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Cette conférence a été
organisée et s'est déroulée conformément aux
règles méthodologiques préconisées par l'Agence
Nationale pour le Développement de l'Evaluation Médicale
(ANDEM).
Les conclusions et recommandations
présentées dans ce document ont été rédigées
par le Jury de la Conférence, en toute indépendance. Leur
teneur n'engage en aucune manière la responsabilité de l'ANDEM.
Introduction
Avec environ 10 000 nouveaux cas
chaque année et, parmi ceux-ci, 60 % de décès par
récidive, le cancer du rectum représente un problème
de santé publique.
La France se situe parmi les
régions à risque élevé de cancer du rectum.
Il existe une prédominance masculine, avec un sex ratio variant
de 1,6 à 2,1 (registre du Bas Rhin, Cavaldos, Côte d'Or, Doubs,
Hérault, Isère, Saône et Loire).
Les enquêtes de pratique,
notamment par, les registres des cancers permettent de constater qu'il
existe en France une grande disparité dans les thérapeutiques
appliquées.
En particulier la fréquence
avec laquelle sont utilisées les thérapeutiques adjuvantes
telle que la radiothérapie ou pratiquées des interventions
conservatrices de la fonction sphinctérienne est très variable.
Ces divergences sont le fait d'une diffusion insuffisante des connaissances
et d'une divergence d'opinions entre les experts.
Certains caractères différencient
les cancers du rectum des cancers du côlon. Sa situation profonde
dans la région pelvienne, en contact étroit avec d'autres
organes, explique la fréquence des récidives locales dont
on connaît le caractère éprouvant pour les malades,
et les difficultés de traitement. Les cancers du rectum posent aussi
le problème fondamental de la conservation sphinctérienne
dans le respect des règles carcinologiques de l'exérèse
chirurgicale.
1 Etudes de pratiques
1.1 Examens utilisés pour le diagnostic
Une étude des registres de Côte d'Or et de Saône et Loire portant sur 155 malades montre que 54 % ont eu une coloscopie exclusive, 41 % un lavement baryté ; le lavement baryté a été réalisé seul dans 3 % des cas ; 36 % des malades ont eu les deux examens (enquête Eurocare 1990).
1.2 Bilan pré-opératoire
En dehors de l'urgence, deux examens sont presque toujours faits : la radiographie pulmonaire (95 % des cas) et l'échographie abdominale (82 %) ; le scanner abdominal ou pelvien est fait, dans moins de 1 cas sur 5, en particulier avant une irradiation pelvienne ou à la recherche d'une dissémination métastatique ; les autres examens para-cliniques sont exceptionnellement demandés, toujours à la recherche de métastases. Le dosage des marqueurs tumoraux, (ACE ou Ca 19-9) est réalisé dans 66 % des cas.
1.3 Traitements (du cancer du rectum)
Il existe une hétérogénéité des pratiques entre les départements français.
1.3.1 chirurgie
Une enquête a été
réalisée lors de l'étude Eurocare, dans 7 départements
couverts par un registre des cancers. Elle a porté sur l'année
1990 et concerne 7 % de la population française (3 841 678 habitants).
78 % des patients ont eu une
résection de leur cancer. En analyse multifactorielle, 3 facteurs
influençaient le taux de résection :
- l'âge (taux de résection
deux fois plus faible à partir de 75 ans) ;
- le sexe (79,9 % chez l'homme
et 69,5 % chez la femme) ;
- l'absence de métastase
(77,9 %).
La conservation du sphincter
a été possible dans 55,5 % des cas.
1.3.2 radiothérapie
La radiothérapie associée
au geste chirurgical a été réalisée dans près
de la moitié des cas en 1990 ; la radiothérapie préopératoire
a été effectuée aussi souvent qu'en post-opératoire.
Il existait une variation notable
entre les départements, allant de 23,3 % dans la Somme à
53 % en Côte D'or.
L'indication de radiothérapie
adjuvante dépendait du stade du diagnotic et du lieu de résidence.
1.3.3 chimiothérapie
La chimiothérapie adjuvante
ou palliative est rarement réalisée (13 % des cas).
L'indication de chimiothérapie
dépendait :
- de l'âge (1,2 % après
75 ans, 22,2 % avant 75 ans) ;
- du stade du diagnostic (elle
est surtout faite dans les cancers avec métastases viscérales)
;
- et du lieu de résidence.
