Généralités
La multiplicité des causes pouvant provoquer une compression de
la moelle, située dans un canal ostéo-fibreux inextensible,
ainsi que la diversité du siège de cette compression et de
son intensité expliquent le polymorphysme des tableaux cliniques
réalisés. D'autre part le pronostic fonctionnel des compressions
médullaires (risque de para ou tétraplégie) en fait
toute la gravité.
Les compressions d'origine traumatique ne seront pas abordées.
1 Rappel anatomique
La moelle s'étend du trou occipital (jonction bulbo-médullaire)
jusqu'au niveau du disque L1L2.
Elle présente :
- un renflement cervical
- un renflement lombaire
- un cône terminal, d'où se détache le filum terminal.
La croissance en longueur de la moelle est moins importante que celle
du canal vertébral, au point qu'à la naissance, le cône
médullaire (moelle sacrée) se termine au niveau du 2ème
disque lombaire. Cette "ascension" apparente de la moelle explique :
- Le décalage entre segment médullaire et vertèbre
à partir de T6.
- La formation de la queue de cheval.
Ainsi si au niveau cervical, la moelle cervicale correspond segment
pour segment au vertèbres cervicales, la moelle dorsale se décale
progressivement vers le haut. Ainsi le 12° segment médullaire
dorsal correspond à T10. La moelle lombaire se projette de T10 à
L1, la moelle sacrée correspond à L1. A partir de L2 se trouvent
les racines de L2 à Co1 correspondant à la queue de cheval
formée donc par les 4 racines lombaires restantes (L2-L5) les racines
sacrées (S1-S5) et une racine coccygienne Co1. L'enveloppe durale
qui contient la moelle se prolonge jusqu'au sacrum, et contrairement à
la dure mère encéphalique, la dure mère rachidienne
n'adhère pas à l'os. Il existe donc un espace péridural,
réduit vers l'avant mais plus large vers l'arrière et qui
est occupé par de la graisse épidurale et les plexus veineux
intra-rachidiens.
2 Rappel physiologique
La moelle épinière est un organe de conduction, fonction
assumée par les faisceaux ascendants et descendants de la moelle,
situés dans les cordons médullaires. La moelle est cependant
aussi un centre réflexe, sous le contrôle à l'état
normal des centres supra-segmentaires.
2.1 Systématisation
Sur une coupe de moelle, on distingue la substance grise formé par
les corps cellulaires et la substance blanche formée par les fibres
de passage.
La substance grise présente 2 cornes antérieures, motrices
et deux cornes postérieures sensitives. On décrit aussi 2
cornes latérales neurovégétatives. La substance grise
est subdivisée en 10 couches selon la classification de REXED.
La substance blanche est divisée en cordons. Les cordons antero-latéraux
et les cordons postérieurs.
2.2 La moelle organe de conduction
2.2.1 Les cordons antéro-latéraux
Renferment les voies descendantes (motrices) et ascendantes (sensitives).
- Les voies descendantes sont motrices et sont représentées
par :
. les faisceaux pyramidaux croisés et directs
. les faisceaux extrapyramidaux, que sont les faisceaux tecto-spinal,
vestibulospinal, olivo-spinal, rubro-spinal.
- Les voies ascendantes sont sensitives. On distingue :
. les faisceaux spino-thalamiques qui vectent la thermo-algésie.
. les faisceaux spino-réticulo-thalamiques où cheminent
le tact protopathique.
. les faisceaux spino-cérébelleux véhiculant la
sensibilité profonde inconsciente.
2.2.2 Les cordons postérieurs
Sont formés par les faisceaux de GOLL et BURDACH (faisceaux gracile
et cunéiforme) et vectent la sensibilité profonde consciente,
ainsi que le tact épicritique.
2.3 La moelle centre réflexe
Un arc réflexe fait intervenir : un récepteur périphérique,
une voie afférente, un centre, une voie efférente, un effecteur
périphérique.
Cet arc réflexe est sous la dépendance, à l'état
normal des centre supra-segmentaires.
3. Vascularisation de la
moelle
La moelle est vascularisée par le biais des artères radiculo-médullaires.
Les artères radiculo-médullaires antérieures suivent
la face antérieure de la racine nerveuse antérieure et rejoignent
l'axe spinal antérieur sur la ligne médiane.
