Maladie de Kawasaki
(Syndrome adénocutanéomuqueux)

E. Le Gall

Institut Mère-Enfant, annexe pédiatrique, Hôpital sud,
BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2


mis à jour le 7 mars 2000

1 Signes cliniques
1.1 Signes majeurs
1.2 Autres manifestations
2 Diagnostic
2.1 Diagnostic positif
2.2 Diagnostic différentiel
3 Etiologie

4 Prise en charge
4.1 Médicaments
4.2 Surveillance
5 Evolution
5.1 Immédiate
5.2 A long terme
6 Pronostic


Objectifs

1. Aspects cliniques de la maladie de Kawasaki.


Le syndrome de Kawasaki a été décrit en 1967 au Japon par Kawasaki sous le nom de syndrome adénocutanéomuqueux. C'est une vascularite fébrile multisystémique dont l'étiologie est inconnue. Elle touche essentiellement l'enfant et le pronostic est essentiellement cardiovasculaire (anévrysme des coronaires). Le diagnostic doit être précoce en raison de l'efficacité des immunoglobulines intraveineuses.

1 Signes cliniques

1.1 Signes majeurs

1.1.1 Fièvre

Rénitente, inexpliquée. Elle dure en moyenne 10 jours en l'absence de traitement.

1.1.2 Conjonctivite

Elle survient la première semaine. La conjonctivite bulbaire est plus importante que la conjonctivite palpébrale. Il n'existe pas d'ulcération de la cornée, ce qui la différencie du syndrome de Stevens-Johnson.

1.1.3 Exanthème polymorphe

Il peut prendre divers aspects : scarlatiforme, multiforme, maculeux, papuleux. Il n'est jamais vésiculeux, ni bulleux. Il varie en caractère selon les endroits du corps. Il accompagne généralement la fièvre.

1.1.4 Enanthème (lésions de la bouche)

- lèvres sèches, rouges, avec une évolution vers la fissuration,
- langue framboisée,
- érythème diffus de la muqueuse oropharyngée.

1.1.5 Lésions des extrémités

- érythème de la paume des mains et de la plante des pieds de façon diffuse,
- oedème induré des mains et des pieds, douloureux,
- desquamation du bout des doigts, durant 1 à 2 semaines.

1.1.6 Adénopathies

- dans la moitié des cas,
- surtout cervicales, parfois unilatérales,
- disparaissent après l'épisode fébrile.

1.2 Autres manifestations

Elles traduisent le caractère systémique de l'affection.
- infection O.R.L.
- arthrite (25% des cas) : elle peut apparaître la première semaine de la maladie impliquant les petites et les grosses articulations. L'arthrocentèse durant cette phase ramène un liquide épais, d'aspect purulent contenant de nombreux leucocytes et sans germe. Lorsque l'arthrite survient au-delà de 10 jours, elle concerne surtout les grosses articulations.
- troubles digestifs (douleurs, diarrhée sévère et vomissements) et parfois ictère.
- atteinte neurologique avec méningite aseptique, uvéite.
- atteinte cardiaque dans 25 % des cas ++. Il s'agit le plus souvent : d'une péricardite, d'une myocardiopathie transitoire avec insuffisance cardiaque et arythmie, d'anévrysmes coronaires ou d'autres artères de survenue parfois précoce. Des infarctus du myocarde sont décrits dans 2 % des cas. A la phase initiale, les enfants doivent être hospitalisés. La surveillance cardiaque est échographique.

2 Diagnostic

2.1 Diagnostic positif

- Il repose essentiellement sur les données cliniques : 5 des 6 critères majeurs sont demandés pour affirmer ce diagnostic. Ce syndrome survient surtout chez le petit enfant : 50 % ont moins de 2 ans et 80 % moins de 4 ans. Il est rare après 12 ans. Toutefois, ce diagnostic peut être évoqué si des critères manquent alors qu'il existe un syndrome inflammatoire et une élévation des plaquettes après une semaine ou un anévrysme des coronaires à l'échographie. En fait, il faut évoquer le diagnostic devant une fièvre qui dure plus de 5 jours sans étiologie infectieuse.

