Tableau I
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Molécule
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Fabricant
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Nom commercial
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Cible
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Posologie moyenne
(mg / jour) |
Demi-vie (h)
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Biodisponibilité
(voie orale) |
Liaison aux protéines
plasmatiques
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| baclofène | CIBA-Geigy | Liorésal* |
GABA-B
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60-80
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3-4
|
bonne
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30 %
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| dantrolène | Oberval / Lipha | Dantrium* |
Ca2+
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100-300
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8-10
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80 %
|
80 %
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| clonazépam | Roche | Rivotril* |
GABA-A
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1.5-4
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20-40
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82-98 %
|
86 %
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| diazépam | Roche | Valium* |
GABA-A
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2-30
|
32
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80-100 %
|
94-98 %
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| clonidine | Boehringer | Catapressan* |
alpha2
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0.1-0.2
|
20-24
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65-98 %
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5-10 %
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| tizanidine | Sandoz | Sirdalud* |
alpha2
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12-14
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3-5
|
70 %
|
30 %
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Le GABA (g-amino-butyric-acid ou acide gamma amino butyrique) est proposé depuis longtemps comme un médiateur de l'inhibition présynaptique. Il s’agit du neurotransmetteur inhibiteur le plus répandu dans le système nerveux. Il réduit l’excitabilité neuronale. Deux classes thérapeutiques sont supposées mimer son effet. On les différencie en fonction du sous-type de récepteur du GABA impliqué :
- les GABA-B agonistes sont représentés par le baclofène.
Il s’agit historiquement du premier médicament antispastique commercialisé,
donc celui pour lequel on dispose du plus d’information. C'est un analogue
structural du GABA plus adapté à une diffusion dans le système
nerveux central (SNC), car plus lipophile que le neurotransmetteur natif.
Seul le stéréoisomère Lévogyre est actif, alors
que le médicament commercialisé est une forme racémique.
Son activité pharmacologique s'exerce en diminuant la perméabilité
des canaux calciques (et potassiques), grâce à un récepteur
métabotropique couplé aux protéines G. Le baclofène
réduirait la libération des AAE au niveau pré-synaptique,
en normalisant l’activité des interneurones inhibiteurs, tant semble
t-il au niveau des voies monosynaptiques que polysynaptiques. Le baclofene
est en outre crédité d’un effet antinociceptif qui résulterait
de la diminution de la libération de substance P au niveau des fibres
sensitives de petit diamètre. Son activité thérapeutique
est puissante. Par contre il diffuse insuffisamment dans le SNC (concentration
dans le LCR 30 fois inférieure à celle retrouvée dans
le sang, chez le rat, ratio de concentration sang / LCR = 4 / 1 chez l'homme).
Deux solutions ont été proposées pour pallier sa faible
diffusion. La première consiste à augmenter la posologie, qui
peut atteindre 100 à 120 mg/jour (la posologie moyenne recommandée
de 1,2 mg/Kg/jour per os), avec le risque de voir apparaitre les effets indésirables.
La seconde recourt à une application locale (intrathécale),
permettant une forte réduction des doses (300 à 800 microg/jour),
et l’absence d’effets indésirables liés aux récepteurs
encéphaliques [7]. Cette dernière possibilité a été
fortement exploitée ces dernières années [8]. Son coût
très élevé est lié au prix des pompes implantables.
Parmi les effets indésirables, en dehors de la sédation commune
à tous les antispastiques, le baclofène diminuerait le seuil
épileptogène, ce qui en contre-indique l’utilisation de première
intention chez certains patients cérébrolésés.
De même, des troubles mnésiques ou confusionnels ont été
rapportés chez ces mêmes patients. Il existe un risque de syndrome
de sevrage à l'arrêt du traitement. La demi-vie du baclofène
est d’environ 8 heures.
- les benzodiazépines (BZ) potentialisent le récepteur
ionotropique GABA-A. Leur action s'exerce grâce à un récepteur
spécifique des BZ, en augmentant la perméabilité des
canaux chlore (hyperpolarisation membranaire). Les molécules les plus
utilisées dans le traitement de la spasticité furent historiquement
le diazépam (demi-vie 32 heures) et le tétrazépam
(demi-vie 15 heures). Le clonazépam (demi-vie 35 heures) est
d’utilisation plus récente, hors AMM en France, puisque sa seule indication
concerne l’épilepsie.
