Épidémiologie des handicaps moteurs et données sociales de base

Jean-François Ravaud, chercheur en santé publique, INSERM

Michel Delcey, APF (Association des paralysés de France)

 

L'épidémiologie est la discipline scientifique qui étudie la fréquence, la répartition et les déterminants des états de santé des groupes ou des populations. Elle ne se limite donc aucunement à " compter  les personnes malades. Elle ne concerne pas non plus la seule dimension médicale des " lésions  : l'épidémiologie des handicaps a certes été d'abord une épidémiologie des déficiences et des étiologies (causes) et elle s'est jusqu'à présent peu intéressée aux conséquences des incapacités sur l'insertion sociale des individus. Pourtant, une démarche explicative de même nature peut être appliquée à l'étude de l'insertion sociale (scolaire, professionnelle, etc.). Dans cette optique, on recherche le rôle des incapacités mais aussi des facteurs individuels et sociaux sur l'insertion, et non plus seulement les facteurs de risque de telle maladie, tel accident, telle malformation.

Ainsi, on trouvera ci-dessous, après quelques informations sur les sources de données et leurs limites éventuelles, quelques chiffres repères concernant les personnes atteintes de déficiences motrices. Ces chiffres sont présentés des données médicales classiques aux données sociales de base, c'est-à-dire en suivant la logique de la Classification Internationale des Handicaps (cf. p. 4).

Dans le cadre de cet article, ne seront abordées que les données concernant l'ensemble des personnes atteintes de déficiences motrices : les chiffres concernant la fréquence des diverses cause de handicap moteur (exemples : IMC (infirmité motrice cérébrale), SEP (sclérose en plaques)), quand ils sont disponibles, sont fournis dans les chapitres consacrés à chaque pathologie.

 

INTRODUCTION : UNE épidémiologie qui reste à faire

 

Ce chapitre, intitulé " épidémiologie des handicaps moteurs , ne peut éviter d'évoquer le constat de la carence de données fiables et exhaustives sur le sujet. à la question " combien y a-t-il de personnes handicapées motrices en France ?, nul ne peut répondre avec précision : l'absence d'accord sur des définitions communes et le flou conceptuel qui entoure le handicap d'une part, la dispersion et l'aspect fragmentaire des données d'autre part, contribuent à faire des chiffres disponibles de simples repères généraux.

 

Des sources fragmentaires

 

La première enquête exhaustive nationale sur les handicaps réalisée tant auprès des ménages qu'auprès des institutions et services spécialisés, devrait voir le jour... en 1997 au mieux. En attendant cette manne d'informations, dont la collecte serait effectuée par l'Insee (institut national des statistiques et des études économiques), les principales sources de données sont nombreuses mais très parcellaires :

 

Données institutionnelles

– enquêtes " ES  (Enquête Sociale) du SESI (service des statistiques, des études et des systèmes d'information du ministère des Affaires Sociales), portant sur les établissements et services médico-sociaux en faveur des personnes handicapées. Les données portant sur la clientèle sont recueillies tous les quatre ans ;

– statistiques d'organismes sociaux : CAF (Caisses d'allocations familiales), ANPE (Agence nationale pour l'emploi), etc.

– données administratives issues du fonctionnement des institutions spécialisées telles que Cotorep (Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel), Cdes (Commission Départementale d'éducation spéciale), etc. Données plus parcellaires encore d'administrations sectorielles telles que le Ministère de l'éducation nationale (pour la scolarité), le Ministère du Travail (pour l'emploi), etc. On peut y rattacher des données comme celles du secteur des assurances sur les accidentés, etc.

– données associatives, rares et spécialisées (populations spécifiques) le plus souvent ignorées des comptages officiels.

 

Données populationnelles (en population générale)

– enquêtes des organismes statistiques nationaux : Ined (institut national d'études démographiques) ; Insee : enquête sur les conditions de vie des ménages ; EGT (Enquête Générale sur les Transports) en Île-de-France, etc.

