Infections respiratoires aiguës courantes de l'enfant

E. Deneuville, C. Jézéquel

Institut Mère-Enfant, annexe pédiatrique, Hopital sud,
BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2


mis à jour le 6 avril 1999

1 Affections des voies respiratoires supérieures
1.1 Rhino-pharyngites et complications
1.2 Angines

2 Affections pulmonaires, bronchiques et parenchymateuses
2.1 Infections virales
2.2 Infections bactériennes


Objectifs

Affections des voies respiratoires supérieures

1. Enoncer les particularités anatomiques et physiologiques expliquant la fréquence des infections des voies aériennes supérieures chez l'enfant.

2. Donner l'incidence des rhinopharyngites de l'enfant et leurs étiologies.

3. Donner les signes cliniques du coryza du nourrisson et de l'enfant.

4. Rédiger l'ordonnance pour une rhinopharyngite non compliquée.

5. Citer les complications des rhinopharyngites aiguës chez l'enfant.

6. Expliquer les problèmes que pose la répétition, chez l'enfant, des rhinopharyngites, des otites.

7. Discuter les indications de l'antibiothérapie, de l'adénoïdectomie.

8. Citer les signes qui, dans les angines, plaident en faveur : de l'origine streptococcique, de l'origine virale.

9. Enumérer les complications d'une angine à streptocoque non ou mal traitée.

10. Rédiger l'ordonnance du traitement d'une angine présumée streptococcique.

11. Citer deux indications d'un prélèvement de gorge.

12. Donner les indications de l'amygdalectomie.

13. Enumérer les signes d'appel de l'otite moyenne aiguë chez le nourrisson.

14. Décrire et reconnaître les aspects normaux et pathologiques des tympans dans les otites aiguës et chroniques.

15. Donner les indications de la paracentèse.

16. Rédiger l'ordonnance de traitement d'une otite moyenne suppurée à germe identifié ou non.

17. Enumérer les complications des otites du nourrisson.

18. Donner l'âge d'apparition des différents sinus.

19. Enumérer les caractères cliniques et radiologiques d'une sinusite.

20. Rédiger l'ordonnance du traitement de la sinusite.

21. Enumérer les caractères d'une dyspnée laryngée.

22. Donner les causes les plus fréquentes de dyspnée laryngée chez l'enfant.

23. Enumérer les signes et l'évolution d'une laryngite sous-glottique, glottique, d'une épiglottite, due laryngite striduleuse.

24. Rédiger l'ordonnance pour une laryngite aiguë avec dyspnée chez un nourrisson.

25. Donner les principes de traitement d'une épiglottite.

Affections pulmonaires bronchiques et parenchymateuses

1. Enumérer les caractéristiques générales des bronchopneumopathies chez l'enfant.

2. Citer les principaux agents responsables des bronchopneumopathies de l'enfant.

3. Décrire les aspects sémiologiques des bronchopneumopathies de l'enfant.

4. Décrire les principaux aspects radiologiques des bronchopneumopathies aiguës de l'enfant

5. Exposer les signes cliniques et radiologiques d'une pneumonie à pneumocoques.

6. Donner les éléments anamnestiques et cliniques qui doivent faire évoquer le diagnostic de staphylococcie pleuro-pulmonaire.

7. Décrire les divers aspects radiologiques observés au cours de l'évolution d'une staphylococcie pleuro-pulmonaire.

8. Enumérer les éléments du pronostic de la staphylococcie pleuro-pulmonaire.


Elles sont le motif de consultation le plus fréquent : tout enfant fait de nombreuses infections des voies aériennes entre 0 et 4 ans.

Quoiqu'en général bénignes, leur gravité peut venir : soit de leur répétition, soit de complications suppurées, soit de leur retentissement fonctionnel (laryngite, bronchiolite).
L'immense majorité de ces infections est d'origine virale (90% au moins) et ne justifient pas de traitement antibiotique. Les bactéries en cause sont essentiellement : le streptocoque A, le pneumocoque, l'hémophilus influenzae et les antibiotiques de choix, la pénicilline V ou G, les ampicillines, les macrolides.
Pour décider de l'origine virale ou bactérienne, donc de l'opportunité du traitement antibiotique, le médecin ne dispose, en pratique, le plus souvent, que d'arguments cliniques dont le plus important est le type et l'étage de l'infection (voir tableau).
Mais il faut souligner que bon nombre d'infections à virus induisent une surinfection à germes figurés.

La récidive si fréquente de ces manifestations respiratoires est liée, d'une part, à la multiplicité des virus, d'autre part, à l'immunité incomplète ou temporaire conférée par bon nombre d'entre eux chez l'enfant qui doit créer ses défenses.
Les nécessités didactiques conduisent à séparer les atteintes des voies respiratoires supérieures des localisations pulmonaires, bronchiques ou parenchymateuses, bien qu'elles soient souvent associées.

1 Affections des voies respiratoires supérieures

1.1 Les rhino-pharyngites et leurs complications

Les rhino-phrayngites sont surtout observées chez le nourrisson, les angines chez l'enfant plus grand. Elles sont dues à l'inflammation du tissu lymphoïde particulièrement abondant et dont le développement se poursuit jusqu'à 4-5 ans, formant l'anneau de WALDEYER.
La rhino-pharyngite est de rencontre quasi-constante dans la pratique médicale infantile.

