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Marqueurs
sériques dans les cancers du sein et les cancers colorectaux
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Groupe de travail
Monsieur le Professeur Dominique BELLET,
biologiste, président du groupe, VILLEJUIF
Madame le Docteur Najoua MLIKA-CABANNE, médecin bio-statisticien, chargée de
projet, SOISSONS
Monsieur le Professeur Laurent BEDENNE, gastro-entérologue, oncologue, DIJON
Monsieur le Docteur Bernard BRUN, radiothérapeute, oncologue, PARIS
Monsieur le Docteur Jean-Louis DEMEAUX, généraliste, BORDEAUX
Monsieur le Docteur Jean-Louis LEGRAND, biologiste, TOULOUSE
Monsieur le Docteur Gérard LORIMIER, chirurgien viscéral, ANGERS
Monsieur le Docteur Hervé MIGNOTTE, chirurgien, LYON
Monsieur le Docteur Jean-Michel OLLIVIER, chirurgien, oncologue, CAEN
Madame le Docteur Sophie PIPERNO-NEUMANN, oncologue, BOBIGNY
Monsieur le Docteur Yves RINALDI, gastro-entérologue, MARSEILLE
Monsieur le Professeur Hugues ROUSSET, interniste, SAINT-ETIENNE
Monsieur le Docteur Jean-Claude RYMER, biologiste, CRETEIL
Représentant ANDEM
Groupe de lecture
Monsieur Patrice BLOUIN, pharmacien
biologiste, BORDEAUX
Madame le Docteur Marie-Jeanne BOUDET, chirurgien viscéral, PARIS
Monsieur le Professeur Jean BOULEZ, chirurgien viscéral, LYON
Monsieur le Docteur Hubert CALDEROLI, chirurgien, oncologue, STRASBOURG
Monsieur le Professeur Michel CAUDRY, oncologue, BORDEAUX
Monsieur le Docteur François CHASTE, gynécologue-obstétricien, REIMS
Monsieur le Docteur Jean-Pierre CHEVREUL, généraliste, SAINT-PIERRE-DES-CORPS
Monsieur le Professeur Jean FAIVRE, gastro-entérologue, DIJON
Monsieur Guy FOUILLET, pharmacien biologiste, GRENOBLE
Monsieur le Professeur Jacques FOURNET, gastro-entérologue, GRENOBLE
Monsieur le Professeur Gilles FOURTANIER, chirurgien viscéral, TOULOUSE
Monsieur le Docteur Eric FRANCOIS, gastro-entérologue, NICE
Madame le Docteur Marie-Jeanne GILBERT, généraliste, ROMAGNAT
Monsieur le Docteur James GOLDBERG, cancérologue, PARIS
Monsieur le Professeur Nicolas GRENIER, radiologue, BORDEAUX
Monsieur le Professeur Jean-Robert HARLE, interniste, MARSEILLE
Monsieur le Docteur Hervé LAUCHE, radiothérapeute, oncologue, MONTPELLIER
Monsieur le Docteur Alessandro LIBERATI, conseil scientifique, ANDEM, MILAN
Monsieur le Docteur Jean-Luc MEYER, gynécologue-obstétricien, BEAUMONT
Madame Marie-Colombe NICOL, pharmacien biologiste, EYBENS
Monsieur le Docteur Patrice PIENKOWSKI, gastro-entérologue, MONTAUBAN
Monsieur le Professeur Jean-Michel REME, gynécologue-obstétricien, TOULOUSE
Monsieur le Docteur Rémy-Jacques SALMON, chirurgien, cancérologue, PARIS
Monsieur le Docteur Eric TEISSIER, radiothérapeute, NICE
Monsieur le Docteur René THIBON, généraliste, NIMES
Monsieur le Professeur Maurice TUBIANA, radiothérapeute, PARIS
Monsieur le Docteur Fernand VICARI, gastro-entérologue, interniste, NANCY
Monsieur le Docteur Pascal VINCENT, cancérologue, AVIGNON
Monsieur le Professeur Denis VITAL-DURAND, interniste, PIERRE-BENITE
Méthode générale
Ces recommandations et références médicales ont été élaborées par un groupe de travail, au terme dune analyse de la littérature scientifique et de lavis des professionnels. Le texte a été soumis à un groupe de lecture avant dêtre finalisé. Les sociétés scientifiques ont été consultées pour connaître les travaux réalisés antérieurement sur le sujet et pour proposer des personnes susceptibles de participer aux groupes.
