Syndromes néphrotiques de l'enfant

S. Taque, E. Le Gall

Institut Mère-Enfant, annexe pédiatrique, Hopital sud,
BP 56129, 35056 Rennes Cedex 2


mis à jour le 20 avril 1999

1 Introduction
2 Physiopathologie
3 Etude symptomatique
3.1 Eléments du syndrome néphrotique

3.2 Complications
4 Formes anatomo-cliniques et étiologiques
4.1 La néphrose lipoïdique
4.2 Autres syndromes néphrotiques


Objectifs

 1. Décrire les signes cliniques et les critères biologiques du syndrôme néphrotique de l'enfant.

2. Caractères de la néphrose lipoïdique.

3. Schéma thérapeutique et évolution de la néphrose lipoïdique

4. Indications de la biopsie rénale.


1 Introduction

Les syndromes néphrotiques constituent un groupement de signes et de symptômes qui expriment toujours une maladie des glomérules rénaux mais dont la nature et la cause sont variables.
La définition est essentiellement biologique :

2 Physiopathologie

La fuite massive des protéines dans les urines entraîne une hypoprotéinémie qui aura pour conséquences :

3 Etude symptomatique

3.1 Les éléments du syndrome néphrotique

3.1.1 Les éléments cliniques

Le début est le plus souvent brusque avec :
- Symptomes oedémateux - Tension artérielle

3.1.2 Les éléments biologiques

3.1.2.1 Protéinurie
Est quantitativement importante, obligatoirement supérieure à 50 mg/kg/24h. Elle peut atteindre des taux très élevés de l'ordre de 10 ou même 20g/24H. ou 40mg/m2/h.
L'immuno-électrophorèse montre que cette protéinurie est faite surtout d'albumine et de sidérophyline.
3.1.2.2 Hématurie
Il existe une hématurie microscopique dans 15 à 20% des cas.
L'hématurie macroscopique est très rare, elle fait craindre une thrombose des veines renales.
3.1.2.3 Syndrome humoral
La proteinurie massive entraîne :
- une hypoprotidémie <50g/l
- une hypoalbuminémie <30g/l
- à l'électrophrorèse des protides : - augmentation du taux de cholestérol (VLDL, LDL et HDL) et des triglycérides, parfois de façon considérable.
3.1.2.4 Troubles ioniques
- natrémie normale ou diminuée : - calcium ionisé normal mais calcium total abaissé.
3.1.2.5 Fonction rénale
Le plus souvent normale, sauf en cas d'hypovolémie majeure où il y a possibilité d'insuffisance rénale fonctionnelle.
3.1.2.6 Facteurs de coagulation
- diminution des facteurs IX, XII et d'antithrombine III
- augmentation des facteurs, V, VII, VIII ,von Willebrand, X et du fibrinogène
- baisse des protéines C et S.

3.1.3 Classification du syndrome néphrotique

- La néphrose lipoïdique ou syndrome néphrotique pur et primitif se définit par : absence d'hématurie, absence d'hypertension artérielle et absence d'insuffisance rénale (sauf insuffisance rénale fonctionnelle transitoire). La protéinurie est sélective.

- Le syndrome néphrotique est impur si l'un ou plusieurs des éléments ci-dessus sont présents (hématurie, hypertension et insuffisance rénale). La protéinurie est alors non sélective.

3.2 Les complications

3.2.1 Les thrombses vasculaires

- Thrombses veineuses : - Parfois thromboses artérielles favorisées par la diminution de l'antithrombine III, l'hyperfibrinémie et le déficit fonctionnel en protéines C et S.

3.2.2 Collapsus cardio-vasculaire

Au début des poussées, surtout lorsque la débacle urinaire obtenue par les diurétiques est trop brutale. Ce collapsus est dû à une hypovolémie très marquée.

3.2.3 Infections

- cutanées, pulmonaires, péritonéales, ,
- le plus souvent à pneumocoque et à streptocoque mais aussi virales :

3.2.4 Syndromes carentiels

- dénutrition par fuite protidique,
- ostéoporose,
- anémie hypochrome (fuite de la transferrine),
- hypothyroïdie par fuite des protéines porteuses,
Ces complications apparaissent lors de syndromes néphrotiques importants ou prolongés et entrainent une cassure de la croissance staturopondérale

4 Formes anatomo-cliniques et étiologiques

4.1 La néphrose lipoïdique

Environ 80 % des cas de néphrose.

