L'infection à VIH de l'enfant

V. Gandemer

Institut Mère-Enfant, annexe pédiatrique, Hôpital sud,
BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2


mis à jour le 6 mars 2000

1 Définition de la maladie
2 Epidémiologie
3 Transmission materno-foetale
3.1 Mécanismes
3.2 Facteurs de risque
3.3 Prévention
3.4 Résultats
4 Détermination du statut virologique de l'enfant
4.1 A la maternité

4.2 Suivi ultérieur
5 Manifestations cliniques
5.1 Forme rapidement évolutive
5.2 Forme lentement évolutive
6 Stratégies thérapeutiques
6.1 Antirétrovirales
6.2 Vis-à-vis des autres infections
6.3 Autres
7 Références


Objectifs

1 - La contamination par le VIH de l'enfant : épidémiologie, modes de transmission et facteurs de risque.

2 - Formes cliniques du SIDA chez l'enfant.

3 - Principe du diagnostic et du suivi biologique de l'enfant VIH +.

4 - Principes du traitement et surveillance.


1 Définition de la maladie

La définition actuelle de l'infection VIH de l'enfant, retenue en 1987 et révisée en 1994, par le Centre pour le contrôle des maladies (C.D.C) d'Atlanta tient compte des difficultés du diagnostic chez le nourrisson et de l'évolution de la maladie avec des formes asymptomatiques et symptomatiques. L'infection à VIH s'étend d'enfants apparemment en bonne santé à des enfants diversement atteints ; la forme la plus sévère correspond au syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA). La classe E souligne la prudence actuelle qui s'impose avant d'affirmer l'infection chez un nourrisson de moins de 15 mois, en l'absence d'une preuve virale, en raison de la persistance prolongée des anticorps transmis. Le système de classification adopté pour les enfants de moins de 13 ans est divisé en 4 catégories, mutuellement exclusives selon 3 critères : le statut sérologique, le statut clinique et le statut immunologique.
 

Catégories immunologiques
Catégories cliniques
N
A
B
C
Sans preuve d'immunodépression (CD4 + >25%)
N1
A1
B1
C1
Immunodépression modérée  (15 % <CD4 + <24%)
N2
A2
B2
C2
Immunodépression sévère (CD4 + <14%)
N3
A3
B3
C3
 
Préfixe E : statut VIH indéterminé.

Catégorie N : asymptomatique.

Catégorie A : symptomatologie mineure (au moins 2 signes et aucun de B et C).
Adénopathies, HSM, dermatite, parotidite, infections ORL ou respiratoires récidivantes ou persistantes...

Catégorie B : symptomatologie modérée.
Fièvre > 1 mois, diarrhée, LIP, troubles hématologiques, infections bactériennes sévères, toxoplasmose, zona, herpès, candidose > 2 mois...

Catégorie C : SIDA.
Infections sévères récidivantes, cachexie, encéphalopathie, Kaposi, lymphome, pneumocystose, toxoplasmose cérébrale...

Un enfant âgé de moins de 18 mois (séropositif connu ou né de mère séropositive) sera déclaré infecté par le VIH, sil a 2 résultats positifs à 2 prélèvements différents pour au moins lun des examens suivants : culture virale, PCR, Antigénémie P24.
Pour un enfant de plus de 18 mois, des sérologies positives en ELISA confirmées en Western Blot (ou répondant aux critères ci-dessus) permettent de poser le diagnostic dinfection à VIH.

2 Epidémiologie

La prévalence de l'infection au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) chez les enfants est actuellement étroitement liée à la séroprévalence du VIH chez les femmes enceintes. La prévalence du SIDA est relativement faible en Bretagne avec 306,3 cas cumulés/million dhabitants la plaçant au 13ème rang /26 départements en 1998 (min =194 en Nord Pas de Calais ; max = 2029 en Ille de France). Depuis le dépistage systématique des donneurs de sang et le traitement des fractions anti-hémophiliques, la transmission materno-foetale du VIH constitue le mode de contamination quasi exclusif des enfants infectés.5

Chaque année en France, 1000 à 2000 femmes atteintes dinfection par le VIH débutent une grossesse (par ex 0,5 % des femmes qui accouchent en région PACA ou Ille de France sont séropositives). Environ 75% dentre elles décident de poursuivre leur grossesse soit environ 500 à 600 grossesses par an. 40 % de ces femmes sont dorigine africaine. Ces mères ont pour 50 % dentre elles plus de 500/mm3 CD4, pour 35 % entre 200/mm3 et 500/mm3 CD4 et 15 % ont des CD4 au dessous de 200/mm3. Près de 85 % sont représentées par des mères contaminées par voie hétérosexuelle. Seules 12 % dentre elles sont à lheure actuelle des usagées de drogue intraveineuse. Le mode de contamination est pour les autres dorigine transfusionnelle ou indéterminée (<5%).6

