L'UTILISATION DE L'ÉCHELLE MODIFIÉE DE ASHWORTH ET DU MYOMETRE POUR I'ÉVALUATION DE L'HYRERTONIE SPASTIQUE

 

Christianne Bonneau, physiothérapeute

Francine Malouin, physiothérapeute

Linda Pichard, physiothérapeute

 

L'hypertonie spastique est un des principaux facteurs qui affectent le profil de récupération chez l'individu atteint d'une lésion de la voie corticospinale. La résistance ressentie lors de l'étirement d'un muscle spastique dépend d'une part de la souplesse des muscles, tendons, ligaments et autres structures périarticulaires : c'est la composante non-réflexe. Cette résistance dépend aussi de l'activité réflexe provoquée lors de l'étirement musculaire, soit le réflexe tonique d'étirement : c'est la composante réflexe.

 

En clinique, l'hypertonie spastique est habituellement évaluée par la mobilisation passive du membre en cotant la résistance au mouvement à l'aide d'échelles nominales ou ordinales. L'échelle modifiée de Ashworth est une échelle ordinale à 6 points où la cote 0 correspond à une absence d'augmentation de tonus musculaire. Elle est croissante jusqu'à la cote 5 qui correspond à la rigidité du membre en flexion ou en extension. La cotation de l'échelle de Ashworth est basée sur la quantité de résistance ressentie lors d'un mouvement passif et de l'angle auquel cette résistance est perçue.

 

Le myomètre est un instrument qui permet d'obtenir des mesures quantitatives de l'hypertonie spastique. Avec le myomètre, il est possible de mesurer la résistance perçue lors de la mobilisation passive d'un groupe musculaire spastique. C'est un appareil qui a été démontré comme donnant des mesures fidèles lors de l'évaluation de l'hypertonie spastique des fléchisseurs plantaires chez l'hémiplégique (Malouin et coll. 1989). De plus. en l'utilisant à des vitesses différentes, on peut distinguer les composantes réflexes et nonréflexes de l'hypertonie spastique .

 

OBJECTIFS

 

1 ) Déterminer si la composante non-réflexe contribue à l'hypertonie spastique des fléchisseurs plantaires tôt après l'AVC (accident vasculaire cérébral).

 

2) Étudier la relation entre l'échelle modifiée de Ashworth et les mesures au myomètre pour l'évaluation de l'hypertonie spastique des fléchisseurs plantaires.

 

MÉTHODOLOGlE

 

Vingt-deux sujets AVC ayant une moyenne d'âge de 62 ans ont participé à cette étude. Le temps moyen écoulé depuis l'AVC était de deux mois. Chaque sujet était évalué dès son arrivée au Centre François-Charon (temps 1 ) puis réévalué deux mois plus tard (temps 2). Un groupe contrôle était constitué de onze sujets sains appariés selon l'âge, le poids, la taille et le genre. Trois physiothérapeutes de l'Unité des encéphalopathes étaient évaluatrices après s'être familiarisées avec les méthodes de mesures utilisées.

 

Nous avons évalué l'hypertonie spastique des fléchisseurs plantaires en exécutant un mouvement passif de flexion dorsale de la position de repos à la position neutre (90 degrés) pour une amplitude d'environ 40 degrés. Le même ordre d'évaluation était respecté pour chaque sujet, soit en premier lieu les mesures au myomètre du côté hémiplégique à vitesse lente (4 mesures à 10 degrés / seconde), à la vitesse rapide (4 mesures à 60 degrés / seconde) puis du côté sain à vitesse lente (4 mesures à 10 degrés / seconde). Nous terminions par la cotation selon Ashworth (4 mesures à 60 degrés / seconde) du côté hémiplégique .

 

ANALYSE STATISTIQUE

 

Nous avons utilisé les tests d'analyse de variance (ANOVA) et les coefficients de corrélation de Spearman

 

RÉSULTATS

 

Il n'y avait pas de différence significative entre le groupe-contrôle et le groupe expérimental du côté sain quand nous avons comparé les moyennes des torques à vitesse lente, que ce soit au temps 1 ou au temps 2. Quand nous étudions la moyenne des torques chez les sujets hémiplégiques à vitesse lente, du côté sain et du côté hémiplégique, au temps 1 et au temps 2, l'analyse statistique révèle des augmentations significatives (p<.05 et .01 ) de torques de 39% (temps 1 ) et 43% (temps 2) du côté affecté comparativement aux valeurs obtenues du côté non affecté. Ceci nous indique que des changements nonréflexes sont déjà présents deux mois après l'AVC. Bien qu'au temps 2 les torques enregistrés soient plus grands qu'au temps 1, ces différences ne sont pas significatives car elles suggèrent qu'au cours des deux mois de rééducation, ces modifications non-réflexes demeurent plutôt stables.

 

La comparaison des moyennes des torques à vitesse rapide entre le groupe-contrôle et le groupe expérimental du côté affecté au temps 1 et au temps 2 nous révèle une différence significative. Il n'y a pas de différence significative entre les forces enregistrées à vitesse rapide du côté affecté au temps 1 et au temps 2. Des corrélations significatives ont été retrouvées entre les mesures au myomètre à vitesse rapide et les cotes de Ashworth au temps 1 (.62) et au temps 2 (.55). Les corrélations entre les mesures au myomètre à vitesse lente sont non significatives, soit de .34 au temps 1 et de .32 au temps 2.

 

CONCLUSION

 

L'augmentation significative des forces enregistrées à vitesse lente du côté affecté suggère que la composante non-réflexe contribue à l'hypertonie spastique tôt après. Les corrélations plus élevées entre les forces enregistrées à vitesse rapide et l'échelle modifiée de Ashworth nous indiquent que l'échelle de Ashworth est plus étroitement associée avec l'hypertonie spastique qu'avec la composante non-réflexe.

 

 

NOTE

 

Ce projet a été subventionné par le Centre François-Charon, le Consortium de recherche en réadaptation de l'Est du Québec (CORREQ) et la CCPQ.

 

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 12, no 1, septembre 1995, p. 43-44.