2 Etude de l'évolution du traitement
L'étude de l'évolution
du traitement des cancers du rectum a été faite dans trois
départements entre 1978 et 1990.
Le taux des cancers du rectum
traités par exérèse est passé de 70 % entre
1978 et 1984 à 77% entre 1985 et 1990, témoignant d'une extension
des indications d'exérèse à certaines catégories
de malades : sujets âgés de plus de 75 ans, malades présentant
des métastases viscérales lors du diagnostic.
La conservation sphinctérienne
est passée de 34,5 % à 48 %.
La radiothérapie adjuvante
réalisée dans 20,8 % des cas avant 1984 est passée
à 33 % après (elle était de 46 % en 1990). Cette augmentation
s'observe dans toutes les filières de soins, en particulier dans
les filières de soins décentralisées.
3 Taux de reprise évolutive après chirurgie d'exérèse
Le taux de reprise évolutive après chirurgie d'exérèse reste important. Pour les malades survivant à cinq ans, les récidives loco-régionales s'observent dans 24 % des cas et les métastases viscérales dans 32 %.
4 Pronostic du cancer du rectum
Le pronostic du cancer du rectum s'est un peu amélioré au cours des 15 dernières années. Actuellement le taux de survie à cinq ans se situe entre 35 et 40 %.
QUELLES SONT LES EXPLORATIONS UTILES À LA DÉCISION THÉRAPEUTIQUE ?
Le toucher rectal permet d'apprécier
le siège de la tumeur par rapport à la marge de l'anus, son
extension endoluminale et, dans une certaine mesure, l'infiltration pariétale
par l'analyse du caractère mobile ou fixé de la lésion.
Vingt à trente pourcent
des lésions ne sont pas accessibles du fait de leur siège,
en raison du morphotype du patient ou du caractère douloureux de
l'examen, d'où l'intérêt dans ces cas de l'examen sous
anesthésie générale. Le caractère fixé
de la tumeur ne traduit pas toujours une infiltration tumorale, les lésions
étant fixées dans 1/4 des cas par le processus inflammatoire
péri-tumoral. Le toucher rectal reste insuffisant pour préciser
l'atteinte ganglionnaire.
Le toucher rectal doit donc être
complété par une imagerie pelvienne, en premier lieu, une
échographie endo-rectale (EER) ou une écho-endoscopie.
En l'absence de sténose
tumorale, cet examen précise le degré d'extension pariétale
par rapport aux différentes tuniques avec une efficacité
diagnostique au mieux de 90 %. L'extension peut être surévaluée
du fait de l'inflammation péri-tumorale. L'EER est moins performante
pour évaluer l'atteinte ganglionnaire, l'efficacité diagnostique
ne dépassant pas 80 %. L'EER est surtout utile dans le bilan d'extension
des tumeurs des 2/3 inférieurs, particulièrement pour les
petites lésions. La qualité des résultats dépend
de l'expérience de l'opérateur.
La tomodensitométrie (TDM)
et/ou l'IRM pelviennes ne seront envisagées qu'en seconde intention,
en cas de sténose tumorale ou de volumineuse tumeur. Ces techniques
ne permettent pas l'analyse de l'extension intra-pariétale et restent
décevantes pour la détection des adénopathies métastatiques
; elles permettent d'apprécier l'extension aux structures de voisinage.
L'urographie intra-veineuse est
inutile, car l'échographie abdominale suffit à détecter
une éventuelle dilatation des cavités pyélo-calicielles.
L'opacification rectale avec
cliché de profil peut être utile pour guider le chirurgien
ou le radiothérapeute.
L'évaluation de la dissémination
métastatique est nécessaire en raison de la possibilité
de métastases synchrones, hépatiques ou pulmonaires.
Les examens à proposer,
outre l'examen clinique, sont :
- le dosage de l'antigène
carcino-embryonnaire ;
- la radiographie thoracique
de face et de profil ;
- l'échographie abdominale
qui permet de détecter les métastases hépatiques de
plus de 10 mm. La qualité de ses résultats dépend
de l'opérateur. Le scanner n'est indispensable qu'en cas d'insuffisance
technique de l'échographie.
Les autres examens (porto-scanner,
ponction biopsie hépatique, TDM thoracique) n'ont d'indication qu'en
seconde intention.
Enfin, il est nécessaire
d'explorer le côlon étant donné la fréquence
des lésions associées : soit cancer colique synchrone ( 2
à 8 % des patients) soit polypes (12 à 62 % des patients).