1.1.1 Etiologie

1.1.1.1 Facteurs déterminants
L'étiologie de la rhino-pharyngite est dominée par les virus qui trouvent, plus particulièrement dans les régions froides et humides, les conditions idéales pour se développer. Ceux qui affectionnent les voies respiratoires supérieures sont particulièrement nombreux.
Ils ont été classés par famille : myxovirus (influenzae, para-influenzae, syncitial respiratoire), adénovirus, rhinovirus, entérovirus, coronavirus.
Il faut y adjoindre le mycoplasme d'EATON, que l'on a reconnu être un germe figuré.
Dans chacun de ces groupes, on a pu individualiser de nombreux sérotypes pathogènes.
Les virus ne sont pas seuls en cause ; une surinfection bactérienne survient habituellement. Les fosses nasales contiennent en effet à l'état normal une flore variée non virulente (streptocoques de types divers, staphylocoques, hémophilus influenzae, aérobies...).
Lors de l'éclosion d'un coryza, ces germes se multiplient avec souvent une prédominance qui devient surinfection.
En fonction de l'âge ou d'une défaillance de l'état général, ces complications vont prolonger la maladie, faciliter les récidives et le passage à la chronicité.
Les facteurs allergiques, s'ils existent, vont en favoriser la survenue et souvent se déroulent alors des séquelles cliniques où il est malaisé de se retrouver.
1.1.1.2 Facteurs favorisants
Les fosses nasales sont, dans le jeune âge, des canaux étroits communiquant avec un cavum de petite dimension où s'étend en nappe le tissu lymphoïde dont le développement se fait au maximum au cours des premières années. L'inflammation de ce tissu produit ces intumescences que sont les végétations.
Le jeune enfant est incapable de se débarasser des sécrétions nasales et pharyngées, et sa position longtemps couchée en favorise la stagnation et l'accumulation, visibles sous formes de coulées mucopurulentes dans l'arrière gorge. La trompe d'Eustache, courte et rectiligne, s'ouvre largement sur ce carrefour et l'on a pu dire que les tympans étaient des classiques reflets de l'état du rhinopharynx.
La vie en collectivité (crèche) favorise la fréquence et l'extension de l'affection.

1.1.2 Aspects cliniques

Plusieurs modalités cliniques peuvent se rencontrer, de gravité variable :
1.1.2.1 Le catarrhe simple ou coryza
Il est à peine à mentionner ; sans fièvre, il se traduit simplement par un écoulement nasal clair non infecté, peu abondant. Il persiste quelques jours et disparaît ensuite. Il entraîne souvent une gêne respiratoire par état plus ou moins oedémateux de la muqueuse nasale rétrécissant le conduit aérien. Si rhinorrhée acqueuse récidivante, penser à l'allergie.
1.1.2.2 La rhino-pharyngite de l'enfant au-dessus de 2 ans
Cette limite un peu arbitraire est justifiée en raison de ce que l'on observe habituellement chez le nourrisson.
- La fièvre est le premier symptôme à apparaître : brutale, élevée, à 39°-40°, elle reste en plateau pendant deux à trois jours.
- Elle réagit bien aux antithermiques, et, à cet âge, retentit peu sur l'état général. La muqueuse nasale est rouge, irritée et produit des sécrétions plus ou moins épaisses : la voie est nasonnée, l'enfant respire bouche ouverte. La céphalée est inconstante. La toux et le larmoiement existent plus ou moins.
- La dysphagie traduit l'énanthème diffus de la cavité bucco-pharyngée ; mais les amygdales sont d'aspect subnormal, non infectées.
- Des douleurs auriculaires peuvent être notées, mais les conduits auditifs externes sont seuls irrités, les tympans sont normaux et conservent leur aspect blanc nacré.
- Des adénopathies périphériques sont fréquentes, de petit volume, indolores, sans péri-adénite, surtout rétrocervicales ou rétromaxillaires. Elles persisteront assez longtemps après l'épisode initial.
- A cet âge, l'état général est peu touché, hormis une anorexie passagère. Tout doit rentrer dans l'ordre en 3 jours avec une thérapeutique symptomatique.
1.1.2.3 La rhino-pharyngite du nourrisson

- L'encombrement O.R.L prend davantage d'ampleur.
- L'intensité de la fièvre expose à des convulsions hyperthermiques.
- La dysphagie se traduit plus volontiers par une anorexie brutale pour les aliments solides ; seuls les liquides sont absorbés.
- L'inflammation nasale et le jetage qui en découle provoquent une gêne respiratoire nette. Les glaires sont expulsées par des efforts de toux ou d'éternuement ; une courte crise d'étouffement peu survenir, calmée par leur rejet. Des vomissements apparaissent vite, provoqués par leur réingestion. Secondairement, les selles peuvent aussi être perturbées ; les glaires ingérées en modifient la flore habituelle et en accélèrent la fréquence. Une diarrhée authentique peu en découler.
- Cet état n'a pas de gravité en soi mais sa durée pendant 2 à 3 jours et son retentissement sur l'état général provoquent l'inquiétude du milieu familial.
- L'évolution est favorable dans la majorité des cas. Cependant, l'extension du processus hypersécrétant à l'arbre trachéo-bronchique, l'infection secondaire ou le passage à la chronicité sont autant de complications qui peuvent secondairement évoluer pour leur propre compte.

Etiologie des infections respiratoires de l'enfant
 
 
VIRUS
Influenzae
Parainfluenzae
VRS
Adénovirus
Rhinovirus
Coronavirus
Entérovirus
Rhinopharingite
++
+++
+++
++
+++
++
++
Otite purulente              
Sinusite              
Angine  
+
+
++
   
+++
Epiglottite              
Laryngite
++
++++
++
+
+
   
Bronchite
+
+++
+++
+
+
   
Bronchiolite  
+
++++
+
+
   
Pneumonie
+
+++
+++
+
     
 
   
 
 BACTERIES
Streptocoque A
Streptocoque pneumoniae
Stahyolocoque aureus
Hemophilus influenzae
Anaérobies
Mycoplasma pneumonia
Rhinopharingite
+
 
 
 
 
 
Otite purulente
+
++++
+
++++
++
+
Sinusite
+
++++
+
++++
++
 
Angine
++++
 
 
 
 
 
Epiglottite
 
+
 
++++
 
 
Laryngite
 
 
 
 
 
 
Bronchite
 
 
 
 
 
+
Bronchiolite
 
 
 
 
 
+
Pneumonie
 
++++
++
+
 
+++
 
La fréquence des germes isolés est indiquée selon une échelle graduée de 0 à ++++.