Les artères radiculo-médullaires postérieures
suivent la face antérieure de la racine nerveuse postérieure
et rejoignent l'axe spinal postérolatéral dans le sillon
collatéral postérieur. Globalement il existe 6 à 8
artères radiculo-médullaires antérieures dont les
plus importantes sont l'artère du renflement cervical et l'artère
du renflement lombaire ou artère d'ADAM KIEWICZ. Il existe en moyenne
20 artères radiculomédullaires postérieures.
4
Physiopathologie des compressions médullaires
L'ensemble des manifestations cliniques des compressions médullaires
traduisant une souffrance de l'axe nerveux peut être secondaire à
:
- Des phénomènes compressifs mécaniques purs,
des cordons médullaires, à l'origine d'une perturbation des
fonctions assumées par les faisceaux renfermés dans ces cordons.
- Des phénomènes vasculaires. La compression des vaisseaux
médullaires (artères ou veines) sera à l'origine d'une
ischémie médullaire, surtout en cas d'atteinte artérielle.
D'autre part, il faut remarquer que plus le processus compressif évolue
lentement, plus la moelle s'adapte à cette compression lente, car
dans un premier temps la moelle est simplement refoulée (phase asymptomatique)
puis comprimée (début des manifestations cliniques). Cette
lenteur d'évolution explique le caractère insidieux des manifestations
cliniques. Si la compression touche d'abord une racine, longtemps les manifestations
radiculaires seront seules en cause, avant que n'apparaissent les manifestations
médullaires, si le diagnostic n'a pas été fait.
5 Etude clinique
Le tableau clinique commun, des compressions médullaires associe
:
- un syndrome rachidien
- un syndrome lésionnel
- un syndrome sous lésionnel.
5.1 Le syndrome rachidien
Il traduit la souffrance des éléments ostéo-disco-ligamentaires
du canal rachidien. On comprendra aisément qu'il soit surtout marqué
dans les affections extradurales prenant naissance au niveau d'un de ces
éléments constitutifs. Il sera aussi mieux mis en évidence
au niveau cervical ou lombaire qu'en région dorsale en raison de
la grande mobilité des premiers segments sus-cités. Il peut
s'agir d'une douleur rachidienne localisée, spontanée ou
provoquée, d'une attitude anormale, d'une limitation des mouvements
du rachis.
5.2 Le syndrome lésionnel
Il traduit la souffrance du métamère directement comprimé
par la lésion en cause. Il peut s'agir de l'atteinte d'une racine
ou de l'interruption des voies sensitivo-motrices métamériques.
La symptomatologie de ce syndrome est radiculaire et en principe le premier
en date. Son importance et son intensité sont variables.
Ce syndrome comprend :
5.2.1 Un tableau radiculaire subjectif
La douleur est souvent le seul élément, elle est fixe, tenace,
unilatérale au début, de topographie métamérique
radiculaire, d'intensité variable, souvent nocturne ou à
recrudescence nocturne. Parfois il s'agit de paresthésies à
type de fourmillements d'engourdissements dans un territoire radiculaire.
5.2.2 Un tableau radiculaire objectif
Ce tableau peut comporter :
- des troubles sensitifs à type d'hypo ou d'anesthésie
en bande radiculaire.
- des troubles moteurs avec une paralysie flasque avec amyotrophie,
fasciculations, troubles neuro-végétatifs en bande.
- des troubles des réflexes, diminution, abolition ou inversion
d'un réflexe dans le territoire correspondant.
L'importance et la netteté de ce syndrome lésionnel radiculaire
dépendent :
- Du siège en hauteur de la compression
Le syndrome radiculaire sera plus net en région cervicale où
le territoire radiculaire est bien individualisé et mieux explorable
et surtout l'existence à ce niveau de réflexes ostéo-tendineux,
alors qu'en région thoracique, il peut se résumer à
uniquement des douleurs intercostales en hémiceinture ; car à
ce niveau la paralysie segmentaire est impossible à mettre en évidence.
- De l'étendue en hauteur de la compression qui peut
ainsi léser plusieurs racines.
La mise en évidence de ce syndrome lésionnel est capitale
car elle permet sans contexte de situer le niveau à explorer.