– analyses secondaires (exploitation spécifique des données relatives aux handicaps) des précédentes enquêtes par des équipes de recherche ;

– enquêtes réalisées dans un but proprement épidémiologique par des organismes de recherche : enquête par parrainage réalisée sur le département de la Sâone-et-Loire par le CTNERHI (Centre technique national d'études et de recherche sur les handicaps et les inadaptations), étude fonctionnelle d'une
population (Saint-Cyr-Sur-Le-Rhône) réalisée par des médecins de rééducation stéphanois et lyonnais ;

– données spécialisées d'origines diverses et concernant des catégories précises de personnes : études épidémiologiques sur telle maladie invalidante...

 

Des définitions divergentes

 

Ces sources produisent des données sans lien entre elles et le plus souvent impossibles à extrapoler à l'échelon national. Surtout, elles s'appuient sur des logiques d'approche des handicaps divergentes et donc des définitions retenues différentes, ce qui rend les tentatives de compilation particulièrement périlleuses. Le handicap pouvant être appréhendé par ses différentes composantes (cf. p. 4), les sources d'information statistique sur les handicaps privilégient le plus souvent un seul aspect, rendant délicate leur comparaison.

 

 

Quelques difficultés terminologiques ou conceptuelles

-L'enquête de l'Ined réalisée en 1983 proposait une estimation de la population atteinte de handicap sévère, mais que signifie " handicap sévère "?

-Les enquêtes du SESI, principale source d'informations sur les populations prises en charge par les structures spécialisées, répertorie la notion de " déficience principale ", éminemment subjective, alors que l'enquête du CTNERHI en Saône-et-Loire recueille les différentes déficiences présentées par les personnes sans les hiérarchiser.

 

-L'enquête réalisée par l'Insee auprès des ménages en 1987 répertoriait, elle, les personnes handicapées " d'après le chef de ménage (personne interrogée au cours de l'enquête) "…

-Les données issues des administrations font le plus souvent état de décisions d'attributions de droits (allocations, reconnaissance de travailleur handicapé, etc.) ou d'orientation, sans qu'il soit le plus souvent possible de remonter aux individus et de préciser avec fiabilité les handicaps dont ces personnes sont atteintes.

 

 

 

Ces difficultés et ces limites, communes à tous les handicaps, s'imposent aussi inévitablement dans le champ des déficiences motrices. Des chiffres existent cependant, qu'il faut savoir interpréter avec prudence mais qui doivent être connus pour ce qu'ils sont.

 

 

Handicaps moteurs : chiffres repères

 

Les données médicales sur les causes de déficiences motrices

 

données internationales

Elles concernent essentiellement la fréquence des diverses causes de déficiences motrices (exemples : SEP, IMC, etc.). On se reportera aux chapitres spécifiques pour les chiffres propres à chaque cause.

Ces données proviennent d'études épidémiologiques réalisées sauf exception à l'étranger (notamment aux États-Unis). On tire avec plus ou moins de facilité une extrapolation pour la France :

– à niveau de soins comparable et lorsqu'aucune notion de répartition géographique ou ethnique n'est connue pour la maladie considérée, cela est relativement commode (exemple : nombre de malformations, dont la prévalence est ainsi estimée à 2/1 000 naissances – mais ce chiffre inclut les trisomies 21) ;

– cela nécessite un " redressement  quand un certain nombre d'éléments propres à la France, par rapport au pays d'origine des données, interfèrent avec la pathologie considérée : ainsi le nombre d'IMC dépend du taux de prématurité, la fréquence de la sclérose en plaques suit un mode de répartition géographique (en fait : génétique, voir p. 165) selon la latitude des pays, le nombre de traumatisés crâniens dépend directement du nombre d'accident de la route, etc.

Les études étrangères permettent aussi, dans certains cas, de disposer de données comparatives sur la prévalence des déficiences dans la population générale.