La coloscopie est le meilleur
examen, mais elle n'est pas possible en cas de sténose serrée.
Dans ce cas, il est inutile de recourir à un lavement radio-opaque
dont la rentabilité diagnostique est médiocre. La palpation
per-opératoire du cadre colique est indispensable et une coloscopie
doit être réalisée 3 à 6 mois après l'intervention.
Cette expertise clinique et para-clinique
permet donc d'apprécier l'extension tumorale, schéma à
l'appui, avec une bonne précision et il est impératif de
classer chaque tumeur en utilisant la classification T.N.M. qui sert de
langage commun pour discuter du protocole thérapeutique dans le
cadre d'une concertation pluri-disciplinaire.
Deux recommandations doivent être faites aux chirurgiens :
I - Le traitement du
cancer du rectum est devenu un traitement pluri-disciplinaire. Avant
toute décision chirurgicale, le chirurgien doit prendre conscience
que la stratégie thérapeutique doit être établie
en concertation avec un oncologue radiothérapeute et un oncologue
médical, en accord avec le gastro-entérologue et le médecin
traitant.
II - Le choix de l'intervention
repose uniquement sur le chirurgien,
seul responsable. Une information aussi complète que possible du
malade par le chirurgien concernant la technique chirurgicale envisagée
est indispensable. La chirurgie conservatrice est actuellement possible
dans la majorité des cas, mais il est difficile de le promettre
formellement. Il faut expliquer au malade que la décision définitive
ne pourra être prise qu'au cours de l'intervention et lui exposer
les conséquences d'une éventuelle colostomie.
Le choix entre intervention conservatrice
ou mutilante est difficile dans les cas limites. Il n'y a pas eu d'étude
randomisée possible pour des raisons éthiques. Ce choix repose
sur une série de facteurs qui sont successivement envisagés
:
1 Les facteurs essentiels sont le siège et l'extension loco-régionale du cancer
Le siège du pôle inférieur
de la tumeur est apprécié avec un minimum d'erreur à l'aide
d'un rectoscope rigide. Le Jury regrette qu'il n'y ait pas un consensus international
sur les limites exactes du bas rectum et du haut rectum par rapport à
la marge anale ou au bord supérieur du canal anal, ce qui permettrait
une étude comparative plus précise entre les différentes
séries.
- Au niveau du haut rectum, la
chirurgie conservatrice avec anastomose colo-rectale est possible dans tous
les cas sauf exception.
- Dans les lésions basses
siégeant juste au-dessus du sphincter, l'amputation abdomino-périnéale
du rectum reste habituellement la seule solution, sauf dans certains cas privilégiés,
qui sont plus haut situés que prévu après dissection. Certaines
équipes hautement spécialisées poussent très loin
les indications de la conservation sphinctérienne.
- Dans les cancers du moyen
rectum, les indications de la conservation sphinctérienne doivent
être aussi larges que possible. Il faut rappeler les règles de
sécurité carcinologique : lymphadénectomie mésentérique
inférieure, marge rectale distale de 2 cm au minimum mesurée sur
la pièce fraîche, excision de tout le méso latérorectal
jusqu'à la paroi pelvienne, et excision de la totalité du mésorectum
postérieur. Il est impératif de respecter ces règles pour
réaliser une intervention à visée curative.
L'anastomose peut être colo-rectale
basse ou colo-anale ; l'anastomose colo-anale a permis d'élargir
les indications de la chirurgie conservatrice.
La lymphadénectomie ilio-pelvienne
n'est pas envisagée car ses inconvénients paraissent supérieurs
à ses avantages.
2 D'autres facteurs sont également importants
2.1 L'expérience du chirurgien
C'est un facteur essentiel de réussite. C'est une chirurgie qui peut être difficile et le risque de récidive locale est très important dans le cancer du rectum, beaucoup plus que dans le cancer du côlon et dépendant en partie de l'opérateur.
2.2 Le malade
L'étroitesse du bassin
et la grande obésité gênent beaucoup la dissection
pelvienne et la confection d'une anastomose colo-rectale basse ; elles
peuvent imposer une anastomose colo-anale ou même une amputation
abdomino-périnéale.
Le grand âge lui-même
ne change pas les indications.
L'état du sphincter anal
est apprécié cliniquement. Seule une incontinence anale existant
préalablement à la maladie est une contre-indication au rétablissement
de la continuité.
