Rôles et missions de la Médecine
du Travail
Institut Universitaire
de Médecine du Travail de Rennes
2, avenue du Pr. Léon
Bernard, CS 34317, 35043 Rennes Cedex
mis à jour le 21 décembre 1998
1 Historique rapide de la Médecine
du Travail
Le mot travail vient de "entrave" par extension
du sens du terme des instruments qui servent à contenir les
animaux domestiques. En physique, le travail est l'application des
forces et produit la fatigue. Le travail, c'est la peine que l'on
se donne pour faire quelque chose. Au cours des siècles, le
travail a été progressivement érigé en
vertu, étroitement associée à la morale individuelle
et sociale.
Avec la première révolution industrielle du début
du 19ème siècle, le travail est le seul moyen de s'intégrer
dans la société, c'est un facteur d'équilibre
mental et social. Le travail demeure pénible et astreignant.
Le travail est synonyme de peine mais aussi de danger, d'usure prématurée
de l'organisme. Il y a donc mise en place de mesures élémentaires
d'hygiène sur les lieux de travail.
Bernardino Ramazzini (1633-1714) fut le précurseur de la pathologie
professionnelle en essayant d'améliorer les conditions de travail
et en se déplaçant sur les lieux de travail. Son ouvrage,
encore réédité, De morbis artificum diatriba,
fut publié à Padoue en 1700, traduit en français,
commenté et enrichi par Fourcroy en 1777. À cette date,
la "pathologie professionnelle" était enseignée dans
les facultés de médecine.
En 1775, Percival Pott donne la première description du cancer
du scrotum chez les ramoneurs : c'est la première fois qu'une
relation est établie entre un cancer et une profession.
Louis-René Villermé,(1782-1863), est à l'origine
des premières lois réglementant le temps de travail
des enfants en 1841. (Actuellement il y a encore 200 millions d'enfants
au travail).
Les premières ébauches de médecine du travail
(en France) sont l'œuvre des filateurs de Mulhouse avec la mise en
place de systèmes mutualistes venant en aide aux ouvriers blessés
: les premières lois ont été des mesures de réparation
et non de prévention.
9 Avril 1898 : première loi sur les accidents du travail
1914-1918 : Naissance d'une médecine préventive dans
les usines surtout celles où il existe un risque saturnin et
charbonneux.
25 octobre 1919 : Première loi sur les maladies professionnelles
(Tableau n° 1 concernant le plomb et Tableau n° 2 concernant
le mercure)
1930 : Nécessité d'un enseignement spécialisé.
1937 : création des médecins conseils de l'inspection
du travail.
11 octobre 1946 : loi relative à l'organisation de la médecine
du travail dont l'article 1er pose :
"Les établissements énumérés
à l'article 65 du Livre II du Code du travail, ainsi que les
offices ministériels, les établissements relevant des
professions libérales, les sociétés civiles,
les syndicats professionnels et les associations de quelque nature
que ce soit occupant des salariés devront organiser des services
médicaux du travail.
Ces services seront assurés par un ou plusieurs médecins
qui prennent le nom de "médecins du travail" et dont le
rôle exclusivement préventif consiste à éviter
toute altération de la santé des travailleurs du fait
de leur travail, notamment en surveillant les conditions d'hygiène
du travail, les risques de contagion et l'état de santé
des travailleurs".
La suite de cette loi dessine le cadre d'activité
de cette discipline médicale. La médecine du travail est
exclusivement préventive, elle doit protéger les salariés.
Elle est à la charge et sous la responsabilité des employeurs,
elle est sous le contrôle des salariés. Elle est une obligation
de type administratif. Ce n'est pas un service public, elle relève
du droit privé et n'est pas un organisme de la sécurité
sociale.
Tout établissement employant au moins un salarié est soumis
à la médecine du travail. Il y a cependant des omissions.
Il existe des organismes de contrôle et des organismes consultatifs
: Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels,
Inspection du travail, Inspection médicale du travail, Commissions
régionales de la Médecine du travail. Comité d'entreprise,
commission de contrôle.
