L'AMÉLIORATION DE LA CONDITION PHYSIQUE EN VUE DU RETOUR À L'EMPLOI

 

Audrey Lalumière, ergothérapeute

Luc Noreau, M.Sc., éducateur physique

 

Suite à une période plus ou moins prolongée d'inactivité, l'individu dont les capacités physiques sont insuffisantes pour réintégrer le marché du travail peut bénéficier d'un programme visant l'amélioration de la condition physique et faciliter ainsi son retour à l'emploi.

 

Du point de vue fonctionnel, la condition physique consiste en la capacité à accomplir les tâches quotidiennes avec vigueur et promptitude / sans fatigue excessive et avec suffisamment d'énergie pour jouir pleinement du temps consacré aux loisirs et faire face aux situations d'urgence. Le programme d'activités, élaboré conjointement en ergothérapie et en activité physique, vise l'optimisation de cette condition.

En ergothérapie, nous utilisons des simulations de gestes de travail. Pour ce faire, une description détaillée de l'emploi est tirée de la " Classification canadienne descriptive des professions " et les divers mouvements impliqués sont analysés sur la base des cinq dimensions du mouvement répété. Par définition, un mouvement répété est l'ensemble des gestes articulés, provoqués par une activité musculaire, visant à produire une action déterminée dans le temps et l'espace et possédant un certain caractère répétitif.

Les cinq dimensions du mouvement répété peuvent être ainsi définies :

× Nature : l'ensemble des caractères de l'activité

× Forme : schème d'exécution adopté pour le mouvement

× Intensité : exigences énergétiques du travail

× Durée : temps actif consacré à l'exécution du mouvement ou de la tâche

× Fréquence : périodicité du mouvement durant une période de temps déterminée.

 

L'analyse de tâche étant complétée, les activités requises afin de reproduire les exigences de l'emploi sont alors déterminées. Tout au long du processus, les activités sont graduées en fonction des cinq dimensions du mouvement répété.

 

En activité physique, quatre paramètres reliés à la condition physique sont généralement mesurés avant d'établir le plan d'activités. Il s'agit de la puissance aérobie, du pourcentage de graisse corporelle, de la vigueur musculaire et des indices spécifiques à l'emploi.

 

L'appréciation de la puissance aérobie s'effectue par la mesure ou l'estimation de la consommation maximale d'oxygène. Cet indice de la condition physique revêt une importance particulière puisque selon plusieurs physiologistes, un individu ne peut effectuer efficacement une tâche, sur une période de temps prolongée (3 à 4 heures), si la dépense énergétique requise est supérieure à 40 ou 50% de la consommation maximale d'oxygène. Cette mesure s'effectue à l'aide d'une épreuve d'effort sous-maximale ou maximale sur bicyclette ergométrique, tapis roulant ou manivelle.

 

L'estimation de la quantité de graisse corporelle est un déterminant important de la condition physique. Une quantité excessive de tissus adipeux augmente la tension sur les membres inférieurs et sur les structures articulaires de la région lombaire ainsi que la tension artérielle et la fréquence cardiaque. Conséquemment, une plus grande fatigue générale et une efficacité moindre sont observées pendant le travail.

 

La vigueur musculaire s'apprécie selon deux composantes : la force et l'endurance. La force musculaire fait référence à la capacité d'un muscle à produire le plus de tension possible lors d'un effort maximum et l'endurance musculaire est la capacité d'un muscle à produire une tension d'intensité faible à modérée sur une période de temps prolongée. Dans l'accomplissement des tâches de travail, l'endurance musculaire prédomine lors de l'exécution de tâches à caractère répétitif tandis que la force musculaire est nécessaire lors de la manipulation d'objets lourds.

 

Enfin, certains indices spécifiques sont identifiés pour les tâches reliées à un emploi, tels que l'adaptation rapide de la fonction cardiaque, l'équilibre et la coordination œil - main. Plusieurs tests sont élaborés afin de reproduire le plus fidèlement possible les conditions de travail et de mesurer les différents indices spécifiques.

 

Après avoir évalué le niveau de condition physique du bénéficiaire selon les paramètres précités, le plan conjoint d'activités est établi en fonction du niveau de condition physique et des exigences de l'emploi .

 

Somme toute, malgré certaines limites, ce plan d'intervention s'inscrit adéquatement dans une démarche d'intégration de l'individu présentant un handicap physique. De plus, l'ensemble des paramètres reliés à la condition physique sont des indicateurs utiles qui permettent d'évaluer avec plus de précision la capacité d'un individu à exécuter une tâche particulière.

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 5, no 1, février 1984, p. 11.