Pour chaque thème, lANDEM a constitué un groupe de travail regroupant dix à quinze personnes de diverses compétences. La parité du mode dexercice (spécialistes et non-spécialistes en CHU ou CHG, spécialistes ou généralistes libéraux) et la répartition géographique ont été prises en compte. Ces groupes de travail comprenaient un président (qui a dirigé le groupe et collecté les avis de lensemble des membres) et un chargé de projet (qui a collaboré directement avec le président, et a rédigé le document final afin de le proposer et de le discuter avec le groupe de travail). Un représentant de lANDEM a assisté chaque groupe, sest assuré de la cohérence de la méthode de travail et a exercé une fonction de conseil auprès du chargé de projet.
Une recherche bibliographique a été réalisée par interrogation systématique des banques de données : MEDLINE, EMBASE, HealthSTAR, Cochrane et PASCAL. Elle a identifié d'une part les recommandations pour la pratique clinique et les conférences de consensus (sur dix ans en toutes langues) et d'autre part les revues de synthèse : méta-analyses, analyses de décision (sur cinq ans en langue française ou anglaise). Elle a été généralement complétée par une recherche dessais cliniques en langue française ou anglaise, sur un ou plusieurs aspects du thème demandé. Si nécessaire, dautres banques de données ont pu être interrogées.
Cette bibliographie obtenue par voie automatisée a été complétée par une recherche manuelle. Dune part, les membres du groupe de travail ou du groupe de lecture ont pu transmettre leurs articles. Dautre part, les sommaires de revues générales et de revues du thème concerné définis par le Chargé de projet ont été dépouillés pendant la période du 1er septembre 1996 au 28 février 1997. De plus, les listes de références citées dans les articles déjà identifiés ont été consultées.
Le chargé de projet et le président ont utilisé des grilles de lecture destinées à apprécier la qualité méthodologique et le niveau de preuve scientifique de ces documents. Les documents ont été classés selon les grilles en différentes catégories. Sur la base de cette analyse de la littérature, le groupe de travail a proposé, chaque fois que possible, des recommandations. Ces recommandations ont été basées soit sur un niveau de preuve scientifique, soit, en labsence de preuve, sur un accord professionnel. Des propositions dactions futures ont été formulées.
Le groupe de lecture, composé de personnalités compétentes exerçant dans différents secteurs dactivités, comprenait vingt-cinq à quarante personnes externes au groupe de travail. Les experts de ce groupe de lecture, consultés par courrier, ont donné un avis. Ces experts ont apprécié la lisibilité, la faisabilité et l'applicabilité du texte de recommandations et références. Les remarques du groupe de lecture ont été transmises au groupe de travail. Ce groupe de travail a pu modifier son texte et a validé le document final. Le texte produit par le groupe de travail a été présenté avec une bibliographie dite " sélective " constituée des articles cités dans le texte pour argumenter les énoncés. Tous les autres articles consultés ont été regroupés dans une bibliographie dite " complémentaire ".
Lensemble des textes de recommandations et références ont ensuite été soumis à lavis du conseil scientifique de lANDEM.
Stratégie de la recherche documentaire
Recherche automatisée
Elle sest basée
sur la mise à jour des recommandations de lAmerican Society of Clinical
Oncology paru en 1996 : " Clinical practice guidelines for the
use of tumor markers in breast and colorectal cancer " (1).
Elle a porté sur la période 1994-1997.
| Les mots-clés suivants ont été utilisés : | associés à : |
|
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| Les mots-clés suivants ont été utilisés : | associés à : |
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161 références ont été obtenues lors de ces interrogations (toutes stratégies confondues avec possibilité de redondance). Dautres publications obtenues par consultation des références citées dans les articles déjà identifiés ont été utilisées.
