Prothèse

LE LlEN ADAPTATION-RÉADAPTATION, APPAREILlAGE

 

Christian Vancranenbroeck, directeur des aides techniques

 

Louise Vancranenbroeck, chef de l'Unité des amputés

 

Le secteur de la prothèse a toujours été prépondérant au Service des aides techniques. En fait, c'est la plus grosse équipe de prothésistes dans tout l'Est du Québec.

 

Six techniciens se partagent toutes les attributions de prothèses, que ce soit au Centre François-Charon ou dans les cliniques de Mont-Joli et de Sept-Iles.

 

Depuis près de 15 ans, le secteur de la prothèse travaille en étroite relation avec l'Unité des amputés. Le propos de cet article est de présenter les résultats et les avantages de cette collaboration. Les liens entre les deux équipes sont multiples. Mentionnons d'abord la proximité physique entre les locaux respectifs et soulignons les nombreuses interrelations entre les membres des deux équipes. Ce groupe interdisciplinaire a pour objectifs :

 

× d'analyser les besoins des clients;

 

× de fournir un appareil répondant le mieux possible à leurs attentes;

 

× d'assurer un support psychosocial si nécessaire;

 

× d'offrir un suivi à tous les clients appareillés.

 

En fait, nous offrons un service personnalisé pouvant aller du simple appareillage jusqu'au programme complet d'adaptation - réadaptation.

 

L'Unité des amputés dispose de 20 lits en interne. Ces facilités d'hébergement sont offertes aux clients en adaptation - réadaptation active, mais également à route personne dont la prothèse nécessite des ajustements ou des réparations.

 

Convaincus que la famille et les proches peuvent jouer un rôle essentiel dans la réadaptation des personnes amputées, nous tenons régulièrement des journées d'information. À cette occasion, le client et ses proches rencontrent les divers intervenants en éducation physique, ergothérapie, médecine, physiothérapie, prothèse, service social et soins infirmiers. Ces rencontres leur permettent d'échanger librement avec ces intervenants, de leur poser des questions et de leur faire part de leurs préoccupations. Ils peuvent aussi se familiariser avec les divers équipements de réadaptation que les personnes amputées utilisent quotidiennement.

 

Lors d'un premier appareillage, les personnes ne peuvent que tirer des bienfaits d'un séjour à l'Unité des amputés. Les conditions de vie en commun et les échanges entre personnes amputées facilitent l'acceptarion de leur situation de handicap.

 

L'apprentissage de la marche, de l'utilisation d'une prothèse, des techniques d'entretien de l'appareillage, de la prévention des blessures : voilà d'autres bénéfices que leur apporter le support d'une équipe spécialisée. Mentionnons également les cliniques de " relance " où chaque client est reçu par l'équipe, d'abord six semaines et ensuite six mois après son départ du Centre.

 

Grâce à ces rencontres, le client bénéficie de vérifications ou de réparations de sa prothèse pour assurer un fonctionnement optimal. C'est aussi le moment indiqué pour discuter des obstacles et des défis rencontrés depuis la fin des traitements. Au besoin, des intervenions ou des conseils supplémentaires seront prodigués afin de favoriser la réintégration de la personne dans la société.

 

Chaque semaine se déroule la Clinique des amputés. Cette clinique s'adresse à tous les clients amputés, qu'ils aient été appareillés au Centre François-Charon ou dans tout autre laboratoire. Le médecin de l'Unité et un technicien en prothèse y rencontrent des clients présentant des problèmes au niveau de la prothèse ou du membre amputé. Ces interventions personnalisées ont pour but d'apporter les correctifs nécessaires à l'appareillage. Au besoin, le client peut également être référé à l'Unité des amputés en vue de parfaire son entraînement.

 

Sablage d'une emboîture

 

Le but poursuivi par l'équipe est de fournir au client un appareillage personnalisé tout en s'assurant qu'il l'utilise de façon adéquate et sécuritaire.

 

Il est important de mentionner la présence médicale aux cliniques et à l'Unité, de même que le programme d'adaptation - réadaptation; des atouts que le Centre François-Charon peut offrir et qui nous différencient de la pratique privée.