4.1.1 Histopathologie

3 aspects possibles :
- "lésions glomérulaires minimes" le plus souvent (plus de 3/4 des cas) : - lésions de "hyalinose segmentaire et focale" - Plus rarement, prolifération mésangiale modérée isolée.

4.1.2 Circonstances étiologiques

- Tous les âges sont concernés, mais le pic de fréquence se situe entre 3 et 8 ans.
- Le garçon est atteint plus fréquemment que la fille.
- Il y a souvent un petit syndrome infectieux dans les jours qui précèdent l'éclosion de la maladie.
- Il existe parfois un contexte allergique, personnel ou familial.

4.1.3 Symptomatologie

- La symptomatologie clinique est souvent évidente, avec un syndrome oedémateux rapidement constitué.
- La symptomatologie biologique est complète et pure.

4.1.4 Evolution et traitement

L'évolution dépend de la réponse à la corticothérapie. Dans la majorité des cas, la néphrose est corticosensible. Les rechutes sont fréquentes soit après arrêt du traitement soit lors de la baisse de la corticothérapie, définissant l'état de corticodépendance.

L'évolution à long terme est favorable, même si la maladie évolue sur de nombreuses années, de 5 à 15 ans.
Tant que la néphrose est corticosensible, le risque d'insuffisance rénale est presque nul. (10% des enfants sont corticorésistants)

4.1.4.1 Traitement symptomatique
- Régime alimentaire riche en protéines, bien que ceci n'ait pas d'effet sur le niveau d'albuminémie.
- Restriction sodée pour limiter l'importance des oedèmes
- Diurétiques si oedèmes importants : avec prudence !, et associés à une perfusion d'albumine pour une meilleure efficacité (mettre directement le Furosémide dans le flacon d'albumine).
- Pas d'immobilisation et anticoagulant si hypoalbuminémie inférieure à16g/l.
- Supplémentation en vitamine D et en calcium.
- Antibiothérapie si infection.
4.1.4.2 Traitement étiologique
- Corticothérapie : C'est le traitement de fond. Il doit être institué d'emblée. - Immunosuppresseurs

4.1.5 Ponction biopsie rénale

- Si syndrome néphrotique avant l'âge d'un an.
- Si syndrome néphrotique corticorésistant.
- Si mise sous immuno suppresseurs.

4.2 Autres syndromes néphrotiques

Ces syndromes néphrotiques justifient la biopsie rénale.

4.2.1 Les syndromes néphrotiques secondaires

Il s'agit de syndromes néphrotiques impurs avec hématurie, HTA et insuffisance rénale. On les rencontre au cours de maladies générales (LEAD), glomérulonéphrites chroniques, purpura rhumatoïde,...

4.2.2 Les syndromes néphrotiques infantiles

Un syndrome néphrotique est dit infantile s'il apparaît dans la première année de vie, et il est qualifié de congénital s'il est présent dès la naissance. Dans ces deux cas, il y a fréquemment une notion familiale et le pronostic est nettement péjoratif car la corticorésistance est fréquente.
La plupart des formes histologiques peuvent être rencontrées, mais il y a deux maladies précises et particulières à cet âge de la vie.
4.2.2.1 Le syndrome néphrotique congénital de type finlandais
C'est une maladie familiale récessive autosomique, surtout fréquente en Finlande mais non exceptionnelle ailleurs.
Elle comporte des lésions presque spécifiques de dilatation microkystique des tubules rénaux.
Elle existe dès la vie foetale et s'exprime, dès ce moment, par une hypotrophie foetale, une hypertrophie du placenta et une augmentation de l'alpha- foeto-protéine du liquide amniotique.
L'évolution est très grave et insensible à tous les traitements. Elle évolue vers l'insuffisance rénale avant 3 ans, ayant préalablement déterminé des troubles digestifs importants, des complications nutritionnelles et infectieuses.
C'est une indication de transplantation rénale.
4.2.2.2 La sclérose mésangiale diffuse
- Caractère familial possible mais non constant.
- Lésions de rétraction fibreuse du floculus sans prolifération cellulaire.
- Débute soit dès la naissance, soit au cours des premiers mois.
- Note hématurique fréquente.
- Evolution grave vers l'insuffisance rénale terminale avant 3 ans.