RÉFLEXION SUR LA MULTIDISCIPLINARITÉ
Réal Morin, m.d., directeur médical par intérim
Éviter l'institutionnalisation des personnes âgées en perte d'autonomie et des personnes handicapées physiques et mentales; intensifier les mesures de réadaptation et de maintien à domicile; désinstitutionnaliser le plus possible les bénéficiaires à qui on a fourni plus vite un lit de chronique que des traitements de réadaptation : telles sont quelques-unes des priorités du réseau des services de santé et des services sociaux dans cette décennie de rationalisation des ressources institutionnelles.
Le médecin, jadis intervenant autonome et décideur exclusif auprès de ses malades, ne peut réaliser seul ces objectifs de réadaptation et de maintien à domicile. Le médecin le sait. Les bénéficiaires aussi le savent car la création des D.S.C., des C.L.S.C. et des C.S.S. a fait surgir auprès d'eux, habitués à l'unique présence de l'infirmière et du médecin, d'autres professionnels : des travailleurs sociaux, des ergothérapeutes, des physiothérapeutes, des psychologues, etc. Le médecin trouve donc sur son territoire de nouvelles structures avec lesquelles il doit de plus en plus composer et aussi des professionnels qui veulent, au même titre que lui, avoir un mot à dire et être écoutés. Les centres de réadaptation, tel le Centre François-Charon, regroupent un grand nombre de professionnels. Il est donc intéressant, à partir des expériences qui y sont vécues, de réfléchir sur la multidisciplinarité. En effet, il s'agit d'une nouvelle dynamique de distribution de soins. Généralement de formation universitaire et collégiale, les multiples intervenants sont fiers de leur profession qui leur fournit plus qu'un champ d'intervention mais aussi un champ d'expertise auprès des bénéficiaires. Qu'ils soient médecins, psychologues, travailleurs sociaux, orthophonistes, ergothérapeutes, infirmières, physiothérapeutes, éducateurs, etc., ils ont un objectif commun soit le mieux être psycho-social et physique du bénéficiaire en réadaptation. Mais l'intervention simultanée de tous ces experts ne garantit pas l'atteinte de ce noble objectif. En effet, le succès n'est pas proportionnel à la somme des interventions ou des intervenants. Le succès dépend de la qualité de l'équipe multidisciplinaire. Dans cet exposé, il sera question du fonctionnement de l'équipe multidisciplinaire.
Le bénéficiaire étant au centre des interventions des membres de l'équipe multidisciplinaire, il importe, en tout premier lieu, de s'attarder à lui. Il occupe la principale place et elle doit être confortable. L'accueil doit comporter des informations sur les professionnels qui interviendront et la rencontre des différents intervenants ne doit pas être l'objet de stress. Ceux-ci, lors du premier contact, décrivent leurs tâches et expliquent les modes d'intervention qui leur sont propres. En réadaptation, le bénéficiaire doit sentir que l'on veut son bien, mais il doit aussi comprendre le rôle des intervenants et leur nécessaire complémentarité. Il doit comprendre les approches différentes de l'ergothérapeute et du physiothérapeute dans le traitement d'un hémicorps paralysé.
L'environnement dans lequel aura à vivre le bénéficiaire en réadaptation doit être démystifié pour ne pas susciter d'anxiété. Ainsi, certaines conditions pathologiques, certains accessoires de réadaptation ou appareils orthopédiques, surprennent et bouleversent les nouveaux bénéficiaires. Il faut délicatement mais franchement prendre le temps d'expliquer. Une personne nouvellement admise qui remarque à sa gauche un paralytique cérébral en fauteuil roulant motorisé et à sa droite, une prothèse fémorale appuyée contre un mur, peut se trouver très inconfortable. Il faut percevoir ce malaise, le comprendre et fournir quelques explications.
Le professionnel ne doit pas chercher à développer une relation privilégiée avec un bénéficiaire par rapport aux autres intervenants et par rapport aux autres personnes à qui il prodigue ses services. Une telle attitude n'est pas conforme à l'éthique professionnelle et risque de créer plus de malaise que de réconfort chez la personne handicapée. Aussi, le professionnalisme exclut que l'on fasse part au bénéficiaire d'informations ou d'opinions trop personnelles. Le bénéficiaire ne doit pas se voir confronter avec des valeurs qui ne sont pas les siennes, surtout quand elles n'ont rien à voir avec le processus de réadaptation qu'il a entrepris.