 

Les prothésistes du Service des aides techniques se maintiennent constamment à la fine pointe de la technologie. Au cours des dernières années, ils ont innové dans la fabrication et l'utilisation de différents types d'appareillages :

 

× prothèses postopératoires pneumatiques;

 

× prothèses conventionnelles ou modulaires;

 

× emboîture quadrilatérale ou ADS (Anatomically Designed Shape);

 

× prothèses légères en fibres de carbone, en titanium;

 

× prothèses de sport;

 

× prothèses à pieds dynamiques (Seattle, Quantum);

 

× prothèses pédiatriques, gériatriques;

 

prothèses myo-électriques, etc.

 

Le Service des aides techniques étant un laboratoire d'appareillage orthopédique conventionné par la Régie de l'assurance - maladie du Québec, il peut attribuer à ses clients des appareils ne faisant pas partie de la liste des prothèses généralement acceptées par cet organisme. Ceci contribue à offrir au client un appareil correspondant le mieux possible à ses besoins

 

Nos services d'appareillage ne sont pas limités à la région administrative 03. En effet, le client ayant le choix du laboratoire, il n'est pas rare que nos intervenants reçoivent des clients d'autres régions administratives et même d'autres provinces canadiennes.

 

Au cours des années, les intervenants se sont également donnés un rôle d'enseignement. Cette approche se concrétise par de nombreuses visites et des stages offerts à des étudiants et des professionnels de la province et de l'étranger.

 

Avec l'éventail des services offerts et l'approche globale privilégiée, l'Unité des amputés et le Service des aides techniques font tout en leur pouvoir pour assurer une prise en charge rapide de chaque nouveau client.

 

Dans un souci de qualité et en vue d'aider le client à retrouver un maximum d'autonomie, l'organisation de nos services vise à intégrer la personne amputée au sein de l'équipe interdisciplinaire. Ainsi, nous demandons à chaque client d'investir autant d'efforts que nous dans la poursuite de sa réadaptation.

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 10, no 3, novembre 1992, p. 9-10.

 

 

 

PROJET CLINIQUE SUR LA PROTHÈSE DE COURSE

Erreur! Source du renvoi introuvable.

 

Jacques Houde, physiothérapeute

Luc Noreau, éducateur physique

 

 

Historique du projet

 

Tous se souviendront du marathon de l'espoir effectué par Terry Fox en 1980. La course réalisée par ce dernier souleva certaines interrogations au plan locomoteur. Ainsi, le coureur unijambiste devait effectuer deux pas de sa jambe saine pour un pas avec sa prothèse. Il en était de même à ce moment-là pour toute personne amputée fémorale qui avait à se produire dans une activité physique nécessitant des déplacements rapides.

 

Terry Fox lui-même proposa certaines solutions afin d'améliorer son patron de course. Dans un premier temps, une bande élastique fut placée à l'avant de sa prothèse dans le but de permettre au genou articulé de ramener plus rapidement la partie inférieure de la prothèse. Un système d'amortissement fut également mis à l'essai afin de diminuer la force de l'impact du talon au sol.

 

N'ayant pu terminer son périple, l'Association des amputés de guerre du Canada qui veillait aux besoins de Terry Fox, décida de poursuivre avec les idées de celui-ci et mit à la disposition de l'Hôpital Chedoke-McMaster (Hamilton), un montant de 17 000$ pour le développement d'un prototype qui permettrait à une personne amputée de courir selon un patron de course conventionnel.

 

Un premier candidat, Grant Darby, fit l'essai d'un premier prototype en 1983 et développa un patron de course plus naturel que ceux observés antérieurement. Afin de poursuivre le développement du prototype, douze exemplaires furent mis à la disposition de différents centres de réadaptation en Amérique du Nord et en Europe. Le Centre François-Charon fut sollicité pour participer à cette expérimentation unique et sélectionna un candidat au printemps 1986. Cette première étape fut d'une durée de 12 mois et s'est terminée en mai 1987.

 

Hypothèses du projet

 

Le but de ce projet étant de vérifier l'efficacité d'un nouveau prototype de prothèse selon différents aspects l'équipe fut amenée à formuler quatre hypothèses. La vérification de ces quatre hypothèses permettrait une évaluation plus objective du prototype.

 

HYPOTHÈSE 1 : le mécanisme d'absorption-propulsion permet le développement d'un patron de course conventionnel.