Recherche manuelle
Le sommaire des revues suivantes a été dépouillé de début septembre 1996 à fin février 1997.
| Revues générales : | Revues spécialisées : |
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167 articles ont été sélectionnés et analysés dont 82 références utilisées pour lélaboration du texte de recommandations.
Recommandations et références
Les dosages des marqueurs
sériques, pour un même patient, doivent être effectués dans le même laboratoire
et avec la même technique.
Un premier résultat supérieur aux valeurs usuelles doit être vérifié sur un
autre prélèvement.
Le résultat dun dosage de marqueur sérique doit être interprété en fonction
du contexte clinique et des résultats des autres examens.
Marqueurs sériques et cancer du sein
Le CA15-3 ne doit pas être utilisé comme
un moyen de dépistage ou de diagnostic précoce du cancer du sein, compte tenu
de sa faible sensibilité et spécificité.
Il est recommandé de ne pas doser
le CA15-3 au stade initial de la maladie, en dehors dun protocole de recherche.
Après traitement initial dun
cancer du sein et en labsence de signe(s) dappel(s) clinique(s),
le groupe de travail a recommandé de ne pas pratiquer de dosage du CA15-3. Si
ce dosage peut permettre un diagnostic précoce des rechutes, il nest pas
démontré en létat actuel des connaissances, que leur traitement au stade
infra-clinique améliore la survie.
Lors du suivi thérapeutique d'une
rechute ou d'une métastase, le dosage du CA15-3 est un élément dévaluation
de lefficacité thérapeutique mais ne peut en aucun cas être lindicateur
unique de lefficacité du traitement.
Il est recommandé de ne pas doser
lantigène carcino-embryonnaire (ACE), dans le dépistage, le bilan initial,
la surveillance et lévaluation thérapeutique dune patiente ayant
un cancer du sein, sauf chez les patientes métastatiques qui nexpriment
pas le CA 15-3.
Marqueurs sériques et cancer colorectal
Lantigène carcino-embryonnaire
(ACE) ne doit pas être utilisé pour le dépistage ou le diagnostic précoce du
cancer colorectal car sa sensibilité et sa spécificité sont insuffisantes.
Il est recommandé de ne pas doser lACE dans le bilan initial dun
cancer colorectal. Même sil a une valeur pronostique, aucune donnée de
la littérature ne suggère lintérêt du dosage de lACE pour décider
dune thérapeutique et en particulier lindication dun traitement
adjuvant.
Après un geste chirurgical à visée curative, une valeur élevée de lACE
au-delà de 6 semaines est en faveur de la persistance de tissu tumoral. Ceci
peut amener à une modification de lattitude thérapeutique. Il y a un accord
professionnel en faveur dun dosage de lACE en postopératoire. Par
contre, la surveillance postopératoire par dosages répétés dACE nest
pas recommandée en dehors dessais prospectifs. Si cette surveillance peut
permettre le dépistage des récidives et un traitement précoce de la maladie
évolutive, il nest pas démontré quelle permette de proposer une
stratégie qui améliore la survie de façon significative.
Les données de la littérature sont insuffisantes pour conclure en 1997 à lintérêt
de lACE dans le suivi thérapeutique dune reprise évolutive.
En 1997, les données sont insuffisantes pour recommander le CA19-9 pour le dépistage,
le diagnostic, la surveillance ou le suivi du traitement des patients.
Argumentaire
Introduction
Lincidence importante des tumeurs
du sein et des tumeurs colorectales a motivé la réalisation de recherches sur
les marqueurs tumoraux. Ces marqueurs tumoraux sont des substances produites
par les tumeurs, détectables dans les cellules, les tissus ou les liquides biologiques.
Leur modification quantitative ou qualitative peut suggérer le développement
dun cancer et éventuellement son origine, ou la progression dune
tumeur existante.
Nous avons limité ce travail à létude des marqueurs sériques des cancers
du sein et colorectaux.
Lutilisation des marqueurs sériques en pratique clinique doit respecter
trois règles :
Compte tenu des nombreux
travaux en cours sur les marqueurs tumoraux sériques en oncologie mammaire et
colorectale, les recommandations devront être régulièrement actualisées.