Le nombre cumulatif denfants infectés est de lordre de 10.000 en Europe, 20.000 aux Etats-Unis mais plus de 500.000 en Afrique sub-saharienne. Seuls les cas de SIDA font lobjet dune déclaration obligatoire. Pourtant il existe une sous déclaration, particulièrement nette, en pédiatrie.10 723cas cumulés de SIDA pédiatriques ont été recensés en France au 1er juillet 1998 soit 1,5 % du total des cas de SIDA en France. Parmi ces cas, 62,3 % sont connus comme étant décédés. Entre le 1-07-1997 et le 30-06-98, 3 nouveaux cas de SIDA ont été diagnostiqués chez des enfants (£ 14 ans) soit 0,2 % des nouveaux cas français contre 13 en 1997 (Figure 1).

Figure 1 : Evolution des cas de SIDA pédiatriques par année

 

3 Transmission materno-foetale

3.1 Mécanismes

Les différents mécanismes de transmission (la transmission virale nétant pas la même selon le moment où le virus est transmis) ne sont pas élucidés à ce jour.15 Plusieurs hypothèses coexistent faisant intervenir soit  le virus libre soit le virus associé aux cellules soit une infection du placenta. Le rôle des anticorps neutralisants maternels et des cellules T cytotoxiques présentes chez la mère est aussi à préciser. 15

La contamination peut se faire précocement (2ème trimestre de grossesse) in utero. Mais elle survient dans 2/3 des cas en fin de 3ème trimestre de grossesse et en perpartum du fait des échanges maternofoetaux et du contact avec les sécrétions cervico-vaginales de la mère (Figure 2). 15 La contamination (5 à 14% selon les études) peut survenir aussi lors de l'allaitement maternel, qui est donc formellement contre-indiqué dès lors quune alimentation artificielle est accessible et réalisable dans de bonnes conditions.2, 8, 9

Figure 2 : Estimation de la proportion denfants infectés par semaine avant laccouchement

3.2 Facteurs de risques

La taux de transmission maternofoetale du VIH, en France, se situait autour de 18 % avant la généralisation du traitement par zidovudine chez les femmes enceintes.4
En fait le risque de transmission dépend de facteurs maternels, viraux, ainsi que dévénements obstétricaux. 11
Au sein de la cohorte française, le mode de contamination de la mère, son origine géographique ou la toxicomanie ne semblent pas influencer le risque de transmission. Les éléments décrits comme associés à une transmission accrue comprennent :
lexistence de signes cliniques maternels (appartenance au groupe C du CDC ou SIDA), un déficit immunitaire important, une charge virale élevée (transmission x 2 si >10000 copies/ml), une antigénémie p24 positive, un âge maternel > 35 ans,
labsence danticorps neutralisants, des souches virales à réplication rapide,
des infections associées (maladies sexuellement transmissibles ou virus tels cytomégalovirus, hépatites, herpès virus), la prématurité, linfection placentaire, la rupture prématurée des membranes de plus de 4 heures ou des conditions daccouchement sanglantes.

Par ailleurs, la réalisation dune épisiotomie ou de manoeuvres instrumentales pendant laccouchement naugmentent pas le risque de transmission maternofoetale (TMF).
Malgré des résultats longtemps discordants, une méta-analyse rétrospective publiée en avril 1999 renforce les études dobservation suggérant que les césariennes réalisées avant le travail diminuent la transmission maternofoetale du VIH.16 Une étude européenne prospective sur 408 patientes infectées par le VIH ( 60% prenaient un traitement antirétroviral) suggère que la césarienne programmée est une composante l égitime en obstétrique pour les femmes enceintesVIH (TMF=10,2% si VB et 3,5% si césarienne). Sur les 119 qui prenaient à la fois un traitement antirétroviral et ont eu une césarienne programmée, 1 seule adonné naissance à un enfant infecté ce qui représente une TMF < 1%.17