- Absence de signes biologiques spécifiques : hyperleucocytose à neutrophiles, augmentation de la V.S. et de la C.R.P., élévation des plaquettes au bout d'une semaine et pouvant le rester 3 mois. Le syndrome de Kawasaki peut pratiquement être exclu si le taux des plaquettes et la V.S. sont normales après une semaine.

2.2 Diagnostic différentiel

- devant la fièvre : maladie de Still
- devant l'éruption : érythème polymorphe (absence de lésons muqueuses), scarlatine, rougeole, mononucléose infectieuse, maladie sérique (allergie type III), oedème aigu hémorragique.

3 Etiologie

C'est une maladie de l'enfant surtout de moins de 5 ans qui touche plus souvent les garçons que les filles. Elle est fréquente au Japon et en Corée (40 à 150 cas / 100.000 enfants de moins de 5 ans) tandis que chez les Caucasiens, hors du Japon, l'incidence est de 6 à 10 / 100.000 enfants de moins de 5 ans. Une étude anglaise l'estime à 1,5. A partir de cette donnée, on peut estimer que pour la Bretagne, l'incidence est de 6 cas par an.
L'étiologie reste inconnue. Une cause infectieuse est supposée en raison au début, du tableau clinique. On peut supposer que l'agent infectieux est immunisant car il y a peu de manifestations après l'âge de 12 ans et qu'il existe des formes asymptomatiques.

4 Prise en charge

Ceci concerne les malades dont le diagnostic est certain ou supposé.

4.1 Les médicaments

- Gammaglobulines I.V. : Le schéma de perfusion est variable mais la dose recommandée est de 1g/kg/j durant 2 jours ou 2g/kg en une fois.
- Aspirine : 60 à 100 mg/kg/jour jusqu'à la disparition de la fièvre ou au maximum à J14 (action anti inflammatoire) puis de 5 à 10 mg/kg/jour (action anti aggrégante) jusqu'à la normalisation des plaquettes et de la V.S., soit environ 3 mois.
- traitement d'une thrombose coronaire ou d'une insuffisance cardiaque.

4.2 Surveillance

Les patients doivent être hospitalisés pour recevoir leurs gammaglobulines et être surveillés au moins jusqu'à la chute de la fièvre, en particulier à la recherche d'une complication cardiaque. Les anomalies coronaires sont surtout détectées 3 à 4 semaines après le début.

5 Evolution

5.1 Immédiate

Elle est triphasique :

5.2 A long terme

- Absence d'anomalie des coronaires : arrêt des salicylés au-delà de 3 mois.
- Anévrysmes des coronaires de petite taille ou transitoires :
  • Maintien de l'aspirine à la dose de 3 à 5 mg/kg une fois par jour jusqu'à disparition de l'anévrysme et peut-être toujours.
  • Surveillance cardiaque annuelle.
  • - Anévrysme géant supérieur à 8 mm :
  • Traitement indéfini par l'aspirine à la dose de 3 à 5 mg/kg une fois par jour.
  • Certains proposent des anticoagulants durant 2 ans.
  • Surveillance cardiaque rigoureuse.
  • 6 Pronostic

    Le risque de cette maladie est essentiellement lié à une atteinte cardiaque. Cette atteinte peut apparaître tôt après le début de la maladie ou des années plus tard.

    20 % des malades non traités développent un anévrysme des coronaires entre 7 jours et 6 semaines après le début. Ce risque est abaissé à 3 % si les gammaglobulines sont données dans les 10 jours, mais il est un peu plus élevé chez l'enfant de moins d'un an.

    Les patients avec un anévrysme des coronaires sont à risque d'infarctus du myocarde, de mort brutale et d'ischémie myocardique pendant au moins 5 ans. 2/3 des anévrysmes présents à 8 semaines ont régressé au bout d'un an. Les patients à anévrysme géant sont à haut risque de développer une sténose avec ischémie myocardique.

    Les rechutes sont rares.

     

    Bibliographie : The Journal of Rheumatology - 1990 17 : suppl. 24 1 - 18.