5.3 Le syndrome sous-lésionnel
Il traduit la souffrance des voies longues sensitives et motrices, conséquence
de leur interruption physiologique plus ou moins complète ; il va
se constituer dans toute la portion du corps sous-jacente à la compression
des troubles moteurs sensitifs et sphinctériens.
Le syndrome sous-lésionnel au début peut être discret
; à la phase d'état il comprend :
* Des troubles moteurs avec :
- une paralysie plus ou moins importante
- une hypertonie de type pyramidale
- une exagération des réflexes qui sont vifs, diffus,
polycinétiques
- une inversion du réflexe cutané plantaire (signe de
Babinski).
* Des troubles sensitifs touchant la sensibilité profonde
tactile et thermoalgésique. Lorsque ces troubles sensitifs sont
nets, ils donnent avec précision le siège en hauteur de la
compression
* Des troubles sphinctériens consistent d'abord en des
mictions fréquentes et difficiles "impérieuses" plus tardivement
rétention avec impuissance, ou incontinence.
* Des troubles trophiques, troubles vasomoteurs, sudoripares,
troubles trophiques, escarres.
L'importance de l'atteinte des différents faisceaux n'est pas
nécessairement la même, elle dépend du siège
en largeur de la compression.
6
Evolution des manifestations cliniques d'une compression medullaire
6.1 Phase de début
Le tableau clinique est pauvre. On peut retrouver un syndrome lésionnel
fruste avec surtout des troubles sensitifs subjectifs : essentiellement
des douleurs radiculaires, parfois un signe de LHERMITTE (douleur en éclair
irradiant le long de la colonne vertébrale jusqu'aux membres inférieurs
lors de la flexion du cou).
Mais une fois constitué, et que les troubles moteurs sous-lésionnels
sont apparus, on va décrire schématiquement 4 stades évolutifs
successifs.
6.2 Stade de parésie
spasmodique
L'atteinte motrice est minime, il peut s'agir d'une simple fatigabilité
à la marche qui va s'aggravant progressivement plus ou moins vite
avec réduction du périmètre de marche.
Par contre on notera déjà une hypertonie avec un syndrome
d'irritation pyramidale, hyperréflexie ostéo-tendineuse,
signe de Babinski. Les troubles sensitifs sont discrets, ou atteinte de
la sensibilité profonde proprioceptive. Le syndrome lésionnel
lui est complet.
6.3 Stade de parésie
hyperspasmodique
A l'hypertonie qui est majeure s'associe une faiblesse musculaire évidente,
révélée par la manoeuvre de BARRE-MINGAZINI. Les troubles
de la sensibilité sont nets, les troubles sphinctériens s'installent,
à type de rétention.
6.4 Stade de plégie
flasco-spasmodique
La diminution de la force musculaire est totale, on peut percevoir une
contraction musculaire sans déplacement contre pesanteur. L'hypertonie
est moindre. Les réflexes sont moins vifs, le signe de Babinski
moins évident; les troubles de la sensibilité sont évidents,
les troubles sphinctériens et neurovégétatifs sont
installés. Les troubles trophiques s'installent.
6.5 Stade de plégie flasque
Il traduit un syndrome de section médullaire. La paralysie sensitivo-motrice
est totale. Apparaissent alors les réflexes d'automatismes médullaires,
réflexe de triple retrait.
Cette évolution progressivement aggravative constitue pour les
compressions médullaires, un élément essentiel, opposant
l'étiologie compressive et tumorale à l'étiologie
vasculaire. Mais parfois, l'évolution va se faire avec une brutalité
telle qu'elle fait penser à un syndrome ischémique, secondaire
à une compression d'un vaisseau médullaire. Dans ce cas le
tableau clinique est celui d'une paralysie flasque avec abolition des réflexes.
7 Formes cliniques
7.1 Variétés
topographiques en hauteur
7.1.1 Compressions cervicales hautes
Elles ont la particularité de provoquer une tétraplégie,
évoluant en U, selon les auteurs classiques ; leur niveau est difficile
à préciser entre C1 et C2.
Les lésions cervicales se développant au voisinage du
trou occipital peuvent s'accompagner d'un syndrome sus-lésionnel
comportant :
- une hydrocéphalie par blocage de l'écoulement du L.C.R.
