D.I.U.
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PROLAPSUS RECTAL INTERNE

14 Mars 2001

Franck LAZORTHES

Fréquence du prolapsus interne chez le sujet sain
Les troubles associés au prolapsus interne
L'extériorisation du prolapsus
Résultat du traitement du prolapsus interne
Conclusion
Références

Le prolapsus rectal interne est connu de longue date puisque sa première description a été faite en 1901(12) mais parce qu'il échappe à l'examen clinique (il se réduit en décubitus) il n'est réellement bien connu que depuis l'apparition de la rectographie dynamique (3). Cet examen nous a appris que le prolapsus extériorisé était précédé par une invagination recto rectale circulaire au cours de laquelle la partie supérieure du rectum s'invagine dans la partie inférieure. Le point ou débute cette invagination est relativement fixe. Il se situe à environs 7/8 cm de la marge de l'anus. L'invagination débute habituellement au niveau de la paroi antérieure du rectum et entraîne ensuite la paroi postérieure. L'invagination peut rester dans le rectum, arriver jusqu'au canal anal ou parfois s'extérioriser.

Fréquence du prolapsus interne chez le sujet sain

La réalisation de rectographies chez le sujet sain et notamment chez les jeunes femmes nullipares a montré que 2 sur 3 présentent un prolapsus rectal interne (en l'absence de toute symptomatologie) (11). La découverte d'un prolapsus interne ne peut donc pas être considérée comme à coup sur pathologique.
Il convient toutefois de remarquer que chez le sujet sain le prolapsus interne reste intra rectal et n'atteint pas la marge anale.

Les troubles associés au prolapsus interne

Le prolapsus rectal interne est fréquemment associé à une symptomatologie ano rectale. Jouhansson a constaté chez 190 patients porteurs d'un prolapsus rectal interne, que 50% avait une symptomatologie de constipation terminale avec sensation d'obstruction, 44 % une incontinence anale, 43% des douleurs ano rectales et 27% des rectorragies (7).
La constipation terminale s'expliquerait par le fait que lors d'un effort d'exonération la paroi rectale prolabée s'engage dans le canal anal, l'obstrue et entrave la vidange du rectum, ceci occasionnerait des efforts d'exonération intenses, douloureux et inefficaces. La paroi rectale antérieure qui obstrue le canal anal est traumatisée, l'œdème entraîne la production de glaire. L'ischémie ulcère fait saigner la muqueuse. Un ulcère solitaire peut apparaître. Toutefois, l'association de ces symptômes à un prolapsus interne ne signifie pas que le prolapsus en soit responsable.

L'extériorisation du prolapsus

Les études défécographiques ont montré que le prolapsus rectal complet débute par une intussusception qui passe ensuite dans le canal anal pour s'extérioriser. Ceci fait penser que le prolapsus interne est l'étape initiale du prolapsus extériorisé. Des cas de prolapsus internes qui se sont extériorisés secondairement ont été décrits. Ils sont toutefois l'exception : 2% (6) à 5% des cas (9).

Résultat du traitement du prolapsus interne

De nombreuses séries chirurgicales du traitement du prolapsus interne ont été publiées. Les résultats sont très disparates.

1) rectopexies ouvertes :
Plusieurs séries de rectopexies faites par laparotomie, généralement réalisées selon la technique de Wells, ont été publiées dans la littérature. Les résultats ont été généralement décevants. Les troubles de l'exonération ont été aussi fréquents et parfois plus graves en post opératoires, alors que les rectographies de contrôle ont montré une bonne correction du prolapsus (5). Ces résultats ont fait considérer que le prolapsus interne n'est pas à l'origine de la constipation d'évacuation puisqu'elle persiste après la correction du prolapsus. Il faut toutefois remarquer que ces séries datent de l'époque où l'on méconnaissait le risque de constipation post rectopexie, secondaire à une dissection trop large du rectum.Il est donc possible que la persistance de la constipation soit la séquelle d'une rectopexie qui ne respectait pas " les ligaments latéraux ".