1.1.3 Le traitement

Bien qu'elles soient d'origine virale, elles sont encore souvent l'occasion d'une antibiothérapie dans l'espoir de raccourcir l'évolution et d'empêcher les complications bactériennes, notamment l'otite suppurée. Aucun de ces deux effets n'a cependant été démontré par des études comparatives sur une large échelle. Le traitement de la rhino-pharyngite non compliquée de l'enfant consiste dans le contrôle de la fièvre (paracétamol 60 mg/kg/j en 4 fois) et l'aspiration drainage des mucosités (poire en caoutchouc, gouttes NaCl 9%°). En cas de persistance : on ne doit recourir à l'antibiothérapie qu'après 3 à 4 jours d'évolution en raison d'une surinfection à rechercher (otite, pneumopathie).

1.1.4 Complications

1.1.4.1 Les otites
Elles sont à dépister systématiquement lors de l'examen général et sont surtout fréquentes entre 0 et 2 ans. L'examen auriculaire doit être fait systématiquement car une otite peut exister sans aucun signe d'appel et nécessite cependant une thérapeutique appropriée.

L'otite catarrhale se traduit par une phase d'inflammation transitoire : le tympan n'est plus nacré, mais n'est ni bombé, ni gris. Les douleurs peuvent être intenses, mais tout rentre dans l'ordre en 24 heures. Il ne s'agit là que d'une extension simple du processus général de la rhinopharyngite.

L'otite suppurée apparaît plus volontiers au 2ème-3ème jour bien que, parfois, elle puisse être inaugurale. La fièvre est élevée, le jetage nasal est évident mais l'enfant pousse des cris douloureux, intermittents, stridents, très évocateurs. Il porte parfois ses mains aux oreilles. Le tympan est gris, bombé. A ce stade, une paracentèse exploratrice, faite par un spécialiste, va retrouver une sécrétion épaisse et sous tension ; son évacuation amènera une sédation rapide des douleurs et de la fièvre. Les germes en cause sont essentiellement le pneumocoque et l'hémophilus, plus rarement le streptocoque A, parfois une entérobactérie ou un staphylocoque chez le très jeune nourrisson.

L'otite suppurée peut se rompre spontanément. Le diagnostic en est fait "à postériori" : la fièvre est tombée, les cris ont disparu et l'on découvre un écoulement de l'oreille externe. Des récidives sont possibles dans les jours qui suivent. En effet, l'expérience montre qu'il est difficile de stériliser complètement une oreille infectée malgré l'adjonction à ce stade d'antibiotiques. Après l'épisode initial, le tympan reste anormal dans son aspect et les récidives seront fréquentes au cours des rhino-pharyngites ultérieures.

Le traitement antibiotique est souvent probabiliste. En raison de la résistance fréquente de l'hémophilus aux b lactamines, on utilise volontiers l'Augmentin ou Ciblorâ , le Pédiazoleâ (érythromycine + sulfamide) ou une céphalosporine de 3ème génération. La durée est de 7 à 10 jours en moyenne.

En effet, si les complications par extension ont pratiquement disparu (mastoïdites), on voit encore des otites traînantes et des hypoacousies séquellaires dues en partie à une antibiothérapie trop courte et mal contrôlée. Une collection rétrotympanique plus ou moins épaisse et visqueuse se forme. C'est l'otite chronique à tympan fermé, grave en elle-même, génératrice de surdité importante ; elle peut évoluer vers l'otite fibroadhésive avec rétraction tympanique et nécrose de l'enclume. La paracentèse dans l'ensemble ne semble pas améliorer l'évolution ni les séquelles à long terme. Elle est cependant à faire si douleur intolérable, tympan bombé ou pour obtenir une culture du pus surtout après échec du traitement antibiotique.

1.1.4.2 Les sinusites
Elles font généralement suite aux rhino-pharyngites. Fièvre, douleur et gonflement locaux sont, le plus souvent, absents (sauf dans l'ethmoïdite). Le diagnostic doit être évoqué devant une rhinorrhée purulente persistante, une toux chronique et grasse à prédominance nocturne, un écoulement purulent sur le pharynx, des épisodes récidivants d'otite, angine, bronchite, des épistaxis itératives, une fièvre intermittente inexpliquée.

Le diagnostic est confirmé par la présence éventuelle de pus au niveau du méat moyen en rhinoscopie et surtout par l'opacité radiologique des sinus. Les germes en cause sont le pneumocoque et l'hémophilus le plus souvent (90%).

Traitement : AMPICILLINE ou ERYTHROMYCINE 100 mg/kg pendant 10-15 jours associée éventuellement à une corticothérapie (PREDNISONE 1mg/kg, pour favoriser le drainage du sinus bouché par l'oedème). Un traitement décongestif local peut être mis en oeuvre et utiliser l'ARGYROPHEDRINE 0,5 ou 1%, 3 à 4 pulvérisations par jour. La récidive après traitement demande le recours au spécialiste pour ponction, lavage ou drainage.

Il faut savoir que :
- Les sinus maxillaires existent à la naissance, qu'ils sont visibles sur une radio à partir de 18 mois et que leur inflammation est possible dès la cavitation (18 mois à 2 ans). Toutefois, la sinusite maxillaire est admise à partir de 3 ans.
- Les sinus ethmoïdaux existent et sont visibles sur une radio dès la naissance. L'ethmoïdite est possible à partir de 6 mois. Elle exige une surveillance étroite car elle peut entraîner des lésions osseuses, oculaires, neurologiques et vasculaires. Double antibiothérapie avec un anti-staphylococcique.
- Les sinus frontaux et sphénoïdaux n'apparaissent que vers 6-7 ans.

1.1.4.3 Les laryngites
Le larynx comporte 3 étages :
- étage sus-glottique,
- l'orifice glottique,
- l'étage sous-glottique.

