Dermatologie

C. Jézéquel

Institut Mère-Enfant, annexe pédiatrique, Hopital sud,
BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2


mis à jour le 3 avril 1999

1 Dermatoses du nouveau-né
1.1 Erythème fessier
1.2 Maladie de Leiner-Moussous
1.3 Eczéma constitutionnel du nourrisson
2 Dermatoses de l'enfant
2.1 Impétigo
2.2 Prurigo strophulus
2.3 Gale
3 Angiomes de l'enfant

3.1 Angiomes tubéreux
3.2 Angiomes sous-cutanés
3.3 Angiomes plans
4 Acné
4.1 Physiopathologie
4.2 Acné de l'adolescent
4.3 Acné du nourrisson
5 Pédiculose
6 Verrues


Objectifs

1. Indiquer les raisons de la fréquence des érythèmes fessiers du nourrisson.

2. Citer les principales étiologies des érythèmes fessiers du nourrisson et donner les principes du traitement local.

3. Donner les éléments qui caractérisent la maladie de Leiner Moussous et indiquer les principes du traitement.

4. Citer les caractères cliniques qui permettent de porter le diagnostic d'eczéma atopique du nourrisson et rédiger l'ordonnance du traitement d'un eczéma débutant non infecté, d'un eczéma étendu et infecté.

5. Indiquer les recommandations générales à donner aux parents d'un nourrisson atteint d'eczéma atopique.

6. Rédiger l'ordonnance du traitement d'un impétigo, d'un prurigo.

7. Décrire les signes cliniques évoquant une gale et rédiger l'ordonnance du traitement d'une gale simple ou compliquée.

8. Définition et conduite à tenir devant un angiome tubéreux, un angiome plan.

9. Indiquer les éléments anamnestiques et cliniques qui permettent de poser le diagnostic d'acné de l'adolescent et en indiquer les principes de traitement.

10. Rédiger l'ordonnance du traitement d'une pédiculose du cuir chevelu.

11. Rédiger l'ordonnance du traitement des verrues simples.


Nombreuses sont les affections dermatologiques au cours de l'enfance. Seules les plus fréquentes seront retenues, tout d'abord au premier âge où elles sont assez particulières, puis chez l'enfant plus grand.

1 Dermatoses du nouveau-né

Il importe de rappeler qu'à cette période de la vie la peau diffère notablement de celle de l'adulte et de celle d'un enfant plus âgé. La couche cornée est mince. La peau du nouveau-né est particulièrement perméable à ce qu'on y dépose et elle n'oppose qu'un barrage insignifiant à la pénétration des germes. Son pH est alcalin, ce qui la rend encore plus sensible aux infections. Celles-ci réclament soit un simple traitement local, soit une antibiothérapie générale selon l'étendue et l'extension. Dans le très jeune âge, les glandes sudoripares sont peu fonctionnelles : au contraire, les glandes sébacées sont hyperactives, notamment chez le nouveau-né, probablement en raison de l'excès d'androgènes d'origine maternelle, ce qui explique les miliaires sébacées du nouveau-né sous forme de petits points discrètement jaunâtres au niveau du nez, du front, du menton.

Un nouveau-né peut présenter :
- Des lésions dermatologiques sans gravité qu'il importe de connaître :

- Des lésions plus graves et plus tenaces, heureusement rares, simplement citées, telles les dermatoses congénitales, particulièrement, les épidermolyses bulleuses, les icthyoses...

- En pratique courante, la dermatologie quotidienne du nourrisson est représentée par :

1.1 L'érythème fessier

L'érythème fessier semble être la dermatose la plus répandue, se manifestant sous des aspects variés : étendue ou limitée, localisée ou plus volontiers dans les plis, ou sur les régions convexes...

Il faut insister sur le fait que cette peau déjà fragile du jeune enfant est, à ce niveau, soumise à des conditions particulières. Elle reste, en effet, en contact prolongé avec les selles et les urines, le plus souvent dans des couches ou des culottes occlusives qui favorisent la macération du siège. De plus, ces couches, ces culottes, en caoutchouc ou en matière plastique, de même que les produits de lavage avec des détergents divers, sont d'autant d'allergènes qui peuvent créer ou aggraver une dermatose. Les produits de toilette peuvent avoir une action topique indésirable : la peau riche en sébum à cet âge, est déjà grasse.

Ainsi plusieurs facteurs peuvent entraîner un érythème fessier :
- l'hyperacidité des selles,
- la fermentation ammoniacale de l'urine,
- l'irritation provoquée par les couches, les détergents, le plastique des culottes,
- l'infection microbienne ou mycosique.