2 Organisation des
services médicaux du travail
Le temps médical répond au calcul
suivant :
une heure par mois pour :
- - 20 employés ou assimilés,
- - 15 ouvriers ou assimilés,
- - 10 salariés soumis à
surveillance médicale spéciale (décrets spéciaux
-amiantes, plomb, …-, l'arrêté 11 juillet 1977, situations
liées à l'individu – jeunes de moins de 18 ans, femmes
enceintes, …-).
Ainsi en fonction du temps médical nécessaire
pour surveiller la santé des salariés, on distingue différents
types de services :
- - Pour moins de 20 heures par mois,
il y a obligation d'adhérer à un service interentreprises,
- - Entre 20 et 169 heures par mois, le
choix est laissé à l'employeur après avis du
Comité d'entreprise.
- - A partir de 169 heures par mois, il
y a obligation de créer un service d'entreprise. (169 heures
correspondent au temps de travail mensuel d'un médecin salarié)
2.1 Les services
d'entreprise ou services autonomes
Ils surveillent moins de 10 % de l'ensemble
des salariés.
Ils sont administrés par le chef d'entreprise, disposent de leurs
propres locaux et de leur propre personnel paramédical. Ils disposent
de leur propre budget.
La gestion et le fonctionnement sont sous la surveillance du Comité
d'entreprise (CE), qui intervient dans la nomination et le licenciement
du médecin du travail.
2.2 Les services
médicaux interentreprises
Ils sont les plus fréquents : ils surveillent
à peu près 90 % de l'ensemble des salariés. Le
Code du Travail leur donne comme objet exclusif la pratique de la Médecine
du Travail, (ce qui, implicitement exclut toute activité de soins
hors les cas d'urgence).
Ce sont des organismes à but non lucratif, ayant une autonomie
financière, dotés de la personnalité civile. Le
plus souvent ce sont des associations selon la loi de 1901. L'administration
du service est assurée par un président bénévole.
La surveillance du service est assurée par une "Commission de
contrôle" dans laquelle siègent pour 1/3 des représentants
d'employeurs et pour 2/3 des représentants des salariés.
Toute création de service (autonome ou interentreprises) est
soumise à une déclaration obligatoire dans les 15 jours
à l'inspection du travail, puis à une demande d'agrément
auprès du directeur régional du travail après avis
du médecin inspecteur régional du travail et de la main-d'œuvre
(MIRTMO). Cet agrément doit être renouvelé tous
les 5 ans. Il concerne les équipements, les locaux, le personnel…
Les dépenses sont réparties proportionnellement au nombre
de salariés surveillés. Les cotisations sont calculées
sur une base forfaitaire par salarié ou en fonction de la masse
salariale totale des entreprises adhérentes. (La cotisation est
variable, aux alentours de 300 à 350 francs par salarié
pour les services inter entreprises)
3 Statut du médecin
du travail
Le médecin du travail est un docteur
en médecine spécialiste, titulaire soit du CES soit du
DES de médecine du travail (accès par l'internat de spécialité).
Il est soumis au secret médical (article 226-13 du code pénal)
et au secret de fabrication (article L152-7 du code du travail).
C'est un salarié de l'entreprise mais il est indépendant
dans l'exercice de son art. Il est nommé ou licencié après
accord du comité d'entreprise (service autonome) ou de la commission
de contrôle (service interentreprises).
NB : La création d'un comité d'entreprise est obligatoire
pour toute entreprise de plus de 50 salariés. Ses membres sont
élus au scrutin secret.
4 Les missions en milieu
de travail
Le médecin du travail doit passer le
tiers de son temps sur les lieux de travail (art R241-47 du décret
du 20 mars 1979). D'où l'expression de "tiers temps".