Dans lanalyse de la littérature,
le groupe de travail a considéré : lAntigène Carcino-embryonnaire
(ACE) et le Cancer Antigen 19-9 (CA19-9) pour le cancer colorectal ; le
Cancer Antigen 15-3 (CA15-3) et lACE pour le cancer mammaire primitif
(et non ladénocarcinome dorigine inconnue).
Seules les situations où le résultat
de leur dosage conduit à des décisions cliniques susceptibles daméliorer
la survie ou la qualité de vie ont été analysées.
1 Marqueurs sériques et cancer du sein
Pendant longtemps, lACE
a été le seul marqueur utilisé pour le cancer du sein. En 1997, le marqueur
le plus utilisé est le CA15-3.
Dautres marqueurs sont en cours dévaluation. Il sagit du " Mucin-like
Carcinoma-associated Antigen " (MCA), " Tissue Polypeptide-Specific
Antigen " (TPS), CA27-29 et CA549. Ils ne semblent pas offrir, un
avantage en terme de sensibilité ou de spécificité par rapport au CA15-3.
1.1 Le CA15-3
Le CA15-3 est un antigène
de différenciation de lépithélium mammaire produit du gène MUC 1 (2).
Il a été détecté grâce à deux anticorps monoclonaux :
- le 115D8, obtenu par hybridation
de cellules dun myélome murin avec des cellules spléniques de souris immunisées
par des gouttelettes de lait humain ;
- le DF3, obtenu par hybridation
de cellules dun myélome murin avec des cellules de souris immunisées par
des cellules dun carcinome mammaire.
Seuls les dosages référencés CA15-3
utilisent ces deux anticorps monoclonaux.
Le dosage du CA15-3 seffectue,
le plus souvent par une méthode immunométrique, fondée sur le principe du " sandwich "
entre les deux anticorps : Immuno Radio Metric Assay (IRMA) avec traceurs
radioactifs ou Enzyme Linked Immuno Sorbent Assay (ELISA) avec traceurs non
radioactifs.
Des études comparatives de tests
mesurant le CA15-3 ont conclu à une très bonne concordance entre ces différents
tests. Les différentes méthodes de mesure du CA15-3 permettent une interprétation
similaire des résultats en fonction du contexte clinique (3-6). Les valeurs
absolues peuvent varier significativement selon les méthodes et les laboratoires
(3, 6).
Le groupe de travail a recommandé que les dosages du CA15-3 soient faits dans le même laboratoire et avec la même méthode.
Les valeurs usuelles
de CA15-3 généralement admises sont inférieures à 25-30U/mL (valeur variable
selon les études et les techniques de dosages).
Les causes de variations physiologiques
des taux du CA15-3 sont rares (7). Il ny a pas de différence selon le
sexe (8, 9). Le tabagisme et la lactation nont aucune influence sur les
taux sériques de CA15-3 (10, 11), par contre, parmi 134 femmes enceintes (7
à 43 semaines de gestation) 9,8 % avaient un taux de CA 15-3 supérieur
à 25 U/mL (12). Dautres affections bénignes (mammaires, hépatopathies
bénignes, broncho-pneumopathies, pathologies digestives inflammatoires, pathologies
endocrines et maladies auto-immunes) ou malignes extra-mammaires (ovaires, colon-rectum,
pancréas, hépato-biliaire, poumons, estomac, thyroïde) peuvent être associées
à une élévation du taux de CA 15-3, limitant ainsi sa spécificité (tableaux 1
et 2).
Tableau 1. Affections malignes extra-mammaires associées à un taux de CA 15-3 élevé.
|
Localisations cancéreuses |
Nombre de patientes |
|
|
Extrêmes** |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
*
Supérieur à la valeur seuil.
** Valeurs extrêmes du CA 15-3 dans la population étudiée.
Tableau 2. Affections bénignes associées à un taux de CA 15-3 élevé.
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|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
* Supérieur à la valeur
seuil.
** Valeurs extrêmes
du CA 15-3 dans la population étudiée.