 

HYPOTHÈSE 2 : l'entraînement avec la prothèse permet une amélioration de la condition physique générale de l'individu amputé.

 

HYPOTHÈSE 3 : l'entraînement avec la prothèse permet à l'individu de courir de façon continue pendant une période de 20 minutes à intensité modérée.

 

HYPOTHÈSE 4 : l'entraînement avec la prothèse permet à court terme d'introduire une personne amputée dans un programme régulier de conditionnement physique.

 

Méthodologie du projet

 

Le projet s'est déroulé sur une période approximative de 12 mois. Toutefois, le candidat fut dans l'impossibilité de poursuivre son entraînement de façon régulière tout au long de cette période. Il a suivi un programme structuré par périodes intensives de quelques semaines (printemps 1986, automne 1986 et printemps 1987). Nous avons tenu compte de cette particularité dans l'énoncé des résultats.

 

 

L'entraînement proposé comprenait deux parties :

 

  1. Un programme de développement physique général à raison de trois périodes/semaine. Ce programme était constitué d'exercices physiques sur appareils d'entraînement à résistance hydraulique " HYDRA-GYM " visant le développement de la vigueur musculaire, d'une période de travail sur bicyclette ergométrique visant le développement de la capacité cardio-respiratoire et des processus aérobies.
  2. Un programme d'initiation à la course à pied à raison de cinq périodes/semaine. Ce programme visait le développement d'un patron de course conventionnel et la poursuite de l'effort pendant 20 minutes consécutives.

 

Au plan prothétique, l'évaluation et l'ajustement du mécanisme d'absorption-propulsion étaient effectués par le prothésiste (M. Claude Lampron) et toute son équipe de mécaniciens en prothèse.

 

Au plan physiologique, l'évaluation des paramètres retenus fut effectuée sur bicyclette ergométrique (LODE) avec analyse des gaz respiratoires (02 et C02) à l'aide d'une unité d'analyse métabolique (MORGAN). Un test d'effort maximal était effectué au début, pendant et à la fin de l'entraînement pour une période approximative de 30 jours consécutifs. ll s'agissait d'un protocole d'efforts progressifs avec augmentation de charge de 25 watts par palier de deux minutes.

 

Au plan biomécanique, l'analyse du patron de course était effectuée a l'aide d'un système magnétoscopique. Il s'agissait d'observer, dans un premier temps, le coureur amputé lui-même et dans un second temps, d'observer simultanément le coureur amputé et un coureur non-amputé ayant une bonne expérience de la course à pied.

 

La sélection du candidat reposait sur certains critères tels que le niveau de l'amputation (fémoral), la disponibilité, l'intérêt manifesté pour le projet, le fonctionnement adéquat avec une prothèse standard depuis au moins deux ans et la stabilité du volume du moignon. Le candidat retenu fut M. Gérard Ashini, domicilié à la réserve de Betsiamites sur la Côte-Nord. Il s'agissait d'un homme de 31 ans, amputé au niveau fémoral (tiers inférieur) en juillet 1981, à la suite d'un accident de motocyclette. Il fut traité et appareillé au Centre Francois-Charon à l'automne 1981.

 

Résultats du projet

 

Les résultats sont ceux recueillis lors du séjour du candidat au Centre Francois-Charon. Entre ces périodes, nous ne pouvons juger de la qualité de l'entraînement. Les résultats sont présentés en trois sections : sur les plans prothétique, biomécanique et physiologique.

 

Au plan prothétique

 

Le mécanisme d'absorption-propulsion semblait diminuer le risque de blessure à l'ischion lors du contact talon-sol. De plus, la propulsion activée par le mécanisme a ressort était avantageuse pour initier la phase d'oscillation prothétique.

 

Toutefois, lors des premières périodes d'expérimentation, certains problèmes mécaniques furent rencontrés. De fait, après les premiers essais, nous avons procédé a un alésage (ré-usinage interne) du cylindre de nylon noir qui était trop étroit causant ainsi un arrêt de propulsion après l'écrasement du ressort.