4.1 Conseiller de
l'entreprise
Il est le conseiller du chef d'entreprise ou
de son représentant, des salariés, des représentants
du personnel, du ou des Comités d'Hygiène, de Sécurité
et des Conditions de Travail (CHSCT), dont il fait partie, et des services
sociaux en ce qui concerne notamment :
4.1.1 L'amélioration des conditions de vie et de travail dans
l'entreprise, ainsi il est consulté sur les projets de construction
ou d'aménagement nouveaux, ou de modifications apportées
aux équipements;
4.1.2 L'adaptation des postes, des techniques et des rythmes de travail
à la physiologie humaine. Pour cela, il évalue, selon
les connaissances de l'ergonomie, les contraintes de travail, les astreintes
en résultant et il fait des propositions constructives pour apporter
des solutions ou des améliorations.
L'appréciation des contraintes doit prendre en compte :
- la nature des outils, des produits utilisés, manipulés
ou fabriqués,
- les postures adoptées et les différents gestes des travailleurs,
- les rythmes, cycles et cadences de travail…
- les dépenses énergétiques,
- l'ambiance physique ou chimique,
- les charges psychosensorielles.
4.1.3 La protection des salariés contre l'ensemble des nuisances
notamment contre les risques d'accidents du travail ou d'utilisation
de produits dangereux. C'est la prévention des accidents du travail,
des maladies professionnelles et des maladies à caractère
professionnel. Ainsi le médecin du travail participe aux enquêtes
menées lors des accidents du travail, des maladies professionnelles.
Il a un rôle d'information sur les risques encourus, dans la mise
en place des protections collectives ou individuelles en veillant à
ce qu'elles fonctionnent correctement et qu'elles ne soient pas une
contrainte supplémentaire pour les travailleurs.
4.1.4 L'hygiène générale de l'établissement,
de son service de restauration.
4.1.5 La prévention et l'éducation sanitaire dans
le cadre de l'entreprise en rapport avec l'activité professionnelle,
ainsi il est associé à l'étude de toute nouvelle
technique de production, à la formation à la sécurité
et celle des secouristes.
4.2 Moyens d'action
du médecin du travail pour l'efficacité du tiers temps
4.2.1 Libre accès aux lieux
de travail
Il effectue la visite des entreprises et établissements
dont il a la charge soit à son initiative, soit à la demande
de l'employeur ou du Comité d'Hygiène, de Sécurité
et des Conditions de Travail.
4.2.2 Surveillance de l'hygiène
générale de l'entreprise
Visite des locaux, possibilité d'effectuer
des prélèvements et des analyses.
Le médecin doit veiller à ce que les conditions de travail
soient les plus satisfaisantes possible.
4.2.3 Accès à l'information
utile
Il doit être informé des produits
employés et de leur composition ainsi que de leurs modalités
d'emploi (par l'intermédiaire notamment des fiches de données
de sécurité), des résultats de toutes les mesures
et analyses effectuées dans le domaine des conditions de travail.
Rappelons qu'il est soumis au secret professionnel (médical et
de fabrication).
4.2.4 La fiche d'entreprise
Le médecin établit et tient à
jour une fiche où il consigne les caractéristiques de
l'entreprise, les observations qu'il est amené à faire
et la suite qui leur est réservée. Cette fiche, transmise
à l'employeur, est tenue à disposition de l'inspection
du travail, du MIRTMO, et du CHSCT, des agents du service prévention
de la CRAM (§ R 241-41-3).
4.2.5 Le plan d'activité
Le médecin doit établir un plan
d'activité annuel en milieu de travail portant sur les risques,
les postes et les conditions de travail.
5 Les missions médicales
Il s'agit des visites obligatoires et facultatives.
Pour ces visites, le médecin du travail peut demander des examens
complémentaires nécessaires à la détermination
de l'aptitude médicale, au dépistage des maladies à
caractère professionnel ou des affections dangereuses. Le temps
passé à tous ces examens et les frais de transport sont
à la charge de l'employeur.
5.1 Les visites obligatoires
: d'embauchage, périodiques, de reprise
Les visites obligatoires donnent lieu à
la rédaction et la délivrance d'une fiche d'aptitude
en double exemplaire, un pour l'employeur et un pour le salarié.
Aucune indication diagnostique ou médicale ne doit être
portée sur cette fiche, seule doit figurer l'aptitude avec les
éventuelles restrictions ou demandes d'aménagements de
poste.
