LE CHOIX OPTIMAL D'UN FAUTEUIL ROULANT

 

Christian Vancraenenbroeck, directeur des aides techniques

 

Benoît Bernatchez, chef de la section des fauteuils roulants, du positionnement et des aides compensatoires

 

INTRODUCTION

 

Depuis le début du siècle, le fauteuil roulant a évolué de façon marquée. En Amérique du Nord, il semble que les premières chaises en bois soient apparues durant la guerre de Sécession. Cet appareil ne connut que des raffinements mineurs jusqu'au moment où, en 1932, Herbert A. Everest et Harry C. Jennings fabriquèrent une chaise fiable en métal. Ce modèle est à l'origine de l'explosion de la gamme de fauteuils roulants actuels .

 

On retrouve aujourd'hui plusieurs compagnies canadiennes et américaines qui distribuent une gamme étendue d'appareils tels que : le fauteuil à propulsion électrique, le fauteuil léger et ultra-léger, le fauteuil destiné aux sports, le fauteuil à châssis rigide, le fauteuil permettant la verticalisation, etc. La proportion de la population qui utilise un fauteuil roulant ne cesse de s'accroître. En effet, l'ouverture sociale, l'augmentation de l'espérance de vie et la diminution des décès suite à une maladie ou à un traumatisme favorisent l'emploi de l'appareil .

 

Plusieurs usagers passent une grande partie de la journée dans leur fauteuil, celui-ci devenant un espace primaire qui tend à se confondre avec l'espace personnel, parfois au point de devenir un " prolongement " de leur corps. Il est par conséquent essentiel que dans l'attribution du fauteuil roulant, on concilie les besoins du client avec les limites inhérentes à l'appareil et les contraintes externes (coût, règles d'attribution des organismes payeurs, disponibilités...).

 

Tout au long du processus d'attribution d'un fauteuil roulant, on recherchera à maximiser les qualités de l'appareil pour répondre aux critères suivants : autonomie dans les déplacements et les transferts, confort, sécurité, respect de l'anthropométrie, accès à l'environnement, esthétique, légèreté, solidité, durabilité, coût, adaptabilité des composants.

 

FONCTIONNEMENT DE LA CLINIQUE DE FAUTEUIL ROULANT

 

Le but de la clinique est d'évaluer le client le plus globalement possible. Par la suite, nous fournissons le fauteuil roulant qui répondra le mieux à sa condition médicale et à son environnement.

 

L'équipe se compose du médecin prescripteur, de l'ergothérapeute et du client. Le médecin confirme le diagnostic ainsi que les indications et contre-indications reliées à la prescription du fauteuil roulant.

 

L'ergothérapeute analyse les besoins du client en termes de déplacements et d'activités fonctionnelles et se prononce sur la construction ou la faisabilité des appareils en se référant au mécanicien si nécessaire

 

Le client lui-même intervient à toutes les étapes pour exprimer ses besoins et informer l'équipe sur son vécu au moment des essais ou simulations.

 

Nous distinguons les étapes suivantes dans notre démarche :

 

× évaluation clinique;

 

× étude des données, priorisation des besoins et recommandations initiales;

 

. simulation, mise en situation et recommandation finale;

. ajustements et livraison;

contrôle

 

L'évaluation clinique comprend le diagnostic médical, le bilan fonctionnel, les mesures anthropométriques, le bilan des activités quotidiennes et le bilan socioprofessionnel.

 

Le diagnostic et les conditions associées sont la base de toute évaluation. En effet, cette première étape orientera nos choix ultérieurs compte tenu du caractère évolutif ou non des pathologies. De plus, les règles d'attribution des organismes payeurs sont établies, entre autres, en fonction du diagnostic.

 

Le bilan fonctionnel nous trace un tableau objectif des capacités résiduelles physiques et mentales du client. Celui-ci comprend l'évaluation de l'amplitude des mouvements, de la force musculaire, de la coordination ainsi que l'appréciation des capacités sensorielles telles que la vision, l'audition et la sensibilité superficielle et profonde. On doit également tenir compte de la capacité intellectuelle à exécuter des mouvements ou à effectuer des tâches, telle la conduite d'un fauteuil roulant. Bref, le bilan fonctionnel est l'analyse des moyens dont dispose l'individu pour intervenir sur son appareil.