Sur le plan anatomique et fonctionnel, il faut souligner quelques particularités chez l'enfant :
- Le larynx sus-glottique est étroit.
- Le larynx sous-glottique est limité en avant par des structures cartilagineuses peu extensibles et est riche en structures lymphoïdes, ce qui explique le retentissement fonctionnel d'une diminution de calibre.

Clinique commune

Toutes les dyspnées laryngées sont des bradypnées inspiratoires avec tirage, habituellement sus-sternal signant l'origine haute et cornage (modification de la voix) et toux aboyante.
1.1.4.3.1 L'épiglottite ou laryngite sus-glottique
C'est une maladie grave. L'épiglotte enflammée et souvent abcédée devient énorme, bascule et vient boucher le trou de la glotte.
Elle est presque toujours due à Haemophilus influenzae.

Diagnostic : L'épiglottite atteint l'enfant après 3 ou 4 ans, et associe : un syndrome de dyspnée laryngée, des signes généraux importants avec fièvre ; l'enfant est assis ou à 4 pattes, la dysphagie est si importante qu'il bave.
Devant un tel tableau, il ne faut jamais essayer d'allonger l'enfant, sous peine de risque de mort immédiate par arrêt cardio-respiratoire.

Le diagnostic de certitude est difficile, d'autant qu'il ne faut pas tenter d'examiner l'enfant, mais l'adresser immédiatement à l'hôpital où il sera examiné à proximité d'un matériel d'intubation et de trachéotomie.

Traitement : L'antibiotique habituellement utilisé est l'AUGMENTIN ou une céphalosporine de 3ème génération : CLAFORAN - ROCEPHINE, qui peut être commencée à domicile, par voie parentérale.
L'intubation éventuelle est très difficile, en position demi-assise. Si elle échoue, on a recours à la trachéotomie.
Cette attitude doit être d'autant plus rigoureuse qu'il s'agit d'une affection qui guérit en 3 ou 4 jours sous traitement bien conduit. La vaccination contre l'hémophilus est une mesure préventive efficace.

1.1.4.3.2 La laryngite sous-glottique
Le plus souvent virale, c'est une maladie sévère, mais pas grave comme l'épiglottite.

Diagnostic : C'est une dyspnée laryngée. La radio mettrait en évidence un épaississement muqueux sous-glottique. La laryngoscopie affirme le diagnostic en visualisant deux bourrelets rouges à l'étage sous-glottique.

Traitement : Il associe la mise en atmosphère humide, qui peut être réalisée dans la salle de bain, tous robinets d'eau chaude ouverts ; des anti-inflammatoires non stéroïdiens, des antalgiques, éventuellement des corticoïdes dont l'efficacité est discutée, souvent des antibiotiques.

1.1.4.3.3 Laryngite glottique
Le croup, obstruction du trou de la glotte par les fausses membranes de la diphtérie laryngée, est rare. Le corps étranger enclavé dans la glotte est plus fréquent.
1.1.4.3.4 Laryngite striduleuse ou "faux croup" ou "laryngite spasmodique"
C'est l'urgence nocturne par excellence. Passagère, elle ne dure que quelques heures. Son diagnostic différentiel avec la laryngite sous-glottique est difficile.

Diagnostic : Il s'agit d'un enfant souvent enrhumé. Les parents sont réveillés vers 1 heure du matin par un bruit de dyspnée laryngée. L'enfant n'est pas fébrile. Le faux croup peut être un mode d'entrée dans la rougeole. Il faut donc rechercher un signe de Koplik et rechercher le contage possible.

Traitement : Il peut être fait à domicile, associant : une mise en atmosphère humide, des compresses humides chaudes autour du cou, des anti- inflammatoires non stéroïdiens, des antalgiques, des corticoïdes, plus efficaces dans cette indication. L'enfant s'endort une à trois heures après et reste un peu enroué le lendemain.

1.1.4.4 Les trachéo-bronchites
Ce sont des complications habituelles dues surtout aux myxovirus para- influenzae : c'est la "bronchite" que connaissent bien les familles. La toux est fréquente, grasse, peu productive dans la mesure où le jeune enfant ne sait pas cracher ses sécrétions, parfois émétisante. Elle est en général plus nette en position couchée que debout : l'enfant jeune ingère ses glaires et ne commence à savoir se moucher que vers 4 ans environ. Ces trachéo-bronchites ne s'accompagnent pas d'anomalies auscultatoires : le murmure vésiculaire est conservé pourvu qu'on demande à l'enfant de tousser et d'ausculter après la quinte. Les bruits transmis sont une source d'erreurs classiques. Les radiographies pulmonaires ne retrouveraient qu'une accentuation des travées hilaires bilatérales, sans images systématisées.

Ces trachéo-bronchites peuvent, elles aussi, évoluer pour leur propre compte et, soit devenir chroniques traduisant ainsi une persistance des phénomènes inflammatoires, soit se surinfecter, surtout chez le grand enfant. Les sécrétions deviennent épaisses et verdâtres, et la température demeure à 37°1-38°. Elles représentent alors une indication aux antibiotiques, et tout particulièrement PENICILLINE. Mais elles peuvent aussi précéder des bronchopathies asthmatiformes ou des bronchiolites aiguës. La diffusion de l'infection respiratoire sur le trajet des voies aériennes supérieures est un bon signe clinique en faveur de son origine virale et dispense d'instituer un traitement antibiotique de première intention.

1.1.4.5 Récidives et leur traitement
Elles sont couramment observées dans les régions humides et posent des problèmes de pratique médicale. Elles ne comportent aucun risque s'il ne s'agit chaque fois que de rhino-pharyngite isolée non compliquée.

Les otites répétées ont un potentiel de surinfection locale qui peut provoquer des antrites ou des mastoïdites, et des hypoacousies.