2) par mucosectomie :
La mucosectomie est l'application au prolapsus interne de l'intervention de Delorme pratiquée dans les prolapsus extériorisés. Elle a été proposée par Berman (1). Chez 21 patients suivis pendant 3 ans, il a constaté que 71% ne présentait plus de symptomatologie de constipation terminale. D'autres auteurs ont obtenus des résultats équivalents avec la même intervention (8,10,13). Sieleznieff a constaté qu'une diarrhée, une incontinence anale, un périnée descendant étaient des facteurs de mauvais pronostic (10).
Personnellement nous avons délaissé cette intervention malgré des résultats à long terme satisfaisant, en raison des effets secondaires importants dans les premiers mois post opératoires. En effet, un opéré sur deux a présenté dans les deux à trois mois qui suivent des selles impérieuses et fractionnées les obligeant à aller à la selle de multiples fois. Ce trouble s'améliore généralement en 2 à 3 mois.
Nous utilisons actuellement une mucosectomie qui n'intéresse que la moitié inférieure de la circonférence rectale. Cela est justifié par le fait que le prolapsus interne est d'abord antérieur, et lorsqu'il est circulaire, plus marqué à ce niveau qu'en arrière. La mucosectomie antérieure est une intervention plus simple dans sa réalisation et dans ses suites. Le résultat à long terme paraît équivalent.

3) La rectopexie sous coelioscopie :
La rectopexie avait été la première intervention utilisée dans le traitement du prolapsus interne. Elle avait été abandonnée en raison de ses mauvais résultats au profit des mucosectomie. Elle a récemment été remise à l'ordre du jour par Berman (2) et par Bruch (4). Ce dernier auteur rapporte une série de 72 patients, 86 prolapsus internes, 21 prolapsus extériorisé et 15 constipations terminales. 53 ont été suivis plus de 24 mois. 76% ont été améliorés de leur constipation terminale, et ceci d'autant plus que les ligaments latéraux ont été préservés (89% versus 64 %).

Conclusion

Le prolapsus interne est une entité en cours d'évaluation. L'évaluation de son rôle pathologique n'est pas consensuelle. Il est vraisemblable, mais pas définitivement prouvé, que lorsqu'il arrive au niveau du canal anal, il peut l'obstruer et entraver l'exonération entraînant une constipation d'évacuation.

RÉFÉRENCES

  1. BERMAN IR, HARRIS MS, RABELLER MB, Delorme's transrectal excision for internal rectal prolapse. Patient selection, technique and 3 years follow up. Dis.Colon Rectum 1990; 33 (7):573-9.
  2. BERMAN IR Sutureless laparoscopic rectopexy for procidentia: technic and implications. Dis. Colon Rectum 1992; 35: 689-93.
  3. BRODEN B, SNELLMAN CT, Procidentia of the rectum studiet with cineradiography: a contribution to the discussion of causatif mechanism. Dis Colon Rectum 1998;11:330
  4. BRUCH HP, HEROLD A, SCHIEDECK T, SCHWANDNER O, Laparoscopics surgery for rectal prolapse and outlet obstruction. Dis Colon Rectum 1999;42:1189-1195
  5. CHRISTIANSEN J, RASMUSSEN O, ZHU BW, internal rectum intussusception. Cause or effect of obstructed defecation : results of surgical treatment. Dis Colon Rectum 1991; abstracts 34;4:9
  6. IHRE TH, SELIGSON U. Intussusception of the rectum. Internal procidentia. Treatment and results in 90 patients.Dis Colon Rectum 1975; 18: 191
  7. JOHANSSON C, HIRE TH, AHLBACK SO, Disturbancies in the defecation mechanism with special reference to intussusception of the rectum (internal procidentia). Dis Colon Rectum 1985; 28 (12):920-4
  8. LIBERMAN H, HUGUES C, DIPPOLITO A Evaluation and outcom of the Delorme procedure in the treatment of the rectal outlet obstruction. Dis Colon Rectum 2000 ;43 :188-192
  9. MELLGREN A, SCHULTZ I, JOUHANSON C, DOLK A internal rectal intussusception seldom develops into total rectal prolapse. Dis Colon Rectum 1997 ;40(7) :817-20
  10. SIELEZNIEFF I, MALOUF A, CESARI J, BRUNET C, SARLES JC, SASTRES B selection criteria for internal rectal prolapse repair by Delorme's transrectal excision. Dis Colon Rectum 199 ;42(8) :367-73
  11. SHORVON PJ, Mc HUGH S, DIAMANT NE, et all. Defecography in normal volonteers results and implication. Gut 1989;30:1737-49
  12. TUTLE JP, Diseases of the anus, rectum and pelvic colon. D.Apple and compagny New York 1901: 961
  13. VILLET R, BUZELIN JM, LAZORTHES F, les troubles de la statique pelvi périnéale de la femme. Vigot ed Paris 1996

mis en ligne le 2 mai 2001