 

Données françaises

Il s'agit essentiellement des travaux réalisés par l'Inserm (Rumeau-Rouquette et coll., 1994). Des enquêtes réalisées auprès de quatorze Cdes sur plusieurs générations d'enfants recensant les enfants signalés à la Cdes et ayant bénéficié d'une prise en charge (orientation, aide...), permettent d'estimer la prévalence des déficiences motrices de l'enfant à 3,24 pour 1000. Il s'agit de déficiences suffisamment sévères pour bénéficier d'une prise en charge par la Cdes : ne sont donc pas comptées les déficiences légères (refus des Cdes) ; l'estimation est intéressante en ce qu'elle concerne a priori toutes les déficiences motrices ayant un retentissement notable et parce qu'on peut penser que très peu d'enfants atteints de telles déficiences " échappent  aux Cdes.

 

 

Ces handicaps se répartissent en (prévalence pour mille) :

 

microcéphalies, hydrocéphalies…) : 0,44

cérébelleuses, leucodystrophies…) : 0,30

- Infirmité motrice cérébrale (IMC) : 1,12

ostéo-articulaires congénitales…) : 0,27

- 36% d'autres déficiences motrices (dont : plpiomyélite, myopathies, etc.) 1,11

 

- Total : 3,24

 

 

Les données issues des dossiers médicaux des Cdes sont d'une fiabilité souvent insuffisante, comme en témoigne la proportion importante de cas non spécifiés, mais elles sont précieuses car elles représentent la seule source française de données sur les déficiences des enfants. Il n'y a pas d'équivalent chez l'adulte.

 

Données sur les déficiences motrices

 

L'enquête Saône-et-Loire

 

Conduite par le CTNERHI, l'enquête en Saône-et-Loire a été réalisée de la façon la plus exhaustive possible au niveau d'un département, en milieu ordinaire et en institution. Les données ont fait l'objet d'un redressement pour pouvoir être estimées au plan national. D'après ce travail de recherche :

– les personnes atteintes de déficiences motrices représentent environ 2 300 000 personnes, soit 4 % de la population générale. Parmi ces personnes, la déficience motrice est isolée ou prédominante pour environ 850 000 d'entre elles : 1,5 % de la population générale est ainsi considérée " handicapé moteur  ;

 

 

 

Prévalence des déficience motrices en France (pour mille habitants)

 

 

Déficiences 0-19 ans 20-59 ans ³ 60 ans Ensemble Soit, pour 57

(tous âges) millions d'habitants

 

Déficience

motrice isolée 1,99 13,33 31,85 14,85 846 450 personnes

 

 

Déficiences

motrice isolée

ou associée à 4,52 26,36 106,7 39,94 2 276 580 personnes

d'autres déficiences

 

 

Enquête CTNERHI/CITEVA en Saône-et-Loire : J. Sanchez (1995).

 

 

 

 

 

– les personnes atteintes de déficiences motrices représenteraient 60 % de la population handicapée. Cette proportion est également retrouvée par une étude faite par le CTNERHI à Paris sur plus de 1000 demandeurs de la Carte d'Invalidité. Toutefois, ce chiffre très important est d'abord expliqué par les déficiences des personnes âgées : elle est bien moindre chez les sujets plus jeunes et les enfants, chez lesquels la déficience mentale semble la plus fréquente.

Il faut remarquer l'important " gradient  de fréquence des déficiences motrices avec l'âge : ces déficiences touchent d'après cette étude un peu moins d'un enfant sur 200, un peu plus d'un adulte sur 40 et plus d'une personne de plus de 60 ans sur 10.

 

L'enquête " étude des conditions de vie des ménages,

Insee 1986-1987

Réalisée en population générale, auprès des ménages " ordinaires , elle fournit un certain nombre de repères sur les personnes handicapées. Celles-ci ont été repérées au sein des ménages ayant déclaré leur présence. Il s'agit d'une enquête sur un échantillon représentatif de la population française (hors institution).