Le bénéficiaire doit sentir qu'il participe aux décisions qui sont prises à son égard. Mais il ne faut pas lui donner la responsabilité de choix qu'il est incapable de faire. Il a besoin d'être guidé et conseillé. Il est généralement inutile de laisser une personne amputée choisir entre une prothèse à demi-succion plutôt qu'une prothèse à succion totale. Il peut développer une anxiété inutile et ce n'est pas être autoritaire ni encourager la dépendance que d'indiquer à la personne handicapée le meilleur choix.
Un bénéficiaire nouvellement handicapé cherchera auprès de tous les thérapeutes la vérité sur le pronostic de guérison ou de réadaptation. Le professionnel doit toujours demeurer prudent avant de répondre. L'abstention ou la remise à plus tard de la réponse, même si c'est décevant pour l'individu, valent mieux qu'une opinion fausse ou qui entrera en conflit avec celle des autres professionnels. Il ne faut cependant pas fuir ces questions et encore moins les réponses. Mais la justesse des paroles prononcées par les professionnels plus tard, après consultation et réflexion, est plus importante qu'une spontanéité véhiculant de faux messages.
Le travail d'équipe n'est pas spontanément efficace et cohérent. La compétence et l'efficacité de chaque professionnel, dans l'exercice individuel de son travail, ne signifient pas nécessairement que le travail d'équipe sera également efficace et indicateur des compétences individuelles. La communication entre les intervenants étant l'outil du travail multidisciplinaire, des rencontres d'équipe sont non seulement souhaitables mais obligatoires. En effet, les particularités individuelles de chaque bénéficiaire et le chevauchement des tâches et des compétences sont tels que l'on ne peut établir de principes d'interventions universels qui rendraient inutiles les discussions de cas. La rencontre de quatre ou cinq professionnels discutant d'un bénéficiaire pourrait cependant être une perte de temps. Elle se doit d'être rentable. Les rencontres d'équipe doivent avoir un but, doivent permettre l'établissement d'objectifs et d'activités à entreprendre.
Le but d'une discussion de cas peut être de faire un bilan complet de la condition physique et psycho-sociale d'un bénéficiaire. Le but peut aussi être restreint à une problématique plus particulière concernant un aspect ou l'autre de la situation de l'individu. Ainsi, pour Monsieur X, 60 ans, marié et père de 3 enfants, hémiplégique gauche à la suite d'un accident cérébro-vasculaire il y a 2 mois, et en réadaptation depuis 3 semaines, la première discussion de cas avait pour but de faire la synthèse des évaluations faites par les professionnels de chaque discipline. Cette synthèse a permis à l'ensemble des intervenants d'avoir une connaissance globale de la situation; elle a permis de préciser le pronostic de récupération physique; elle a également permis de situer les possibilités de réinsertion familiale et sociale et de discuter l'adaptation psychologique à travers l'évolution de la réadaptation. Un mois plus tard, une seconde discussion de cas a eu lieu concernant Monsieur X. Cette fois, le but de la réunion était la mise au point de la problématique du retour à domicile. Lors de la première discussion de cas comme de la deuxième, les professionnels en sont venus à l'établissement d'objectifs d'intervention.
L'équipe multidisciplinaire doit se fixer des objectifs. Si le but de la rencontre est de tracer le bilan des évaluations physique et psycho-sociale, l'équipe définira les objectifs précis à partir de l'ensemble des problématiques exposées. Ainsi, lors de la première réunion au sujet de Monsieur X, les membres se sont fixés comme objectifs l'autonomie du bénéficiaire aux activités de la vie quotidienne et aux transferts ainsi que l'autonomie à la marche avec canne et orthèse courte. Compte tenu du pronostic établi, ces objectifs étaient réalistes. L'évaluation psychosociale ne présageait pas de problème particulier et l'objectif habituel du retour à domicile a évidemment été fixé. En cours de route, des difficultés conjugales se sont révélées, compromettant la réinsertion sociale et familiale, de sorte que la seconde rencontre a permis de définir d'autres objectifs. Ils consistaient, entre autres, à explorer avec le bénéficiaire l'ensemble des alternatives possibles permettant la sortie du Centre, une fois les traitements terminés. Dans ce cas précis, l'intervention du médecin et du travailleur social a apporté une clarification auprès de l'épouse concernant le niveau d'autonomie de son mari qu'elle croyait très dépendant. Le retour à domicile est alors redevenu un objectif réalisable.