3.3 Prévention

La prévention de la transmission maternofoetale du VIH débute par le dépistage de linfection à VIH chez les femmes et nécessite un suivi multidisciplinaire (infectiologues, virologues, obstétriciens, pédiatres, services psychosociaux). Le test de dépistage doit être proposé en début de grossesse par tous les médecins depuis 1993. Ce test est accepté par 98% des femmes, qui pour beaucoup dentre elles, en ont déjà réalisé auparavant. Les résultats de lessai thérapeutique franco-américain ACTG-076/ANRS-024, en février 1994, ont montré lefficacité de la zidovudine (ZDV) administrée en fin de grossesse et sa très bonne tolérance tant chez la mère que chez lenfant.7 Cet essai comparait deux groupes de femmes séropositives dont le traitement à partir du 2ème trimestre de grossesse était randomisé : placebo ou ZDV. Le taux de transmission maternofoetale dans le groupe ZDV fut de 8,2 % et celui dans le groupe placebo de 25,5 %, conduisant rapidement à lextension de ce traitement à toutes les femmes enceintes séropositives. Cet essai a marqué un tournant crucial dans la prise en charge obstétricale des femmes séropositives car jusque-là les autres possibilités dintervention (lavages vaginaux à laide de virucides au moment de laccouchement ou bains antiseptiques chez le nouveau-né) avaient échoué.

3.4 Résultats

Au sein de la cohorte française Mères-Enfants, en1998, le taux de transmission a été chez les femmes traitées de 5 ± 2 % et de 14 ± 6% chez les femmes non traitées (Tableau 1).12 Il sagit de moyennes qui dépendent des facteurs de risque énoncés ci-dessus. Le mécanisme daction de la ZDV nest pas encore totalement élucidé dans ce modèle de transmission maternofoetale : la diminution de la charge virale circulante est, semble-t-il, modérée (- 0,35 log/ml) évoquant un effet préventif chez le foetus et dautre part il nexiste pas de seuil de charge virale au dessous duquel il nexiste pas de risque de transmission. 1, 13
Un renforcement du traitement antirétroviral associant la Lamivudine à la ZDV est proposé depuis lautomne 1996 afin de diminuer la charge virale plus nettement soit le schéma thérapeutique suivant 14 :

ZDV dès 14 semaines daménorrhée (SA) = 100 mg x 5 /j per os
ensuite dès le début du travail = 2 mg/kg/IV en bolus sur 1 heure, puis 1 mg/kg/h jusqu'à laccouchement
poursuite du traitement oral maternel jusqu'à 3 jours après laccouchement et relais chez le nouveau-né dans les 12 heures qui suivent la naissance = 2 mg/kg x 4 /j per os pendant 6 semaines. Ce traitement est bien toléré par le foetus et noccasionne habituellement quune anémie modérée résolutive en 3 mois.12
En association depuis fin 96 (essai ANRS 075) avec la lamivudine (3TC)à partir de 32 SA = 150 mg x 2 /j per os
poursuite du traitement oral maternel jusqu'à 3 jours après laccouchement et relais chez le nouveau-né dans les 12 heures qui suivent la naissance = 2 mg/kg x 2 /j per os pendant 6 semaines.

La pratique de la césarienne prophylactique vers 38 SA (avant toute mise en travail) peut encore diminuer la TMF à moins de 1%.

Tableau 1 : Transmission maternofoetale (TMF) dans la cohorte française

% de TMF

sous ZDV

sous ZDV +3TC

en absence de traitement

En moyenne

5 ± 2

2,6

14± 6

mode daccouchement

voie basse
césarienne programmée

 

6
0,8

 

?
?

 

Cette stratégie prophylactique a néanmoins ses limites. La césarienne tout dabord comporte des risques pour la mère (x 6 mortalité et x 4 morbidité /femmes VIH négatives). La plus grande difficulté provient des risques deffets indésirables liés à la prise dun médicament pour la mère et lenfant. La tendance est de concentrer la prophylaxie sur le 3ème trimestre afin de diminuer ces risques mais lorsque les femmes ont une indication personnelle à être traitées les obstétriciens privilégient la santé de la mère et la traitent en priorité : le traitement de référence est alors une tri ou quadrithérapie. Cette attitude expose lenfant à des effets secondaires : syndrome malformatif, problème de développement, pathologie mitochondriale, troubles métaboliques ou hématologiques ... Les premières " retombées " de cette attitude ont été révélées en février 1999 avec la survenue de 2 encéphalopathies mitochondriales sur 200 femmes traitées en France par ZDV+3TC (1 cas sur 5000 à 20000 dans la population générale !). Aucun cas nétait survenu avec la ZDV utilisée isolément. Dautres cas dans le monde ont depuis été recensés avec diverses associations thérapeutiques. Un suivi minimum des 12 à 18 mois de tous les enfants de mère traitée est donc nécessaire pour mettre en évidence ces troubles, et ceci même si lenfant nest pas contaminé. Dautres essais ont été réalisés avec antiprotéase (Ritonavir) en phase I mais ont montré des toxicités métaboliques en particulier. Un essai est en cours avec un traitement bref pendant laccouchement utilisant la Névirapine. Ce type de traitement, sil expose moins le foetus, fait courir à la mère le risque de résistance secondaire à cette inhibiteur non nucléosidique de la réverse transcriptase.