Il est peut-être excessif d'affirmer que telle cause ne peut donner que tel type de lésion mais la prédominance au début d'un aspect doit orienter vers une étiologie particulière. L'analyse de la dermatose fessière doit tenir compte :
- de son aspect érythémateux simple, papuleux ou papulo-érosif,
- de sa topographie plus ou moins limitée,
- de sa prédominance péri-orificielle éventuellement.

En tenant compte de ces facteurs, il est en général facile de discerner la cause prédominante, sinon unique, de l'irritation.

1.1.1 Erythème fessier par hyper-acidité des selles

C'est un érythème particulièrement érosif, siégeant près de l'anus, s'étendant de façon centrifuge. Il est classique de souligner qu'il frappe surtout les enfants nourris au sein et qu'il se trouve souvent associé avec le syndrome bien connu de diarrhée commune post-prandiale avec rapidité du transit. Le lait de la mère ne contient pas d'autres glucides que du lactose alors que les laits industriels sont sucrés au saccharose, au dextrine-maltose, voire au miel. L'intestin du nourrisson n'ayant pas toujours une lactase parfaitement active dégrade mal le sucre que les bactéries intestinales transforment en acides organiques très irritants pour la peau. Les laits modernes sont maintenant sucrés au lactose et le mécanisme reste probablement valable pour eux.

En présence d'un tel cas, il ne faut pas interrompre l'alimentation au sein.
Sur le plan local, il faut s'abstenir de toute corticothérapie. Une simple pâte à l'eau, à l'oxyde de zinc, au rôle protecteur suffira pour obtenir la guérison qui survient en quelques jours.

1.1.2 Erythème dit "ammoniacal"

Par opposition à ce type d'érythème fessier qui s'observe dans les premiers mois de vie chez le nourrisson au sein, l'érythème dit "ammoniacal" survient plus volontiers chez un enfant plus âgé et à l'alimentation déjà diversifiée. C'est un érythème peu érosif, siégeant presque exclusivement sur les parties convexes au niveau des langes imbibés d'urines : fosses lombaires, face intérieure des cuisses. Il est dû à la dégradation de l'urée urinaire en ammoniaque par le bactérium ammoniogène.

Le traitement est assez simple. Fesses à l'air le plus possible et changes fréquents. Localement, une pâte d'oxyde de zinc suffira pour attendre la guérison.

1.1.3 Erythème de contact (intolérance)

Les habitudes de la civilisation moderne sont responsables du 3ème type d'érythème fessier. Il s'agit de celui qui est lié à une intolérance. Cette dernière peut être due :
- au textile synthétique des langes,
- au plastique de la culotte,
- aux produits de lessive et additifs du genre anticalcaire, assouplissements textiles, etc...

L'érythème qui en résulte est un érythème pouvant avoir plusieurs aspects recouvrant à l'origine les parties convexes antérieures et postérieures. Plus marqué sur la face antérieure, il dessine assez particulièrement un W (LARREGUE), l'ensemble étant parfaitement limité à la surface recouverte par les langes ou la culotte. Celle-ci sera naturellement incriminée devant les lésions cerclant la racine des cuisses et ceinturant le tronc.

Il faut laisser au maximum à l'air, utiliser des couches en coton lavées au savon, faire les soins de toilette avec un savon surgras, ensuite protéger la peau avec une pâte à l'eau.

1.1.4 Erythème d'étiologie infectieuse

Il doit être évoqué, devant un érythème débutant aux plis, pouvant prendre un aspect en Y dont les branches partent de chacun des plis inguino-cruraux pour remonter en arrière en une ligne unique jusqu'au sommet du pli interfessier. Cet érythème est rouge vif, volontiers érosif et extensif. Il est plus évocateur d'une mycose à candida lorsqu'il est de couleur rouge sombre. La mère en rattachera volontiers l'apparition à une poussée dentaire ou à une infection rhino-pharyngée banale.

Il importe peu de chercher à identifier un germe en dehors de cette suspicion de mycose. Le traitement met en jeu des antiseptiques colorés ou non. Il doit être parfaitement ordonnancé et expliqué pour pouvoir être appliqué efficacement à domicile :
- commencer par un bain de permanganate à 1/10 000ème, et plutôt que de faire délivrer à la mère des paquets de paillettes ou des comprimés dont la dissolution est imparfaite et provoquerait des brûlures du siège, prescrire une solution concentrée à diluer extemporanément.
- le bain achevé, on badigeonnera les lésions d'éosine ou de bleu de méthylène en solution aqueuse à 1 à 2 %, le plus souvent très active. Ces solutions colorées qui tachent le linge ne sont pas toujours appréciées. Il existe de nombreux antiseptiques incolores (Dermachrome, Solubacter, Héxomédine, ...) dont l'efficacité semble aussi régulière mais qu'un siège irrité tolère moins. S'il s'agit d'une mycose, employer Gel de Daktarin, Trimysten, ...

