LA RÉÉDUCATION VÉSICALE

 

LE TRAVAIL DE L'UROLOGUE

 

Jocelyne Bédard, agent d'information

 

Le docteur Jean-Guy Vézina est urologue, spécialisé dans le traitement des problèmes vésicaux neurologiques. Avec son confrère le docteur Alain Naud, il œuvre au Centre François-Charon comme consultant actif. Nous avons eu l'occasion de rencontrer le docteur Vézina pour qu'il nous parle plus spécifiquement des problèmes urologiques en réadaptation

 

Qui sont les clients de l'urologue en réadaptation?

 

Il s'agit principalement de la clientèle des myélopathes c'est-à-dire les quadriplégiques, les paraplégiques et les personnes atteintes de sclérose en plaques. Nos clients présentent une perte de contrôle de leur fonction vésicale causée, le plus souvent, par une lésion de la moelle épinière.

 

Qu'est-ce qui se passe au niveau vésical ?

 

Il faut d'abord préciser que l'accident ou la maladie peut avoir un effet différent sur la vessie qui sera " flasque " ou " réflexe ". À l'opposé de la vessie " réflexe " qui provoque l'incontinence urinaire avec tous les problèmes sociaux que cela implique, la vessie " flasque " ne se vide pas ou elle ne se vide que partiellement.

 

La rééducation vésicale consiste donc à trouver un moyen qui permettra de bien vidanger régulièrement la vessie.

 

Pouvez-vous nous parler de ces moyens ?

 

Il y a plusieurs modes de drainage vésical et ils comportent tous des avantages et des inconvénients qui varient selon la personnalité du client, ses capacités physiques, ses motivations et son mode de vie.

 

- Méthode de tapotement ou stimulation réflexe associée ou non à la pression manuelle.

 

- Méthode de Credé ou pressions manuelles.

 

- Méthode Valsalva : inspiration, blocage, poussée abdominale et expiration.

 

Ces méthodes naturelles de vidange peuvent être utilisées seules ou elles devront être couplées avec des moyens " mécanIques " :

 

-L'auto-cathétérisme intermittent (auto sondage) est le moyen qui se rapproche le plus de la miction normale et il comporte un moindre risque d'infection. Il doit être fait 5 à 6 fois par jour ce qui implique le sens des responsabilités de l'utilisateur et est lié aux contingences sociales (ex : toilettes adaptées).

 

-Le cathéter permanent (sonde vésicale à demeure) comporte peu de risques de se mouiller. Cette solution est cependant la dernière envisagée à long terme puisqu'elle est toujours accompagnée d'infection et présente un danger de formation de calculs dans la vessie.

 

-Réservé aux hommes, le système collecteur externe (condom) est facile d'utilisation mais la personne peut se mouiller. Comme pour la sonde à demeure, le condom implique le port d'un sac urinaire.

 

Comment se fait la rééducation vésicale ?

 

Au Centre François-Charon l'équipe de soins infirmiers fait cette rééducation en collaboration avec l'infirmière responsable de l'urologie. C'est le personnel infirmier qui accompagne le bénéficiaire dans son apprentissage des manœuvres de vidange de la vessie. Rencontré dans un premier temps par l'infirmière en urologie, le bénéficiaire sera sensibilisé au processus de rééducation vésicale. Il recevra un enseignement en fonction des actes à poser et du matériel à utiliser. Le leitmotiv de l'équipe et du bénéficiaire durant la rééducation vésicale et même après sa sortie du Centre se résume en 3 mots : vigilance, régularité, hygiène.

 

Dès leur arrivée au Centre François-Charon, après évaluation de leur condition urologique, la plupart des bénéficiaires sont soumis à l'horaire des cathétérismes intermittents. C'est à ce moment que débute la phase d'observation du comportement de la vessie. Ce sera aussi le moment pour certains bénéficiaires, ayant la capacité physique nécessaire, de débuter l'apprentissage de l'auto-sondage dans différentes situations : d'abord en position couchée, puis en position assise dans leur fauteuil roulant et ensuite à la toilette. Sera ensuite jumelé à ces apprentissages et observations, l'enseignement, s'il y a lieu, des méthodes de vidange de la vessie (tapotements, poussées, respiration) pour en arriver finalement au choix d'un mode de drainage adapté aux besoins de la personne.

 

Comment concevez-vous le rôle de l'urologue?

 

Le rôle de l'urologue en réadaptation est de trouver le mode de drainage vésical qui gardera une urine exempte d'infection, qui sauvegardera une bonne fonction rénale et qui sera socialement acceptable.

 

C'est un rôle d'expertise qui aide à choisir la meilleure méthode à utiliser, à solutionner les problèmes qui surviennent pendant la phase de réadaptation et pendant le suivi post-réadaptation. Ce travail n'est rendu possible que par la collaboration de l'équipe de soins infirmiers et du bénéficiaire lui-même.

 

 

SUSY TURCOTTE RACONTE SON EXPÉRIENCE

 

Mon accident d'automobile est survenu en mars 1978. Les fractures que j'ai subies à la colonne se situaient aux niveaux D-9 et D-10. Avant de devenir paraplégique, je savais que les personnes paralysées ne pouvaient pas mouvoir leurs jambes et se déplaçaient en fauteuil roulant : ma connaissance se limitait à cela. Je ne réalisais pas cependant qu'une blessure de la moelle épinière entraînait d'autres types de conséquences, comme la perte de contrôle des sphincters.