En conclusion et à ce jour, la prévention de la TMF du VIH comprend chez la femme sans indication urgente de traitement personnel, la pratique de la césarienne prophylactique et la ZDV maintenant seule (coef ci-dessus). Pour les femmes ayant une indication formelle de traitement, la stratégie est à décider au cas par cas...

NB : Zalcitabine (ddc) et Efavirenz tératogènes chez lanimal.

4 Détermination du statut virologique de l'enfant

4.1 A la maternité

La prise en charge du nouveau-né débute à la maternité. Outre la bithérapie dont il bénéficie, il va être lobjet de divers examens à visée diagnostique, pronostique ou prédictive. Lensemble de ces examens sera intégralement remboursé tant que la séronégativité ne sera pas établie.

4.1.1 Diagnostic et pronostic

Les nouveaux-nés de mères VIH positives possèdent des anticorps IgG transmis passivement et qui peuvent persister au-delà de 15 mois. La recherche d'IgM n'est pas fiable. Un diagnostic précoce de certitude repose ainsi sur la mise en évidence du virus au moyen de techniques de diagnostic direct chez le nouveau-né et se fait par culture virale sur lymphocytes ou mise en évidence de lADN viral par PCR (Tableau 2).3 De 35 à 50 % à la naissance, la sensibilité de ces tests atteint 75 à 90 % à 1 mois et près de 100 % à 3 mois. La pratique de ces tests est justifié en période néonatale malgré leur sensibilité médiocre car le potentiel évolutif et le risque dencéphalopathie dun enfant dont la culture/PCR-ADN VIH est positive dès la naissance est plus élevé que chez celui dont lisolement viral ne sera possible quaprès quelques semaines de vie. Ceci est encore plus net lorsquune antigénémie p24 peut être détectée dès la naissance (risque x 3). En revanche, chez l'enfant plus grand, le diagnostic sera indirect comme chez l'adulte, et mettra en évidence les anticorps sériques dirigés contre les divers constituants du VIH par méthode Elisa ou Western Blot.

Tableau 2 : Méthodes de diagnostic précoce de linfection par le VIH

Naissance Contrôle sérologie Elisa et Western Blot 
Culture virale et/ou PCR-ADN VIH 
Antigénémie p24
1 mois Culture virale et/ou PCR-ADN VIH
3 mois Culture virale et/ou PCR-ADN VIH
12/18 mois Sérologie VIH Elisa

4.1.2 Tolérance

Une numération formule sanguine et un bilan hépatique (transaminases et bilirubine) seront pratiqués afin de dépister les effets secondaires liés au traitement antirétroviral .

4.1.3 Coinfections

Une éventuelle transmission de la mère à lenfant dautres micro-organismes tels cytomégalovirus, toxoplasme, virus des hépatites B (HBV)et C doit être évaluée. Une sérovaccination anti HBV sera réalisée en fonction du statut maternel vis à vis de lHBV.

4.2 Suivi ultérieur

Tous les enfants sont revus à 1 mois de vie en consultation par un pédiatre référent. En effet les résultats des tests de diagnostic direct réalisés à la naissance sont alors disponible (délai =28 jours pour les co-cultures). Deux situations sont alors possible : ou culture et PCR sont positives ou elles sont négatives.

Dans le cas où ces tests sont demblée positifs (Figure 3), lenfant a un grand risque dappartenir à une forme rapidement évolutive qui se caractérise par des symptômes dinfection virale (adénopathies, hépatomégalie, splénomégalie), des complications infectieuses car ces enfants sont en règle très immunodéprimés et par des manifestations neurologiques liées au VIH (encéphalopathie) (cf. paragraphe 5). Le traitement antirétroviral sera alors poursuivi voire renforcé et une prophylaxie vis à vis du pneumocystis carinii sera entreprise si elle navait pas été déjà mise en place.