L'infection des fosses nasales et des végétations adénoïdes peut retentir sur la dynamique respiratoire et s'accompagner secondairement d'insuffisance respiratoire chronique, dont la fréquence, il est vrai, est faible. L'irritation maintes fois répétée de l'arbre bronchique a été considérée par certains comme faisant le lit d'un asthme vrai. C'est dans le but de telles préventions qu'on peut recourir à divers moyens :

1.1.4.5.1 Curage des végétations adénoïdes
Il est certain qu'il s'agit là d'un foyer d'appel permanent et qu'à la longue peut se constituer un tableau d'obstruction du cavum : enfant pâle, hypotrophique, qui respire bouche ouverte, ronfle en dormant, à la voix constamment nasonnée, c'est l'aspect adénoïdien, avec état sub-fébrile permanent. Mais on ne peut en garantir la totale efficacité. Pratiquée trop tôt, l'adénoïdectomie sera sans effet par la repousse locale ; trop tard, elle laissera derrière elle une infection semi- permanente du cavum et des fosses nasales. Le choix du moment est guidé par la fréquence des récidives (au moins après la 3ème de l'année) ou vers l'âge de 4 ans.
1.1.4.5.2 Injections de gamma-globulines
Elles ne se justifient que s'il existe une carence en immunoglobulines, totales ou en sous-classe d'IgG,ce qui est rare. Leur prescription nécessite au préalable un dosage sérique. Chez le nourrisson, il est préférable d'utiliser des Ig intraveineuses à la posologie de 300 mg/kg toutes les trois semaines.
1.1.4.5.3 Les immunomodulateurs
Ces médicaments ont une action non spécifique au niveau du macrophage, ce qui active la réaction immunitaire. Ils sont donc indiqués en absence de déficit immunitaire évident. Toutefois on peut les prescrire en cure de 3 à 4 mois entre septembre et mars avant un bilan immunitaire systématique, chez les nourrissons âgés de 6 mois à 4 ans qui ont des rhinites à répétition d'abord claires puis purulentes. Ces surinfections diminuent ou disparaissent au cours de l'été et après l'âge de 5 ans. Le système immunitaire a acquis sa compétence.

1.1.4.5.4 C'est pour eux qu'il faut avoir recours aux cures climatiques et aux changements de climat. Il est souvent utile de les sortir des crèches où toutes les conditions sont remplies pour favoriser l'éclosion des épidémies virales.

Au total, autant la rhino-pharyngite aiguë est de diagnostic facile et de bonne évolution, autant elle posera des problèmes en cas de surinfection ou de récidives. Il semble surtout qu'il faille peser les indications thérapeutiques qui doivent être économes dans la mesure où un facteur infectieux n'est pas prouvé.

1.2 Les angines

Inflammation microbienne ou virale des amygdales et du pharynx, l'angine, chez l'enfant, doit toujours être considérée avec attention.
Elle est beaucoup plus fréquente que chez l'adulte.
Tissu lymphoïde jeune et en pleine expansion dans les premières années de la vie, l'amygdale est un terrain d'élection pour les affections de quelque nature qu'elles soient.
La vie en collectivité suscite endémies ou épidémies. Une équipe du Centre International de l'Enfance, étudiant en milieu scolaire pendant des années, a montré qu'il y avait au moins 80 % des enfants qui étaient ou avaient été porteurs de streptocoques dans la gorge.
Il faut souligner la nécessité qui se pose avant tout de reconnaître et d'identifier l'angine à streptocoques et beaucoup plus rarement l'angine diphtérique, toutes deux particulièrement graves dans leurs complications immédiates et lointaines et qui réclament chacune un traitement particulier précoce et efficace.

1.2.1 Examen clinique

1.2.1.1 Examen local
L'examen de la gorge n'est pas toujours chose facile et dans bien des cas, l'enfant ne s'y prête pas volontiers. Il faut donc savoir agir avec douceur et sans précipitation, se mettre dans de bonnes conditions d'éclairage, l'enfant étant couché.
Il importe de ne pas avoir la simple vue des amygdales mais de tout l'intérieur de la bouche. Il n'est pas toujours aisé d'apercevoir un enduit pultacé plus ou moins caché dans les replis des piliers.
Il faut s'efforcer de ne procéder qu'à une seule investigation mais ne point hésiter à la recommencer s'il persiste un doute d'exploration incomplète des amygdales, des piliers, de la luette, du voile du palais, de la paroi postérieure du pharynx, des muqueuses jugale, gingivale et linguale.
1.2.1.2 Examen régional
Il concerne les fosses nasales, les conjonctives, les oreilles, les aires ganglionnaires cervicales dont l'inflammation peut être concomitante.
1.2.1.3 Examen général
Il faut reconnaître une éruption et tous autres signes associés ou non : digestifs, broncho-pulmonaires, cardiaques, nerveux, articulaires, ganglionnaires...
L'interrogatoire notera les caractères de la fièvre, l'existence ou non d'anorexie, de dysphagie, de gêne respiratoire, de douleurs abdominales ou musculaires.
L'ensemble de cette enquête clinique doit pouvoir répondre à la question : s'agit-il d'une angine maladie ou d'une angine symptôme ? Comme on peut la rencontrer au cours d'une scarlatine, d'une mononucléose infectieuse, d'une méningite, d'une poliomyélite...

1.2.2 Etiologie

1.2.2.1 Données fournies par l'examen local
Cet examen objective des aspects très divers de l'atteinte amygdalienne : érythémateux, érythémato-pultacé, pseudo-membraneux, vésiculeux, ulcéreux, ulcéro-nécrotique, phlégmoneux.
L'atteinte est, dans la majorité des cas, bilatérale.
Ce sont les trois premiers qui posent surtout un problème étiologique devant engager une conduite thérapeutique spécifique.

