Dermatoses allergiques professionnellesInstitut Universitaire de Médecine du
Travail de Rennes
mis à jour le 21 juin 1999
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1 Conduite du
diagnostic |
1.4
Enquête professionnelle 1.5 Tests cutanés 2 Quelques exemples Bibliographie |
Le diagnostic est d'abord clinique,
sur les caractères de la dermatose, couplé à une
enquête professionnelle qui oriente vers les produits suspects.
Dans un second temps, les tests cutanés adaptés au cas
de chaque patient peuvent permettre d'identifier l'allergène
ou les substances responsables de la dermatose.
Un problème de diagnostic différentiel peut parfois se poser avec des lésions de psoriasis palmaire, certaines dermatophyties des mains, telles que le Tinea manuum (que l'on peut identifier par le recueil, en grattant les lésions au scalpel, de fines squames farineuses dont l'examen met en évidence des filaments dermatophytiques) ou même avec une gale (8).
On peut avoir à distinguer une dermatose allergique d'autres dermatoses professionnelles à chronologie évocatrice mais de mécanisme non allergique :
- Une dermite d'irritation
Elle est très fréquente. Elle est liée à
des agressions répétées de la peau (par des agents
chimiques, caustiques, solvants, ou détergents, par des agressions
thermiques ou mécaniques et peut revêtir des aspects cliniques
divers avec association éventuelle de lésions érythémateuses,
érythématosquameuses, de dermite craquelée ou fissuraire,
ou de lésions hyperkératosiques. Les vésicules
sont absentes. Le patient se plaint de picotements, de sensations de
brûlures avec impression de " peau qui tire " plus que de prurit.
Une dermite d'irritation en particulier dans les métiers de la
coiffure, de l'entretien, de la mécanique et de la maçonnerie,
précède assez souvent l'eczéma de contact : les
solvants, les produits alcalins, l'alcool détruisent le film
protecteur hydrolipidique, altèrent les cellules cornées,
modifient l'écoflore, permettant un passage plus facile des allergènes,
favorisant ainsi la sensibilisation.
D'où l'importance des règles d'hygiène : utilisation
des produits les moins nocifs pour l'épiderme, port de gants
adaptés, sans macération, utilisation de savons appropriés,
de crèmes d'entretien réhydratantes et adoucissantes.
- Une dermite urticarienne
de contact non immunologique
Elle se traduit par des lésions papulo-oedémateuses ou
ortiées avec prurit, brûlures, parfois douleurs. L'urticaire
apparaît en quelques minutes à une heure après le
contact avec l'allergène et disparaît en trente minutes
à deux heures après l'arrêt du contact.
Les manifestations sont liées à une libération
non spécifique d'histamine et d'autres substances vasoactives,
éventuellement à l'activation du complément ou
à un effet vasoactif direct.
Les agents responsables sont divers :
Ce type d'urticaire peut être exploré par un test de contact qui reproduit la lésion érythématopapuleuse en 15 à 45 mn (11).
- Une dermite phototoxique
Elle peut se traduire par :
Le diagnostic de la dermatose
se fait essentiellement sur son aspect clinique.
Dans les cas plus complexes, l'examen histologique d'une biopsie permet
de préciser les lésions. Ces dermatoses allergiques professionnelles
peuvent se présenter sous différents aspects :
- L'eczéma de contact
est le tableau le plus fréquent. Il siège initialement
sur les zones de contact avec les produits responsables mais peut ensuite
s'étendre au delà. La forme classique est érythémato-vésiculeuse
suivie d'une phase de suintement, de formation de croûtes et de
desquamation, siégeant sur les faces dorsales et latérales
des doigts, la face dorsale des mains, la face interne des poignets.
Il peut aussi prendre l'aspect d'un eczéma sec érythémato-squameux,
parfois fissuraire, érosif.
Dans certains cas, il se traduit par une pulpite isolée avec
parfois des lésions unguéales (en particulier avec les
acrylates chez les dentistes, les oignons de tulipes chez les horticulteurs,
ou avec certains aliments).
A ces lésions sur les zones de contact peut s'associer une dermite
manuportée sur les paupières ou au niveau des organes
génitaux chez l'homme.
Avec des substances volatiles ou avec certains végétaux
(en particulier le frullania) surviennent des lésions d'eczéma
aéroporté touchant le visage, le cou, et l'ensemble des
zones découvertes.
- L'urticaire de contact immunologique se traduit par des lésions papulo-oedémateuses sur fond érythémateux ou des lésions ortiées, siégeant initialement sur le site de contact avec l'allergène, et apparaissant dans les minutes suivant ce contact. L'urticaire peut ensuite s'étendre à distance ou s'associer à d'autres manifestations d'hypersensibilité immédiate, telles que rhinite, conjonctivite, asthme.
