'hôpital, la précision du thermomètre
à mercure est inutile. Le thermomètre à alcool
(ou les sondes thermiques aujourd'hui proposées) devraient les
remplacer. Chaque année les établissements de santé
achètent 5 millions de thermomètres à mercure,
leur durée de vie est estimée à 1 mois! ( B.E.H.
n°47, 1995) Lorsque le tube est cassé, le métal se
volatilise lentement. Il faut à chaque bris récupérer
le mercure au fond d'un verre d'eau et l'adresser, avec les fragments
de verre, à la pharmacie (TRG 2).
L'oxyde d'éthylène
C'est un irritant puissant, allergisant, possible cancérogène.
Il devrait être moins utilisé dans l'avenir car beaucoup
de machines utilisent des fréons, de plus il est inefficaces
sur les prions. On le réservait au matériel thermo destructible.
Il peut être remplacé par les rayons gamma, ou parla méthode
du gaz-plasma.
Le formol
C'est un puissant irritant de la peau et des muqueuses, allergisant
responsable d'asthme et d'eczéma. Il est, sans raison technologique,
de plus en plus employé. La VLE de 2 ppm est souvent dépassée
lors de la désinfection des chambres d'hôpital avant aération
complète (TRG :63).
Autres
Les réactifs de laboratoire sont innombrables : cyanures,
colorants azoïques et métalliques, acides et alcalins puissants…
Les solvants aussi doivent retenir l'attention du médecin du
travail.
Les mutagènes et les isotopes (tritium, phosphore 32,
soufre 35, acrylamide, betamercaptoéthanol, bromure d'éthydium…)
sont utilisés en laboratoire de biologie moléculaire.
Des procédures strictes ont proposées avant leur emploi.
Certains dérivés nitrosés sont l'objet d'un
tableau particulier (TRG 85).
Le méthacrylate de méthyle utilisé pour
les résines d'inclusions d'os au laboratoire d'histologie expose
à des maladies respiratoires et cutanées de nature allergique
(TRG 82, 65).
Les enzymes (trypsine, papaïne) exposent aux dermites, aux
ulcérations, aux conjonctivites, aux rhinites, à l'asthme.
(TRG 63).
Le sélénium utilisé pour des travaux de
laboratoire ou de phytopharmacie, est responsable de brûlures
oculaires, d'irritations cutanées, d'œdèmes aigus des
poumons (TRG 75)
Les poussières sont particulièrement dangereuses
pour les prothésistes dentaires. Des pneumoconioses de divers
types sont à déplorer.(silicoses notamment).
7.- LES
DERMATOSES
Elles sont des affections fréquentes
en milieu de soins. Elles touchent deux fois plus de sujets que dans
la population générale. Seul le secteur du bâtiment
et des travaux publics est autant affecté.
Les activités de ménages,
mains constamment humides, avec des substances irritantes favorisent
les sensibilisations. (hypochlorites alcalins TRG 65, détergents
cationiques TRG 65, formol TRG 43, glutaraldéhyde…)
Les fréquents lavages
des mains favorisent aussi les dermatoses. Ils sont souvent mal
effectués : temps de rinçage insuffisant et séchage
par frottement avec des serviettes de papier au lieu de tamponnement.
Si les conseils donnés par les comités de lutte contre
les infections nosocomiales (CLIN) étaient strictement appliqués,
on arriverait dans certains secteurs à 60 lavages par jour (au
lieu des 25 à 30 de moyenne actuelle). On créerait alors
deux risques : risque infectieux car après 25 lavages le risque
de portage infectieux réaugmente, risque de dermatoses car après
20 lavages, 73% des soignants se plaignent de dermatoses d'irritation.
Les services où les plaintes sont les plus fortes : maternité,
pédiatrie, les plus faibles gériatrie (moins de lavage
de mains) chirurgie (port de gants). L'allergie au latex est en pleine
expansion. L'organisation du travail doit être revue. (TRG 95
créé en 1997).
Les médicaments
sont moins qu'autrefois, responsables de dermatoses : les nouvelles
présentations évitent les manipulations et préparations
et donc l'exposition. ( amygdalosides TRG 31, chlorpromazine TRG 38,
béta lactamines TRG 41, phénothiazines TRG 65, baume du
Pérou TRG 65, arnica TRG 65, novocaïne : anesthésique
des dentistes).
8.- DIFFICULTÉS
PSYCHOLOGIQUES DANS LES MÉTIERS DE SOINS
Elles sont d'abord liées
au métier lui-même
La rencontre fréquente du handicap, de l'agonie, de la mort (toilette
mortuaire, annonce à la famille, formalités administratives),
des autopsies (et de leurs risques septiques : tuberculose, maladies
à prions pour celles qui font l'actualité) peut être
difficile à tolérer à certaines étapes de
la vie ou dans certains types de service (pédiatrie, gériatrie,
long séjour, cancérologie, hématologie). Par ailleurs,
une pensée rationnelle concernant sa propre santé est
difficile. Aussi les rumeurs ébranlent assez vite les agents
de niveaux de formation variés, parfois médiocres, mais
surinformés et de façon incomplète. L'angoisse
en est la conséquence.
Elles sont aussi liées
aux conditions d'exercice
La fatigue est une plainte fréquente. Tout y concoure : le travail
posté (troubles du sommeil), les gardes et astreintes (dettes
de sommeil), la station debout quasi permanente, les couloirs interminables,
les activités hachées en petites séquences par
les appels téléphoniques, les soins plus urgents, les
demandes des médecins, des malades, des familles. Les temps morts
disparaissent (cf.: généralités) mais l'activité
reste irrégulière. La charge mentale est donc très
forte. Le progrès technique apporte malgré tout quelques
soulagements avec les téléphones sans fil qui limitent
le nombre de déplacements vers un téléphone fixe,
les fax qui enregistrent les résultats de laboratoire sans déplacer
le personnel, les haut-parleurs qui évitent de chercher de médecin
de chambre en chambre…Pour les médecins il faut être attentif
à l'apparition d'une éventuelle dépression d'épuisement.
Les relations humaines peuvent
être difficiles
Mettons de côté les agressions par les malades ou leurs
familles (elles touchent la moitié des psychiatres et par ailleurs
les jeunes, les débutants, les femmes). Il reste que l'hôpital
est un milieu de travail assez dépersonnalisé (temps de
séjour des patients de plus en plus court, technicité
de plus en plus forte, mettant à distance soignants (pressés
par le temps, qui pensent prioritairement à décider en
toute rigueur et à agir en contrôlant leurs gestes) et
soignés (dont les exigences de confort, d'information, de succès
ont légitimement crû). La composition des équipes
d'infirmière ou d'aides-soignants se renouvelle plus vite qu'autrefois.
On connaît moins ses collègues. Les liens amicaux deviennent
plus rares.
La rivalité des services, de disciplines, de métiers s'expriment
souvent avec vigueur. Les difficultés relationnelles prennent
des expressions très excessives. Les équipes sont constituées
au fil du temps selon les opportunités et non selon les affinités.
Les enjeux de carrières les perturbent souvent. La hiérarchie
est stricte, complexe, opaque, avec ses comités, ses commissions
ad-hoc.
Le retentissement est difficilement
quantifiable
Les indicateurs habituels très contestables séparément,
(alcoolisme, tabagisme, prise de psychotropes, absentéisme, nombre
d'arrêts de travail) sont rarement publiés. Notons des
particularités : taux de suicide supérieurs chez les psychiatres
et les anesthésistes par rapport au reste des médecins,
toxicomanie aux médicaments (halothane, morphiniques).