Le nombre de personnes déclarées handicapées (tous handicaps confondus) peut être estimé à 3 189 000 personnes. Parmi ces presque 3,2 millions de personnes, la " nature du handicap  serait une (des) déficience(s) motrice(s) pour 1 368 000 personnes.

C'est une des principales estimations nationales du nombre total de personnes atteintes de déficiences motrices en France, et l'on peut observer qu'elle est située dans la fourchette des deux estimations de l'enquête Saône-et-Loire (déficiences motrices isolées : 850 000, déficiences motrices isolées ou associées à d'autres déficiences : 2,3 millions). Le concept retenu ici est en effet celui de " déficience principale  (les déficiences motrices peuvent donc être isolées ou non).

 

Données sur les " incapacités motrices "

 

Les incapacités des personnes (exemple : à sortir de chez elles) et non plus l'origine de ces difficultés, sont au coeur de la démarche de recueil d'informations.

 

L'étude fonctionnelle d'une population : Saint-Cyr-sur-le-Rhône

Réalisée à Saint-Cyr-sur-Le-Rhône sous l'égide du Pr Pierre Minaire (†), elle représente un modèle de prise en compte du handicap " en situation , et non plus en fonction de sa seule origine. Une commune de 532 habitants a été le siège d'une étude originale qui s'est déroulée sur un mois (septembre 1984) : presque tous les habitants (94,7 % exactement) de la commune ont passé une série de tests d'ambulation, de préhension, de communication et surtout de " microsituations  telles que descendre trois marches, placer un ticket de métro dans une fente, etc. analysées dans les conditions les plus ordinaires possibles.

Si ces données ne peuvent être extrapolées au niveau national (la population de Saint-Cyr n'étant pas représentative de la population française), elles n'en constituent pas moins un éclairage très intéressant sur les difficultés concrètes des personnes atteintes de limitations motrices. Ainsi 30 % de la population ne pouvait descendre sans appui trois marches de 20 cm, 10 % avait besoin de plus de 4 secondes pour parvenir à introduire un ticket dans une fente, près de la moitié est gênée pour descendre un plan incliné de 20 %, etc., quelle que soit l'origine de ces difficultés : motrices (19,6 %), sensorielles (25,2 %) ou autres.

Tout l'intérêt de cette épidémiologie des incapacités est dans l'abord " transversal  qu'elle propose : il ne s'agit plus de compter les " handicapés , mais les personnes gênées dans la vie quotidienne, qu'elles se déclarent " handicapées  (ce qui était le cas de 8,4 % d'entre elles) ou non. D'autre part, l'étude de microsituations est directement applicable : par exemple, on sait par cette enquête que l'aide d'un appui (rampe) permet à 10 % de plus de la population de franchir des marches plus hautes.

 

L'enquête générale transport (EGT) en île-de-France, 1991-1992

Il s'agit d'une enquête régionale, réalisée en population générale (sur échantillon représentatif), renouvelée périodiquement, à partir de laquelle a été réalisé un travail de recherche sur les personnes repérées comme handicapées et/ou ayant simplement quelques gênes ou difficultés dans le cadre de leur déplacements (Ravaud et coll., 1994). 8,6 % des ménages ont déclaré la présence d'une telle personne.

Ce travail cible donc un aspect du handicap allant de l'incapacité (à se déplacer) au désavantage social (ne pouvoir utiliser un mode de transport) pour rendre compte du nombre de personnes en difficulté par rapport aux situations de transports et analyser ces difficultés.

Les difficultés d'ordre locomoteur ressortent au premier rang, parmi lesquelles sont cités en premier les problèmes de marche et de montées/descentes, qui concernent ainsi près de 270 000 personnes en île-de-France. Les problèmes sensoriels et de communication viennent ensuite. Les personnes atteintes de déficiences motrices représentent 60 % des personnes en difficultés face aux transports (proportion identique à l'enquête Saône-et-Loire).

