LES MAUX DE DOS CHRONIQUES

 

André Vézina, m.d.

Sylvie Dubé, ergothéraPeute

 

Lors du Congrès de l'American Back Society tenu à San Francisco en décembre 1988, l'importante question des maux de dos chroniques fut abordée en détail. Plusieurs informations furent recueillies sur la clientèle présentant des maux de dos chroniques qui préoccupe présentement le Centre François-Charon. Les docteurs Laval Leclerc, Martine Landry, André Vézina et madame Sylvie Dubé, ergothérapeute au Centre François-Charon y assistaient.

 

Plusieurs auteurs, professeurs, cliniciens bien connus dans le monde pour leur apport au développement des connaissances sur ce type de pathologie étaient présents dont les docteurs René Caillet, William H. Kirkaldy-Willis,Arthur White, Thomas Namey et Robin McKenzie.

 

Le Dr Kirkaldy-Willis, président de l'American Back Society, remplaçant le Dr René Caillet, a prononcé la conférence d'ouverture. Son exposé, " Regard vers le Futur ", contenait une note philosophique et c'est à partir de la conférence de ce " sage " que nous tenterons de vous donner une vue d'ensemble du symposium.

 

Le mot Hébreux " SIRACH " (prophète) peut servir d'aide-mémoire à 6 concepts importants pour les intervenants appelés à traiter les maux de dos.

 

SOPHISTICATION

 

À notre époque, les moyens d'investigation deviennent de plus en plus sophistiqués; à titre d'exemple, le C.T. Scan, I'imagerie par résonnance magnétique sans compter les nouvelles techniques chirurgicales. Un nouveau disque artificiel, présentement en développement, viendra bientôt s'ajouter à l'arsenal thérapeutique connu. Les nouveautés, la variété d'appareils d'équipements, de techniques chirurgicales et d'investigations psychologiques posent aux cliniciens le défi de la sélectivité. Il leur faudra se rappeler que la " machine " ne doit pas remplacer " l'homme " et que son utilité est d'appuyer ou de confirmer une impression clinique ou un diagnostic médical.

 

Selon le docteur Caillet, à ce jour aucun appareil de renforcement ou d'évaluation n'est arrivé à prouver ce qu'il évalue ou renforce réellement. De la même façon, les appareils d'investigation affichent une marge d'erreur non négligeable et impressionnante parfois.

 

Cette " sophistication " des équipements ne doit pas servir de tremplin aux compagnies d'assurance pour contrecarrer les données cliniques ce qui, présentement, multiplie les coûts reliés aux problèmes des maux de dos partout aux États-Unis et même au Canada

 

IMAGINATION

 

Le Dr Willis réfère à l'habileté de se faire une image de ce qui arrive et comment ceci peut influencer ou changer notre avenir. Il y a plus de 2000 ans, Hippocrate disait que l'idée que le patient se fait de la maladie est plus importante que la nature de sa maladie. L'imagination est le moteur, le pouvoir de notre vie. L'impression qu'on a d'une situation affecte notre comportement face à cette situation.

 

L'aptitude du clinicien à donner rapidement au patient l'information qui l'aidera à se faire une image mentale de ce qui s'est passé et de ce qui surviendra à son dos est aussi importante que le choix des moyens préventifs et thérapeutiques.

 

Au début du siècle, le psychologue français, monsieur Coue utilisait l'axiome suivant : " Dites-vous à tout instant, à chaque jour, que vous serez de mieux en mieux et vous trouverez que vous l'êtes ". Le docteur Kirkaldy-Willis est convaincu que nous devrons utiliser cette approche pour le plus grand bénéfice de nos patients.

 

Selon cette approche, le Dr Caillet, soulignait l'importance de se faire une idée précise de ce qui s'est passé, de ce qui ne va pas. Il faut faire le tour du problème dès la première journée afin de cerner la cause et d'effectuer le traitement adéquat.

 

La chronicité est un échec du système curatif, tout particulièrement de l'évaluation. Les avantages et les conséquences d'établir un bon diagnostic à partir des diagnostics différentiels ont été soulignés par les docteurs Namey et Caillet.