1.1.1 Intérêt du CA 15-3 dans le cancer du sein : revue de la littérature
Lantigène CA15-3
est le marqueur sérique le plus utilisé chez les patientes ayant un cancer du
sein. Le taux de CA15-3 est rarement élevé dans les stades précoces de la maladie.
Le dosage du CA15-3 a été largement utilisé comme aide à lévaluation de
l'efficacité thérapeutique en phase métastatique. Les données que nous avons
consultées nont pas montré que le CA15-3 était le meilleur indicateur
de la réponse du patient au traitement. Des essais contrôlés permettant de mieux
définir lintérêt précis du CA15-3 dans cette situation, nont pas
été faits avant la diffusion de ce test.
Lintérêt du CA15-3 a été évalué pour le diagnostic, le pronostic, le suivi
thérapeutique des cancers du sein et pour prédire les rechutes du cancer du
sein après traitement curatif chirurgical et/ou médical.
1.1.2 Dépistage, diagnostic précoce
Un marqueur ne peut être
utile pour le dépistage ou pour la détection précoce dun cancer que sil
permet de le détecter à un stade curable chez des sujets asymptomatiques ou
symptomatiques. Il doit nêtre quexceptionnellement anormal chez
des sujets sains ou des patients nayant pas de cancer.
Un taux de CA15-3 supérieur aux valeurs usuelles a été observé chez 2 à 7 %
de sujets sains (11, 13, 16, 18, 19). Plusieurs états pathologiques autres que
le cancer du sein peuvent saccompagner dune élévation du CA15-3
(tableaux 1 et 2), avec des valeurs maximales quantitatives souvent
inférieures à 100 U/mL (18). Ces élévations non spécifiques du CA15-3 sont à
lorigine dun pourcentage important de faux positifs.
Si la spécificité mammaire du CA15-3 semble limitée, sa sensibilité au moment
du diagnostic initial nest guère meilleure. En effet, 7,1 à 34 %
seulement des cancers du sein non métastatiques, tous stades confondus, ont
un taux supérieur aux valeurs seuils du CA15-3 (tableau 3) (15,
16, 18-23).
Tableau 3. Sensibilité et spécificité du CA 15-3 dans la détection dun cancer du sein non métastatique.
| Auteurs |
Sensibilité |
Spécificité |
Seuil |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
- : non déterminé dans larticle
Le CA15-3 ne doit pas être utilisé comme un moyen de dépistage ou de diagnostic précoce du cancer du sein, compte tenu de sa faible sensibilité et spécificité.
1.1.3 Bilan dextension
Plusieurs études ont
montré que le taux sérique de CA15-3 était corrélé au stade de la maladie. Plus
le stade est avancé, plus le taux de CA15-3 est élevé (15, 16, 21, 22, 24).
Neuf pour cent des femmes avec un cancer du sein de stade I et 19 % des
femmes avec un cancer du sein de stade II, avaient un taux de CA15-3 supérieur
aux valeurs usuelles. Cette incidence des taux du CA15-3 supérieurs aux valeurs
usuelles était de 38 % et 75 % chez les patientes respectivement de
stade III et IV (1).
Les taux sériques du CA15-3 étaient corrélés positivement à la taille de la
tumeur primitive, à lextension ganglionnaire et au nombre des ganglions
atteints (15, 21, 25).
Des valeurs pré-thérapeutiques de CA15-3 très élevées (5 à 10 fois la normale),
peuvent suggérer un stade avancé de la maladie, voire une maladie métastatique
demblée (15, 21, 26).
Yasasever (19) a étudié lintérêt de différents marqueurs (CA 15-3, MCA
et ACE), dans la détection dune métastase demblée, chez 159 patientes
ayant un cancer du sein primitif non traité. Lanalyse multivariée a montré
quaucun marqueur ne permettait de discriminer entre la présence et labsence
de métastases demblée (19).
Aucun travail publié à ce jour, na étudié la relation entre taux initial
de CA 15-3 initial et lattitude thérapeutique, pour définir en particulier
lindication dun traitement adjuvant.