En résumé : l'érythème fessier du nourrisson est, en grande partie, évitable. Quelques mesures suffisent, en général, à prévenir l'apparition ou à limiter le développement. Il faut insister auprès des mères pour que, dans la mesure du possible, l'enfant soit changé souvent, que son siège soit tenu propre, lavé et soigneusement asséché, enduit d'une crème de protection peu occlusive ou talqué, mais jamais pommadé et talqué, ce mélange produisant de petites concrétions irritantes.

Conduite thérapeutique

Dans tous les cas, quelle que soit l'étiologie, il faut appliquer des règles bien précises qui constituent en quelques sorte le traitement symptomatique.

1 - Traitement symptomatique :

- Dans toute la mesure du possible les régions atteintes doivent être laissées à l'air (nu partiel ou total),
- Supprimer les causes d'irritation : aussi bien les agents en cause (textiles de l'habillement, en particulier couches) que les produits de toilette,
- Utiliser le savon de Marseille ou un savon surgras (Roche Posay, Lutsine, Roc, Cavaillés),
- Deux à trois fois par semaine, faire prendre un bain antiseptique avec du permanganate de potassium à 1/20 000, ou un savon liquide (par exemple : Septivon, 2 cuillères à soupe pour 10 litres d'eau), bien rincer,
- Après la toilette, la peau peut être protégée avec une préparation du type pâte à l'eau Roche-Posay, Aloplastine, Mitosyl, ...

2 - Traitement étiologique :

La recherche d'une étiologie (circonstances d'apparition, mode de début, analyse et topographie de la lésion, son extension et son évolution) est essentielle et doit guider une thérapeutique s'efforçant d'être spécifique ce qui n'est pas toujours facile, plusieurs étiologies pouvant s'intriquer dès le départ ou se succéder.

- Par hyperacidité des selles :

- Erythème de contact (intolérance) : - Erythème infectieux : Dans chacune de ces trois éventualités :

1.2 Maladie de Leiner-Moussous

C'est une dermatose assez répandue et d'un tout autre aspect du fait de sa généralisation sur la majeure partie du corps.
C'est souvent par un érythème fessier d'apparence banale que la maladie se manifeste dans la 2ème ou la 4ème semaine de vie, parfois plus tôt. Mais un examen attentif aura remarqué que le véritable début se fait à partir d'un intertrigo inguino-crural.
Parallèlement, il existe :
- d'autres localisation d'intertrigo : cervicale, axillaire, rétro-auriculaire,
- un érythème du cuir chevelu (Dermite bipolaire).

La maladie peut se limiter à ces lésions dans sa forme atténuée. Cependant, il y a dans la plupart des cas, tendance à l'extension à partir de ces pôles inférieur et supérieur.

L'érythème s'étend de façon centrifuge, atteignant les fesses, les organes génitaux, les cuisses, les membres inférieurs souvent dans leur totalité, gagnant vers le haut l'abdomen et souvent précédé, en peau saine, de quelques médaillons érythémato-squameux.

Progressivement, la rougeur tend à recouvrir le corps tout entier, l'intertrigo axillaire se propageant sur le thorax et les membres supérieurs tandis que, pour sa part, l'intertrigo rétro-auriculaire se dirige vers les oreilles, le front, les joues.

Il n'y a ni vésiculations, ni suintement.

On voit apparaître en même temps, sur le cuir chevelu, une véritable carapace emprisonnant les cheveux et les sourcils, de couleur blanc grisâtre, qui se laisse facilement enlever par décapage, laissant apparaître une peau mince, rouge, saignant facilement.

Les lésions peuvent prédominer à l'un ou l'autre pôle (fessier ou céphalique) ; lorsque tout le corps est envahi, on a alors la grande érythrodermie desquamative classique car la literie de l'enfant va être parsemée pendant plusieurs jours de squames larges, épaisses, grasses et abondantes.

L'état général reste, le plus souvent, bon, même si la courbe pondérale n'est pas satisfaisante. L'enfant n'est pas fiévreux. Il n'y a pas d'adénopathies et l'on doit souligner particulièrement l'absence du prurit.

Malgré ces manifestations spectaculaires la maladie guérit et disparaît sans séquelles ni cicatrices avant le 3ème ou le 4ème mois.

Dans certaines formes localisées, on peut avoir tendance à confondre la maladie de LEINER-MOUSSOUS avec la dermite séborrhéique isolée du cuir chevelu communément appelée "croûtes de lait" et qui n'est qu'une exagération chez le nourrisson de l'hypersécrétion sébacée déjà soulignée à cet âge.