- La dermite de contact aux protéines concerne surtout les professionnels des produits alimentaires au sens large. Elle associe une dermite eczématiforme chronique des mains et la survenue de papules urticariennes limitées aux zones de contact, dans les 30 mn suivant la manipulation des protéines en cause. Les produits impliqués sont les viandes, poissons, fruits, farines, enzymes. Les facteurs d'irritation tels que travail en milieu humide, dermite d'irritation, sont des facteurs favorisants (2, 3, 7).
D'autres aspects cliniques sont plus rares :
- La dermite photoallergique de contact (2) se manifeste par une dermite eczématiforme très prurigineuse dont l'apparition nécessite une exposition au soleil ou à la lumière naturelle des territoires cutanés en contact avec l'allergène (contact direct ou aéroporté). Cette dermite apparaît 2 à 3 jours après l'exposition solaire et siège donc sur les régions découvertes mais peut s'étendre secondairement. Les photoallergènes sont divers ; ceux qui sont le plus souvent impliqués sont des médicaments, des allergènes végétaux (baume du Pérou, cinnamates) des parfums (musk ambrette) et certains filtres solaires.
- Une dermatose allergique professionnelle peut plus rarement prendre un aspect de dermite lichénoïde, se traduisant par de petites papules violacées mimant un lichen plan, qui apparaissent sur les zones de contact direct avec les substances responsables. Il s'agit en particulier d'additifs du caoutchouc ou de révélateurs photographiques (2).
- L'érythème polymorphe se manifeste par des lésions érythémato-papuleuses arrondies, en cocarde, à centre plus clair, pouvant être centrées par une bulle plus ou moins marquée, survenant lors d'exposition à des bois tropicaux, primevères, résines époxy, formaldéhyde, cobalt... (2)
- Les dermites purpuriques de contact se traduisent par des lésions purpuriques, parfois pigmentaires, parfois prurigineuses, prédominant aux membres inférieurs mais présentes aussi sur les zones de contact avec les allergènes. Les allergènes de contact incriminés sont des additifs du caoutchouc : antioxydants, accélérateurs tel que l'IPPD (isopopyl-N'phenylparaphénylène diamine) ou le MBT (mercapto benzothiazole), des allergènes vestimentaires (colorants, résines formolées) et plus occasionnellement les résines époxy, les sels de cobalt, le baume du Pérou (2).
Les tests cutanés s'effectuent
en fonction d'une part du type de dermatose, d'autre part des composants
des produits suspects qui sont déterminés par l'enquête
professionnelle.
Un traitement par corticoïdes à forte dose peut rendre des
épidermotests faussement négatifs.
Un traitement par anti-histaminique H1 perturbe l'exploration des réactions
d'allergie immédiate.
En cas de lésions
eczématiformes ou de mécanisme retardé : dermites
lichénoïdes, dermites lymphomatoïdes, ... on effectue
des épidermotests : les substances à tester sont
disposées dans des cupules et fixées par un adhésif
hypoallergénique à la partie supérieure du dos
où elles restent en contact durant 48 à 72 heures. La
lecture se fait habituellement à 72 heures. Une lecture trop
précoce fait courir un risque de faux négatif.
Il existe des batteries de produits destinés à ces tests
épicutanés : une batterie dite " standard " comporte les
23 allergènes les plus fréquemment en cause dans les cas
d'allergie de contact et des batteries spécifiques à chaque
type de profession ou à chaque groupe de produits.
Les substances sont déjà diluées dans de la vaseline
ou de l'alcool à la concentration optimale. Cependant, le patient
est souvent exposé à des composants absents de ces batteries,
on teste alors les produits qu'il utilise et qu'on lui a demandé
d'apporter en respectant des précautions : ne pas appliquer
de produits caustiques ; la plupart des produits doit être testée
après dilution dans un véhicule adapté (vaseline,
eau, alcool) en se méfiant d'une réaction irritative ;
l'expérience d'autres médecins et les données bibliographiques
permettent de guider pour déterminer la concentration optimale.
Il ne faut pas tester de façon simultanée un grand nombre
de produits car on risque alors d'observer une réaction faussement
positive de nombreux tests appelée " angry-back syndrome " (que
l'on peut traduire " syndrome du dos en colère ") ; aussi il
est préférable de ne pas dépasser le nombre de
30 à 40 substances.
La lecture des tests se fait donc, de préférence, à
72 heures. Une lecture tardive au 4ème ou au 5ème jour
peut parfois apporter des informations supplémentaires en particulier
si l'on constate une réponse douteuse au 3ème jour.