 

De plus, le mécanisme d'absorption-propulsion est apparu légèrement long. En effet, compte tenu du niveau d'amputation de notre candidat (jonction tiers moyen-tiers inférieur du fémur), les plaques supérieures d'ajustement (valgum varum) furent enlevées et la bague inférieure de serrage du genou prothétique fut écourtée de 2 cm. Certaines modifications seraient également à prévoir advenant la sélection d'un candidat amputé à un niveau fémoral très long ainsi qu'au niveau d'une désarticulation du genou. L'utilisation d'un genou prothétique différent du genou pneumatique " TEH LIN FOUR BARS " entraînerait d'autres modifications au plan prothétique.

 

Après trois semaines d'utilisation, un évasement anormal du couloir métallique dans lequel glisse la tige de retenue du mécanisme fut constaté. Après correction de l'évasement, la tige de retenue fut placée dans le plan sagittal du pied prothétique. Aucun évasement subséquent ne fut observé. Toutefois, une usure rapide de la tige de retenue occasionna une certaine instabilité rotatoire du pied prothétique.

 

Enfin, le ressort du genou pneumatique fut remplacé par un ressort plus ferme afin de pallier au manque d'accélération dans l'extension du genou en phase d'oscillation prothétique. Ce changement provoqua un choc terminal (à l'extension complète) très bruyant avec vibration du mécanisme d'absorption-propulsion incommodant légèrement le candidat.

 

Au plan biomécanique

 

Comme c'est le cas lors de l'apprentissage d'une nouvelle activité, les rudiments techniques de la course a pied furent préalablement enseignés au candidat. Ce dernier ne possédait aucune expérience à la course avec prothèse. Ainsi, il fut possible d'observer quelques fautes techniques importantes au niveau du patron de course initial.

 

Tout d'abord, le candidat présentait un manque de flexion au niveau de la hanche du côté prothétique qui se traduisait par une difficulté à ramener la prothèse vers l'avant en phase d'oscillation. Cela limitait la longueur de la foulée du côté prothétique. De même, le coureur effectuait une impulsion verticale lors de la propulsion par la jambe saine, ce qui élevait exagérément son centre de gravité. A long terme, la perte d'énergie associée à ce phénomène était susceptible de causer l'arrêt de l'effort.

 

Il fut également possible d'observer un manque de rotation au niveau du tronc supérieur associé à un balancement incoordonné des bras

 

Après quelques semaines d'entraînement, le coureur avait corrigé une partie des lacunes mentionnées et parvenait à courir selon un patron de course conventionnel à une vitesse approximative de 8 kilomètres/heure par intervalle de 60 à 90 secondes. Toutefois, certains défauts techniques tels que le manque de flexion à la hanche et la poussée verticale ne furent pas complètement éliminés.

 

Après les périodes intensives d'entraînement, le patron de course du coureur amputé fut analysé et comparé à celui d'un individu non-amputé ayant une bonne expérience de la course à pied. Ces observations furent effectuées lors du visionnement des bandes magnétoscopiques.

 

Tout d'abord, malgré une diminution substantielle de la poussée verticale, l'élévation du centre de gravité du coureur amputé en phase d'oscillation prothétique était plus importante que celle observée chez le coureur non-amputé. Ce phénomène, attribuable à une poussée exagérée de la jambe saine était rendu nécessaire afin de faciliter le retour de la prothèse en extension. Toutefois, la poussée verticale aurait avantage à être minimisée afin d'abaisser le plus possible la dépense énergétique associée au déplacement vertical.

 

À l'impact talon-sol, le coureur non-amputé présentait une flexion des genoux qui s'est maintenue tout au long de la phase d'appui. Le même phénomène fut observé au niveau de la jambe saine du coureur amputé. Par contre, la hanche du côté prothétique était peu fléchie et la prothèse était en extension complète lors de l'impact talon-sol, diminuant ainsi le risque de chute vers l'avant et le risque de pression au niveau du mur antérieur de la prothèse. Il demeure que les deux coureurs présentaient une foulée de longueur et de durée (temps) similaires.

 

Les mouvements de rotation du tronc et de balancement alternatif des bras étaient présents chez les deux coureurs. Ils sont nécessaires au maintien de l'équilibre et de la propulsion. Le balancement alternatif des bras était plus prononcé chez le coureur amputé. Cette différence pourrait s'expliquer par la vitesse de course, laquelle ne correspondait pas à la vitesse habituelle du coureur non-amputé.