2.3 Les caractères de la tumeur
Les tumeurs indifférenciées
ont un envahissement ganglionnaire très fréquent et un mauvais
pronostic. Le diagnostic n'est souvent fait qu'à l'examen de la
pièce. Si la biopsie préopératoire le faisait redouter,
l'exérèse pourrait être plus large et la marge de sécurité
rectale distale devrait dépasser largement 2 cm en cas de rétablissement
de la continuité.
En cas de métastases
hépatiques et/ou pulmonaires, peu nombreuses, accessibles a
priori à un traitement chirurgical, les indications opératoires
sont identiques.
En cas de métastases
multiples et diffuses de mauvais pronostic, une chirurgie conservatrice
palliative peut se discuter mais une chirurgie mutilante paraît contre-indiquée.
La colostomie doit si possible
être évitée ou retardée au maximum.
2.4 La radiothérapie préopératoire n'est pas une contre-indication à la chirurgie conservatrice.
La date de la chirurgie reste
discutée par rapport à la fin de la radiothérapie.
Une opération tardive vers la 6ème semaine serait logique
dans les cancers avancés. Une étude randomisée est
en cours, comparant intervalle court et intervalle long.
Faut-il élargir les indications
de la chirurgie conservatrice en cas de fonte tumorale post-radiothérapique
? Il n'y a pas de consensus : Oui pour certains, Non pour d'autres qui
redoutent la persistance de cellules cancéreuses.
3 La chirugie coelioscopique
Elle n'a pas été
envisagée car il n'y a pour le moment aucune référence
permettant de porter un jugement sur ses résultats. Elle doit être
évaluée par des études scientifiques tant sur le plan
de la faisabilité que de l'efficacité dans le cadre d'essais
contrôlés.
Seule la radiothérapie
adjuvante est envisagée.
1 Objectif
Le risque de récidive loco-régionale
après exérèse à visée curative d'un
cancer du rectum concerne un patient sur quatre. Ces récidives altèrent
de manière importante la qualité de vie des patients et sont
particulièrement difficiles à traiter. Ce risque est corrélé
à l'extension pariétale et ganglionnaire. Il est étroitement
lié à la qualité de l'exérèse chirurgicale.
Le premier objectif de la radiothérapie
adjuvante est d'améliorer le contrôle local, sans aggraver
la morbidité immédiate et à long terme.
Le taux des récidives
loco-régionales peut être réduit de moitié par
une radiothérapie à doses suffisantes, effectuée à
titre pré-opératoire. L'impact de ce traitement sur la survie
n'est pas démontré bien que les études n'excluent
pas un effet modéré (gain de survie à 5 ans de l'ordre
de 5%).
2 Aspects techniques de l'irradiation
Sa réalisation nécessite
une étroite collaboration entre le chirurgien et le radiothérapeute.
Le volume irradié doit
être adapté au volume tumoral et privilégier le pelvis
postérieur.
La radiothérapie associée
à la chirurgie induit des complications liées :
- à la dose totale ;
- au fractionnement et à
l'étalement ;
- à la technique ;
- à la réalisation
pré ou post-opératoire.
Le respect de certaines règles,
en particulier celles proposées par le programme d'assurance qualité
de la Société Française de Radiothérapie Oncologique
et la Société Française des Physiciens des Hôpitaux
(S.F.R.O. - S.F.P.H.) permet de réduire ce risque. Une mortalité
post-opératoire plus élevée a été observée
lorsque ces recommandations n'étaient pas respectées, en
particulier chez les patients de plus de 75 ans.
Critères d'une radiothérapie
de qualité :
- accélérateurs
linéaires de haute énergie > 6 MeV
- décubitus ventral et
réplétion vésicale
- technique à faisceaux
multiples (3 ou 4 faisceaux)
- caches focalisés personnalisés
- irradiation de tous les champs
chaque jour, 5 jours par semaine
- contrôle hebdomadaire
de l'irradiation
- dosimétrie informatisée
- opacification de l'intestin
grêle
- opacification du rectum et
repérage du périnée
La radiothérapie pré-opératoire
doit délivrer une dose de 40 à 45 grays en étalement
conventionnel ou une dose biologiquement équivalente. Seules des
études randomisées permettraient de choisir la méthode
la plus efficace et la moins toxique parmi les protocoles ayant fait la
preuve de leur efficacité.