Le groupe de travail a recommandé de ne pas doser le CA15-3 au stade initial de la maladie, en dehors dun protocole de recherche.
1.1.4 Surveillance après traitement initial
1.1.4.1 Indicateur dune rechute ou dune métastase
Des études (9, 13, 15, 20, 27-34) (tableau 4) ont montré quen moyenne 70,4 % des patientes avec une première évolution métastatique avaient une élévation du taux sérique de CA15-3 avec un pourcentage non négligeable de sujets faux négatifs : 29,6 % en moyenne, de 7 à 50 % selon les études. Le pourcentage de faux positifs variait de 1 à 11 % selon les auteurs (27, 29, 32, 34).
Tableau 4. Pourcentage de patientes ayant un cancer du sein métastasé avec un taux sérique élevé de CA15-3.
|
Auteurs |
Nombre de patientes |
CA15-3
élevé* |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| TOTAL |
1 045 |
736 (70,4) |
* Supérieur aux valeurs usuelles
Des variations importantes
de sensibilité (50 à 88,9 %) et de spécificité (75 à 97,6 %) des taux
sériques du CA15-3 ont été observées lors de la première rechute de patientes
suivies après traitement chirurgical à visée curative. Le délai médian délévation
(3 -14 mois) du CA 15-3 avant la détection clinique et/ou radiologique de la
première rechute ou de la métastase variait également. Les valeurs prédictives
positives variaient selon les séries de 81 à 91 % suggérant une réelle
valeur du taux de CA15-3 dans la confirmation d'une évolution métastatique (tableau 5).
Le CA15-3 était plus sensible que lACE dans les séries ayant dosé
les deux marqueurs chez des patientes en première évolution métastatique (9,
20, 27, 29, 34). Une élévation du taux de CA15-3 a été observée chez 41 à 72 %
des patientes développant une rechute ou une métastase alors que le pourcentage
de lACE élevé variait de 15,8 % à 44,5 % selon les études.
Tableau 5. Sensibilité, spécificité, valeurs prédictives et délais moyens daugmentation du taux sérique du CA15-3 avant confirmation clinico-radiologique de la première rechute quelle soit métastatique ou locorégionale.
| Auteurs |
Se |
Sp |
VPP |
VPN |
Délai moyen daugmentation* |
Seuil (U/mL) |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Extrêmes |
50-88,9 |
75-7,6 |
81-1 |
66-91 |
3-14 (1-45) |
25-30 |
Se
= Sensibilité, Sp = Spécificité, VPP = Valeur Prédictive Positive,
VPN = Valeur Prédictive Négative, - = non déterminé dans larticle
* délai moyen entre laugmentation de la valeur du CA 15-3 au-dessus du
seuil et la confirmation clinico-radiologique de la rechute.
Lincidence de lélévation
du taux sérique de CA15-3 variait significativement selon la localisation de
la première rechute quelle soit osseuse, pulmonaire ou loco-régionale
(27). Le CA15-3 avait une sensibilité élevée dans les localisations osseuses
(68 à 81 % de taux supérieurs aux valeurs usuelles), hépatiques (75 %)
et pulmonaires (50 à 70 %) (25, 29, 32). Il avait une sensibilité médiocre
en cas de rechutes locorégionales (23 %) (29).
Si lefficacité des marqueurs sériques dans le diagnostic précoce des métastases
est reconnue, aucune étude na montré encore de façon définitive lintérêt
ou labsence dintérêt du traitement précoce de celles-ci. Les résultats
préliminaires de 2 études (37, 38) ont montré un retard de survenue de métastase
clinique et une augmentation de la durée de survie chez les patientes traitées
dès lascension dun des deux marqueurs CA 15-3 et/ou ACE.
Après traitement initial dun cancer du sein et en labsence de signe(s) dappel(s) clinique(s), le groupe de travail a recommandé de ne pas pratiquer de dosage du CA15-3. Si ce dosage peut permettre un diagnostic précoce des rechutes, il nest pas démontré en létat actuel des connaissances, que leur traitement au stade infra-clinique améliore la survie.