- un trouble de la sensibilité de la face dans le territoire
du nerf ophtalmique ou du nerf mandibulaire par atteinte du noyau trigéminal
spinal, voire une névralgie faciale.
Le syndrome lésionnel peut s'exprimer par une névralgie
d'ARNOLD (C2) s'exprimant par une douleur occipitale pouvant irradier vers
l'oreille ou l'angle de la machoire ou par une atteinte de la musculature
diaphragmatique unilatérale si la lésion se développe
en regard de C4.
7.1.2 Compressions cervicales basses
Elles sont à l'origine d'une atteinte des racines du plexus brachial
et à l'origine d'un syndrome lésionnel franc avec atteinte
sensitivo-motrice et réflexe. On peut ainsi décrire :
-
Un syndrome de la racine C5 : la douleur irradie de la base
de la nuque et suit l'axe de l'avant bras et du bras à la face palmaire
et s'arrête en dehors à la naissance du poignet. Le déficit
moteur touche l'abduction et la rotation externe de l'épaule. Le
réflexe bicipital est diminué ou aboli.
-
Un syndrome lésionnel C6 : La douleur et l'hypoesthésie
intéresse la face supérieure du bras et de l'avant bras,
débordant sur leurs faces dorsale et palmaire, la tabatière
anatomique l'éminence thénar et le pouce. Le déficit
moteur touche la flexion du coude, la prosupination de l'avant bras et
le long suppinateur. Le réflexe styloradial est diminué ou
aboli.
-
Un syndrome lésionnel C7 : La douleur et l'hypoesthésie
concerne la face postérieure de l'épaule et la face dorsale
de l'avant bras et du bras, la face palmaire et dorsale de l'index et du
médius. Le déficit moteur touche l'extension du coude, du
poignet et des doigts. Le réflexe bicipital est diminué,
aboli ou inversé.
-
Un syndrome lésionnel C8 : Les phénomènes
subjectifs touchent la moitié inférieure de la face dorsale
de l'avant bras et du bras et déborde l'annulaire et l'auriculaire
en passant par le bord cubital de la main. Le déficit moteur touche
les petits muscles de la main (mouvements du pouce, abduction-adduction
des doigts). Le réflexe cubito-pronateur est atteint.
-
Un syndrome lésionnel D1 : La
douleur irradie du manubrium sternal et se prolonge à la face antérieure
du bras et de l'avant bras dont elle parcourt la moitié inférieure
pour se terminer au niveau des plis du poignet. Le déficit moteur
est similaire à l'atteinte C8.
7.1.3 Compressions dorsales
Les troubles moteurs sont difficiles à mettre en évidence.
Le niveau sensitif quand il est retrouvé est un bon repère
clinique ainsi :
- le mamelon correspond au métamère D4.
- l'apophyse xyphoïde au métamère D6
- l'ombilic au métamère D8
- le pubis à D12.
7.1.4 Compressions du cône terminal
Elles se caractérisent par des troubles génito-sphinctériens,
un syndrome lésionnel déficitaire sensitivo-moteur avec abolition
du réflexe crémastérien (L1L2), rotulien (L3L4) ou
achilléen (S1) pouvant imposer pour une atteinte périphérique
d'autant plus que le signe de Babinski peut ne pas être retrouvé.
L'atteinte du cône terminal peut être associé à
une atteinte de la queue de cheval, ce qui rend parfois la distinction
de ces deux entités difficile.
7.2 Formes topographiques
en largeur
7.2.1 Les compressions antérieures
Les compressions médullaires antérieures peuvent se présenter
sous une forme motrice pure, pouvant simuler une maladie de Charcot. Les
troubles sphinctériens sont précoces, et ces lésions
peuvent être responsables d'accidents ischémiques dans le
territoire de l'artère spinale antérieure.
7.2.2 Les compressions postérieures
Les lésions se développant en arrière de la moëlle
se révèlent parfois par des troubles sensitifs profonds associés
à des douleurs de type "cordonales postérieures" pouvant
faire évoquer un tabes ou une sclérose combinée de
la moelle surtout lorsqu'un syndrome pyramidal est retrouvé.