Quand une équipe multidisciplinaire élabore des objectifs et précise des activités destinées à les réaliser, le plan d'interventions devient ainsi constitué. A la suite de cet exercice, chacun doit très bien connaître ses zones d'interventions et ses objectifs propres de traitement. La complémentarité et l'interdépendance de chaque intervenant permettent l'atteinte des objectifs. Après avoir déterminé que Monsieur X pouvait atteindre un bon niveau d'indépendance dans les activités de la vie quotidienne, il était important que soient clarifiées toutes les activités spécifiques à accomplir par chaque professionnel. Ainsi, l'infirmier et l'ergothérapeute ont eu un rôle à jouer dans l'apprentissage de l'autonomie à l'habillage. L'ergothérapeute était la plus apte à procéder à l'évaluation des besoins; une bonne communication avec l'infirmier a permis à celui-ci de faire évoluer le bénéficiaire, chaque jour, vers un meilleur niveau d'autonomie. Après la deuxième discussion de cas, il avait été déterminé que le médecin et le travailleur social interviendraient auprès de la famille afin de favoriser la réinsertion à domicile souhaitée.
Ce processus d'élaboration par l'équipe multidisciplinaire de buts, d'objectifs et d'activités ne se fait pas nécessairement en présence du bénéficiaire. Cependant, l'équipe doit se prémunir de mécanismes lui permettant de communiquer à la personne handicapée et à sa famille les objectifs du groupe et les activités qu'elle prévoit entreprendre. Comme mentionné précédemment, le bénéficiaire a besoin d'être conseillé et se trouve généralement satisfait des propositions qu'on lui soumet. Cependant, en cas d'opinion différente du bénéficiaire, l'équipe doit, avec respect pour l'individu et ses proches, avoir la souplesse de réviser ses objectifs.
L'animation des discussions de cas est très importante : l'établissement des objectifs et des activités doit se faire dans l'ordre et en conformité avec le but des rencontres. Le médecin étant le responsable clinique du bénéficiaire admis, ainsi que le prescripteur des traitements, la vision globale qu'oblige son rôle de médecin traitant peut lui permettre d'être un bon animateur.
Le travail en équipe multidisciplinaire doit être dominé par un consensus décisionnel et non pas par une autorité manifeste du médecin, du chef d'unité ou de toute autre personne. Autant l'animation est importante dans le maintien de l'ordre et de l'efficacité lors des discussions de cas, autant les décisions concernant les objectifs de réadaptation et les activités à entreprendre ne doivent pas être prises unilatéralement par le médecin ou le chef d'unité sous prétexte d'une responsabilité ou d'une autorité clinique ou administrative. L'exception devant confirmer la règle, une mésentente majeure qui rendrait tout consensus impossible, pourrait amener la prise de décision par les titulaires de responsabilité et d'autorité clinique ou administrative. Nous considérons donc que le leadership d'équipe doit dominer tout leadership individuel. Mais, pour ce faire, il doit exister entre les professionnels des différentes disciplines un respect mutuel, une acceptation unanime des tâches et des zones de responsabilité propres à chaque intervenant dans la mise en application des activités destinées à réaliser les objectifs fixés par le groupe. Le maintien d'une confiance mutuelle exige que les professionnels s'en tiennent rigoureusement aux objectifs et accomplissent les activités prévues. Tout écart à cette règle porte atteinte au contrat informel établi entre les professionnels et le bénéficiaire. Évidemment, l'apparition d'un problème particulier peut nécessiter une modification des activités d'un thérapeute. Cependant, cette modification doit continuer à viser l'atteinte de l'objectif initial.
Le travail d'équipe est exigeant mais il est très gratifiant quand il s'effectue avec efficacité. Il est surtout nécessaire. L'individualité professionnelle dans la dispensation de soins et de services est incompatible avec une réadaptation qui implique la participation de nombreuses disciplines auprès d'un seul bénéficiaire.
Référence : Propos de réadaptation, vol. 6, no 1, avril 1985, p. 4-5.
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De la pluri, à la multi vers l'interdisciplinarité de l'approche-programme
L'expérience de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ)
Institut universitaire en réadaptation et intégration sociale
Julie Lavoie, M.A., laboratoire de recherche sociale, IRDPQ
Patrick Fougeyrollas, Ph.D., directeur scientifique, IRDPQ
(1998)
Multidisciplinaire, interdisciplinaire, pluridisciplinaire, intradisciplinaire, quel qualificatif peut-on donner aux membres d'une équipe appelée à travailler de façon complémentaire et interactive ? La contribution de plusieurs disciplines est indispensable pour répondre aux besoins globaux des clients en adaptation-réadaptation et soutien à l'intégration sociale. L'interaction qui résulte entre les membres de l'équipe et la compréhension des besoins et des problèmes sont des éléments qui permettent de faire une distinction entre ces qualificatifs.