 

Le matin de l'accident, lorsque j'ai été transportée au CHUL, on m'a installé une sonde urinaire. Le même jour, j'ai été transférée à l'hôpital de l'Enfant-Jésus et la sonde m'a été enlevée. Je n'ai rien senti, ni la sonde, ni les diachylons. J'ai commencé à m'interroger et à interroger les gens autour de moi. Je prenais conscience qu'il n'y avait pas que mes jambes qui échappaient à un contrôle volontaire de ma part mais aussi ma vessie. Après le retrait de la sonde vésicale, on m'a expliqué que dorénavant, on me ferait des cathétérismes intermittents. CATHÉTÉRISMES, quel grand mot! Je l'ajoutais à mon vocabulaire et en mesurais la portée. Ça faisait partie des choses dures à accepter.

 

Donc, durant mon hospitalisation à l'Enfant-Jésus, c'étaient les infirmières qui effectuaient les cathétérismes, aux 6 heures, jour et nuit. Certaines d'entre elles les effectuaient, point; alors que pour d'autres, ce contact devenait une occasion de bavarder avec moi, de me faire verbaliser sur ce que je ressentais suite à cet accident qui bousculait mes 20 ans. Les premiers temps, quand on me faisait les cathétérismes, j'éprouvais une certaine gêne et de l'humiliation; ces sentiments ont fini par se dissiper grâce au climat de confiance qui s'est installé avec certaines infirmières. Aussi, je savais que je parviendrais à un moment donné à me débrouiller seule.

 

Dès que j'ai pu m'asseoir à l'aide d'un corset, à peu près un mois plus tard, j'étais prête pour la réadaptation. C'est à peu près la même chose pour tout le monde : physiothérapie, ergothérapie, etc. Et bien sûr, rééducation vésicale.

 

Au Centre, pour devenir autonome sur le plan vésical, j'ai d'abord essayé la " méthode par tapotements " sans grands résultats dans mon cas. Cette méthode consistait à me taper sur le ventre et à effectuer des pressions sur la vessie. Non adéquate pour moi, cette méthode pourtant était celle qu'avait adopté une compagne de chambre et pour elle, c'était efficace. Par la suite, j'ai essayé les auto-cathétérismes. J'étais toujours sous surveillance médicale : des urologues venaient assez fréquemment me voir. Il fallait que ça fonctionne pour moi, cette méthode, je n'avais pas du tout envie de porter une sonde vésicale permanente. L'apprentissage a été difficile et pénible par moments. Au début, j'effectuais mes cathétérismes en position couchée et j'utilisais un miroir. Je portais des gants stériles, j'ajoutais une gelée lubrifiante sur le cathéter, je désinfectais au maximum et souvent, à cause du manque d'expérience, je contaminais le cathéter. Toute l'opération était à recommencer! J'avais aussi beaucoup de spasmes au niveau des jambes qui s'additionnaient comme facteurs de complications. Il m'arrivait également fréquemment de me mouiller à l'intérieur de mon délai de 6 heures entre chaque cathétérisme. Durant cette période, je notais les quantités de liquide que je buvais; les quantités d'urine lors du cathétérisme étaient aussi calculées ainsi que les mictions perdues.

 

C'est après avoir quitté le Centre que j'ai acquis plus de dextérité et que j'ai amélioré mes techniques. Il n'est plus nécessaire maintenant que je porte des gants stériles et je peux utiliser le même cathéter plus d'une fois à la condition de bien le rincer à l'eau chaude. De plus, j'effectue les cathétérismes en position assise, étant plus mobile depuis que je ne porte plus de corset rigide. L'hygiène est un facteur à ne pas négliger pour éviter les infections.

 

Voilà maintenant près de sept ans que cette rééducation vésicale a été entreprise, ce qui veut dire près de 10 000 cathétérismes ! J'ai eu quelques problèmes d'infections urinaires au cours des années, mais jamais assez importants pour nécessiter une hospitalisation. J'ai appris à me connaître mieux, à savoir ce qui augmente le débit urinaire et du même coup les possibilités d'incontinence. Je sais aussi que prendre du froid n'aide pas, que demeurer trop longtemps sans effectuer de cathétérismes est contre indiqué puisque les bactéries ont plus de chances de se multiplier. J'ai acquis bien des trucs : en voyage, par exemple, il n'est pas toujours facile d'avoir les conditions idéales pour effectuer les cathétérismes.

 

Les seuls médicaments que je prends sont le Ditropan pour diminuer les spasmes de la vessie et le Macrodantin, un anti-bactérien, utilisé à petites doses. Autre chose qui peut faire sourire : je bois régulièrement une tisane qui a des propriétés diurétiques et antiseptiques. Je consulte au besoin l'urologue et avant de prendre des antibiotiques de façon intensive, nous voyons ensemble les autres solutions, c'est-à-dire que si une infection ne m'occasionne pas trop d'inconvénients, il m'arrivera de parvenir à la combattre.

 

J'ai été parfois dérangée dans ma vie quotidienne par les inconvénients des problèmes d'incontinence mais je persiste à croire que la méthode des auto-cathétérismes est celle qui me convient le mieux : infections peu fréquentes, je n'ai jamais eu de pierres dans la vessie ni d'autres complications. Aussi le fait de ne pas devoir porter de sac urinaire de façon permanente joue certainement un rôle sur la perception que j'ai de moi-même.

 

D'avoir été amenée à être hospitalisée à quelques reprises pour des problèmes de plaies de décubitus m'a poussée à approfondir ma réflexion sur la maladie et la santé. J'ai compris que d'autres facteurs que les facteurs physiologiques influencent le fait qu'un individu soit en santé ou non. Je me rends compte que, par exemple, si je suis dans une période où je ressens plus de fatigue, je serai une proie plus facile pour les infections urinaires. Respecter mon rythme est maintenant une priorité pour moi.

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 6, no 1, avril 1985, p. 14-15.