De nombreuses hypothèses pathogéniques ont été avancées pour expliquer cette curieuse affection mais aucune n'a été prouvée. On sait qu'elle n'est pas l'apanage des enfants nourris au sein et qu'elle survient tout aussi bien dans l'allaitement artificiel. Les théories infectieuses reposent sur la réalité d'épidémies de crèches, de l'efficacité des antiseptiques et accusent des streptocoques ou des staphylocoques peu virulents ou encore des levures. Récemment ont été rapportées des formes familiales dans lesquelles ont été mis en évidence un déficit héréditaire en fraction C5 du complément. Cette constatation est relativement rare. On pense plus généralement que la maladie de LEINER-MOUSSOUS n'est qu'un mode réactionnel du nourrisson en réponse à des agressions diverses.
L'acquisition la plus récente est le rapport qui paraît exister avec le psoriasis.

Traitement

1 - Précautions : 2 - Une à deux fois par jour, bain, dans une solution de permanganate de potassium à 1/10 000 (1 g pour 10 litres d'eau, ou mieux, à partir d'une solution-mère de permanganate). Bain de 10 à 15 minutes. Eviter tout contact de la solution avec le visage. Savonnage après bain (Septivon, Lactacyd liquide, Bétadine Schub, ...).

3 - Appliquer après chaque bain sur les lésions avec un morceau de coton :

4 - Appliquer :

- Sur le corps : (appliquer sur les lésions)

Si aspect mycosique : utiliser GEL DAKTARIN ou TRIMYSTEN, FAZOL, ...

- Sur le cuir chevelu, le soir :

Le lendemain, faire un shampooing au savon de Marseille, rincer et appliquer crème de DALIBOUR.

- Sur le visage :

Faire tomber les squames avec : huile d'amande douce, 2 fois par jour.

- Plis de flexion (oreilles, aisselles, plis du cou, plis inguinaux) : les traiter avec vigilance :

5 - Terminer le traitement par application d'huile d'amande douce sur les lésions cutanées sèches, "tannées" par les soins antérieurs.
Le traitement est astreignant, long et minutieux et demande beaucoup de temps chaque jour. Il est préférable qu'il se passe en milieu hospitalier.
Le régime alimentaire ne doit pas être modifié. L'apport de biotine, préconisé naguère, est tombé en désuétude ; d'autres auteurs ont rapporté des résultats accélérés par prise orale de levures.
Les antibiotiques par voie générale sont inutiles et ils sont même contre-indiqués localement.
Il est souhaitable de proscrire sur ces peaux fragilisées l'usage de désinfectants dangereux comme le borate ou l'héxachlorofène.

1.3 Eczéma constitutionnel du nourrisson

Qualifié d'atopique (ou étrange) par SULZBERGER, il est remarquable par le terrain sur lequel il survient. Les ascendants ou collatéraux ont déjà souffert de manifestations semblables ou de même nature : oedème de Quincke, asthme, rhume des foins, ... Parfois, ce qu'on peut appeler ce "terrain allergique" se complète d'une éosinophilie. De plus, l'eczéma n'apparaît pas habituellement avant 3 mois, ce qui laisse à penser qu'il implique des mécanismes incomplets avant cet âge, comme ceux de l'immunité, par exemple.

C'est essentiellement sur l'âge et la topographie des lésions que le diagnostic doit reposer :
- l'eczéma n'apparaît pas habituellement avant 3 mois,
- le début se fait à la face, sur les pommettes, le front. Jamais sur le cuir chevelu ou les sourcils, ni dans les plis ou aux abords immédiats des orifices naturels.

L'extension peut se faire sur toute la région céphalique mais respecte toujours les paupières, le nez, le pourtour de la bouche. Certains eczémas atteignent le tronc, la face externe des bras et des jambes par éléments dispersés, plus ou moins confluents et avec une particulière fréquence, les plis du coude, les creux poplités.

L'eczéma est érythémateux, mais aussi finement vésiculeux et suintant étant donné que la lésion microscopique de base est une spongiose épidermique. C'est une dermite extrêmement prurigineuse, au contraire de la maladie de Leiner-Moussous, ce qui entraîne une surinfection habituelle.

L'étude de cet eczéma du nourrisson ne met en évidence aucune réactivité de contact et, d'autre part, ni infection microbienne ou mycosique ce qui le différencie de l'eczéma de l'adulte.

L'évolution de cet eczéma atopique est très particulière. Elle se fait par poussées entrecoupées de rémissions plus ou moins totales.

Devant ces rechutes qui inquiètent les parents, on peut leur laisser espérer une guérison aux alentours de 18 mois. Mais il ne faut pas se dissimuler que, si tel est souvent le cas, par contre la guérison peut se fait attendre jusqu'à l'âge de 3 ans. A long terme, l'eczéma atopique du nourrisson guérira spontanément dans 80 % des cas. Mais il peut faire place alors à une manifestation allergique comme l'asthme.