Une telle enquête permet aussi d'approcher le désavantage social entraîné par ces difficultés en terme de déplacements par rapport à la population générale. Ainsi, tous modes de déplacements confondus, le nombre de déplacements quotidiens des personnes handicapées n'est que de 1,97 contre 3,49 pour la population générale (1,8 fois moins), ceci étant surtout dû à la moindre utilisation de moyens de transports motorisés.

Elle permet aussi, puisque réalisée à partir d'un échantillon représentatif en population générale (mais sur une seule région), de donner des indications précieuses dans d'autres domaines que celui des transports : ainsi l'étude retrouve que 58 % des personnes handicapées utilisent une aide technique pour se déplacer et estime à 4,3 % la proportion de ces personnes utilisant un fauteuil roulant, soit une proportion dans la population générale de 1,8 personne pour mille habitants (la proportion est plus importante dans l'enquête Saône-et-Loire citée plus haut, 8,9 %, sans doute du fait de la prise en compte des personnes en institution).

 

L'enquête " Étude sur les conditions de vie des ménages ", Insee

Déjà citée comme source de dénombrement des déficiences motrices, cette étude apporte des éléments sur un certain nombre de difficultés (incapacités) motrices quotidiennes : difficultés pour marcher un kilomètre sans s'arrêter, difficultés dans les déplacements extérieurs (définis par : sortir de chez soi, monter et descendre un étage d'escalier et rester debout un quart d'heure) ou encore les difficultés pour les soins personnels (se laver entièrement, s'habiller et se déshabiller - y compris les chaussures, se déplacer dans son logement).

Réalisée en population générale sur la France entière, elle donne donc un aperçu précieux du nombre de personnes rencontrant ces difficultés dans la population française en fonction de l'âge, critère essentiel pour analyser ces données, et du sexe : on voit par exemple que les personnes ayant des difficultés pour ces actes quotidiens sont de plus en plus nombreuses avec l'âge :

 

Enquête " Étude des conditions de vie 1986-1987 ", Insee. Pourcentage de personnes ayant de difficultés ou une impossibilité pour réaliser les activités considérées, en fonction de l'âge et du sexe.

 

 

Activités Âge 18-59 ans 60-74 ans 75-84 ans >85 ans Total

Sexe F – M F – M F – M F – M F – M

 

 

Marcher un Difficile 4,3 – 3,1 19,4 – 12,7 33,7 – 23,2 30,0 – 30,6 9,9- 5,8

km sans Impossible 0,8 – 0,5 7,6 – 5,7 23,5 – 16,8 53,1 – 23,2 4,9 – 2,4

s'arrêter

 

Déplacements Difficile 5,8 – 3,9 25,5 – 18,3 44,9 – 35,0 51,2 – 43,2 13,4 – 8,1

extérieurs* Impossible 0,6 – 0,4 5,0 – 2,7 13,4 – 8,7 28,9 – 13,5 3,0 – 1,3

 

 

Soins Difficile 1,2 – 1,0 8,2 – 5,2 19,1 – 12,5 37,9 – 27,2 4,6 – 2,5

personnels* Impossible 0,5 – 0,2 1,4 – 2,4 7,0 – 9,3 16,3 – 5,5 1,5 – 1,1

 

 

Difficile : peut difficilement ou avec de l'aide; Impossible : ne peut pas, même avec de l'aide

*Définitions précises des activités ; paragraphes ci-dessus

 

Soulignons, notamment à toute fin de comparaison avec les données ci-dessus et particulièrement celles de l'enquête Saône-et-Loire, que ce tableau concerne des personnes exclusivement hors institution.

 

Données " sociales 

 

Ces données sont issues pour l'essentiel de sources " administratives  et sont plus des dénombrements que des indications épidémiologiques (au sens de données explicatives de situations de handicaps). Elles traduisent, rapportées au cadre législatif et social dont elles sont une expression, le nombre de personnes qui, en raison d'un désavantage reconnu, sont socialement repérées par une prise en charge (exemple : hébergement) ou une prestation qui leur a été octroyée. Le plus souvent, il n'est pas possible de faire la part des déficiences motrices.