 

Somme toute, le coureur amputé, suite à l'entraînement, a modifié significativement son patron de course. La poursuite d'un entraînement soutenu pourrait permettre une amélioration de la capacité du candidat à courir de façon prolongée (durée approximative de 15 à 20 minutes).

 

Au plan physiologique

 

Lors de ses séjours au Centre Francois-Charon, le candidat fut évalué à diverses reprises au plan de la capacité cardio-respiratoire et des processus aérobies. Les résultats présentés ci-dessous furent collectés lors du dernier séjour du candidat, du 1er mai au 4 juin 1987, durant lequel un entraînement intensif fut poursuivi.

 

Les données à l'effort maximal recueillies lors du premier test (jour 1) indiquèrent une faible capacité cardio-respiratoire. En effet, le candidat compléta difficilement le cinquième palier d'effort (125 watts) à une fréquence cardiaque de 174 battements/minute. La dépense énergétique associée à cet effort était de 7.6 mets (1 met correspond à la dépense énergétique du repos). Ce résultat était prévisible du fait que le candidat fut dans l'incapacité de s'entraîner dans les semaines qui précédèrent son séjour.

 

Par la suite, le candidat fut réévalué à toutes les semaines. A la fin de son séjour, une augmentation importante de la charge de travail à l'effort maximal fut enregistrée (175 watts) démontrant un effet positif de l'entraînement proposé. Au plan de la dépense énergétique, elle se situait à 14.8 mets, soit une valeur près du double de la valeur initiale. Le tableau I à la page suivante résume les principales valeurs retenues.

 

Au niveau sous maximal, le stress physiologique exprimé en battements/minute était moins important à chacun des paliers d'effort lors du post test. Ainsi, à 75 watts la fréquence cardiaque était respectivement à 145 et 125 battements/minute. A 100 watts, la même différence (20 battements) fut observée. Ces données sont illustrées sur le graphique a la page suivante.

 

Limites de l'étude

 

Ce document ne serait pas complet sans la description des difficultés rencontrées par l'équipe du projet. Celles-ci étaient reliées principalement à la durée du projet, à des contraintes prothétiques et à la participation du candidat lui-même.

 

Tout d'abord, malgré qu'il s'échelonna de mai 1986 à mai 1987, le projet ne fut opérationnel que pour des périodes de 3 à 5 semaines consécutives pour une durée totale de 3 mois. En ce sens, il ne fut pas possible de déterminer la réponse à l'entraînement maximal du sujet. On peut supposer qu'un entraînement soutenu de 3 à 4 mois produirait des résultats plus convaincants sur sa capacité à poursuivre un effort prolongé.

 

Au plan des contraintes prothétiques, l'usure prématurée de certaines pièces de la prothèse modifia considérablement le plan initial d'entraînement et le candidat fut incapable de poursuivre un entraînement soutenu durant les premiers mois du projet.

 

L'expérimentation a permis de mettre en évidence une difficulté certaine au niveau du type d'emboîture utilisée. Ainsi, l'emboîture quadrilatérale ne permettait pas au candidat l'utilisation adéquate de la musculature de la cuisse. Elle produisait un serrement important au niveau de la partie proximale de la cuisse qui limitait le candidat lors de son entraînement, de sorte qu'il devait alterner avec des périodes de marche après 90 secondes de course.

 

Il est à propos de penser qu'une emboîture de forme différente permettrait plus de liberté aux groupes musculaires impliqués (fléchisseurs et extenseurs de la hanche). Cela réduirait la limitation musculaire provoquée par l'emboîture quadrilatérale présentement utilisée. Il semble que l'emboîture " A.D.S. " (Anatomical Design System) possède un diamètre antéro-postérieur plus grand, permettant ainsi une meilleure expansion musculaire au niveau des fléchisseurs et des extenseurs de la hanche amputée.

 

Enfin, il semble évident que le candidat sélectionné ne possédait pas toutes les caractéristiques nécessaires à la réussite de ce projet. Le fait que ce dernier ne résidait pas en permanence dans la région de Québec fut une contrainte majeure qui amena une difficulté dans la supervision de l'entraînement.