Conduite à tenir

On doit envisager :
- le traitement de la poussée,
- le traitement du terrain,
- les précautions à prendre chez un eczémateux.

1 - Traitement de la poussée :

Différents stades à envisager :

1. Eczéma débutant non infecté :

- Prévenir les surinfections : Ne pas prescrire : - Traiter la lésion allergique cutanée et le prurit : - Traiter l'agitation de l'insomnie :

2. Eczéma suintant :

Se garder de thérapeutiques trop agressives et commencer par des pulvérisations d'eau d'Evian, ou d'eau distillée, ou tamponnements avec une solution de nitrate d'argent à 1/200ème. Ce résultat obtenu, le traitement ultérieur sera celui indiqué au paragraphe précédent avec ces trois modalités (a, b, c).

3. Eczéma étendu et infecté :

4. Eczéma sec plus ou moins lichenifié :

2 - Traitement du terrain et prévention des rechutes :

Les tentatives d'action sur le terrain eczémateux sont infructueuses. La désensibilisation est illusoire à cet âge. On peut discuter l'éviction de certains aliments.
Les injections répétées d'histaglobine et d'allerglobuline ne sont pas efficaces de même que la vitamine F dont l'emploi est abandonné. Il faut être aussi peu agressif que possible.

3 - Recommandations d'ordre général :

Elles sont importantes :
- vêtements de coton et fil préférables à ceux de laine et de fibres synthétiques.
- Eviter la prise de poids excessive et diversifier l'alimentation (pas trop de lait).
- ne pas négliger le problème psychologique et informer la mère sur la maladie, notamment sur les rechutes.

Les vaccinations sont possibles en dehors des poussées et en commençant par des vaccins dilués pour tester la sensibilité (cf. cours plus loin).

Eczéma et vaccinations :

L'eczéma est donc une maladie pénible, gênante pour les parents et pour l'enfant quoique le grattage puisse entraîner des complications.
Le risque majeur est représenté par la greffe herpétique ou vaccinale déclenchant alors la gravissime pustulose de Kaposi Julisberg qui peut mettre les jours en danger ou se solder par des séquelles oculaires invalidantes.
On peut pratiquer, en dehors des poussées, le B.C.G. et les autres vaccins.
Toute réapparition de l'eczéma doit faire surseoir aux injections ultérieures qui ne devront être reprises qu'après une nouvelle épreuve.

En bref, ces trois dermatoses communes du nourrisson (érythème fessier, maladie de Leiner-Moussous, eczéma constitutionnel) ne sont pas au départ, des affections graves. Plutôt que de se résigner à les voir apparaître et évoluer, il faut essayer de les analyser, de les traiter avec méthode et de les prévenir avec sagacité. Leur bénignité ne doit pas être l'excuse d'une négligence de soins, ni avoir pour rançon une trop longue durée que des complications toujours dangereuses à cet âge pourraient émailler.

2 Dermatoses de l'enfant

Seront seuls envisagés :
- l'impétigo,
- le prurigo strophulus,
- la gale.

2.1 L'impétigo

Est d'observation banale. C'est une dermatose très contagieuse qui devient très fréquente dès le début de la fréquentation scolaire et sa constatation impose l'éviction par menace de propagation rapide aux autres élèves.

Il est caractérisé par une éruption bulleuse, provoquée surtout par le streptocoque, quelquefois le staphylocoque. Il est auto et hétéro inoculable.

L'affection débute par une petite bulle de 0 à 1,5 cm de diamètre développée par décollement à partir d'une tâche érythémateuse. Au bout de quelques heures, la bulle de contenu d'abord clair, se trouble et devient pustule. Très rapidement elle se rompt ou se dessèche tandis que le liquide se concrète en une croûte jaunâtre mellicérique. Cette croûte enlevée, à la pince ou arrachée par grattage, laisse apparaître une ulcération très superficielle, arrondie, laissant sourdre une discrète sérosité : celle-ci durcit en une nouvelle croûte. La lésion est strictement épidermique, sans infiltration, ni ulcération.

Le point de départ de l'impétigo est dû à une inoculation cutanée à partir de lésions diverses : coryza avec petites fissures des orifices narinaires, otite moyenne, dermatose prurigineuse infectée de causes diverses (eczéma, prurigo, gale ou simple écorchure, ...)

Le siège d'élection est le visage, notamment autour des lèvres, sur les joues, cette localisation représente la forme la plus banale et la plus fréquemment rencontrée dans le jeune âge. Elle s'étend rapidement à partir de la lésion initiale.
Mais on peut observer des impétigos du cuir chevelu, du tronc, ou des membres. Les lésions sont, le plus souvent, diffuses, se propageant par auto-inoculation. Il faut noter aussi qu'un impétigo peut s'eczématiser. A l'inverse, un eczéma infecté peut s'impétiginiser.