On examine alors les sites des tests à la recherche d'érythème,
de papule, de vésicules, de bulles afin de déterminer
pour chaque test un résultat exprimé négatif, douteux
ou positif à + (érythème, œdème modéré
et prurit), ++ (érythème, œdème, vésicules),
+++ (érythème intense, infiltration, vésicules).
La lecture du test peut aussi mentionner l'intensité de + à
+++ de chacune des lésions élémentaires érythème,
œdème, vésicules, prurit.
Dans le cas de réaction photoallergique, on associe à ces épidermotests une série de phototests : on réalise de façon concomitante une seconde batterie d'épidermotests que l'on irradie, de façon codifiée, par des ultraviolets ; la lecture se fait 48 à 72 heures après irradiation.
Lorsque la dermatose est une
urticaire on réalise des " open-tests " (11)
: on applique le produit pur (s'il s'agit d'un aliment, d'une plante)
ou parfois dilué (en particulier s'il s'agit de produits chimiques)
sur la face antérieure de l'avant bras ou le bras durant 15 mn.
La lecture s'effectue au décours immédiat de l'application
puis tous les quarts d'heure pendant 1 heure. On surveille alors l'apparition
d'érythème et de papule reproduisant l'urticaire.
Si le test est négatif, on le répète sur peau
abrasée.
S'il est toujours négatif, on réalise un test sous
occlusion (comme pour les épidermotests), laissé en
place 15 à 20 mn, avec lecture tous les quarts d'heure durant
1 heure, cependant une autre lecture à 48 ou 72 heures est préconisée,
en particulier s'il l'on suspecte des manifestations d'hypersensibilité
retardée associée.
Si les explorations restent négatives, on peut réaliser
des prick-tests : on pique l'épiderme au travers d'une
goutte ou d'un fragment de la substance suspecte à l'aide d'une
lancette adaptée. On surveille également l'apparition
dans les 20 mn d'une réaction érythématopapuleuse
au niveau du test, que l'on compare aux tests témoins. Ces prick-tests
font courir le risque, dans ce contexte d'urticaire de contact, d'une
réaction anaphylactique et doivent être effectués
en milieu hospitalier.
Lorsque l'exploration du produit suspect n'est pas codifiée,
il est nécessaire de contrôler que la réaction n'est
pas faussement positive en réalisant les prick-tests chez plusieurs
témoins. Si les pricks restent négatifs, l'intradermoréaction
n'est qu'occasionnellement pratiquée car les substances suspectes
sont rarement utilisables en injection.
La recherche d'IgE spécifiques peut être demandée
en complément, dans ce cadre d'urticaire de contact, mais on
ne dispose de réactif que pour un nombre limité de substances
et la sensibilité de ces dosages est imparfaite.
Dans le cadre de dermite
de contact aux protéines on réalise des tests à
lecture précoce (open-tests sur peau saine et sur peau lésée,
éventuellement prick-tests secondairement) ainsi que des épidermotests
classiques. Pour ces épidermotests, certains aliments
irritants, tels que oignon, ail, peau des agrumes doivent être
appliqués dilués.
La recherche d'IgE spécifiques des allergènes alimentaires
est parfois positive.
Le latex est l'exemple
typique du syndrome d'urticaire de contact; les manifestations initialement
localisées aux zones de contact peuvent ensuite s'étendre
et s'accompagner de signes respiratoires, oculaires, ou même de
choc.
Des dermites d'irritations sont aussi rapportées.
L'eczéma de contact lié aux objets contenant du latex
est habituellement attribué à des additifs du caoutchouc.
Dans la population générale, la prévalence de l'allergie
au latex est estimée à 1 %. Dans le milieu hospitalier,
cette prévalence est bien plus élevée et serait
croissante (10% du personnel médical et para-médical des
salles d'opération) (10). Une étude
canadienne rapporte 12% de sujets symptomatiques dans le domaine hospitalier.
Les autres professions à risque sont les dentistes, les coiffeurs,
les agents de fabrication des gants. L'atopie et la dermite d'irritation
sont des facteurs favorisants.
L'allergie au latex est entrée en mai 1997 au Tableau 95 des
Maladies Professionnelles du Régime Général en
France.
Les dermites de contact aux protéines touchent le personnel de restauration, les maraîchers, les poissonniers, les bouchers, les boulangers, mais aussi les vétérinaires, les éleveurs de bovins. Leur survenue est également favorisée par un terrain atopique et par une dermite d'irritation. L'alpha-amylase est un allergène important chez les boulangers, à l'origine aussi d'asthmes professionnels. Les aliments pour animaux peuvent être également en cause.