Les chiffres ci-dessous sont extraits de l'ouvrage de référence en la matière (Triomphe et coll., 1995) et sont cités pour toutes les catégories de handicaps confondues lorsqu'elles donnent un repère qui semble utile à tous (exemple : nombre d'Allocation aux Adultes Handicapés versées) ou parce que, plus rarement, elles sont spécifiques aux déficiences motrices.

 

 

 

Données sociales: grands repères

 

PRESTATIONS SOCIALES

Des données tirées des différentes administrations chargées de la protection sociale des personnes handicapées, on peut tirer quelques chiffres repères (M. Fardeau et coll., In: Triomphe et coll., 1995):

- les pensions militaires (il ne s'agit pas toujours de déficiences motrices) versées en 1992 sont au nombre de 442 000;

- les rentes d'accidents du travail (même remarque) servies par les différents régimes de sécurité sociale en 1986 sont au nombre de 102 100, le chiffre n'étant pas disponible depuis;

- les pensions d'invalidité (même remarque) servies par les différents régime de sécurité sociale étaient en 1992 au nombre de 483 000, toutes invalidités confondues;

- les prestations de solidarité (données 1992): l'AES (Allocation d'Éducation Spéciale) a été versée à 95 000 familles (97 000 Dom-Tom compris); I'AAH a été versée à 549 000 bénéficiaires métropolitains (569 000 Dom-Tom compris). L'allocation compensatrice (tierce personne) a été versée à environ 241 000 personnes (dont de plus en plus de personnes de plus de 60 ans en 1991, elles représentaient 67 % des bénéficiaires contre 53 % en ] 984).

 

Scolarité

Pour toute cette partie (J.-F. Ravaud, In: Triomphe et coll., 1995), la notion de déficience motrice " principale ", contestable, est utilisée par l'Éducation nationale à l'origine de ces données. Ces chiffres sont cités car ils sont les seuls que nous possédions.

Lors de l'année scolaire 89/90, sur une population scolarisée de 12 365 751 enfants, on dénombre 353 613, soit 2,86 % enfants handicapés tous handicaps et toutes filières scolaires confondues.

 

L'intégration individuelle en milieu ordinaire

Sur ces 353 613 enfants, 24 659 soit 7 % sont intégrés individuellement dans l'enseignement ordinaire. L'enseignement spécialisé. où est scolarisée une ~rosse majorité d'enfants handicapés (93 %, tous handicaps confondus), comprend des établissements de l'Éducation nationale (58 %) et ceux du secteur Affaires sociales (42 %). Dans ce dernier secteur, seuls 62,7 % des enfants accueillis sont en fait scolarisés.

Il faut noter que la proportion d'enfants handicapés est plus importante dans le second degré (2,7 GG) que dans le premier (2,1 %) ce qui suggère que les phénomènes d'inadaptation scolaire sont mis en lumière à cette période du cursus scolaire. Cela implique aussi de considérer une définition peut-être différente du handicap repéré: c'est l'échec scolaire plus que le handicap (physique ou moteur par exemple) qui fait repérer et comptabiliser l'enfant.

Les chiffres ci-dessus concement tous les handicaps confondus: on dispose de peu de données sur les enfants atteints de déficience motrice. Parmi les élèves handicapés intégrés à l`enseignement ordinaire en 89/90, 24,3 % étaient atteints d'une déficience motrice " principale " (données du Ministère de l'Éducation nationale). Dans le premier degré, cette proportion est de 26 G~G (29 % en 1992/93) et de 20,9 C~G dans le second degré. Ces chiffres sont en progression.

