Effets indésirables des médicaments

Pr. Hervé Allain

Laboratoire de Pharmacologie Expérimentale et Clinique
2, avenue du Pr. Léon Bernard, 35043 Rennes Cedex


mis à jour le 7 décembre 1998

1 Introduction
2 Techniques de détection des effets indésirables
3 Types d'effets indésirables
3.1 Les effets de type A
3.2 Les effets de type B

3.3 Les effets indésirables non dûs au médicament
4 Conduite à tenir devant un EI 
5 La bibliographie... 
6 Conclusion 
7 Bibliographie 


1 Introduction

Les effets indésirables (EI) sont les réactions ou réponses néfastes et non souhaitées survenant chez l'homme lors d'une prise de médicament à dose recommandée dans un but prophylactique, diagnostique ou thérapeutique.
Les EI représentent la grande majorité de la iatrogénie (pathologie induite par le médecin).
Les EI chiffrés constituent le dénominateur du rapport bénéfice/risque qui caractérise chaque thérapeutique ; ces EI guident la politique sécuritaire qui s'assigne de réduire voire d'annihiler les risques au sein des populations (la science du danger et du risque est la cyndinique).
La pharmacovigilance est le chapitre de la pharmacologie dévolu à la sécurité médicamenteuse (veille, surveillance, déclaration, alerte ...).

2 Techniques de détection des effets indésirables

Les essais cliniques. Le chapitre des EI potentiellement induits par une molécule en développement est tout aussi important que la recherche de l'efficacité.
La pharmacoépidémiologie. Le suivi d'une population bien sélectionnée exposée à un médicament permet de détecter des EI voire de mettre en évidence des risques, en situation pragmatique.
Les suivis de cohortes. De manière systématique il est possible de suivre tous les sujets d'une région (ou d'un pays, ou d'une collectivité) exposés à un traitement.
Les études dites de surveillance post-marketing, véritables phases IV. Elles consistent à suivre tous les malades traités par un médicament nouveau qui vient d'être commercialisé.
Les enquêtes de pharmacovigilance. En général, en raison d'une suspicion et à l'initiative de l'Agence du Médicament, des enquêtes intensives vont recenser et analyser tous les cas suspects qui sont à la base de la suspicion.
La notification spontanée. C'est la déclaration obligatoire de toute suspicion ou de tout accident, auprès du centre de pharmacovigilance le plus proche. Ce dernier enregistrera cette notification, l'analysera, la mettra "en forme", la discutera au niveau national, l'incluera dans la base de données nationale de pharmacovigilance. La notification spontanée est à la base du fonctionnement de la pharmacovigilance.

3 Types d'effets indésirables

3.1 Les effets de type A

3.1.1 Définition

Ces effets ne sont que la traduction d'une ou plusieurs propriétés pharmacologiques du produit. Ils sont en relation avec la dose et la quantité du produit au niveau du tissu cible. Ces effets sont d'incidence et de morbidité élevés, mais de mortalité faible.

3.1.2 Exemples :

- Réponse thérapeutique excessive : hypoglycémie des antidiabétiques, hypotension des antihypertenseurs, sédation des benzodiazépines ...
- Action sur un tissu autre que la cible principale recherchée en thérapeutique : ulcération gastrique et anti-inflammatoires ; ostéoporose et glucocorticoïdes ...
- Exarcerbation de l'une des nombreuses propriétés pharmacologiques d'une même molécule (effet latéral) : effet anticholinergique des antihistaminiques de type H1, action promotiline (accélération du transit intestinal) d'un antibiotique, l'érythromycine ; effet dysphorique de la morphine ...

3.1.3 Mécanismes :

- Pharmaceutiques : produit périmé, altéré ; modifications des paramètres de libération du produit.
- Pharmacocinétiques : en général, c'est la raison la plus fréquente de ces EI de type A. Toute modification de l'une des étapes pharmacocinétiques (devenir du médicament dans l'organisme) conduit, in fine, à des modifications de concentration du produit au niveau des tissus, sites d'action. Ces modifications sont souvent génétiques (pharmacogénétiques, par exemple des enzymes cytochrome P450 au niveau hépatique) ou liées à la maladie elle-même (insuffisances rénales, hépatiques ...). Insistons enfin, sur la toxicité potentielle, non plus de la molécule mère (le produit administré) mais d'un métabolite (exemple de l'hépatotoxicité d'un métabolite du paracétamol).
- Pharmacodynamiques. Cette fois c'est la cible elle-même du médicament (ou d'autres zones d'action du médicament) qui se trouve dans une situation de sensibilité anormale (hypo ou hypersensibilité des récepteurs). Cette situation peut-être constitutionnelle (hyperfonctionnement parasympathique), lié à l'âge ou à la maladie elle-même.

3.2 Les effets de type B

3.2.1 Définitions

Ces effets qualifiés de bizarres correspondent à des réactions, inattendues et inexplicables par des propriétés pharmacologiques du produit. Ces accidents ne dépendent pas de la posologie, sont d'incidence et de morbidité faibles (d'où l'absence de détection lors des phases de développement clinique) et sont associés à une forte mortalité.

3.2.2 Exemples

Les exemples classiques sont très nombreux : hyperthermie maligne des anesthésiques généraux, porphyrie aigüe, hépatotoxicité de l'halothane, accidents allergiques et anaphylactiques, glaucome et glucocorticoïdes (notons que la recherche pharmacologique aboutit parfois à faire passer un EI de type B à un EI de type A ! ).