L’activité thérapeutique de ces molécules est globalement
identique à celle du baclofène (antispastique et antinociceptive),
mais leur liposolubilité est bien supérieure. Compte-tenu de
la demi-vie élevée, une prise biquotidienne suffit, la dose
la plus importante étant prescrite de préférence le soir
(exploitation de l’effet hypnotique et amélioration de la qualité
du sommeil par réduction des spasmes). La sédation souvent évoquée
avec le clonazepam ne constitue un obstacle que si l’ascension posologique
est trop rapide. A cet égard, la forme buvable permet des adaptations
très précises de la posologie. L’interruption du traitement
doit être très progressive, car il existe un risque de syndrome
de sevrage.
Comme observé avec le baclofène, certaines réactions
paradoxales apparentées à des phénomènes de désinhibition
ont été rapportés avec les BZ, chez des patients cérébrolésés,
ce qui peut en limiter l’intérêt dans cette indication.
- le dantrolène est un analogue anticalcique.
Il inhibe la libération du calcium du réticulum sarcoplasmique,
provoquant un découplage entre l'excitation et la contraction au niveau
musculaire. Son action s'exerce sur les fibres extrafusales (prédominant
sur les fibres rapides), et intrafusales, sans qu'on sache précisément
la participation de cette dernière à l'effet thérapeutique.
Une diminution de la force musculaire volontaire a souvent été
évoquée, mais cet effet indésirable est également
rencontré avec les autres médicaments antispastiques. Il existe
un danger d'association du dantrolène avec les autres représentants
de sa classe pharmacologique, en particulier un risque d’accident cardiaque
avec le vérapamil. La toxicité de ce médicament est essentiellement
hépatique, fonction de la dose. Des hépatites mortelles
ont été rapportées pour des posologies toujours supérieures
à 300 mg/jour, chez 0.1 à 0.2 % des patients traités
[9]. Ce risque est majoré par l’association à d’autres molécules
hépatotoxiques (oestrogènes par exemple), et a certainement
été surestimée. Ce risque impose néanmoins une
surveillance régulière des transaminases (avant traitement puis
tous les 3 à 6 mois). La demi-vie est de 8 à 10 heures. D'autres
indications de ce médicament existent (traitement des hyperthermies
malignes).
- la toxine botulinique A (Botox*, Dysport*), très souple d'emploi, permet une dénervation chimique élective et réversible d'un ou plusieurs groupes musculaires, par injection locale [10]. C'est une neurotoxine produite par Clostridium botulinum. Elle agit en se fixant directement au niveau de la plaque motrice. L’effet thérapeutique apparait généralement au bout de 15 jours et dure environ 3 mois. Son coût actuellement élevé en limite l’utilisation aux groupes musculaires de faible volume (muscles du membre supérieur, triceps sural).
La figure 3 rappelle la structure chimique des 4 molécules antispastiques administrables par voie générale possédant l'AMM en france.
D’autres molécules utilisées dans des indications diverses ont pu montrer accessoirement une activité antispastique. Nous ne ferons que les citer :
- à peu près tous les anticonvulsivants présentent des propriétés antispastiques, qu’on peut rattacher intuitivement à leur effet "stabilisateur membranaire" (réduction de l’hyperexcitabilité motoneuronale). Cet effet est médié par le GABA, au moins pour certains d’entre eux (benzodiazépines, progabide, vigabatrin). La phénytoïne et la carbamazépine réduiraient la décharge des fuseaux neuromusculaires. Leur mode d'action passe par l'inhibition des canaux sodiques voltage-dépendants. Il faut cependant remarquer que pour tous ces médicaments, l’effet antispastique n’est souvent sensible qu’à haute dose où l’incidence des effets indésirables est plus marquée, ou lors d’associations thérapeutiques.