 

Les mesures anthropométriques nous permettent de personnaliser le fauteuil roulant quant à ses dimensions intérieures. L'appréciation de chaque segment du corps (jambes, cuisses, hanches, tronc, bras) détermine la dimension correspondante des appuis-jambes, du siège, du dossier et des accoudoirs dans la construction du fauteuil.

 

Le bilan socioprofessionnel nous indique dans quel environnement et pour quelles activités le fauteuil sera utilisé. Il nous informe également sur les contraintes d'accessibilité qui influenceront le choix des mesures extérieures du fauteuil roulant. De plus, certaines activités privilégiées par le client nous obligent à tenir compte de la résistance des matériaux utilisés dans la construction du fauteuil et des différentes options possibles

 

L'étude des données fait suite à l'évaluation clinique et donne lieu à une priorisation des besoins de l'individu. La priorité peut aller au travail, aux activités sportives, au confort ou à un positionnement thérapeutique quelconque.

 

Cette priorisation s'établit d'une façon objective à partir de tous les éléments répertoriés à l'évaluation clinique ainsi que de contraintes externes telles que : le financement, l'esthétique, la disponibilité, etc. Un choix initial se dégage alors de cette analyse multidisciplinaire.

 

Les personnes handicapées disposent rarement de plus d'un fauteuil pour toutes leurs activités. Voilà pourquoi une combinaison de plusieurs besoins, parfais contradictoires, s'impose. Ainsi, le plus grand confort peut s'opposer à la légèreté ou la facilité de propulsion; le positionnement optimal peut interférer avec l'autonomie dans les activités. etc.

 

La simulation consiste à fournir au patient un appareillage se rapprochant le plus possible de celui recommandé. Cette étape consiste à vérifier la pertinence de la recommandation et à apporter les modifications qui s'imposent. Le client étant alors confronté pour la première fois avec l'appareil, il pourra si nécessaire faire l'objet d'une mise en situation.

 

La mise en situation permet ou client d'être confronté à des activités réelles ou similaires à celles qu'il rencontrera régulièrement. Celle-ci peut se faire au Centre François-Charon dans des activités similaires ou au besoin au domicile, au travail, dans des activités réelles

 

À partir des éléments recueillis lors de la mise en situation, l'équipe élabore la recommandation finale

 

Toute évaluation n'est pas et ne doit pas être statique. En effet, il existe une interaction continuelle entre le client, ses caractéristiques (biopsychosociales), ses besoins (mobilité, confort, etc. ) et le matériel disponible.

 

Par exemple, les besoins en termes de mobilité peuvent changer en fonction d'une évolution de la pathologie, ce qui nécessitera des changements au niveau du fauteuil roulant ou de ses accessoires. Inversement, un appareillage adéquat améliorant la condition du patient pourrait très bien entraîner la création de nouveaux besoins et donc éventuellement la nécessité d'un nouvel équipement

 

C'est pourquoi des contrôles réguliers suivant les ajustements et la livraison finale sont nécessaires, afin de s'assurer que l'adéquation entre l'usager et son fauteuil roulant soit optimale.

 

L'homme ne peut interagir efficacement avec l'environnement que s'il dispose de mobilité et d'une certaine autonomie. Le fauteuil roulant doit s'effacer le plus possible, pour devenir le prolongement du corps. Alors que les fauteuils les plus commercialisés ont peu évolué depuis cinquante ans, les appareils attribués par les services des aides techniques ont connu des développements technologiques importants. La concertation qui s'installe chaque jour un peu plus entre les intervenants, les manufacturiers et les organismes payeurs, particulièrement la Régie de l'assurance - maladie du Québec, a largement contribué à cette évolution

 

Mentionnons également que les personnes handicapées, par leur intégration sociale de plus en plus importante, ont forcé le développement et l'amélioration d'appareillages adaptés à toutes sortes d'activités.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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Référence : Propos de réadaptation, vol. 10, no 3, novembre 1992, p. 31-33.