 

Aussi, l'imagerie mentale peut être utilisée de la même façon qu'en athlétisme et en relaxation. Nous pouvons demander au bénéficiaire de se voir, de s'imaginer faire les tâches qui lui apparaissent difficiles au travail ou à la maison.

 

RATIONNEL

 

Les coûts exorbitants reliés aux affections vertébrales ne sont pas le fait unique des États-Unis. Le même phénomène se produit au Canada et à travers le monde. Les examens et les traitements doivent être pensés et réévalués régulièrement.

 

À ce sujet, le docteur Kirkaldy-Willis se citait en exemple pour expliquer qu'il se rend compte qu'avec les années il recommandait beaucoup moins d'examens et de chirurgies. Un autre médecin, le docteur Scott Haldeman, allait même jusqu'à suggérer, que le médecin traitant (physiatre, neurologue, omnipraticien) pourrait être celui qui autorise le chirurgien à opérer.

 

AUTONOMIE

 

Pour encourager l'autonomie du patient, le docteur Kirkaldy-Willis propose aux médecins une approche plus globale de la personne. Son rôle pourrait être de :

 

 

Il pense aussi que les écoles de dos sont le plus important développement dans ce sens. Il donne l'exemple de la maman aigle qui laisse tomber ses petits du haut de la montagne lorsqu'elle croit qu'ils sont prêts à voler mais qui s'assure d'être au-dessous si l'un d'eux s'écrasait au sol.

 

Les changements effectués dans les classes de dos se retrouvent au niveau du concept de la position de stabilisation, de l'insistance sur les exercices de flexibilité et de la solution de problèmes.

 

La position de stabilisation se rapproche de la position neutre au rachis ou d'une position sécuritaire choisie par le bénéficiaire. Celui-ci entreprend une série d'exercices qui tendent à renforcer cette position et à la conserver lors de toutes les activités. La solution de problèmes fait appel au jugement du bénéficiaire. Il est le spécialiste de son travail et sait quelles positions il lui est possible de prendre pour protéger son dos. Les tâches problématiques sont discutées avec l'employeur, le thérapeute et le bénéficiaire qui tentent de trouver des solutions. Le bénéficiaire doit aussi prendre en main sa condition physique et chercher à se garder en forme selon ses moyens et ses intérêts.

 

Élisabeth Kirkaldy-Willis, physiothérapeute, nous a aussi fait part de son expérience des classes de dos. Celles-ci sont données par d'anciens bénéficiaires bénévoles pendant que les exercices sont enseignés par deux physiothérapeutes.

 

COOPÉRATION

 

Le traitement des affections vertébrales devra évoluer vers une coopération des différents intervenants. Le Dr Kirkaldy-Willis nous dit que le symbole de cette coopération est l'existence même de l'American Back Society où le travail en équipe se fait sans distinction de titre ou de profession et où chacun profite de l'expertise de l'autre. Pas un de nous ne peut prétendre guérir tous les patients. Dès que nos traitements deviennent moins efficaces, il faut demander l'opinion d'un autre professionnel, sans délai.

 

HARMONIE

 

Dans un orchestre, les musiciens doivent jouer ensemble et en harmonie sous la direction d'un chef d'orchestre et c'est ainsi que devront travailler les équipes de professionnels traitant les affections vertébrales. Les efforts doivent être orientés dans le même sens afin d'atteindre les buts fixés. Les membres de l'équipe pourront se rappeler l'acronyme " SIRACH " lorsque l'un des joueurs voudra exécuter un " solo ".

 

 

 

 

DU NOUVEAU AU CENTRE FRANÇOIS-CHARON

PROGRAMME D'ÉVALUATION ET DE RÉÉDUCATION DES TRAVAILLEURS AYANT DES MAUX DE DOS CHRONIQUES

 

 

Le Centre François-Charon offre depuis quelques mois un " programme d'évaluation et de rééducation des travailleurs souffrant de maux de dos chroniques ".

 

 

 

 

Pour plus d'informations. veuillez communiquer avec l'agent de liaison : (418) 649-3719

Référence : Propos de réadaptation, vol. 8, no 2, juin 1989, p. 13-14.