En post-opératoire les
doses recommandées sont de l'ordre de 50 grays en étalement
conventionnel et peuvent atteindre des doses plus élevées
sur des reliquats limités et bien repérés. La protection
de l'intestin grêle au cours de l'intervention chirurgicale doit
être faite pour réduire le risque de lésions radiques
graves, invalidantes et parfois létales.
L'irradiation pré-opératoire
induit une augmentation du taux d'infection périnéale après
amputation abdomino-périnéale. Elle ne semble pas entraîner
d'augmentation significative de la morbidité en cas de chirurgie
conservatrice du sphincter.
Les données actuelles
ne suffisent pas à apprécier la fréquence et la gravité
des complications à long terme de la radiothérapie adjuvante
ce qui justifie des études rigoureuses. L'utilisation et le développement
d'échelles de graduation doivent être encouragés.
Arguments du choix entre radiothérapie
pré- et post-opératoire :
Les arguments pour le choix d'une
radiothérapie adjuvante pré-opératoire sont doubles
:
- il existe une meilleure tolérance
de la radiothérapie pré-opératoire, comme en témoignent
sa moindre toxicité et une observance plus élevée
;
- il existe une diminution significative
du taux de récidive loco-régionale en faveur de la radiothérapie
pré-opératoire lorsque la résection est curative,
dans le seul essai randomisé comparant radiothérapie pré-
et post-opératoire.
3 Indications et recommandations
Une radiothérapie adjuvante
ne doit pas modifier les modalités de la chirurgie d'exérèse
à visée curative telles qu'elles ont été définies.
Une radiothérapie pré-opératoire
est indiquée dans les tumeurs localement avancées (T3-Nx,
T4 résécable) siégeant surtout sur le rectum sous-péritonéal,
étant donné le risque majeur de récidive loco-régionale.
Pour les tumeurs limitées
(T2-Nx) dans lesquelles le risque de récidive loco-régionale
paraît faible après une chirurgie d'exérèse
complète, il n'y a pas d'argument formel pour recommander une radiothérapie
adjuvante préopératoire.
Les contre-indications de cette
radiothérapie pré-opératoire sont les antécédents
d'irradiation pelvienne, éventuellement le grand âge et les
troubles psychiatriques. L'existence d'une laparotomie antérieure
est une contre-indication relative.
Le délai (précoce
: 8 à 10 jours ou tardif : 6 à 8 semaines) entre la fin de
l'irradiation et l'intervention chirurgicale est débattu. Cette
question fait l'objet d'un essai en cours.
Rien ne permet de dire que la
pratique d'une radiothérapie adjuvante pré-opératoire
aboutit à modifier les indications de conservation sphinctérienne.
En l'absence d'irradiation pré-opératoire,
si les critères d'une exérèse carcinologiquement complète
ne sont pas réunis, ou qu'une tumeur a été sous-évaluée
en pré-opératoire, une radiothérapie post-opératoire
peut être envisagée, de préférence associée
à une chimiothérapie.
1 Chimiothérapie
adjuvante
Le risque de reprise évolutive
métastatique, principalement hépatique et pulmonaire, est
au moins aussi élevé que celui des récidives loco-régionales
(1 malade sur 3 à cinq ans).
L'objectif d'une chimiothérapie
adjuvante est l'amélioration de la survie par la réduction
de ce risque. Les résultats disponibles concernent une chimiothérapie
adjuvante post-opératoire selon deux modalités, loco-régionale
ou systémique. La plupart des essais concernent sans distinction
le côlon et le rectum. Tous les protocoles de chimiothérapie
systémique visent à optimiser l'effet cytotoxique du fluoro-uracile
ou 5 FU. Seuls l'acide folinique et le levamisole, dans les tumeurs de
classe C ont démontré leur efficacité, ce qui n'est
pas le cas pour la modulation par d'autres principes actifs, en particulier
l'interferon.
Pour le cancer du rectum, le
bénéfice de la chimiothérapie n'a été
constaté que par un seul essai randomisé utilisant l'association
MOF (méthyl-CCNU, vincristine, 5 FU). Deux essais semblent avoir
montré que le 5 FU administré à une dose supérieure
serait aussi efficace que le MOF. L'utilisation des nitroso-urées
dans la chimiothérapie adjuvante ne doit donc pas être retenue.
La chimiothérapie isolée n'a pas d'utilité clairement
démontrée.
Pour la chimiothérapie
intra-portale, la méta-analyse et les essais en cours permettront
de savoir si ce traitement, de courte durée et assez peu toxique,
améliore la survie des cancers rectaux.