7.2.3 Les compressions latéro-médullaires
Ce type de compression peut au cours de l'évolution être responsable
d'un syndrome de Brown Sequard plus ou moins net. Il traduit une compression
d'une hémi-moelle. Il se traduit cliniquement par :
- des troubles moteurs et de la sensibilité profonde du côté
de la compression
- des troubles de la sensibilité épicritique et thermoalgésique
du côté opposé à la compression.
8 Examens complémentaires
8.1 Biologie
Outre les examens biologiques habituels certains examens spécifiques
peuvent être demandés (marqueurs tumoraux ...). Ils seront
signalés avec les pathologies correspondantes.
8.2 Etude du L.C.R.
Prélevé par ponction lombaire.
-
Epreuve de QUECKENSTEDT-STOOKEY : actuellement
peu usité, permettait de rechercher un blocage manométrique
du L.C.R.
-
Dissociation albumino-cytologique : témoigne d'une
compression médullaire et se traduit par une augmentation de la
protéinorachie contrastant avec une cellularité liquidienne
normale (2-3 cellules). La protéinorachie est souvent supérieure
à 1 gr/l. Parfois elle atteint plus de 12 gr/l. réalisant
un syndrome de FROIN, ou une coagulation massive du liquide jaunâtre.
- La recherche de cellules malignes est très souvent négative.
Dans quelques rares cas, il a été noté une aggravation
du tableau neurologique après la ponction lombaire, traduisant un
"engagement" de la tumeur, surtout dans les lésions intradurales
et extramédullaires.
8.3 Les radiographies du rachis
L'examen radiologique standard reste de principe. L'analyse des clichés
doit être rigoureuse.
On peut découvrir :
- des lyses osseuses localisées ou diffuses, limitées
ou non.
- un tassement vertébral, avec ou sans angulation scoliotique,
une rectitude.
- un scalloping, un élargissement de la distance interpédiculaire
signe d'
ELSBERG, une vertèbre borgne, un élargissement
d'un trou de conjugaison.
- une atteinte discovertébrale témoignant d'un processus
infectieux avec modifications des parties molles paravertébrales.
8.4 Examen tomodensitométrique
Il peut être efficace pour apprécier les lésions osseuses
et l'envahissement locorégional périvertébral, mais
sa fiabilité est faible pour les lésions intracanalaires,
même quand il est réalisé à la suite d'une myélographie
= myéloscanner.
8.5 Myélographie opaque
Sa disponibilité lui conserve une place importante dans les techniques
d'explorations des compressions médullaires, car elle permet une
exploration du contenu du fourreau dural dans toute sa hauteur. On peut
la réaliser par voie lombaire, latérocervicale entre C1C2
ou par voie sous occipitale.
Cet examen permet de situer le siège et parfois d'approcher
le diagnostic étiologique :
- Les lésions extradurales donnent une image d'arrêt en
"dents de peigne".
- Les lésions intradurales extramédullaires donnent un
arrêt en dôme ou en cupule.
- Les lésions intramédullaires donnent un aspect fusiforme
à la moëlle ou un aspect de grosse moelle.
8.6 Imagerie
par résonance magnétique I.R.M.
C'est l'examen essentiel en pathologie médullaire ou rachidienne
entraînant une compression médullaire. Cet examen permet une
"analyse anatomique" des éléments du canal rachidien. Il
va permettre de définir la morphologie médullaire, l'espace
périmédullaire et la zone péridurale et osseuse. Le
rachis est exploré en séquence T1, T2 et T1 après
injection intraveineuse de Gadolinium.
En T1 le L.C.R se traduit par un hyposignal, en T2 le L.C.R. se traduit
par un hypersignal.
8.7 Les autres examens
- L'artériographie médullaire n'est réalisée
que si l'on suspecte des lésions vasculaires médullaires.
- La scintigraphie osseuse permet de visualiser la dissémination
métastatique.
9. Diagnostic différentiel
La gravité fonctionnelle des compressions médullaires impose
devant toute suspicion de ce diagnostic la réalisation d'examens
complémentaires ; c'est la normalité de ces explorations
qui fera évoquer d'autres diagnostics neurologiques tels que :
- la sclérose latérale amyotrophique
- les atteintes médullaires vasculaires, inflammatoires
- la maladie de Charcot ...
- la syringomyélie.