- Angines érythémateuses et érythémato-pultacées :

Les angines érythémateuses sont surtout d'origine virale (8 à 9 fois sur 10 ) mais elles peuvent être d'origine bactérienne et streptococcique.
Les angines érythémato-pultacées sont, le plus souvent, d'origine bactérienne, et, dans la majorité des cas, d'origine streptococcique ; mais certaines peuvent être dues à des staphylocoques, des pneumocoques, des bacilles de Pfeiffer, de Friedlander. Elles sont plus rarement virales comme celles de la mononucléose infectieuse.
On connaît la relative bénignité des angines virales sur lesquelles l'antibiothérapie n'a d'ailleurs pas de prise et la gravité des angines à streptocoques du groupe A b-hémolytique que le traitement pénicilliné précoce guérit rapidement, empêchant les complications redoutables que sont le R.A.A. et la glomérulonéphrite. D'anciennes statistiques avait révélé que 1 % des angines à streptocoques étaient génératrices de R.A.A.. Cette affection ne s'observe plus que rarement ; cela tient au fait qu'il paraît de bonne conduite à beaucoup de praticiens d'entreprendre aussitôt pour toute angine diagnostiquée une cure par antibiotiques. Cependant, à l'heure actuelle où l'on essaie de limiter au mieux leur emploi dans la pratique courante, on peut, en s'aidant de la clinique et d'examens de laboratoire, avoir une attitude plus nuancée.
Le tableau ci-après énumère les critères de différenciation des angines streptococciques et des angines virales.
 

Angine aiguë streptococcique
Angine aiguë virale

- pas avant 3 ans

- dès le premier âge
- fièvre rapidement élevée (39-40°) - fièvre variable
- frissons, céphalée, vives douleurs  
- dysphagie intense localisée à l'oropharynx - dysphagie plus diffuse
- rouge spécialement vif mais rapidement recouvertes dun enduit blanchâtre peu adhérent = angine érythémato-pultacée - tuméfactions amygdaliennes modérées avec rougeur diffuse du pharynx, sans enduit le plus souvent = angine érythémateuse
- adénopathies sous angulo-maxillaires fermes, mobiles et douloureuses - adénopathies plus étendues.
  - douleur locale avec sensation de cuisson
  - toux d'irritation
- langue saburrale
ni toux, ni coryza, ni laryngite, ni bronchite
- atteinte extensive des voies respiratoires : coryza, laryngite, trachéite
  - conjonctivite uni ou bilatérale
  - myalgies
- leucocytose avec polynucléose - leucopénie plutôt que leucocytose
  - notion épidémique.
 

Se référant à ces caractères distinctifs, BREESE et DISNEY ont pu conclure, d'une part, à une étiologie streptococcique, confirmée ultérieurement, dans 75 % de leurs 495 cas et, d'autre part, à une étiologie non streptococcique également confirmée dans 77 % de leurs 704 autres cas. Il n'en demeure pas moins qu'il y a eu 25 % d'erreurs environ.

Il est évident qu'au moindre doute, il ne faut pas hésiter à prescrire de la PENICILLINE, surtout dans l'impossibilité d'avoir le secours d'examens de laboratoire. Il faut aussi rappeler que toute angine survenant chez un ancien R.A.A. doit obligatoirement être traitée en raison des risques d'atteinte cardiaque.

1.2.2.2 Les données fournies par le laboratoire
Le diagnostic d'angine bactérienne sera assuré par l'identification d'un germe après prélèvement de gorge. Il faut actuellement 24 heures pour reconnaître un streptocoque hémolytique et 48 heures pour l'identifier au groupe A B-hémolytique seul responsable des complications redoutées. Un typage plus précis n'est pas de pratique courante. Pour beaucoup d'auteurs, si l'on a, dans ce délai, la réponse du laboratoire, il n'y a pas préjudice pour le malade de l'avoir attendue avant d'engager le traitement, dans le cas, bien sûr, où l'angine a été diagnostiquée à son début.

Le prélèvement de gorge fait dans de bonnes conditions techniques (envoi et mise en culture) représente le seul moyen d'assurer le diagnostic. Le % de faux négatifs est faible.

Le dosage des antistreptolysines n'a guère d'intérêt à la phase initiale de la maladie et ne peut reflèter qu'un certain degré d'immunité ancienne. Fait à ce stade, il n'apporte qu'un chiffre servant de référence pour un dosage ultérieur dans un délai de deux semaines.

L'identification des virus ne peut apporter que des données d'ordre épidémiologique et n'a pas, pour le moment, de corollaire d'ordre thérapeutique. L'hémogramme apporte aussi des données non négligeables indiquées dans le tableau ci-dessus.

1.2.3 Le traitement

1.2.3.1 Angine virale,
érythémateuse, dont le contexte clinique répond assez étroitement à celui donné dans le tableau ci-dessus :
- on peut s'abstenir de toute antibiothérapie mais il est toujours prudent de faire un prélèvement pharyngé.
- Si le prélèvement s'avérait positif, recourir à l'antibiothérapie qu'il faudrait aussi mettre en oeuvre si l'évolution faisait penser à une surinfection.
- employer des antiseptiques locaux (collutoires pressurisés, pastilles à sucer) et des instillations nasales à base de soluté physiologique.
- en cas de fièvre élevée, prescrire des antithermiques notamment chez le jeune enfant où l'on a toujours la crainte de voir apparaître des convulsions mais dont la posologie ne doit pas entraîner une chute brutale de la température. Chez les enfants plus grands, il n'est pas toujours nécessaire de les employer et certains pensent que la fièvre favorise la sécrétion d'interféron, à action antivirale.
1.2.3.2 Angine microbienne,
érythémateuse ou érythémato-pultacée : elle est "a priori" streptococcique.
- Pénicilline G en injection ou aussi bien Pénicilline V par voie orale, 1 à 2.000.000 unités/J pendant 10 jours.
- Erythromycine à donner à la dose de 50 mg/kg/j en cas d'intolérance à la Pénicilline.
- Ampicilline, 100 mg/kg, mais savoir que dans les angines à streptocoques les échecs sont de l'ordre de 15 %.

En bref, en matière d'angine pas de surconsommation d'antibiotiques et rester fidèle à la Pénicilline.