 

Critères de sélection

 

À partir de cette expérience, des critères de sélection furent élaborés afin de sélectionner les candidats les plus aptes à utiliser la prothèse " Terry Fox ". Ils sont regroupés en 3 catégories : physiques psychologiques, et socio-économiques.

Premièrement, l'individu (homme ou femme), en bonne santé, devra présenter une amputation fémorale au niveau tiers moyen ou à la limite sus-condylienne afin de permettre une bonne insertion du genou polyarticulé pneumatique et du mécanisme actuel d'absorption-propulsion. Le candidat dont le moignon devra être stable en volume, fonctionnera déjà avec une prothèse conventionnelle avec emboîture à succion et à contact total

 

Au plan psychologique, le candidat devra démontrer une motivation et une persévérance constante tout au long de la période d'entraînement. Ce type de mise en forme ne pourra être réalisé que par un individu disposé à atteindre des objectifs de hauts niveaux. Il sera primordial d'établir, dès le début, une relation de confiance avec le ou les candidats sélectionnés. Au plan des aptitudes, il est clair que le passé sportif du candidat devra être vérifié.

 

Enfin, économiquement parlant, le candidat devra être en mesure de défrayer les coûts d'une telle prothèse (environ 3,000$ à 4,000$). Actuellement, les coûts de cette prothèse ne sont pas couverts par le régime d'assurance-maladie du Québec.

 

Conclusion

 

Pour une personne physiquement active, la perte d'un membre par amputation signifie habituellement l'arrêt de nombreuses activités physiques nécessitant l'usage des deux jambes. Le désir d'un retour éventuel à la pratique de l'activité physique s'assombrit souvent lors du processus de réadaptation au cours duquel on propose à l'individu l'utilisation d'une prothèse conventionnelle.

 

La réalisation du présent projet ouvre des horizons nouveaux aux individus amputés. En fait, sur les 4 hypothèses énoncées au départ, 3 de celles-ci purent être vérifiées.

 

  1. Le candidat fut en mesure de développer un patron de course conventionnel similaire à celui d'un individu non-amputé.
  2.  

  3. Un entraînement intensif d'une durée de 4 semaines permit une amélioration significative du niveau de condition physique.
  4.  

  5. Le programme d'entraînement proposé fut réalisé selon un programme conventionnel permettant de conclure à l'insertion d'une personne amputée à l'intérieur de groupes réguliers de conditionnement physiquu.

 

Toutefois, l'hypothèse portant sur la durée de course à intensité modérée (20 minutes) n'a pu être vérifiée. La section " LIMITES DE L'ÉTUDE " fournit certains éléments permettant d'expliquer, en partie, les difficultés rencontrées pour vérifier cette hypothèse.

 

Somme toute, l'utilisation de la prothèse " Terry Fox " par un candidat judicieusement sélectionné, lui permettrait un accès à différentes activités physiques jusqu'à maintenant inacessibles à la personne amputée. Il s'agit donc d'un moyen permettant l'amélioration du bien-être, de la qualité de vie et de l'autonomie d'une personne ayant une limitation.

 

De façon particulière, nous tenons à souligner la collaboration des docteurs Serge Fecteau et Gilles Paré, de M. Claude Lampron, prothésiste et de Mme Christiane Girard, éducatrice physique qui ont participé activement à la réalisation du projet.

 

Données à l'effort maximal

 

TEST

 

JOUR

 

CHARGE

(W)

 

 

 

F.C.

 

VO2

I

I

125

174

7.6

 

II

7

150

158

12.3

 

III

18

150

167

12.5

 

IV

26

175

180

14.8

 

 

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 8, no 1, février 1989, p. 13-16

 

 

 

MESURE DU COÛT ÉNERGÉTIQUE À LA MARCHE PROTHÉTIQUE

 

Edgar Tobon, éducateur physique

 

 

INTRODUCTION

 

Le sujet âgé dont le passé révèle une atteinte vasculaire est souvent menacé d'une amputation. L'indication l'amputation est posée devant l'impossibilité ou l'insuffisance des procédés médico-chirurgicaux de revascularisation

 

L'amputation chirurgicale actuelle tend, quand c'est possible, à conserver l'articulation du genou car le programme prothétique en est facilité. Par ailleurs, il est reconnu en milieu clinique que le programme d'entraînement prothétique a de meilleurs résultats chez la personne amputée au niveau tibial que chez la personne amputée au niveau fémoral.