10 Diagnostic étiologique
Les lésions à l'origine des compressions médullaires
peuvent être classées en 3 groupes :
- Les lésions extradurales
- Les lésions intradurales et extramédullaires
- Les lésions intramédullaires
10.1 Les lésions extradurales
Les compressions extradurales sont dues soit à des tumeurs le plus
souvent malignes, d'origine osseuse ou épidurale, primitives ou
secondaires, soit à un processus infectieux, soit d'une protrusion
mécanique discale ou discarthrosique.
10.1.1 Les tumeurs osseuses
10.1.1.1 Les tumeurs primitives du rachis
Elles recouvrent des entités très différentes
de par leur nature, leurs difficultés thérapeutiques ainsi
que leur pronostic. Généralement avant 18 ans ces tumeurs
primitives sont préférentiellement bénignes (ostéoblastome,
kyste anévrismal). Dans cette tranche d'age la tumeur maligne la
plus fréquente est le sarcome d'Ewing, alors que chez l'enfant les
neuroblastomes et les ganglioneuroblastomes font partie des causes les
plus citées des compressions médullaires. L'extension directe
dans l'espace péridural à travers le trou de conjugaison
est le mécanisme le plus fréquent.
Après 18 ans, les tumeurs malignes prédominent (chordomes,
chondrosarcomes, plasmocytomes). Les tumeurs bénignes de l'adulte
sont surtout les chondromes et les hémangiomes. Si les tumeurs bénignes
siègent préférentiellement sur l'arc postérieur
au niveau cervical et sur le corps vertébral au niveau thoracique,
par contre les tumeurs malignes intéressent surtout le corps vertébral
ou l'ensemble de la vertèbre et sont plus fréquentes au niveau
thoracolombaire.
La symptomatologie clinique ne présente pas de particularisme
en dehors d'une évolution plus longue pour les tumeurs bénignes.
10.1.1.1.1 Les tumeurs primitives malignes du rachis
-
Chondrosarcome : il se développe à partir
des cellules cartilagineuses, touche l'homme adulte et se localise préférentiellement
en région thoracique moyenne ou lombosacrée. Son évolution
est lente.
-
Sarcome d'EWING : atteint les sujets jeunes, siège
au sacrum et peut donner des métastases osseuses ou pulmonaires.
10.1.1.1.2 Les tumeurs primitives bénignes du rachis
- Granulome éosinophile :
c'est une prolifération
de cellules histiocytaires, touche surtout le rachis cervical et thoracique
du sujet jeune avant 20 ans. L'atteinte se focalise au corps vertébral.
- Kyste anévrismal : c'est une cavité intraosseuse
pleine de sang touchant l'arc postérieur du rachis cervicothoracique.
- Ostéome ostéoïde : touche l'enfant et l'adulte
jeune au niveau du rachis lombaire et atteint l'arc postérieur d'une
seule vertèbre. Les douleurs sont sensibles aux salicylés.
- Hémangiome vertébral : C'est une tumeur
vasculaire bénigne qui se voit entre 20 et 50 ans et se caractérise
par un aspect grillagé de la vertèbre aux radiographies standard.
10.1.1.2 Les tumeurs secondaires et les épidurites métastatiques
Elles sont réunies dans le même chapitre car souvent à
la métastase osseuse s'associe l'épidurite métastatique.
Le tableau clinique est généralement celui d'une paraplégie
d'évolution rapide assez souvent précédée d'une
période plus ou moins longue de douleurs de plus en plus importantes,
rebelles à toutes les thérapeutiques.
Ces métastases surviennent souvent chez le sujet de plus de
50 ans et touchent préférentiellement la région thoracique.
Il n'est pas rare que cette métastase soit révélatrice
du néo-primitif. Les cancers pourvoyeurs de métastases rachidiennes
sont ceux du sein chez la femme et les néos du poumon et de la prostate
pour l'homme. Dans 25% le néo primitif est non retrouvé et
il y a absence d'orientation histologique. L'atteinte vertébrale
est souvent multiple.
La valeur des marqueurs tumoraux doit être relativisée
selon leur type. Les radiographies standard sont souvent positives mettant
en évidence des lyses vertébrales, des tassements, des condensations
(vertèbre en ivoire). Le scanner est particulièrement utile,
mais n'est réalisable que si le niveau atteint est localisé.