- la cyproheptadine est un antihistaminique indiqué dans les réactions allergiques. Ce médicament produirait son action antispastique par une activité antisérotoninergique 5HT2. Les effets indésirables sont dominés par la sédation et une stimulation de l’appétit avec prise de poids, des troubles du sommeil.
- les neuroleptiques phénothiaziniques : les phénothiazines agiraient au niveau des structures régulatrices du tronc cérébral. Les molécules les plus actives sont celles possédant l'activité alpha-adrénolytique la plus marquée, comme la chlorpromazine. La sédation et surtout le risque de dyskinésies secondaires en diminuent fortement l’intérêt en tant qu’antispastique.
- le piracetam est un nooanaleptique qui posséderait une action antispastique à posologie élevée. Son spectre pharmacologique touche de nombreux neurotransmetteurs (acétylcholine, noradrénaline, dopamine, GABA).
- les morphiniques : les peptides opioïdes endogènes jouent un rôle au niveau du gate-control médullaire filtrant les messages nociceptifs, et leurs analogues pharmacologiques sont actifs sur la spasticité.
- le cannabis (D 9 tétrahydrocannabinol) possède une activité antispastique tout à fait patente. Chez l’animal, il exerce un effet inhibiteur sur les réflexes polysynaptiques. C’est bien entendu un produit illégal en France.
- les glucocorticoïdes prescrits en bolus à des doses massives lors des poussées de sclérose en plaques diminuent la spasticité musculaire. Leur mécanisme d’action est inconnu.
Quatre molécules possèdent en France l'AMM comme antispastiques
: le baclofène, le diazépam et le dantrolène ; la tizanidine
est soumise aux conditions particulières de l'ATU.
- le baclofène semble plus efficace sur la spasticité
d’origine spinale, et plus encore si l’étiologie en est la sclérose
en plaques. Les lésions de rupture de la barrière hémato-encéphalique
décrites dans cette maladie y contribuent probablement, facilitant
le passage dans le SNC de ce médicament peu liposoluble. L’effet antalgique
associé est intéressant en cas de spasmes douloureux rencontrés
dans les lésions spinales, et c’est probablement là l’indication
la moins contestable de ce médicament. Les benzodiazépines
(diazépam) possèdent les mêmes indications, mais ont une
meilleure biodisponibilité au sein du SNC.
- le dantrolène peut être utile en cas de dystonie associée, ce phénomène se révélant souvent réfractaire aux autres médicaments. Il semble sous-utilisé en France, d’une part du fait du risque d’hépatotoxicité, d’autre part à cause de sa réputation d’entrainer une diminution de la force musculaire volontaire, ce qui a pu le faire réserver aux patients grabataires. Du fait de son mode d’action original, l’utilisation la plus rationnelle consiste probablement en l’association avec les autres classes d’antispastiques, permettant une réduction des doses, donc un risque hépatotoxique moindre.
Les médicaments possédant une action antispastique annexe ne sont pas d'usage courant, et leur prescription reste du domaine du neuropharmacologue. Elle peut cependant se justifier en cas d'inefficacité des antispastiques usuels, d'intolérance ou de contre-indication. Enfin, la toxine botulinique permet de traiter électivement un groupe musculaire spastique dans l’objectif très théorique de rendre au muscle antagoniste parésié sa fonction. Son coût reste élevé.
Toutes les drogues d'action centrale proposées aujourd'hui exploitent la cible présynaptique. Il manque actuellement un médicament antispastique agissant au niveau post-synaptique (inhibition de Renshaw, inhibition réciproque Ia), c’est à dire un agoniste glycinergique. La glycine est en effet le candidat le plus probable dans la recherche de la substance responsable des potentiels post-synaptiques inhibiteurs. Ce neurotransmetteur entrainerait une hyperpolarisation de la membrane neuronale par augmentation de la conductance au chlore.
Une autre voie de recherche exploite la diminution de la volée des afférences excitatrices Ia et des voies segmentaires polysynaptiques, qui produisent des acides aminés excitateurs (glutamate, aspartate, mais aussi homocysteate, cysteine sulfinate). Des antagonistes de ces substances sont en cours d'investigation, mais possèdent d'importants effets indésirables.