1.2.3.3 Angines pseudo-membraneuses
La fausse membrane se reconnaît assez facilement. Elle se présente sous l'aspect d'un enduit continu, exsudat fibrineux : blanc jaunâtre ou grisâtre, de surface plus ou moins irrégulière, adhérent à la muqueuse mais pouvant en être détaché.
Elle doit immédiatement faire penser à la diphtérie, surtout si elle est rapidement extensive et si la muqueuse environnante est relativement pâle.
Mais elle peut se voir dans la mononucléose infectieuse ou même dans certaines angines streptococciques particulièrement graves. Notons aussi et plus particulièrement chez le nourrisson la possibilité d'étiologie mycosique.
Pour l'étiologie s'aider, bien entendu, de la notion ou non de vaccination antérieure. Faire toujours un prélèvement et, au moindre doute engager une sérothérapie antidiphtérique sitôt le prélèvement fait.
On doit d'autant plus craindre cette affection qu'on n'en a plus l'expérience et que des erreurs récentes viennent d'en rappeler la possibilité.
Si diphtérie ou crainte : sérothérapie 20.000 à 80.000 unités en une seule injection intra-musculaire.
Si streptococcie, recours à la pénicillinothérapie.
La mononucléose infectieuse relève du virus d'Epstein-Barr et ne nécessite que des soins locaux et une médication tonique.
1.2.3.4 Autres aspects des angines
Ils sont plus rares et posent moins de problèmes de diagnostic étiologique.
- aspect vésiculeux : c'est celui : Dans ces deux éventualités, si l'amygale est à peine rouge, l'atteinte de l'état général est assez marquée. Toujours virales ces angines ne demandent que des soins locaux et une médication tonique (Vit. C).

- aspect ulcéreux et ulcéro-nécrotique :
Au cours d'hémopathies malignes ou bénignes (mononucléose infectieuse) qu'identifient hémogrammes et myélogrammes.

Aspect unilatéral :

1.2.4 les angines récidivantes

- Souvent d'origine streptococcique, elles relèvent d'une pénicillinothérapie orale au long cours habituellement efficace et dont un des avantages est de retarder l'amygdalectomie jusqu'à l'âge de 4 ou 5 ans.
- Lorsque les amygdales restent hypertrophiées et cryptiques, elle recèlent de nombreux germes et il est souvent nécessaire de procéder à cette intervention.

Les angines récidivantes posent aussi le problème d'un déficit immunitaire dont il faut s'efforcer de reconnaître la cause générale ou locale. On retrouve les problèmes posés par les rhinopharyngites.

Les angines chez l'enfant, ne doivent jamais être considérées comme banales. Fréquentes et fort heureusement bénignes, dans la plupart des cas, elles doivent cependant amener chaque fois la réflexion du praticien en regard de leur étiologie et de leur traitement.

2 Affections pulmonaires, bronchiques et parenchymateuses

Plus encore que chez l'adulte elles sont, dans la grande majorité des cas, d'origine virale (virus influenzae et para-influenzae, virus syncitial respiratoire, adéno-virus...). Les atteintes primitives ou secondaires (surinfections) bactériennes relèvent surtout du pneumocoque, du staphylocoque, de l'hémophilus influenzae, du mycoplasme pneumoniae.

L'observation clinique permet de reconnaître des aspects sémiologiques plus particuliers au jeune enfant : une fréquence respiratoire plus grande, des signes de détresse tels que battements des ailes du nez, tirage, geingnement, une cyanose d'installation plus rapide, une tachycardie élevée, une agitation excessive, un météorisme abdominal, alors qu'une bradycardie, une irrégularité respiratoire, un trop grand calme sont des signes de haute gravité de même qu'une acidose respiratoire.

Par contre, on ne note presque jamais d'expectoration, l'enfant déglutissant ses crachats jusqu'à l'âge de 4-5 ans. Rien de particulier n'est à relever du point de vue radiologique sinon, chez le nourrisson, l'obscurcissement des champs pulmonaires lors du cri et une hyperclarté relative à la reprise inspiratoire.

2.1 Infections virales

2.1.1 La bronchite aiguë

Elle est habituellement virale. Elle est précédée ou accompagnée d'une atteinte naso-pharyngée. Le signe le plus constant est la toux sèche, rebelle, à recrudescence nocturne, devenant productive après deux à trois jours. L'examen physique révèle secondairement des râles diffus.
La palpation montre des frémissements produits par les sécrétions dans les troncs bronchiques.
A la radiographie, il existe une intumescence hilaire, avec accentuation des arborisations bronchiques.
Le pronostic est bénin.

2.1.2 La bronchiolite aiguë du nourrisson

Etiologie presque exclusive : le virus syncitial respiratoire (VRS).
Elle s'observe surtout dans les tous premiers mois de la vie (70 à 80 % des cas, durant les 6 premiers mois). L'obstruction bronchiolaire réalise une distension emphysémateuse du poumon, et de mauvais échanges gazeux au niveau de l'alvéole.
Précédée pendant 2 à 3 jours par une infection des voies aériennes supérieures, le début est brusque, et, en quelques heures, peut s'installer un tableau alarmant. Si la fièvre peut rester modérée, la toux est rebelle, l'enfant fait de grands efforts pour respirer et cette dyspnée est impressionnante ; une mousse aux lèvres apparaît souvent. L'enfant refuse de boire.
Le thorax est distendu, hypersonore, la respiration rapide et superficielle, avec tirage sous et intercostal.
A l'auscultation, il existe un sifflement expiratoire bronchique avec quelques râles alvéolaires fins, disséminés. Un silence respiratoire est l'indice d'une obstruction grave.
Les radiographies montrent une hyperclarté diffuse, prédominant aux bases, avec abaissement et immobilité des coupoles diaphragmatiques, distension thoracique, avec côtes horizontales. Les ombres broncho-vasculaires sont accentuées, mais il n'existe pas de foyer parenchymateux.