 

L'amputation unilatérale et/ou bilatérale pour cause vasculaire chez l'individu âgé, amène une déficience diminuant considérablement le champ d'activités de la personne. La réadaptation est souvent compliquée par l'état de santé précaire du client, par un mauvais fonctionnement des organes et des systèmes compromis et par un manque de coordination nécessaire pour manipuler un genou articulé.

 

Selon Sangler en 1984, dans une revue de littérature, la dépense énergétique semble être le meilleur critère de comparaison de l'efficacité de la marche. La vitesse optimale de marche est celle qui est spontanément adoptée par le sujet adulte et qui nécessite le moins d'énergie; sa valeur habituellement admise est de 83 mètres/min. La dépense d'énergie est une fonction parabolique de la vitesse, c'est-à-dire qu'en deçà et au delà de la vitesse optimale de marche, la dépense d'énergie tend à augmenter.

 

L'objectif de l'étude est de comparer l'efficacité et le coût énergétique de la marche prothétique à deux niveaux d'amputation chez les aînés amputés d'un membre inférieur. Les résultats sont comparés à un groupe témoin du même âge.

 

MÉTHODOLOGIE

 

SUJETS

 

Trente-sept sujets amputés d'un membre inférieur suite à des pathologies vasculaires périphériques ont été admis au Centre François-Charon pour un entraînement prothétique au cours de la période de septembre 1987 à avril 1988.

 

Quinze sujets mâles ayant une amputation unilatérale (65 + 9.1 ans) ont été sélectionnés en utilisant les critères suivants :

 

PARAMÈTRES MESURÉS

 

Durant la dernière semaine de leur entraînement prothétique, les sujets ont subi un test à la marche qui comprenait les mesures suivantes :

 

1. Efficacité de marche

 

 

2. Dépense énergétique

 

 

PROTOCOLE DE MARCHE

 

Chaque sujet doit marcher sur une piste droite d'une longueur de 50 mètres à la vitesse qu'il choisit spontanément en vue d'effectuer confortablement une longue distance. La vitesse de marche est mesurée en mètres par minute (m/min) et la distance parcourue en mètres (m). Les critères d'arrêt de la marche sont la fatigue ou l'atteinte d'une distance de 200 mètres.

 

Le sujet est suivi par un chariot mobile comprenant un moniteur cardiaque de marque Burdick (modèle Cs-625) pour le calcul de la fréquence cardiaque et la surveillance du tracé électrocardiographique durant l'effort à la marche.

 

Une unité d'analyse métabolique de marque Morgan A-500, sous le contrôle d'un ordinateur Apple 2, effectue à 30 secondes d'intervalle la mesure directe de la consommation d'oxygène (VO2) à la marche.

 

Le VO2 est mesuré en position assise de repos durant 5 minutes et ensuite à la vitesse de marche confortable pour un minimum de 3 minutes, permettant ainsi l'atteinte d'un état métabolique stable (steady state). L'analyse de données, à l'aide du traitement statistique statview de Macintosh, permet de calculer les moyennes, les écarts-types et les différences significatives entre les moyennes.

 

RÉSULTATS

 

  1. Efficacité de la marche :
  2. la vitesse de marche et la distance parcourue.

     

    Les résultats démontrent un ralentissement significatif de la vitesse de marche plus important dans les amputations fémorales que les tibia les (20.3 ± 9.9 mètres/min. vs 39.4 ± 11.9 < .005)

     

    La distance parcourue par les personnes amputées au niveau fémoral est significative ment inférieure (60.3 ± 30 mètres vs 138.8 ± 51,P < 005)

     

     

  3. Coût énergétique de la marche :

La fréquence cardiaque (FC, bats/min.), la consommation d'oxygène (VO2, mets) le pourcentage de la fréquence cardiaque maximale (%FCMAX) et le pourcentage de la consommation maximale d'oxygène (VO2max).

 

Le VO2 à la marche diffère peu, quel que soit le niveau d'amputation (0.667 ± 0.122 litres/min. vs 0.767 ± 0.122).