Les membres d'une équipe intradisciplinaire sont des personnes qui évoluent dans une même discipline. Dans ce type d'équipe de travail, aucune interaction n'est présente entre les différents professionnels des autres disciplines. Il s'agit donc d'un qualificatif qui ne correspond pas à la réalité souhaitée de l'approche-programme à l'IRDPQ.
Les membres d'une équipe pluridisciplinaire et les membres d'une équipe multidisciplinaire sont peu en interaction entre eux. La compréhension de la situation se situe davantage sur des visions analytiques et parallèles. Une équipe fonctionnant sous une approche multidisciplinaire se caractérise par la présence de plusieurs disciplines, la juxtaposition de celles-ci de façon parallèle et sans rapport apparent entre elles. Quant aux membres d'une équipe évoluant selon un mode pluridisciplinaire, seulement quelques disciplines sont présentes et en interaction. Il s'agit davantage d'une coexistence de plusieurs disciplines, où l'on retrouve peu d'interactions entre les différentes disciplines professionnelles.
L'équipe fonctionnant sous le modèle d'une approche interdisciplinaire a beaucoup d'interactions entre ses membres et elle permet une compréhension intégrée des problèmes et des besoins. En d'autres termes, les échanges d'informations résultants des nombreuses interactions permettent aux membres de l'équipe un enrichissement mutuel au niveau des connaissances, de la satisfaction des besoins des clients et de l'évaluation globale de ceux-ci. L'approche interdisciplinaire semble celle qui promet le plus en regard des éléments présentés précédemment. C'est la raison qui justifie que nous ayons arrêté notre choix sur le vocable interdisciplinaire.
L'approche interdisciplinaire se situe à mi-chemin entre l'approche multidisciplinaire et l'approche transdisciplinaire. L'approche interdisciplinaire dans le domaine de l'intervention consiste à favoriser l'intégration en préconisant l'interrelation systémique entre les intervenants de différentes disciplines, en vue d'une meilleure compréhension des motifs et des modes d'intervention et d'une plus grande efficacité dans des tâches et des fonctions souvent trop spécifiques pour être comprises et intégrées par les sujets concernés (Legendre, 1993, 86).
Le travail en équipe interdisciplinaire représente l'un des trois préalables à l'approche-programme. L'approche-programme n'est pas seulement une mécanique structurelle. Elle vise autre chose que la destruction d'une identité disciplinaire, la contestation de la spécificité d'une discipline. L'approche-programme est avant tout un état d'esprit et d'action, une dynamique interdisciplinaire qui favorise l'intégration et la participation des professionnels et techniciens de la santé à travailler ensemble pour le bien-être du client, le développement de ces capacités et la compensation de ses limites.
L'approche-programme se définit comme étant une approche " qui consiste à organiser les ressources en les regroupant autour des caractéristiques et des besoins communs présentés par les clientèles visées " (Gouvernement du Québec, 1996, 3). Ces regroupements sont effectués selon les modes suivants : 1) soit en rapport avec la catégorie d'incapacités; 2) soit en fonction de groupes d'âges ou d'étapes de vie; 3) soit en fonction d'étapes du processus d'adaptation, de réadaptation ou d'intégration sociale de la personne (Gouvernement du Québec, 1996, 3). À l'IRDPQ, dans un premier temps, le regroupement des programmes clientèles est articulé selon les groupes d'âges : la clientèle enfant et adolescent, la clientèle adulte et la clientèle aînée. Par la suite, l'architecture des programmes est élaborée en fonction des étapes d'adaptation et de réadaptation des clients en terme de programme d'adaptation et de réadaptation de la personne, de programme de soutien à l'intégration sociale, scolaire et professionnelle de la personne
Les objectifs de l'approche-programme sont au nombre de quatre et se présentent comme suit : 1) placer le client et ses proches au centre de l'organisation ; 2) organiser l'environnement en fonction des groupes spécifiques de clientèles ; 3) donner au personnel la latitude nécessaire pour planifier et exécuter leur travail de façon à mieux répondre aux besoins du client et à améliorer les processus ; 4) maîtriser les coûts par l'amélioration de l'efficience (Blouin ,1997).
L'approche-programme est un moyen privilégié, grâce à l'action concertée des intervenants, de centrer les interventions sur le client. Les interventions centrées sur le client constituent le deuxième des préalables de l'approche-programme. L'approche centrée sur les besoins du client se définit comme suit : " Model of care delivery built around self-contained staffed by multidisciplinary caregivers who can provide up to 80% of what patients need in their room " (Robinson, 1991). Connue sous l'appellation " Patient-Focused Care ", la philosophie à la base de cette approche accorde une importance égale aux aspects psychologiques et aux aspects biologiques dans l'établissement des diagnostics et dans le traitement des clients. Au sein d'une équipe interdisciplinaire, l'approche des soins centrés sur les besoins des clients se traduit par une interaction ayant une orientation biologique et psychologique, une compréhension plus élargie des besoins du patient, une dynamique de travail plus globale et une approche davantage humaine. De plus, dans la perspective holistique et écologique contemporaine, les besoins du client sont indissociables de leur contexte. L'équipe interdisciplinaire considèrera donc les facteurs environnementaux physiques et sociaux en interaction avec les caractéristiques du client dans la définition de leurs objectifs d'intervention (Fougeyrollas et all., 1998).