 

L'éducation spécialisée

Classe spécialisée et/ou établissement spécialisé, elle est donc encore la règle pour les enfants handicapés. Les chiffres connus dans les différents dispositifs sont:

 

- Intégration collective

× Les CLIS (Classes d'Intégration Scolaire Spécialisée) du premier degré accueillent 55 692 enfants en 1992/93, dont 1,9 % sont atteints d'une déficience motrice " principale ".

× Les SES (Sections d'Éducation Spécialisée) et les GCA (Groupes de Classes-Atelier) qui assurent pour la plupart une formation professionnelle au niveau des collèges et Iycées, accueillent 108 319 enfants et adolescents (tous handicaps confondus). La proportion de déficience motrice " principale " était de 0,3 % en 1989/90.

 

- Les établissements spécialisés

× Les établissements spécialisés de l'Éducation nationale accueillent 14564 enfants en 1992/93: les écoles d'enseignement spécial du premier degré tendent à disparaître; lesétablissements d'éducation spéciale du second degré (EREA: Établissements Régionaux d'Enseignement Adapté) accueillent, en 1992/93, 11852 enfants et adolescents, dont 8 % ont une déficience motrice " principale ".

× Les établissements spécialisés du secteur Affaires sociales accueillent en 1992/93 131 635 enfants ou jeunes, dans: des établissements médicaux (16440 enfants, dont 16,6% sont atteints de déficience motrice " principale "); des établissements médico-éducatifs (105 810 enfants, 6,2 % de déficience motrice " principale "); des établissements socio-éducatifs (10 015 enfants, dont 1,1 % de déficience motrice " principale ").

 

L'EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉES

On pourra se référer au chapitre " Emploi " de l'ouvrage édité par le CTNERHI et l'lnserm (D. Velche, In: Triomphe et coll., 1995) remarquablement complet pour l'emploi des personnes handicapées en général. Les données concernant les personnes atteintes de déficiences motrices ne sont pas connues. Quelques tentatives d'épidémiologie des handicaps en milieu de travail ont été réalisées dans certains établissements publics (milieux de recherche) mais ne peuvent permettre d'extrapolation.

 

PRISES EN CHARGE INSTITUTIONNELLES DES ENFANTS ET ADOL.ESCENTS (source: SESI, enquête ES)

Au premier janvier 1992, 226 788 enfants handicapés étaient présents dans les établissements et services médicosociaux, mais il faut y ajouter les 91 159 enfants fréquentant les CMPP (Centres Médico-Psycho-Pédagogiques) non comptabilisés dans ce cadre.

Les données ci-dessous ne portent que sur les enfants et adolescents présents en établissement médico-social d'éducation spéciale (à l'exclusion des CMPP mais aussi des SESSD et des structures ambulatoires d'accueil de jour ou d'aide à domicile). Parmi les 107 946 enfants comptabilisés (61 % de sexe masculin): 6,3 % (6821 sujets) seulement présentent une déficience motrice qualifiée de " principale ", et 4,9 CG sont répertoriés comme " polyhandicapés ".

Cette faible proportion est sans doute expliquée par l'exclusion de ces chiffres des structures les plus légères (SESSD en particulier), ainsi que par la notion de " déficience principale ", qui gomme la réalité des troubles présentés par les personnes (et ne permet aucune comparaison avec les autres sources de données): on sait qu'aujourd'hui le handicap moteur " pur " est plus rare (disparition de la poliomyélite, fréquence accrue des accidents et survie des handicaps lourds) et, quand il existe, de moins en moins institutionnalisé.

Parmi ces enfants atteints de " déficience motrice principale ", il y a 39,2 % de sujets féminins. La répartition par âge est la suivante: 0-5 ans: 7,3 %, de 6 à 10 ans: 23,6 %, de 11 à 15 ans: 28,8 %, de 16 à 20 ans: 30,8 %, de plus de 20 ans: 9,5 %. La prédominance des tranches d' Age élevées est sans doute expliquée par l'exclusion de ces chiffres des structures d'aides ou de soins à domicile qui assurent une grande part des prises en charge précoces.