Figure 3 : Conduite à tenir si diagnostic direct de la naissance positif

Dans le cas où ces tests sont négatifs, ils seront répétés à 1 et 3 mois de vie (Figure 4). Le traitement antirétroviral pourra être arrêté lors de la première consultation car lenfant a toutes les chances, sil savère finalement contaminé, dappartenir à une forme lentement évolutive (charge virale faible ou indécelable et taux de CD4 normal). Si la PCR ou la co-culture sont finalement positives, une reprise du traitement sera discutée en fonction de la charge virale. Le suivi sera de toutes façons prolongé pour tous ; la déclaration de non-infection pour un enfant né de mère séropositive, nécessite une sérologie VIH négative (soit 2 Elisa <18 mois ou 1 Elisa >18 mois) sans autre preuve biologique dinfection (détection directe du virus négative) ni critère clinique définissant le SIDA.

Figure 4 : Conduite à tenir si diagnostic direct de la naissance négatif

Le suivi doit être mensuel durant la première année de vie compte tenu de la rapidité évolutive de la maladie de certains enfants, puis pourra être tri- ou quadrimestriel par la suite si létat de lenfant le permet.

Lévaluation clinique visera à dépister une infection intercurrente, à rechercher les signes dune encéphalopathie débutante ou dautres dysfonctions dorgane (rein, myocarde notamment) et à apprécier létat nutritionnel.

Comme chez ladulte, le suivi biologique à visée pronostique repose sur lévaluation du statut immunitaire (numération formule sanguine et plaquettes, nombre de lymphocytes CD4 circulants) et sur la quantification de la réplication virale. Les examens biochimiques et en particulier les transaminases et les enzymes pancréatiques seront réalisés régulièrement en fonction du contexte et des thérapeutiques instituées.

Une radiographie de thorax, un examen ophtalmologique, une analyse durines ou encore une échocardiographie ou un test tuberculinique seront réalisés une fois par an.

La vaccination par le BCG est contre-indiquée en raison des risques de bécégite localisée ou diffuse lors de l'installation du déficit immunitaire. Les vaccinations antipoliomyélitiques par vaccin inactivé, antidiphtérique, antitétanique et anticoqueluche antihémophilus influenzae type B et antihépatite B sont sans danger et doivent être faites normalement. Le vaccin ROR (souche atténuée) peut être proposé chez les enfants asymptomatiques mais il est déconseillé chez les enfants présentant un déficit immunitaire sévère.

5 Manifestations cliniques

Il existe deux formes au profil évolutif très différent :

5.1 Forme rapidement évolutive

Elle touche 20 à 30 % des nouveau-nés de mère séropositive. Les premiers symptomes se manifestent chez ces enfants entre 1 et 6 mois. Il s'agit d'adénopathies, de splénomégalie, d'hépatomégalie, de complications infectieuses (pneumopathies, diarrhées, candidoses pharyngées...) voire d'une encéphalopathie à VIH. Le décès survient en règle avant 5 ans car ces enfants sont d'emblée très immunodéprimés.
L'encéphalopathie à VIH survient essentiellement dans cette forme évolutive et est caractérisée par :

Elle évolue par paliers vers une aggravation progressive avec microcéphalie. Elle représente un facteur pronostic corrélé au risque d'infection opportuniste.
L'analyse du liquide céphalo-rachidien peut être normal ou montrer une pléiocytose avec élévation de la protéïnorachie sans germes. On trouve des IgG anti VIH et parfois un antigène P24 dans les encéphalopathies progressives. La tomodensitométrie peut être normale ou montrer une atteinte corticale et des calcifications des noyaux gris centraux. Les images en RMN mettent en évidence une démyélinisation de la substance blanche de façon diffuse ou en foyers. L'étude anatomique confirme les lésions vues en RMN et objective une prolifération de cellules géantes multinucléées.
Cette encéphalopathie peut aussi survenir dans la forme lentement évolutive mais il s'agira alors d'un diagnostic différentiel après avoir éliminé une infection opportuniste (toxo cérébrale, CMV...) un lymphome ou des lésions vasculaires.
Les nouveau-nés chez qui la culture VIH est positive (cf ci-dessus) à la naissance, d'autant plus que leur antigénémie P24 est aussi positive et ceux qui présentent des signes de foetopathie (hépatosplénomégalie, IgM totales augmentées) sont particulièrement menacés par cette forme.

