CLINIQUE DU PIED ET DE LA DÉMARCHE

 

Laval Leclerc, m.d., chirurgien orthopédiste

 

Dix ans déjà! Possiblement un record de longévité d'une clinique spécialisée au Centre François-Charon. Dix ans avec la même équipe de base qui se consacre à sonder et à traiter les pathologies du pied : même infirmière, madame Lise Dumas, même physiothérapeute, madame Else Visscher et l'orthésiste, monsieur Claude Béland, qui a remplacé monsieur Alfred Depont à son départ pour la retraite.

 

Dix ans à vieillir ensemble. à regarder avec une philosophie d'ensemble les différentes pathologies du pied chez la population en général ainsi que chez nos clients handicapés, parfois très lourdement, et ce, toujours avec une complicité et une connivence qui nous font aller directement au problème et trouver une solution acceptable pour chacun.

 

Pour mieux expliquer cette démarche, prenons comme exemple cette dame qui se présente ce matin, avec comme diagnostic principal une ancienne poliomyélite et qui se dit limitée à la marche à cause d'une arthrodèse, ou encore, en termes plus simples, d'une fusion du genou et de la cheville du côté atteint par sa polio.

 

Elle a un problème au niveau de son orthèse tibiale, de son soulier; un problème fonctionnel complexe qui provient autant de la faiblesse et du raccourcissement de son membre inférieur atteint, que de la position vicieuse de sa cheville. Après une évaluation de son bilan musculaire, notre physiothérapeute note une faiblesse au niveau de tous les muscles de la hanche. À l'examen, lors de la marche, nous voyons également que son pied est porté plus en torsion externe du côté atteint, pour compenser la faiblesse du membre et un talon qui, à l'appui plantaire, laisse flotter l'avant-pied à cause de la position de l'arrière-pied. Ceci entraîne donc un problème également au niveau du côté sain, c'est-à-dire du côté opposé où le pied est en flexion plantaire. L'orthèse de cette dame la blesse, car elle est mal ajustée et le pied flotte à l'intérieur. On conclut, avec l'orthésiste, que l'orthèse tibiale doit être moulée et adaptée sur elle. On décide avec la physiothérapeute qu'il devra y avoir une surélévation du côté opposé. Avec l'orthésiste, on discute de la meilleure façon de placer un berceau sous la chaussure, pour aider au déroulement du pas et avoir une compensation à l'avant-pied, lequel assure le pied d'un appui un peu plus plantigrade, ou mieux appuyé au sol.

 

Tel est l'exemple de fonctionnement de notre équipe, sans oublier l'apport nursing par une présentation claire et détaillée des problèmes, lesquels sont rapportés au questionnaire d'évaluation par notre infirmière .

 

Les données statistiques révèlent la visite de 831 clients en 1991 et de 896 clients en 1990, pour la clinique du mardi matin. Donc, en moyenne, nous rencontrons 850 clients par année. De plus, on calcule que depuis dix ans, environ 25% de notre clientèle de la clinique du pied a un handicap physique. Cela représente une clientèle plus complexe de par la diversité des atteintes au niveau des pathologies du pied.

 

Prenons un autre exemple. Cela peut très bien être cet autre patient venu ce matin pour un problème de blessure au pied, consécutive à son diabète qui entraîne, on le sait tous, des troubles vasculaires et une diminution de la sensibilité. Il porte un soulier trop étroit; ce monsieur risque de se blesser sérieusement au niveau du pied et d'aggraver son état. Avec l'orthésiste, on doit réviser son soulier actuel qui est trop rigide et de plus, on prescrit une nouvelle orthèse mieux coussinée et destinée à prévenir des blessures et des ulcères.

 

Ce peut être aussi cette patiente arthritique qui nous arrive de l'Unité de rhumatologie, pour chausser une déformation majeure de l'avant-pied, laquelle a dépassé le stade chirurqical .

 

Outre ces clientèles plus lourdes, nous étudions tous les aspects de la pathologie du pied de monsieur tout le monde; 75% de la clientèle se classe dans cette catégorie. Nous y retrouvons ce petit jeune homme qui, à 11 ans, tourne les pieds vers l'intérieur de façon anormale, se plaint de douleurs au niveau du tendon d'Achille et de malaises au niveau des jambes. Il y a aussi cette dame qui présente un hallux valgus important avec déformation secondaire des orteils et qui, à 75 ans, ne trouve ni chaussure, ni support lui évitant des douleurs.

 

Au point de vue de l'enseignement, il faut mentionner les nombreux médecins qui ont fait des stages à notre clinique, que ce soit des résidents universitaires ou des médecins en pratique privée. Nous avons également eu des stagiaires en physiothérapie, de même qu'un podiatre qui est venu travailler avec nous pendant un certain temps, au tout début de la clinique .

 

L'année dernière, toute l'équipe de la clinique s'est rendue dans un centre de gériatrie à Kamouraska. Le but de cette visite consistait à donner des conseils et de l'enseignement à l'ergothérapeute, à l'infirmière et à la physiothérapeute de la région, sur la prévention des blessures, l'utilisation de l'hygiène de la pédicure et l'utilisation de chaussures adéquates pour leurs pensionnaires. Cette visite a permis à la clientèle âgée de ce centre d'éviter un déplacement à Québec afin de consulter

 

D'ailleurs, il arrive que des professionnels, médecins, physiothérapeutes, ergothérapeutes et infirmières accompagnent parfois des patients, lors de consultations à notre établissement, et ainsi profitent de leur visite pour prendre de l'information et se renseigner quant aux différentes pathologies auxquelles ils font face dans r milieu

 

Ce qui fait l'attrait de la clinique, outre son personnel et son enthousiasme, ce sont la disposition des locaux de même que l'équipement particulier qui permet de voir le pied en fonction de marche. Mentionnons l'allée de marche de dix mètres de longueur qui, à l'aide d'un système de miroirs, donne une vision de la démarche dans les trois plans. Un système audio-visuel est utilisé pour démontrer certaines pathologies sur vidéo.

 

La clinique a également l'avantage traditionnel de permettre aux membres de l'équipe de parfaire leur formation dans les différents domaines qui nous concernent et ce, de façon régulière. Entre autres, le dernier voyage m'a amené chez BIRKENSTOCK en Allemagne, où l'on fabrique des souliers spéciaux et dont la correction et l'orthèse sont incluses dans la fabrication même de la semelle du soulier, contrairement à la semelle traditionnelle qu'on transporte d'un soulier à l'autre.

 

Nous espérons toujours informatiser les données recueillies à la clinique du pied, pour faciliter des recherches éventuelles dans le domaine. Enfin, ajoutons que l'équipe actuelle conserve l'intérêt qu'elle a manifesté au cours des années, d'où le plaisir de travailler ensemble.

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 10, no 3, novembre 1992, p. 24-25.