Dans l'industrie des matières
plastiques les allergènes sont nombreux (5).
- Les résines époxydiques résultent de la liaison
de composés époxydiques habituellement l'épichlorhydrine
et le bisphénol avec des durcisseurs aminés ou des anhydrides
d'acide.
Les époxydes sont des agents très réactifs au haut
pouvoir sensibilisant. Certains durcisseurs tels l'isophorone-diamine
le sont également.
De plus, les progrès de la chimie ont développé
de nouvelles résines.
L'exploration de ces dermites nécessite de connaître avec
précision les composants des préparations ; les tests
cutanés sont réalisés en épidermotests avec
la batterie " plastique et colles " mais il convient aussi de faire
un " open patch-test " avec le produit industriel dilué.
- Les acrylates, en particulier les métacrylates sont en cause
dans des allergies de contact chez les dentistes et chez les manucures
(8). Elles se traduisent initialement par une pulpite,
ou par une dermite kératosique fissuraire très douloureuse.
- Les résines phénoliques, aminoplastes, polyuréthanes
sont aussi des allergènes potentiels.
Les conservateurs isothiazolinones sont également sensibilisants et sont présents dans de nombreux domaines. Les substances allergisantes sont en particulier la 1-2 benzisothiazolinone et le mélange de 5 chloro-2-méthyl-4-isothiazolinone + 2 méthyl-4-isothiazolinone qui est déposé sous le nom de Kathon CG.
Dans les détergents, les tensioactifs anioniques, les amphotères (cocoamidopropylbétaïne), ainsi que des cationiques (chlorure de didécyldiméthylammonium) sont impliqués.
En ce qui concerne les désinfectants, ce sont surtout les aldéhydes et en première place le glutaraldéhyde qui entraînent les pathologies allergiques professionnelles. Le glutaraldéhyde serait à l'origine d'une recrudescence de dermites de contact chez le personnel d'entretien des hôpitaux (décontamination de surface, désinfection de matériel d'endoscopie) ; il est parfois associé à des ammoniums quaternaires.
En ce qui concerne les métaux, le nickel et le chrome sont les allergènes les plus connus, mais le cobalt (présent dans des encres, des peintures), le mercure et ses sels, et éventuellement le palladium peuvent être en cause.
Chez les coiffeuses,
le nickel, le latex, les colorants tel que paraphénylène-diamine,
paratoluylène-diamine sont en cause, ainsi que le monothioglycolate
de glycérol présent dans les permanentes acides ; le persulfate
d'ammonium des produits de décoloration donne plus rarement des
eczémas mais peut induire des urticaires de contact de mécanisme
imprécis (il semble non immunologique car survenant parfois dès
le 1er contact mais ne touche qu'un faible nombre de sujets exposés).
On peut rappeler, concernant les coiffeuses, le rôle favorisant
de la dermite d'irritation dans la survenue de sensibilisations, et
l'importance des conseils de prévention tels que le port de gants
(gants nitrile conseillés), l'utilisation d'eau thermostatée,
le respect du bon usage des produits, et l'application de crèmes
hydratantes après le travail.
Les médicaments
peuvent être à l'origine de dermites de contact.
- On peut citer les problèmes posés chez les infirmières
préparant des perfusions de Prodalfagan (R) qui
ont développé des dermites des mains et des paupières
à la suite de projections de la solution au cours de la préparation.
- Les antibiotiques sont des allergènes professionnels chez les
travailleurs de l'industrie pharmaceutique, les infirmières,
les vétérinaires.
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent aussi
être en cause, en particulier chez les kinésithérapeutes
; des dermites de contact au kétoprofène gel à
type d'eczéma classique, ou de photosensibilisation, volontiers
étendues et persistant plusieurs semaines après l'éviction,
se sont révélées depuis quelques années.
Les végétaux
sont en cause chez les horticulteurs, les fleuristes, mais on doit
y penser également en présence de plantes d'intérieur.
Les végétaux contenant des lactones sesquiterpéniques,
astéracées ou composées, lauracées (laurier),
hépatiques (frullania) sont également en cause. La classique
" gale du chêne " chez les forestiers est en fait un eczéma
aéroporté dû au frullania, parasite du chêne.
En conclusion, le problème des dermatoses professionnelles est très vaste. Il est important de bien interroger le patient, le médecin du travail a un rôle primordial dans l'enquête professionnelle, les tests cutanés peuvent permettre de confirmer l'hypersensibilité aux produits suspects mais doivent être réalisés de façon codifiée. La mise en évidence d'une dermatose due à un produit professionnel non rapportée antérieurement doit être publiée, afin d'améliorer les connaissances dans ce domaine.
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