Le but des visites est de répondre
aux deux questions suivantes :
- - Le travail est-il dangereux pour le
salarié (en fonction de son état de santé)
?
- - Le salarié est-il dangereux
pour son entourage professionnel ?
L'adéquation se fait par rapport à
un poste donné dans une entreprise donnée et non par rapport
au travail en général.
5.1.1 La visite d'embauchage
Tout salarié fait obligatoirement l'objet
d'un examen médical avant l'embauchage ou pendant la période
d'essai.
Cette visite a pour but :
- - de rechercher si le salarié
est atteint d'une affection dangereuse pour les autres travailleurs,
- - de s'assurer qu'il est médicalement
apte au travail envisagé,
- - de proposer éventuellement
des adaptations du poste ou l'affectation à d'autres postes.
Le médecin établira un bilan
médical soigneux éventuellement étayé par
des examens complémentaires de son choix, en tenant compte de
tous les facteurs psychosociaux surajoutés avant de prendre une
décision d'aptitude.
5.1.2 Les visites périodiques
Tout salarié doit bénéficier
d'un examen médical, en principe, annuel.
Une surveillance médicale particulière doit être
entreprise pour certains salariés :
- - En fonction des nuisances subies ou
de certaines conditions de travail qui sont décrites dans
certains décrets dits spéciaux ou figurant dans l'arrêté
du 11 juillet 1977 comme le travail en ambiance bruyante, l'exposition
à l'amiante, le travail de nuit, le travail avec des rayonnements
ionisants, la manipulation de plomb, l'usage de la peinture au pistolet,
le travail du bois, le travail sur écran (d'ordinateur) ...
- - Les handicapés, les femmes
enceintes ou allaitantes, les mères d'enfants de moins de
2 ans ;
- - Les jeunes travailleurs de moins de
18 ans ;
- - Les travailleurs migrants ou ayant
changé de secteur d'activité et ce, pendant les dix-huit
mois suivant leur nouvelle affectation.
Pour certains de ces travaux, la fréquence
des visites et/ou des examens complémentaires à réaliser
est précisée. Pour les autres cas, le médecin du
travail reste seul juge de la fréquence et de la qualité
des examens.
Ces visites périodiques ont pour but de s'assurer du maintien
de l'aptitude médicale du salarié au poste qu'il occupe
et éventuellement d'envisager un aménagement de poste
ou un changement de poste.
5.1.3 La visite de reprise
Après :
- - un congé maternité,
- - des absences répétées,
- - une absence :
- - de plus de 8 jours pour cause d'accident
du travail ou de maladie professionnelle,
- - de plus de 21 jours pour cause d'accident
ou de maladie non professionnelles,
Les salariés doivent bénéficier
d'une visite médicale de reprise qui a pour but d'apprécier
le maintien de leur aptitude à leur poste de travail ou la nécessité
d'une adaptation des conditions de travail ou d'une réadaptation.
Enfin, le médecin du travail doit être informé de
tout arrêt de travail de moins de 8 jours pour accident du travail
afin de pouvoir apprécier, notamment, l'opportunité d'un
nouvel examen médical.
5.2 Les visites facultatives
: spontanée, de pré-reprise
Elles ne donnent pas lieu systématiquement
à la délivrance d'une fiche d'aptitude.
5.2.1 La visite spontanée
A tout moment, le salarié peut demander
une visite spontanée .
5.2.2 La visite de pré-reprise
Une visite un peu particulière est
la visite de pré-reprise. Elle peut être demandée
sur l'initiative du salarié, de son médecin traitant
ou du médecin conseil. Elle est très utile quand on
craint une reprise difficile voire impossible au poste antérieurement
occupé. Elle permet au médecin du travail d'étudier
un aménagement de poste ou un changement de poste dans l'entreprise.
Demandée au moins quinze jours avant la fin prévisible
de l'arrêt de travail, elle laisse le temps de prendre des avis
spécialisés et des contacts utiles dans l'entreprise
(direction et camarades de travail). Cette procédure devrait
être beaucoup plus souvent utilisée par les médecins
de ville.
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