Dans le territoire infecté, existent des adénopathies inflammatoires et dans les formes étendues il faut craindre une néphrite impétigineuse compliquant les lésions mal soignées et traînantes.

La lésion type de l'impétigo étant purement épidermique, il ne subsiste pas de cicatrice. Cependant, dans certains cas, la lésion peut atteindre le derme et l'on a alors affaire à un ecthyma laissant une cicatrice déprimée et parfois pigmentée.

Bien traité, l'impétigo évolue en 4 ou 5 jours. Il faut procéder dans la majorité des cas, seulement à un traitement local : les lésions doivent être détergées de leurs croûtes par pulvérisations d'eau de Dalibour ou d'eau distillée, puis applications locales de solution d'Eosine à 2 %, de violet de gentiane, vert de méthyle, de même que l'application de pommades antibiotiques. L'antibiothérapie par voie générale ne doit être envisagée que dans les impétigos diffus et rebelles.

2.2 Prurigo strophulus

Affection également fréquente entre 1 et 6 ans, n'étant guère observée au-delà. Elle évolue par poussées précédées par un prurit. L'éruption se manifeste par l'apparition d'éléments qui sont d'abord des tâches érythémateuses de quelques millimètres de diamètre, puis érythémato-papuleuses, enfin vésiculeuses de plus petite taille encore. L'excoriation, due le plus souvent au prurit, fait apparaître de petites croûtes brunâtres enchâssées dans le derme et donnant à la palpation une impression de dureté. Ces éléments peuvent siéger sur toutes les parties du corps, notamment aux membres, respectant le visage. Chaque élément évolue en quelques jours et la survenue de poussées successives explique la coexistence d'éléments d'âge différent, ce qui fait évoquer quelquefois le diagnostic de varicelle, mais il n'y a pas d'énanthème, ni de localisation dans le cuir chevelu et la vésicule reste dure.

Du point de vue étiologique on pense actuellement que le prurigo trophulus est dû à des piqûres d'insectes et, à cet égard, on s'éloigne de plus en plus de la conception qui faisait intervenir un mécanisme allergique ou un terrain diathésique familial. L'incertitude règne cependant concernant la prédilection de cette affection pour le jeune enfant. Les parasites en cause sont de taille inférieure à 1 mm et appartenant à la famille des acariens ; ces parasites vivent sur les végétaux , sur des animaux tels que chats, chiens ou oiseaux tels que pigeons des villes qui seraient le vecteur du Dermanyssus Gallinae, parasite nocturne et thermotrope. Des preuves indiscutables ont été rapportées par la découverte du parasite lui-même, par la guérison par éloignement de toute source de parasites ou par le traitement insecticide.

Cette étiologie rend sans objet le traitement longtemps proposé qui consistait à la suppression d'un allergène dû à un aliment du type chocolat, fraises, poissons gras... et à l'inutilité de médications telles que solution de Bourget... Actuellement, il faut prescrire des anti-prurigineux, des sirops anti-histaminiques et localement des colorants de type éosine ou de crème de Dalibour prévenant la surinfection, et appliquer sur le corps de l'enfant des insecticides à base de D.D.T.. Ne pas négliger non plus de désinfecter la literie et d'éloigner les animaux domestiques ou les oiseaux suspects.

2.3 La gale

Il s'agit d'une affection qui devient de plus en plus fréquente.
Elle est due au Sarcoptes Scabei qui vient se localiser dans la peau. La femelle creuse dans l'épiderme une galerie dans laquelle elle dépose ses oeufs. Le sujet parasité a un prurit à prédominance nocturne qui, du reste, est observé sur d'autres membres de la famille ; ce fait est très évocateur de gale. La lésion de base se présente sous la forme d'un sillon, d'un trait fin, à trajet sinueux de teinte noirâtre que l'on peut mieux reconnaître à la loupe : une extrémité de ce sillon est marquée souvent par une petite élevure qui est "l'éminence acarienne". Ces sillons peuvent être nombreux et particulièrement siéger aux mains, aux poignets, dans les espaces interdigitaux. Chez les enfants, et ce, d'autant plus qu'ils sont jeunes, l'éruption est volontiers polymorphe faite de papules, de vésicules, de croûtes, de lésions de grattage ; la face est respectée ; les lésions sont plus souvent disséminées sur le thorax, l'abdomen, les membres que sur les régions génitales (ce qui est mieux observé chez les adultes).
Très souvent, la gale est infectée en raison des lésions de grattage, se compliquant d'impétigo ou d'eczéma.
Chez le nourrisson, la gale a une topographie particulière : lésions papulo-nodulaires des creux axillaires, du périnée, du scrotum, grains perlés des paumes et des plantes, possibilités de lésions du visage.