3.2.3 Mécanismes

- Pharmaceutiques : décomposition de principes actifs ; excipients (ex : les sulfites) ; présence d'un contaminant (ex : le tryptophane).
- Pharmacodynamiques : des différences qualitatives peuvent exister, d'origine immunologique ou génétique. L'exemple de l'hémolyse chez les déficients en glucose-6-phosphate déshydrogénase est classique, au même titre que les porphyries aigües induites par les médicaments. Le chapitre des accidents immunoallergiques est complexe et sera traité à part. De même, il importerait de développer ici le vaste problème des effets tératogènes.

3.3 Les effets indésirables non dûs au médicament

Nous devons rappeler (même si cela apparaît paradoxal) que si l'on observe une population ou des individus strictement non exposés au moindre médicament, toute une série d'évènements ou de "notifications" de type EI sera systématiquement notée. Ces effets sont par exemple : fatigue, congestion nasale, céphalées, douleur musulaire, difficulté de concentration etc ... C'est le "bruit de fond" de toute étude contrôlée (effets dits nocebo) ou le témoignage médicalisé de la qualité de vie d'une population. Pour un médecin, il faudra néanmoins évoquer alors la possibilité d'EI induits par l'alimentation et les boissons.

Aliment - Boisson
Effet Indésirable
  Molécule en cause
Moules contaminées par une algue  
(Nitschia Pungens)
Neurodégénérescence Acide domoïque
Asperges Urines nauséabondes
Fromages fermentés Hypertension aigüe Tyramine
Noix de Cycade  Syndrome de l'Ile de Guam Bêta-N-méthylamino-L-alanine (BMAA)
Farine de seigle (contaminée par un champignon : l'ergot de seigle) Vasoconstriction , gangrène Alcaloïdes
Cuisine chinoise  Syndrome du restaurant Soja, aspartate, glutamate
Ail (cuit) Malaise digestif, 
Bière Céphalées, malaise Sulfites
Café ; Coca-Cola  Troubles du rythme veille/sommeil. Irritabilité ; inconfort digestif Xanthines 
Réglisse Hypertension artérielle Acide glycyrrhizinique 
Ketchup Obésité Sucres
Jus de pamplemouse  Surdosage de médicaments associés (ex : IEC, oestrogènes)(inhibiteur enzymatique du cyt P450, CYP3A4)  Narengénine

tableau : Alimentation / Boissons et risque d'effets indésirables

4 Conduite à tenir devant un effet indésirable

1. Quel que soit le lieu d'exercice du médecin et quelle que soit la gravité de cet EI, il importera d'agir en urgence pour éliminer tout diagnostic autre que médicamenteux et bien sûr corriger s'il le faut la symptomatologie accidentelle.

2. Immédiatement, le cas doit être déclaré au centre de Pharmacovigilance le plus proche (les numéros de téléphone et de fax sont dans le Vidal).

3. Avec l'aide des pharmacovigiles un dossier de pharmacovigilance sera établi insistant sur le degré de gravité et le dégré de lien existant entre l'évènement notifié et la thérapeutique suspectée (imputabilité).

4. Rappelons simplement qu'un évènement grave (qui alors implique une déclaration immédiate) correspond à : un décès, un accident menaçant la vie ou responsable d'une hospitalisation ou de son prolongement, un surdosage, un cancer ou une anomalie congénitale.

5. L'imputabilité est quant à elle, l'analyse au cas par cas, du lien de causalité entre la prise d'un médicament et la survenue d'un EI (analyse individuelle pour une notification donnée). En France, au moins, il existe une méthode officielle d'imputabilité qui a un mérite immense, celui d'homogénéiser toutes les observations. Cette méthode combine des critères sémiologiques (S) et des critères chronologiques (C) classés chacun de 0 à 4 selon le degré de plausibilité du critère. Ces deux critères C et S donnent, selon des tableaux de décision, le score final d'imputabilité intrinsèque I, comportant 5 possibilités de I0 à I4. En terme littéraire, on concluera alors que le rôle du médicament dans l'apparition de l'EI est exclu (I0), douteux, plausible, vraisemblable et très vraisemblable (I4).

5 La bibliographie...

L'étudiant en médecine devra dans un premier temps consulter le chapitre effets indésirables du dictionnaire Vidal.
L'étudiant en stage en pharmacovigilance aura accès à un vaste bibliographie spécialisée dans le domaine avec des voies d'entrée soit par l'accident lui-même (ex : syndrome de Lyell) soit par le médicament lui-même (ex : anti-inflammatoires non stéroïdiens).
Notons que la bibliographie est côtée et renseigne sur l'imputabilité extrinsèque. B0 : effet tout à fait nouveau, jamais publié et justifiant une publication à B3 : effet notoire du médicament bien décrit dans des livres précisés.

6 Conclusion

L'EI doit être évité.
La pharmacovigilance ne se résume nullement à l'analyse bibliographique.
La détection et l'analyse des risques des médicaments constituent une pierre angulaire de la politique sécuritaire vis à vis des populations.

7 Bibliographie

C. BENICHOU
Guide pratique de pharmacovigilance.
2ème édition. Détecter et prévenir les effets indésirables des médicaments. Editions Pradel (Paris) 1992.

H. ALLAIN, S. SCHÜCK, O. ZEKRI
Les effets indésirables des médicaments.
Angéiologie 1997 ; 49 : 54-64.

H. ALLAIN, S. SCHÜCK, O. ZEKRI
La pharmacovigilance et la pharmacoépidémiologie.
Angéiologie 1997 ; 49 : 71-85.