 

Chez les personnes amputées au niveau fémoral, la fréquence cardiaque à la marche est de 109 ± 19 bats/min., soit 49% de leur fréquence cardiaque maximale de réserve prédite, ce qui équivaut à 56 % de leur VO2 maximum. Chez les personnes amputées au niveau tibial, la fréquence cardiaque est de 112 ± 16 bats/min., soit 48% de leur fréquence cardiaque maximale, ce qui correspond à 59 % de leur VO2max.

 

On observe que comparativement au sujet sain, le coût énergétique à la marche par unité de distance est augmenté de l'ordre de 300 % pour les personnes amputées au niveau fémoral et de 170% au niveau tibial.

 

 

 

Tableau

coût énergétique

 

Fémoraux Tibiaux Témoins Sign.

 

FC (Bats/min.) 109 ±19 112 ±16 99 +7 N.S.

 

FC MAX % 48 ± 25 49 ± 21 N.D. N.S.

 

VO2 (mets) 3.0 ± .5 3 .3 ± .5 2.9 ± .4 N.S.

 

VO2 (Max %) 56 ± 16 59 ± 12 N.D. N.S.

 

 

DISCUSSION

 

LA VITESSE DE MARCHE

 

La valeur normalement admise pour la vitesse de marche spontanée chez les sujets sains est de 83 mètres/minute (Huang 1979, Waters 1976, Ganguli 1973, Corcoran 1970, McDonnal 1961 et Ralston 1958). Cependant peu d'études ont été effectuées chez l'aîné. Jansen (1982) démontre que la vitesse de marche spontanée, chez 10 sujets mâles sains et âgés en moyenne de 65 ans, est de 65 mètres/minute. Chez notre groupe témoin, elle est légèrement inférieure, soit 57 m/min.

 

La vitesse de marche prothétique chez l'aîné amputé est très peu documentée. Cruts (1987), chez un groupe de 11 personnes amputées au niveau fémoral et de 9 au niveau tibial, observe une vitesse respective de 14 m/min. et 24 m/min. comparativement à 20 m/min. et 39 m/min. chez nos sujets.

 

LE COÛT ÉNERGÉTIQUE DE LA MARCHE PROTHÉTIQUE

 

Dans une revue de la littérature, Sangler (1984) constate que le coût énergétique de la marche prothétique n'est habituellement pas différent de celui du sujet sain. Toutefois lorsque exprimée par unité de distance, la marche prothétique est énergétiquement plus coûteuse (de 20 à 268 %). Waters (1976), dans 26 cas d'amputations vasculaires, rapporte un VO2 de 3.6 mets pour les fémorales et de 3.3 mets pour les tibia les, ce qui est comparable à nos résultats (3.07 mets vs 3.27). Enfin, on observe aucune différence significative au niveau de la dépense énergétique à la marche spontanée chez les deux groupes expérimentaux.

 

CONCLUSION

 

Ces résultats suggèrent qu'à leur vitesse de marche confortable, les personnes amputées aux niveaux fémoral et tibial et les sujets sains ont une dépense énergétique semblable, mais que la vitesse et la distance de marche varient significative ment. Il semble donc que la marche prothétique se fait au détriment de la vitesse et de la distance à parcourir. Enfin ces deux paramètres constitueraient de bons indices de l'efficacité de la marche prothétique.

 

RÉFÉRENCES

 

Cruts, H.E.P., Devries, J., Zilvold, G., Huis Man, K., Van Alsté, J.A., Boom, H.B.K. Lower extremity amputes with peripheral vascular disease : Graded exercice testing and results of prosthetic training. Arch. Phys. Med. Rehabil. L8, 14-19, 1985.

 

Jansen, E., Vittas, D., Hellberg, S., Hans en, J. Normal gait of Young and old men and women. Acta orthop. scand. 53, 193-196, 1982.

 

Sangler, J. Coût énergétique de la marche normale et prothétique. J. Réadapt. Méd. 4, 8-9; 46-52, 1984.

 

Waters, R., Perry, J., Antonelli, D., Hislop, H. Energy cost of walking of ampute es : the influence of level of amputation. Journ. Bone and joint surgery. 58, 42-46, 1976.

 

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 9, no 1, mai 1990, p. 14-16