Traitement : il est mis en route sur l'aspect clinique des lésions. Les modalités dépendant du choix personnel de chacun. On peut proposer :

1 - Gale non compliquée :

Avant chaque application, changer literie et vêtements, à enfermer 48 heures dans un sac étanche avec de la poudre D.D.T., puis lessivage.
Traiter toute la famille le même jour.
Le prurit peut persister quelques jours. Les nodules rouges violacés 2 à 3 semaines.

2 - Gale compliquée par un impétigo ou un eczéma :

Dans un premier temps, il faut guérir la complication cutanée qui empêche l'application de la solution antiparasitaire qui serait trop irritante. Durant cette période, le Thiabendazol par voie buccale trouve son indication : MINTEZOL 25 à 50 mg/kg/j pendant 4 à 10 jours, après un repas normal du midi ou du soir.

- Impétigo :

- Eczéma : les mêmes soins locaux sont appliqués en remplaçant l'éosine par le nitrate d'argent à 1 % si les lésions sont suintantes.
En 6 à 10 jours, les téguments ne sont plus inflammatoires et alors le traitement antiscabieux spécifique peut être appliqué.

3 Angiomes de l'enfant

Les angiomes cutanés correspondent à une anomalie du développement des vaisseaux du derme et de l'hypoderme.

3.1 Angiomes tubéreux

Ils sont présents à la naissance ou plus souvent vont apparaître dans les premiers jours de vie.
C'est d'abord une tâche rose ou rouge qui en quelques jours va se surélever. Il y a un ou plusieurs angiomes ;
Les bords sont bien limités, la surface rouge plus ou moins claire, en net relief puis devient stable, enfin le centre blanchit et il régresse souvent complètement vers 3 ou 4 ans, laissant une zone dépigmentée et un peu "gaufrée".

Cette évolution bénigne conditionne la conduite à tenir :
- rassurer les parents,
- ne pas tenter des traitements agressifs (chirurgie précoce, radiothérapie, ...),
- les applications de neige carbonique ou d'azote liquide à la période d'extension sont discutées et pour le moment leur efficacité n'est pas démontrée,
- donc, le plus souvent : abstention thérapeutique.

Cas particuliers :
1. La blessure ou l'ulcération spontanée de l'angiome, est presque toujours bénigne, l'hémorragie cède facilement à la compression. La guérison de l'angiome est souvent plus rapide dans ces cas.
2. La palpation d'un pédicule battant dans l'angiome doit faire pratiquer la ligature.
3. L'angiome de la paupière peut retentir très précocement sur la vision et nécessite un traitement très précoce (corticothérapie générale).
4. Un angiome géant peut s'accompagner de thrombopénie.
5. Certains angiomes ne régressent pas spontanément (angiome de la lèvre par exemple) ou régressent incomplètement, dans ces cas une intervention chirurgicale est possible, avant la scolarisation si c'est en zone découverte.

3.2 Angiomes sous-cutanés

Ce sont des masses sous-cutanées, élastiques à la palpation, non douloureuses. La peau en regard est normale ou bleutée, ils peuvent être sous-jacents à un angiome tubéreux. L'angiome caverneux en est une variété.

3.3 Angiomes plans

Ce sont des tâches roses, rouges ou violacées, sans reliefs, s'effaçant à la pression. Ils sont présents dès la naissance. Certains sont tout à fait bénins, d'autres ont un pronostic redoutable.

3.3.1 Angiome plan de la nuque :

Très fréquent, il va disparaître ou persister à l'âge adulte ou il sera caché par la chevelure. Il ne nécessite aucun traitement.

3.3.2 Angiome plan du front :

En bande verticale ou en triangle au milieu du front, il est également très fréquent et il disparaît presque toujours dans les premières années.

3.3.3 Angiome plan, non médian et non systématisé :

Cet angiome n'est pas extensif, ni douloureux... Il est parfois inesthétique, dans ce cas, une thérapeutique est à envisager avec le spécialiste : utilisation actuelle du laser pulsé à colorant.

3.3.4 Angiomes plan systématisés :

Leur signification est très différente et ils imposent l'avis du spécialiste, en effet, il peuvent s'accompagner de graves anomalies vasculaires profondes, c'est le cas de l'angiome siégeant dans le territoire du trijumeau (syndrome de STURGE-WEBER-KRABBE), ou couvrant une grande partie d'un membre (syndrome de KLIPPEL-TRENAUNAY, syndrome de PARKES-WEBER).