5.2 Forme lentement évolutive

Elle touche 70 à 80 % des enfants qui sont alors tous vivants à 5 ans. L'évolution est comparable au SIDA de l'adulte marquée par des complications infectieuses et des manifestations plus ou moins spécifiques.

5.2.1 Complications infectieuses non nécessairement liées au déficit cellulaire = infections bactériennes

Il s'agit tout d'abord d'infections pédiatriques courantes, récidivantes, d'évolution atypique : otites chroniques moyennes, pneumopathies, gastro-entérites, infections cutanées ou urinaires. Puis, des manifestations plus sévères apparaissent : septicémies, méningites, cellulites, abcès et arthrites. Les agents pathogènes sont : Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Neisseria meningitidis, Salmonella enteritidis et Staphylococcus aureus. Les antibiothérapies prolongées ou répétées favorisent l'émergence de germes gram négatifs. L'éradication des bactériémies à Salmonelles non typhoïdes est difficile.

5.2.2 Complications infectieuses liées au déficit de l'immunité cellulaire dites infections opportunistes

Les agents pathogènes opportunistes les plus fréquents sont : Pneumocystis carinii, Candida, Aspergillus, mycobactérium tuberculosis et avium intracellulaire, CMV.

5.2.3 Autres manifestations

6 Stratégies thérapeutiques

6.1 Antirétrovirales

Le suivi biologique et clinique guident la prescription des antirétroviraux (Tableau 3).14

Six analogues nucléosidiques sont disponibles chez lenfant : l'AZT (zidovudine), la ddi (didanosine), le 3TC (lamivudine), la ddc (zalcitabine), la d4t (stavudine) et lAbacavir (Ziagen*). Néanmoins leur forme galénique nest pas toujours adaptée à lenfant. La pharmacocinétique et la tolérance des analogues nucléosidiques semblent peu différentes chez lenfant et chez ladulte mais seuls lAZT et le 3TC ont fait lobjet détudes détaillées de pharmacocinétiques chez le nouveau-né et le nourrisson. Des analogues non nucléosidiques peuvent aussi être employés (Névirapine, Efavirenz ...). Les antiprotéases (Indinavir et Ritonavir, Nelfinavir surtout et Amprénavir) ont aussi fait leur apparition dans la pharmacopée pédiatrique avec les mêmes limites que chez ladulte.

Lefficacité de ces différents types de molécules est identique à ce qui est observé chez ladulte : réduction de la réplication virale, élévation du taux de CD4 et émergence de souches virales résistantes après administration dune mono- ou bithérapie danalogues nucléosidiques. Les résultats obtenus avec les trithérapies chez lenfant (2 analogues nucléosidiques et 1 antiprotéase) montrent un effet transitoire chez 30 % des enfants ; une résistance complète au traitement dans 30 % des cas et un effet transitoire chez 30% (>1an) mais le recul est encore faible (<2 ans). Ces enfants doivent bénéficier dun suivi très étroit, clinique, biologique et psychologique car lobservance est fondamentale pour éviter lémergence rapide de souches résistantes mais ladhérence difficile en raison des effets secondaires et des contraintes liées à la prise des médicaments.

Tableau 3 : Stratégies antirétrovirales chez lenfant
 
Indications du traitement antirétroviral

¬ Nouveau-né infecté par le VIH à haut risque dévolution précoce et sévère (Ag p24 + dès la naissance et ARN VIH plasmatique élevée à la naissance)
® multithérapie avec antiprotéase (AZT + 3TC+ Nelfinavir par ex)

 ­ Grands enfants présentant des symptomes cliniques du groupe B ou C (CDC) et/ou baisse des CD4 au dessous de 25% et/ou ARN VIH plasmatique élevée >20.000 copies/ml
® trithérapie

Modifications du traitement
Si aggravation clinique et/ou charge virale élevée et/ou décroissance des CD4 après un traitement bien conduit
® changement thérapeutique par adjonction dune antiprotéase si bithérapie ou multithérapie sans antiprotéase, ou changement de lantiprotéase si multithérapie avec antiprotéase ou association 2 inhibiteurs nucléosidiques + 1 non nucléosidique
En évaluation
Choix de la multithérapie initiale
Thérapie séquentielle de principe
Traitement de tout nouveau-né infecté asymptomatique
Place des antiprotéases : précoce demblée ou tardive après échec dune autre trithérapie

6.2 vis à vis des autres infections

6.3 Autres

Le mauvais état nutritionnel nécessite parfois une nutrition entérale ou parentérale. Il est préférable d'utiliser des produits sanguins irradiés.

7 Références

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