L'IRM est un examen précieux offrant la possibilité d'analyser
le rachis, la moelle et les tissus environnants. La scintigraphie osseuse
au Technetium 99 permet d'explorer la totalité de la charpente osseuse
et de déceler des foyers multiples cliniquement muets.
10.1.2 Les processus infectieux
10.1.2.1 La spondylodiscite tuberculeuse
Elle était naguère une cause très fréquente
de compression médullaire, s'observe encore dans les pays du tiers
monde. La compression médullaire se fait par constitution d'un abcès
pottique associé parfois à une épidurite. Le recul
du mur postérieur secondaire au tassement vertébral peut
aggraver la compression.
Le tableau clinique est celui d'une paraplégie d'installation
assez rapide chez un sujet aux antécédents tuberculeux.
Le diagnostic peut être évoqué sur des radiographies
simples devant l'association :
- d'un pincement discal avec aspect irrégulier des plateaux
vertébraux
- une image en fuseaux paravertébrale
- l'existence de géodes dans les corps vertébraux adjacents.
10.1.2.2 Les spondylodicites et épidurites non tuberculeuses
Le germe le plus souvent en cause est le staphylococcus aureus. Le
tableau clinique typique comporte un syndrome rachidien majeur dans un
contexte fébrile suivi rapidement de signes déficitaires.
Les images radiologiques classiques ne sont guère différentes
de celles du mal de Pott. Dans certains cas il s'agit uniquement d'une
épidurite infectieuse, les signes radiologiques manquent alors et
c'est l'IRM qui met en évidence l'épidurite.
10.1.3 Les discopathies et la discarthrose
La hernie discale cervicale est rarement à l'origine d'une compression
médullaire, elle provoque surtout une compression radiculaire à
l'origine d'une névralgie cervicobrachiale. Par contre la cervicarthrose
ou discarthrose est souvent à l'origine d'une
myélopathie.
Cette discarthrose est parfois associée à un canal lombaire
étroit.
La myélopathie cervicarthrosique. Nous utiliserons ici le terme
de myélopathie, car le mécanisme de la souffrance médullaire
n'est pas uniquement compressif, et nous incluons cette pathologie dans
les compressions médullaires car sa clinique y est comparable.
La cervicarthrose est un processus de dégénerescence
articulaire et de vieillissement de la colonne cervicale quasi constant.
Les lésions arthrosiques deviennent visibles radiologiquement vers
40 ans. Après 50 ans, la moitié de la population a des signes
radiologiques d'arthrose cervicale muet cliniquement. Les complications
neurologiques sont plus fréquentes et plus graves en cas de canal
cervical étroit.
L'expression clinique de ces myélopathies débute entre
40 et 60 ans plus souvent chez l'homme. Les premiers symptomes de l'atteinte
médullaire s'installent progressivement. Il s'agit souvent de troubles
de la marche, à type de fatigabilité anormale d'enraidissement.
Une faiblesse d'un bras, un engourdissement des doigts ou une impression
de main lourde en fin de journée peuvent inaugurer le tableau clinique.
Il n'est pas rare de retrouver une notion de torticolis épisodique.
L'examen clinique peut retrouver des signes radiculaires, à
type de paresthésies des doigts, une amyotrophie localisée
aux petits muscles de la main. Les signes d'atteinte médullaire
se caractérisent par un syndrome pyramidal où prédomine
la spasticité, des troubles sensitifs superficiels et des troubles
de la sensibilité profonde. Les troubles sphinctériens sont
habituellement discrets. Le syndrome rachidien est modéré.
Les myélopathies cervicarthrosiques génèrent un handicap
de plus en plus marqué au fil de l'évolution pouvant aboutir
à une quadriplégie spasmodique.
10.2
Les lésions intradurales-extramédullaires
Parmi ces lésions, les deux plus fréquentes sont le neurinome
et le méningiome.Ces lésions se caractérisent par
leur bénignité histologique, la fréquence des douleurs
révélatrices, la discordance entre la modestie des signes
cliniques et le volume tumoral, ce qui témoigne de leur lente évolution.