 

L'origine (causes) des déficiences de l'ensemble des enfants et adolescents des établissements médico-sociaux selon le diagnostic au 1/1/1992, retrouve, à côté d'une catégorie fourre-tout de diagnostics non spécifiés ou inconnus (72 % des sujets): la notion de myopathie pour 0,5 CG des sujets, de spina bifida (0,5 %), d'IMC pour 5,8 % des sujets (dont une bonne proportion de polyhandicapés), d'accident (sans précision) pour 8,9 % des sujets. Ces chiffres sont à prendre avec précautions, étant donné le caractère contestable des catégories utilisées.

 

PRISES EN CHARGE INSTIlUTIONNELLES DES ADULTES

(source : SESI, enquête ES)

Il s'agit des adultes pris en charge dans les structures d'héberge ment (foyers, MAS, etc.) ou de travail protégé.

62 883 adultes handicapés étaient en établissementsd'hébergement au 1/1/1992, dont 8,12 % ont une déficience motrice " principale ", et 6,8 % sont polyhandicapés. Concernant les " déficiences motrices principales ", leur répartition par type d'établissement est de: 33,6 % en foyers d' héberge ment et centres de placements familiaux. 16,4 % en MAS (Maison d'Accueil Spécialisé), 50 % en foyers de vie. Inversement, ces personnes représentent 4,97 % des personnes hébergées en foyers et centres de placement familial, 10,9 % des personnes en MAS, et 12,36 % des résidants de foyers de vie

 

88 296 adultes handicapés étaient accueillis dans les établissements et services de travail protégé au 1/1/1992, dont 9,26 % ont une déficience motrice " principale ", et 0,9 % sont polyhandicapés.

Ces personnes se répartissent selon les types de structure de la façon suivante: 32 % sont en CAT (Centres d'Aide par le Travail), 21,7 % en AP (Atelier Protégé), I CC en centre de préorientation ou EPSR (Équipe de Préparation et de Suite de Reclassement), 39 % en CFP (Centres de Formation Professionnelle) et le reste en établissement expérimental. Inversement, les " déficiences motrices principales " représenteDt: 3,8 % de la population des CAT, 22,6 % de celle des Ateliers protégés, 22,5 % de celle des centres de préorientation et EPSR, et 45,6 % de la population des centres de formation professionnelle.

 

NB: parmi les personnes en hébergement et celles en établissement de travail ou d'insertion, une proportion importante (environ 24 %) sont prises en charge par les deux catégories d'établissement: hébergement et travail.

 

 

 

Remerciements à M. Jésus Sanchez, Directeur de recherche au CTNERHI, pour avoir communiqué des données non publiées ayant contribué à la réalisation de cet article.

 

 

Pour en savoir plus :

 

Organisme

CTNERHI : Centre Technique National d'études et de Recherche sur les Handicaps et les Inadaptations, 236 bis rue de Tolbiac, 75013 Paris – Service documentation, banque de données informatisées.

 

à lire

Goldberg M. et coll., L'épidémiologie sans peine. Presses Universitaires du Québec, Paris, Frison-Roche, 1990.

Ministère des Affaires Sociales et de la solidarité. Les handicapés, chiffres repères 1990.

Ministère des Affaires Sociales, SESI. Annuaire des statistiques sanitaires et sociales 1992.

Ourcel J.-P., Où trouver l'information statistique sur les handicaps ? Insee, bloc notes n° 1, 1992.

Ravaud J.-F., Velche D, Hauet E., Pratiques des déplacements et prévalence des handicaps en situation de transport. Cahiers de sociologie et démographie médicale, 1994, 24 (1), 31-52.

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(Référence : Association des paralysés de France. Déficiences motrices et handicaps, Aspects sociaux, psychologiques, médicaux, techniques et législatifs, troubles associés. Paris : Association des paralysés de France, 1996, 505 p., p. 12-21)