L'évolution est, le plus souvent, favorable, mais la mort brutale est toujours possible au cours d'une apnée, d'une défaillance cardiaque, d'une surinfection, ou d'un pneumothorax.

Le traitement comporte, outre l'oxygène et des aérosols fluidifiants, des antibiotiques si surinfection fondée sur des données bactériologiques. La kinésithérapie de drainage est un appoint indiscutable. Le passage en réanimation peut être nécessaire en raison :
- des difficultés respiratoires (acidose respiratoire), SaO2 abaissée ;
- il n'y a pas en principe de défaillance cardiaque sauf cardiopathie préexistante. En ce cas on applique le traitement de la défaillance cardiaque congestive (voir cours).
La corticothérapie ne paraît pas avoir un intérêt.

Le pronostic lointain n'est pas toujours favorable en raison de séquelles broncho-pulmonaires favorisant des infections récidivantes et aggravantes ou des fibroses s'étendant à bas bruit. La relation avec la maladie asthmatique doit toujours être envisagée.

2.1.3 Les bronchopneumopathies de l'enfant

Elles s'expriment sensiblement de la même façon que chez l'adulte, avec, cependant, majoration du facteur favorisant que représente la plus fréquente atteinte préalable des voies aériennes supérieures.

Elles ont souvent un début insidieux, avec fièvre modérée, toux sèche, aspect congestif du visage. Le début peut être brutal avec céphalées, courbatures, fièvre élevée. Les signes d'auscultation pulmonaire, râles divers, n'apparaissent qu'au 2ème ou 3ème jour ; ils sont souvent discrets.

Les radiographies montrent des images très variées :
- intumescence hilaire isolée ou associée,
- trainées hilifuges à prédominance hilo-basale donnant, avec l'épaississement hilaire, l'aspect classique en "ailes de papillon",
- condensation segmentaire dense, ou plus ou moins floconneuse, nodules plus ou moins disséminés dans les deux champs pulmonaires,
- plus rarement aspect de miliaire,
- réaction pleurale scissurale ou de la grande cavité.

Toutes ces images persistent habituellement très longtemps, 16 % d'entre elles persistent après 21 jours et certaines peuvent durer deux mois. Elles peuvent s'accompagner d'adénopathies.
L'examen du sang donne un taux normal de leucocytes, ou une leucopénie, argument en faveur de l'origine virale d'une pneumopathie. Mais la leucocytose en dehors de toute surinfection peut être rencontrée. Notamment quand les adénovirus sont en cause.
La vitesse de sédimentation est accélérée.

2.1.4 Les bronchopneumopathies chroniques

Elles ont fait l'objet d'études récentes et méritent une particulière attention depuis qu'on s'est rendu compte que 25 % d'adultes atteints de bronchite chronique avaient des antécédents respiratoires remontant à l'enfance.

Elles relèvent de causes diverses :
- certaines facilement reconnues comme la tuberculose, la mucoviscidose, la bronchectasie commune de l'enfant, les séquelles de bronchopneumopathies virales.
- certaines doivent être davantage recherchées comme les corps étrangers, les kystes congénitaux.
- certaines enfin sont plus rares comme le déficit en alpha 1 antitrypsine, la sclérose pulmonaire, la protéinose alvéolaire, une fistule trachéo-oesophagienne, une pneumopathie de déglutition par reflux gastro-oesophagien.

Une entité particulière a été décrite sous le nom de syndrome de Mac Leod ou poumon hyperclair unilatéral, survenant après guérison clinique d'une bronchopneumopathie virale et caractérisée par une diminution du murmure vésiculaire, une hyperclarté du côté où siégeaient les opacités et une diminution ventilatoire et circulatoire avec obstruction des petites bronches.
Ce syndrome, de physiopathologie inconnue, est définitif.

2.2 Infections bactériennes

2.2.1 La staphylococcie pleuro-pulmonaire

Observée surtout dans les premiers mois de la vie doit avoir un développement particulier en raison de son originalité et de sa gravité (voir cours).
 

2.2.2 La pneumonie à pneumocoques

90 % des infections bactériennes se voient plus tard, après 2 ans, avec un début brutal, fièvre à 40°, souvent isolée, où le frisson est remplacé par un vomissement. La douleur n'est pas toujours thoracique, elle peut être abdominale si bien qu'on pense plutôt à un syndrome méningé ou à une appendicite. Dans la plupart des cas, herpès labial, pommettes rouges.
La radiographie pulmonaire montre déjà une opacité qui va rapidement devenir homogène et, de segmentaire, s'étendre à tout un lobe.
Les signes physiques classiques de palpation, percussion, auscultation n'apparaissent qu'au bout de 36 à 48 heures (râles crépitants, souffle tubaire...).
La toux est inconstante et sèche : on ne notera pas d'expectoration rouillée.
La N.F.S. montre une hyperleucocytose avec polynucléose. L'hyperfibrinémie est constante.
L'apyrexie est rapidement obtenue en 24 ou 48 heures au plus sous traitement antibiotique par Pénicilline (1 à 2 millions d'unités/j) ou amoxicilline à maintenir pendant 10 jours.
On n'observe plus que rarement, actuellement d'abcès pulmonaires ou de pleurésies purulentes : il est bon, toutefois, de s'assurer d'un retour à la normale par un cliché pulmonaire en cours et en fin de traitement.
L'apparition puis la multiplication de Pneumocoques de sensibilité diminuée à la pénicilline voir résistant impose des doses d'amoxicilline supérieures ou égales à 80 mg/kg/j.

2.2.3 La pneumonie à hémophilus influenzae

Elle est moins souvent rencontrée en France qu'aux U.S.A. : on évoque cette possibilité devant des aspects radiologiques moins tranchés, une évolution plus longue par action moins spectaculaire de l'antibiothérapie.

2.2.4 Pneumonie à mycoplasme

C'est une pneumopathie interstitielle. Diagnostic confirmé par la sérologie.
Traitement : Tétracycline - Erythromycine - Binocycline ou abstention.