10.2.1 Les neurinomes rachidiens
Ce sont des tumeurs bénignent qui se développent à
partir des cellules de Schwann des racines rachidiennes. Ils représentent
près d'un tiers des tumeurs intradurales. En règle ils sont
uniques, mais peuvent être multiples dans le cadre d'une neurofibromatose
de type I ou II. Une très longue période initiale radiculaire
pure caractérise le neurinome. Celui-ci se développe le plus
souvent sur une racine postérieure ce qui explique l'importance
et la fréquence élevée des douleurs inaugurales. Si
le diagnostic n'est pas fait à cette phase alors s'installera une
paraplégie d'évolution très lente.
Les radiographies standard peuvent être normales ou alors on
notera un élargissement du trou de conjugaison, aspect assez évocateur
de neurinome en "bissac" ou en "sablier", un signe d'
ELSBERG,
signe commun à tous les processus intra-rachidiens, ainsi que le
scaloping. Dans tous les cas la corticale est respectée. L'examen
idéal est évidemment l'IRM, il apparaît en isosignal
au parenchyme médullaire en T1 et en iso en hypersignal en T2. Il
est rehaussé par l'injection de gadolinium.
10.2.2 Les méningiomes
Ce sont des tumeurs bénignes qui se développent à
partir des cellules arachnoïdiennes, contrairement aux méningiomes
intracraniens, ils n'induisent pas de réactions osseuses au voisinage
de la tumeur. Ces méningiomes prédominent chez la femme et
se développent préférentiellement en région
thoracique. Leur histoire clinique est celle d'une compression médullaire
très lentement progressive chez une femme de plus de 40 ans ayant
présenté des douleurs radiculaires avec des épisodes
d'exacerbation entrecoupés de rémissions.
A l'IRM le méningiome apparait en isosignal par rapport à
la moelle en T1 et T2 mais l'injection de gadolinium le rehausse de façon
homogène et intense. Il peut renfermer des calcifications.
10.2.3 Les autres lésions intradurales extramédullaires
Elles sont rares, on peut citer entre autre le kyste arachnoïdien,
les métastases leptoméningées des médulloblastomes.
10.3 Les lésions intramédullaires
Le tableau typique des tumeurs intramédullaires est celui d'un syndrome
centromédullaire d'évolution progressive avec un syndrome
lésionnel caractéristique fait :
- de troubles sensitifs dissociés et suspendus
- de troubles moteurs à type de paralysie flasque avec amyotrophie.
Ce syndrome est celui d'une lésion intramédullaire d'évolution
progressive qui peut être soit une syringomyélie soit une
tumeur intramédullaire. En fait les tumeurs intramédullaires
ne réalisent pas toujours ce tableau caractéristique et très
souvent la clinique est atypique car le syndrome lésionnel centromédullaire
est discret et se traduit par des douleurs dont la topographie et les caractéristiques
sont peu différentes de ceux des douleurs radiculaires de sorte
que rien ne permet de penser à un site intramédullaire de
la lésion.
Les tumeurs gliales
-
L'épendymome. Les aspects cliniques de ces tumeurs sont
identiques à ceux des autres T.I.M. avec la particularité
d'une évolution très lente, dans la plupart des cas le délai
moyen séparant le début des troubles et le diagnostic est
de 36 mois en moyenne, par ailleurs cette évolution est entrecoupée
de rémissions souvent prolongées, liées aux remaniements
kystiques. Les kystes intratumoraux à contenu xantochromique et
les kystes satellites sus et/ou sous jacents à contenu clair.
L'I.R.M. met en évidence un élargissement du cordon médullaire,
la tumeur est hypointense en T1. En T2 elle est intense ou hétérogène
et se réhausse de façon homogène le plus souvent après
injection de gadolinium.
-
L'astrocytome. Les tumeurs astrocytaires sont plus volontiers
infiltrantes. Elles prédominent au niveau cervicodorsal et sont
souvent étendues en hauteur, plus de 3 segments. L'âge moyen
de survenue est 30 ans, l'évolution de la maladie est plus courte
que pour les épendymomes 17 mois en moyenne.
-
L'oligodendrogliome. Il est extrêments rare mais peut
se révéler brutalement par un accident hémorragique
intratumoral, à l'origine d'une paraplégie flasque.
-
Les autres tumeurs intramédullaires. Elles sont plus
rares encore, on peut citer les kystes dermoïdes et épidermoïdes,
les lipomes intramédullaires, les métastases médullaires,
l'hémangioblastome.
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