Podoorthèse

 

LA CHAUSSURE ORTROPÉDlQUE ET L'ORTHÈSE PLANTAIRE

 

Claude Béland, chef des sections podoorthèse et orthèse

 

En 1965, la Commission des accidents du travail mit en place, au sein du laboratoire d'orthèse-prothèse, un service de podoorthèse. Celui-ci avait pour mission de fournir aux travailleurs accidentés du Québec des chaussures qui leur permettraient de reprendre leur emploi

 

Monsieur Alfred Depont, en véritable pionnier, élargit alors les bases de son service : tout était à faire, tout était nouveau. En 1975, l'équipe est passée de trois à sept employés et le volume de production a connu une croissance importante. La population desservie couvre alors les travailleurs de tout l'Est et du Nord du Québec. Au même moment, le Centre change de vocation et ouvre ses portes au grand public. Les pathologies se diversifient et un nouveau groupe de personnes apparaît : clientèle féminine

 

Ces deux éléments conjugués forcent le personnel à réviser son approche et à concevoir de nouveaux appareils. On introduit la fabrication de chaussures sur mesure pour dames, d'orthèses plantaires conçues pour les personnes diabétiques ou arthritiques, d'appareils pour des personnes ayant des malformations congénitales, etc. Le souci de l'aspect esthétique devient plus présent et le choix des chaussures se diversifie.

 

Aujourd'hui, la section de podoorthèse assure la conception, la fabrication, l'ajustement, la réparation et l'attribution d'une panoplie d'aides techniques à la marche. Parmi celles-ci, on retrouve les orthèses plantaires, les chaussures profondes, les chaussures fabriquées, les souliers physiologiques, les chaussures conventionnelles ainsi que celles qui sont spécifiquement conçues pour les travailleurs.

 

L'orthèse plantaire est un support amovible destiné à être placé dans une chaussure. Au Service des aides techniques, c'est un appareil qui requiert toujours une prescription médicale et qui est fabriqué sur mesure, suivant un processus reconnu et précis. L'objectif poursuivi peut être d'ordre correcteur; on est alors en présence d'un pied en croissance. Face à un pied en voie de décompensation d'origine mécanique ou inflammatoire, le but est de stabiliser le membre. Enfin, lorsque le pied raidi ne supporte plus les contraintes, l'objectif est d'ordre palliatif.

 

Le plus souvent, les orthèses plantaires sont fabriquées avec des matériaux souples, légers et transformables, tel le thermoliège qui assure une bonne répartition du poids sur toute sa surface. Si l'on est en présence d'appuis douloureux, on privilégie l'emploi du plastazote en vue d'augmenter l'effet de coussinage. En 1991-1992, plus de 1 200 paires d'orthèses plantaires ont été fabriquées par notre équipe. Les clients rencontrés présentaient principalement des callosités, des épines de Lenoir, des pieds plats, des pieds creux, ainsi que des tendinites.

 

La chaussure fabriquée requiert également une prescription médicale. Elle est confectionnée sur mesure, c'est-à-dire à partir d'un moulage. Au Service, les personnes qui fabriquent ce type d'appareil détiennent toutes une formation de bottier orthopédique. Les clientèles qui nécessitent une chaussure fabriquée se retrouvent le plus souvent en rhumatologie, en neurologie, en traumatologie, en pathologie vasculaire, ou sont atteintes de maladies métaboliques et de malformations congénitales. Plus de 15 heures de travail sont nécessaires pour une première fabrication incluant la prise de moulage et la fabrication des patrons. Ces opérations ne sont pas répétées lors des attributions subséquentes. Les caractéristiques de la chaussure sur mesure dépendent de la pathologie et des besoins de chaque client. Toutefois, le confort et le support du pied sont des éléments incontournables dans l'élaboration de ces aides.

 

Chaque année l'équipe de podoorthèse, dirigée par Claude Béland depuis 1985, produit plus de 5 000 aides. Nous collaborons avec plusieurs établissements du réseau de la santé de l'Est du Québec. Le Centre hospitalier de l'Archipel, aux Iles-de-la-Madeleine, reçoit nos employés à un rythme de 6 à 8 fois par année. À Mont-Joli et à Sept-Iles, nous effectuons des visites mensuelles.

 

La clinique de Sept-Iles est la plus ancienne. Elle est en opération depuis plus de dix ans. Près de 40 patients y sont évalués à chaque visite, et même la population carcérale de Port-Cartier fait partie de la clientèle. Ce type de clinique permet aux populations des régions éloignées de profiter de soins qui ne sont pas accessibles sur place, leur évitant ainsi des frais onéreux et des contraintes de déplacement importantes.

 

Un article sur la podoorthèse au Centre François-Charon ne saurait être complet sans faire mention de l'apport important de la Clinique du pied. Créée par le docteur Laval Leclerc en avril 1982, elle est aujourd'hui encore dirigée par cet orthopédiste spécialisé en chirurgie de l'arthrite qui a toujours manifesté le plus vif intérêt pour les pathologies du pied. Les clients y bénéficient de services de qualité où l'on évalue chaque individu non seulement de manière statique, mais aussi de façon dynamique.

 

La Clinique du pied ainsi que tous les services de podoorthèse s'adressent à l'ensemble de la population. Malgré le caractère parfois contraignant d'un établissement public du réseau de la santé, l'équipe est toujours parvenue à faire reconnaître son expertise et la qualité de ses interventions. Dans un marché où les entreprises privées foisonnent, nous avons toujours assuré à nos clients un service de qualité à l'image du Centre François-Charon.

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 10, no 3, novembre 1992, p. 26-27