4 Acné

4.1 Physiopathologie

L'acné est d'abord un trouble héréditaire de la kératinisation : des bouchons de kératine (comédons) obstruent les orifices pilo-sébacés.
A partir de la puberté, les glandes sébacées augmentent leur sécrétion, l'obstruction de l'orifice pilo-sébacé empêche l'excrétion normale du sébum, d'où plusieurs conséquences :
- formation de kystes sébacés,
- prolifération de micro-organismes (Propioni-bactérium acnés) et formation de pustules,
- hydrolyse du sébum par les lipases de ces germes et production d'acides gras libres irritants.

4.2 Acné de l'adolescent

Elle est très fréquente. Comédons, papules érythémateuses, pustules, kystes sébacés coexistent sur le visage, le haut du dos, parfois la face antérieure du thorax. Les aspects cliniques sont variés fonction de la prédominance ou non d'un type de lésion, de la localisation. L'acné débute dans l'adolescence et peut se poursuivre chez l'adulte jeune. Certaines thérapeutiques peuvent l'aggraver : corticoïdes, androgènes, oestroprogestatifs... ainsi que les soins cosmétiques inadaptés.

Traitement

On utilise le plus souvent la Vitamine A acide (Aberel ¡ , Efferderm ¡ ) qui est kératolytique, ou le péroxyde de Benzoyle (Cutacnyl) qui est comédolytique et anti-infectieux. Ces produits sont irritants et le patient doit en être prévenu (irritation maximum vers la 3ème ou 4ème semaine de traitement).
On peut associer localement une solution de progestérone (Progestosol) ou le Delipoderm qui ont une action anti-séborrhéique. Les cyclines per os ont un rôle anti-infectieux et surtout antilipasique.

4.3 Acné du nourrisson

Elle débute dès les premières semaines de vie, ou au bout de quelques mois. On trouve les lésions caractéristiques de l'acné : comédons, papules, plus rarement pustules.
Elle siège au visage. Non traitée, l'évolution va se poursuivre plusieurs mois ou années.
La cause n'est pas parfaitement connue, des soins d'hygiène non adaptés joueraient souvent un grand rôle.

5 Pédiculose

Chez l'enfant la pédiculose du cuir chevelu est très fréquente prenant même parfois l'allure d'une épidémie dans les collectivités. Elle se traduit par un prurit intéressant le cuir chevelu, la nuque et même la partie supérieure du dos. Ce prurit entraîne des lésions de grattage qui peuvent de surinfecter.
Le diagnostic est affirmé par la découverte des poux en écartant les cheveux et des lentes : ovoïdes, blanc-grisâtres, adhérentes au cheveu. Ces lentes ne doivent pas être confondues avec des cellules desquamées. Le diagnostic doit être systématiquement envisagé devant tout prurit du cuir chevelu même chez les enfants soignés des milieux favorisés.

Traitement

Il préconise actuellement :
- soit des poudres insecticides (D.D.T., Aphtiriaâ , Elentolâ ) actifs sur les poux adultes : après un saupoudrage soigneux des cheveux, la tête est recouverte d'un bonnet pour la nuit. Le lendemain : lavage avec un savon acide puis brossage avec un peigne fin. Recommencer huit jours puis trois semaines après pour tuer les dernières lentes venant d'éclore. Toute la literie devra être désinfectée (6 à 9 jours dans un grand sac avec la même poudre).
- soit plutôt par le PARA Aérosol Spécial Poux, actif sur les adultes et les lentes.
Une seule application suffit, suivie d'un shampooing 30 minutes après et d'un brossage fin.
A ne pas utiliser chez le nourrisson.
La désinfection de la literie et des vêtements se fait avec le même produit.
- le shampooing HEGOR antiparasite, seul actif sur adultes et lentes sera plutôt utilisé à titre préventif.
Traiter également tous les membres de la famille et tous les enfants dans les collectivités.

6 Verrues

Tumeurs épidermiques bénignes dues à un virus, les verrues sont contagieuses et fréquentes chez l'enfant.
Le diagnostic clinique est aisé : d'abord papules arrondies de 1 à 3 millimètres, à surface finement granitée, la verrue s'épaissit prend un aspect mamelonnaire et kératosique, mais demeure indolore.
Les verrues sont le plus souvent localisées aux doigts et au dos des mains. Uniques au début elles deviennent souvent multiples, confluant en placards ou au contraire se disposant en trainées. L'évolution est capricieuse ; après une phase d'extension les verrues disparaissent généralement spontanément ce qui rend difficile l'appréciation de l'efficacité de certaines thérapeutiques générales et psychothérapeutiques.
On appliquera des topiques kératocytiques : vaseline à 20 à 40 %, Trétinoïde (Effederm Crème ou lotion) ou on utilisera certains procédés dermatologiques : cautérisation par l'acide trichloracétique à 30 %, cryothérapie, électrocoagulation.
La verrue plantaire, forme particulière et douloureuse, peut nécessiter un traitement local (ablation).