Le troisième des préalables à l'approche-programme est la décentralisation de la prise de décision à un niveau plus près de l'action. Il s'agit d'une " délégation formelle de l'autorité ou de la responsabilisation de la prise de décision à des niveaux hiérarchiques inférieurs " (Legendre, 1993, 302). Il devient alors possible de considérer les programmes comme étant des clients des directions des services cliniques et de support. L'utilisation de ce mode décisionnel décentralisé permet d'améliorer la qualité des services et la satisfaction de la clientèle, de susciter la participation de la clientèle à l'élaboration de son cheminement d'adaptation-rédaptation, de favoriser la complémentarité des interventions, la souplesse et l'innovation administrative et clinique indispensable à l'amélioration continue reliés à l'expertise spécialisée auprès d'une clientèle.
L'approche-programme se traduit de nombreuses façons au sein d'une organisation telle que l'IRDPQ. À titre d'exemples, elle touche la redéfinition des responsabilités administratives dans le cadre de la gestion des équipes cliniques ; elle influence les mécanismes d'intégration et de coordination au sein du fonctionnement des équipes cliniques ; elle a des impacts positifs sur le vécu du client, car celui-ci est amené à s'impliquer dans l'élaboration et le suivi de la réalisation de son plan d'intervention.
L'approche-programme a toutefois des incidences sur le maintien de la qualité de l'identité et les pratiques professionnelles interdisciplinaires. L'absence de chef de service disciplinaire a des impacts sur l'encadrement, l'évaluation de l'acte, l'organisation des stages d'enseignement clinique et la mise à jour continue des pratiques professionnelles. À l'IRDPQ, l'expérimentation de l'approche-programme a permis de bien cerner ces difficultés et de développer une structure compensatoire de soutien à la qualité des services professionnels. Chaque discipline a été dotée d'un regroupement professionnel avec le soutien d'un conseiller professionnel. Cette structure relève de la Direction des services professionnels pour le volet " qualité de la pratique professionnelle " et la Direction scientifique pour le volet " enseignement (stages) et recherche ".
À l'IRDPQ, l'approche-programme fait partie des grandes orientations de l'établissement et a suscitée l'adoption d'une politique d'élaboration et d'évaluation des programmes afin d'en assurer la standardisation et le processus d'amélioration continu. De plus, à titre d'Institut universitaire, l'IRDPQ vise actuellement à intégrer les trois dimensions " services cliniques, enseignement et recherche " dans les objectifs de chaque programme clientèle avec une imputabilité directe du chef de programme et le soutien des Directions support. Finalement, tel qu'expliqué, l'approche-programme nécessite l'adoption d'une politique de soutien à la qualité des services professionnels assurant l'implantation et le fonctionnement des regroupements professionnels par discipline.
En résumé, l'approche-programme s'appuie sur un fonctionnement d'équipe interdisciplinaire ; un mode de gestion décentralisé et sur l'offre des services généralement spécialisés et regroupés selon une communauté de besoins ; assure un plan d'intervention personnalisé élaboré et réalisé en collaboration avec le client, en fonction de ses besoins et en tenant compte de son contexte réel de vie ; permet de répondre aux exigences d'évaluation des résultats et de l'efficience des services associés aux préoccupations contemporaines de la qualité des services.
Références :
Blouin, H. (1996). Regards sur les tendances en matière d'organisation des établissements de santé. Collection La reconfiguration du réseau. No 7. Montréal, QC : Association des hôpitaux du Québec.
Fougeyrollas, P., Cloutier, R., Bergeron, H., Côté, J. & St-Michel, G. (1998). Classification québécoise . Processus de production du handicap. Lac St-Charles, QC : Réseau international sur le processus de production du handicap.
Gouvernement du Québec. (1996). Expérience pilote. Gestion par programme – Clientèle en santé mentale. Rapport. Ministère de la santé et des services sociaux, Conférence des régies et régie régionale de la Montérégie et de l'Outaouais.
Legendre, R. (1993). Le dictionnaire actuel de l'éducation. Montréal, Qc : Guérin.