2 Associations radio-chimiothérapiques
La chimiothérapie associée
à la radiothérapie adjuvante réduit la fréquence
des récidives loco-régionales et améliore la survie
sans récidive et globale. Les limites actuelles de cette association
tiennent à sa toxicité aiguë qui en obère l'observance
et à sa toxicité tardive encore mal évaluée.
Dans l'attente de protocoles susceptibles d'améliorer la synergie
et de diminuer la toxicité des deux traitements, son utilisation
ne peut être recommandée qu'en respectant rigoureusement les
règles de qualité précédemment définies
(cf. tableau radiothérapie). L'efficacité de l'irradiation
pré-opératoire incite à évaluer l'efficacité
de la radiothérapie-chimiothérapie pré-opératoire.
Un essai européen est
en cours (EORTC 40911/FFCD 9204).
3 Chimiothérapie palliative
Les résultats de la chimiothérapie
des cancers colo-rectaux métastatiques semblent utilisables, pour
les deux types de tumeurs. Plusieurs essais randomisés mettent en
évidence un effet favorable de la chimiothérapie sur la survie
et sa qualité. Le bénéfice sur la durée de
survie reste cependant faible (allongement de la médiane de 4 à
6 mois). La recherche clinique, concernant le développement de nouvelles
molécules, l'évaluation de nouvelles associations doivent
être poursuivies.
En dehors des essais, les indications
doivent être portées au cas par cas en les réservant
aux sujets en bon état général sans envahissement
tumoral massif. La décision d'une chimiothérapie palliative
doit être prise en concertation avec le chirurgien.
La mono-chimiothérapie
par fluoro-uracile est plus efficace lorsque ce médicament est administré
en perfusion continue. L'association 5 FU-acide folinique est également
efficace. Elle n'a pas été comparée dans une étude
contrôlée au traitement précédent.
En cas de métastases hépatiques
synchrones aucune étude ne permet de recommander une chimiothérapie
pré- plutôt que post-opératoire. Une chimiothérapie
intra-artérielle dont le taux de réponse est significativement
supérieur à celui obtenu par les thérapeutiques systémiques
peut être envisagée lors de l'exérèse de la
tumeur rectale et lorsque les métastases, uniquement hépatiques,
ne sont pas résécables.
Quand la décision d'une
chimiothérapie palliative a été prise, il vaut mieux
la commencer rapidement sans attendre l'apparition de symptômes et
utiliser un protocole ambulatoire. Le traitement doit être interrompu
en cas de progression évidente de la maladie ou d'effet toxique
important.
Des traitements particuliers sont justifiés
chez les malades atteints de petits cancers, de cancers localement avancés
ou de métastases et chez les malades inopérables. Aucun de ces traitements
n'a fait l'objet d'études contrôlées.
1 Petits cancers
Certaines tumeurs de petite taille,
peu infiltrantes, sans adénopathies décelables à l'examen
clinique et à l'échographie endo-rectale, peuvent relever
d'un traitement local conservateur. Elles ne représentent qu'un
petit nombre de cas. Ce traitement peut être une exérèse
chirurgicale ou une radiothérapie de contact.
L'exérèse chirurgicale
par voie transanale a l'avantage de permettre l'examen anatomo-pathologique
de la pièce opératoire.
Elle doit retirer toute l'épaisseur
de la paroi rectale et comporter une marge de résection périphérique
de l'ordre de 1 cm. Elle est indiquée pour les tumeurs du tiers
inférieur du rectum, siégeant sur les faces latérales
et postérieure, de taille inférieure ou égale à
3 cm, de stade T1 et de bas grade (bien différenciées). Lorsque
l'examen de la pièce opératoire montre que la marge de sécurité
est insuffisante, que la graisse est envahie ou que la tumeur n'est pas
bien différenciée, il faut recourir à la chirurgie
d'exérèse large.
Pour les tumeurs de stade T2,
même bien différenciées, il n'y a pas de consensus
en raison du risque d'atteinte ganglionnaire et de récidive locale
plus élevée.
Les traitements locaux méconnaissent
l'extension ganglionnaire, ce qui implique une grande prudence dans leur
utilisation. Certains ont proposé de les compléter par une
radiothérapie externe.
Le malade doit être bien
informé de la possibilité d'avoir à subir une exérèse
large secondaire suivant le résultat anatomo-pathologique, du risque
de récidive et de la nécessité d'une surveillance
renforcée.
2 Cancers localement avancés
Il s'agit ici des cancers fixés
ou envahissant une structure de voisinage.
Le traitement comporte en premier
une irradiation - associée ou non à une chimiothérapie
- qui permet un taux de résection de 50 % à 80 %. La dose
minimale requise est de 45 grays.
La chirurgie secondaire est pratiquée
quatre à huit semaines après l'irradiation :
1 - Lorsque l'exérèse
du rectum, avec ou sans conservation du sphincter, est possible sans élargissement
aux organes voisins, elle est justifiée par des taux de survie,
à cinq ans, de 20 % à 70 % selon le degré d'extension.
2 - Lorsque l'exérèse
doit être élargie aux organes voisins, il est préférable
de faire une exérèse en bloc, même si les organes réséqués
ne s'avèrent pas histologiquement envahis. L'élargissement
est justifié s'il n'entraîne pas d'infirmité supplémentaire
; il en est ainsi de la pelvectomie postérieure chez la femme.
3 - Lorsque l'exérèse
élargie entraîne une mutilation supplémentaire, notamment
en cas d'élargissement aux organes génito-urinaires ou au
sacrum, le bénéfice est plus discutable. Néanmoins,
ce type d'intervention peut être envisagé dans un but curatif
chez le sujet jeune. L'atteinte ganglionnaire à distance de la tumeur
peut être considérée comme une contre-indication ;
elle peut être reconnue par scanner lorsque les ganglions sont volumineux
ou par examen anatomo-pathologique extemporané. La radiothérapie
per-opératoire peut avoir un intérêt pour traiter un
reliquat tumoral macroscopique.
Plus qu'une autre, cette chirurgie
ne peut être décidée qu'avec le consentement éclairé
du malade et ne devrait être entreprise que par des équipes
pluri-disciplinaires ayant l'expérience de ces méthodes.
4 - Lorsque l'exérèse
est impossible, la colostomie ne doit pas être proposée de
façon systématique. D'autres traitements palliatifs permettent
de soulager les symptômes : irradiation externe, laser en cas de
tumeur obstructive, association des deux, résection à l'anse
diathermique. Le traitement de la douleur mérite une attention et
des mesures particulières.
La colostomie reste inévitable
dans un certain nombre de cas, notamment en cas d'occlusion ou d'incontinence.
3 Métastases synchrones
Si elles sont accessibles à
la chirurgie, on associe la résection de la tumeur primaire et celle
des métastases. Une radiothérapie pelvienne complémentaire
peut être discutée. La chimiothérapie adjuvante après
hépatectomie est en cours d'évaluation.
Si elles sont inextirpables,
l'objectif du traitement est d'améliorer le confort par une exérèse
tumorale non mutilante ou, à défaut, par des traitements
locaux palliatifs.
Ces options doivent être
exposées au patient et la décision tenir compte de ses souhaits.
4 Malades inopérables
Il n'y a pas d'études permettant
de définir avec précision quels sont les malades inopérables.
L'appréciation du risque opératoire, avec l'anesthésiste,
repose donc sur les critères habituels, notamment la classification
ASA et sur les caractères propres des maladies associées.
Le risque de décès est particulièrement élevé
en cas d'insuffisance cardiaque au stade IV et de cirrhose classe C. L'insuffisance
coronarienne évolutive (angor invalidant ou infarctus du myocarde
récent) peut être un critère d'inopérabilité
transitoire.
Après amputation du rectum,
la colostomie iliaque gauche reste la règle. La tolérance
est améliorée grâce à la stomathérapie
(choix de l'appareillage, soins locaux, irrigations) et le soutien des
associations de stomisés. La colostomie périnéale
et les colostomies pseudo-continentes restent du domaine de la recherche
clinique.
En cas d'anastomose colo-anale,
l'adjonction d'un réservoir colique est susceptible d'améliorer
la fonction, essentiellement en diminuant le nombre des exonérations
et l'impériosité. Tant que les résultats des études
comparatives randomisées en cours ne seront pas connus, ce procédé
ne peut être conseillé dans tous les cas.
Certaines études suggèrent
que la préservation de l'innervation pelvienne (plexus hypogastriques)
réduirait les séquelles urinaires et sexuelles. Ces études
sont peu nombreuses et leurs résultats non concordants. D'autre
part, la préservation des plexus nerveux pelviens n'est pas toujours
compatible avec l'exérèse large du méso-rectum dont
la valeur carcinologique est établie. Pour le moment, il paraît
difficile de conseiller de conserver systématiquement ces plexus
nerveux au risque d'une exérèse carcinologique insuffisante.
D'autres études sont nécessaires, aussi bien chez la femme
que chez l'homme, pour mieux préciser le retentissement sur la vie
psychique et sexuelle.
L'information préalable
des patients est indispensable. La qualité de vie doit être
prise en considération dans le choix du traitement proposé,
sans remettre en cause l'efficacité carcinologique. Le Jury recommande
que les répercussions psychologiques, sociales et économiques
des traitements soient mieux appréciées et que la qualité
de vie soit évaluée dans les études thérapeutiques,
avec la contribution de stomathérapeutes, de psychologues cliniciens
et des associations de stomisés.
L'examen anatomo-pathologique après exérèse rectale revêt une grande importance pour le pronostic et l'indication éventuelle d'un traitement adjuvant. Cet examen doit préciser le grade de la tumeur, l'état des marges inférieures et latérales de la résection, le nombre et le siège des ganglions envahis par rapport aux ganglions examinés, l'envahissement vasculaire et péri-nerveux.
RECOMMANDATIONS AUX RADIOTHÉRAPEUTES
La radiothérapie pré-opératoire est la plus efficace pour réduire la fréquence des récidives loco-régionales. Elle est moins toxique que la radiothérapie post-opératoire. La radiothérapie doit être réalisée avec prudence et respect des critères de qualité. La détermination des volumes à irradier doit être faite en collaboration avec les chirurgiens et gastro-entérologues. Les complications et les séquelles de la radiothérapie pré ou post-opératoire doivent être mieux évaluées.
RECOMMANDATIONS AUX CHIMIOTHÉRAPEUTES
La chimiothérapie dans le cancer du rectum ne peut être faite que dans le cadre d'une démarche multidisciplinaire. Le 5 FU est jusqu'ici le seul médicament de référence. La chimiothérapie adjuvante isolée n'a pas fait clairement la preuve de son efficacité.
Les stomisés ont tout intérêt
à prendre contact avec une association de stomisés. Il en
existe une dans chaque département. Celle-ci travaille en collaboration
avec les stomathérapeutes. Les stomisés trouveront dans cette
association une aide psychologique et matérielle permettant de dépasser
leur handicap.
Le degré d'extension de
la tumeur est fourni essentiellement par le toucher rectal et l'échographie
endo-rectale. Les techniques chirurgicales actuelles permettent de plus
en plus souvent la conservation du sphincter anal.
La qualité de l'exérèse
chirurgicale est un facteur primordial du pronostic.
Les décisions thérapeutiques
doivent être prises par des équipes pluri-disciplinaires entraînées.
La radiothérapie pré-opératoire
permet de réduire la fréquence des récidives loco-régionales
et peut faciliter l'exérèse des cancers localement avancés.
La chimiothérapie adjuvante
sans radiothérapie associée n'a pas d'utilité clairement
démontrée.
L'information du malade sur les
choix thérapeutiques et ses conséquences pour sa vie ultérieure
est primordiale, notamment pour son consentement éclairé.
La qualité de vie doit
être un souci constant du thérapeute à toutes les étapes
de la maladie et inclut le soulagement de la douleur.
Beaucoup de questions sont encore
en suspens.
Un grand nombre d'essais randomisés
sont en cours pour y répondre.
Une participation active de l'ensemble
du corps médical est le meilleur moyen d'aboutir rapidement.
Jeudi 1er et Vendredi 2 décembre
1994
Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris - 75018 Paris
COLLEGIUM INTERNATIONALE CHIRURGIAE DIGESTIVAE
FÉDÉRATION NATIONALE DES CENTRES DE LUTTE CONTRE LE CANCER
FONDATION FRANCAISE DE CANCÉROLOGIE DIGESTIVE
SOCIÉTÉ FRANCAISE DU CANCER
SOCIÉTÉ FRANCAISE DE CANCÉROLOGIE PRIVÉE
SOCIÉTÉ FRANCAISE DE CHIRURGIE DIGESTIVE
SOCIÉTÉ NATIONALE FRANCAISE DE COLO-PROCTOLOGIE
SOCIÉTÉ FRANCAISE DE RADIOTHÉRAPIE ONCOLOGIE
L'organisation de cette conférence de consensus a été rendue possible grâce à l'aide apportée par les Associations :
Association pour le développement de la Recherche contre le Cancer - Ligue Nationale contre le Cancer