1.1.4.2 Le suivi thérapeutique dune rechute ou dune métastase
Le principal rôle d'un
marqueur en phase métastatique déclarée est daider à lévaluation
thérapeutique.
Albuquerque et coll. (39) ont étudié la valeur pré-thérapeutique du taux sérique
de CA15-3 dans la prédiction de la réponse au traitement des patientes ayant
une métastase nouvellement diagnostiquée. Aucune corrélation significative na
été observée entre le taux de CA15-3 et la réponse thérapeutique à 6 mois.
Des auteurs ont tenté de corréler lévolution des taux de CA15-3 durant
le traitement des métastases à lefficacité de ce dernier. La plupart des
investigateurs ont proposé le seuil de 25 % de variation du taux de CA15-3
pour prédire une progression de la maladie (28, 30-32). Les données de la littérature
suggèrent une forte corrélation entre la réponse au traitement de la métastase
et les variations du taux de CA15-3 (1, 25, 30-33, 40). Ces études ont montré
que 66 % des patientes avaient une diminution des valeurs de CA15-3 en
cas de réponse, 73 % avaient des taux de CA15 - 3 stables en
cas de maladie stable et 80 % avaient une élévation des taux de CA15-3
en présence dune maladie évolutive. La plupart de ces études soutiennent
lutilisation du CA15-3 comme marqueur de lefficacité thérapeutique
seul ou associé à dautres marqueurs (1, 25, 31, 33, 40). Dans chaque situation
clinique (réponse, stabilisation, progression), une proportion non négligeable
de résultats discordants a été observée chez 15 à 25 % des malades traités
(1, 25, 41). Ces discordances peuvent être en partie liées à une augmentation
transitoire et paradoxale des taux de CA15-3 : " effet pointe ",
après initiation dun traitement systémique (9, 25, 41, 42). Cette augmentation
variable dans son intensité et dans sa durée (1-3 mois), peut être difficile
à différencier dune réelle progression (25).
Peut-on affirmer quun traitement est efficace lorsque le CA15-3 diminue
et inversement, peut-on dire que la maladie progresse lorsquil augmente ?
Cette corrélation positive clinico-biologique est bonne dans près de 80 %
des cas (25).
Lors du suivi thérapeutique d'une rechute ou d'une métastase, le dosage du CA15-3 est un élément dévaluation de lefficacité thérapeutique mais ne peut en aucun cas être lindicateur unique de lefficacité du traitement.
1.2 Lantigène carcino-embryonnaire : ACE
Cet antigène est une
glycoprotéine de haut poids moléculaire faisant parti de la famille des immunoglobulines.
Cest un antigène oncofoetal normalement présent dans lintestin,
le foie et le pancréas au cours des deux premiers mois de la gestation. LACE
est très fortement exprimé par de nombreux adénocarcinomes, en particulier colorectaux,
mammaires et pulmonaires.
Le dosage de lACE seffectue habituellement par une méthode immunométrique.
La limite supérieure des valeurs usuelles varie entre 3 et 5 ng/mL. Lâge,
le sexe, la race nont aucune influence sur les taux sériques dACE.
Les fumeurs ont des taux plus élevés que les non fumeurs (1, 43).
Une augmentation modérée et/ou significative peut être observée dans des maladies
inflammatoires aiguës ou chroniques pulmonaires et digestives, dans les cirrhoses
alcooliques et les insuffisances rénales. Dautres cancers peuvent être
à lorigine dune élévation des taux de l'ACE (estomac, pancréas,
foie, thyroïde, poumon, ovaire, colon, rectum, tumeurs neuro-endocrines, lymphome
et mélanome).
1.2.1 Intérêt de l'ACE dans le cancer du sein : revue de la littérature
Le taux sérique de l'ACE
peut être élevé dans 12 % des cancers du sein non métastatiques et dans
35 à 40 % des cancers du sein en phase métastatique (43). Le niveau et
la fréquence de lélévation de ce marqueur étaient corrélés avec la progression
tumorale (1, 44).
La spécificité et la sensibilité dun marqueur déterminent son utilité
pour le dépistage et le diagnostic de cancer. Plusieurs études (8, 11, 13, 14,
17, 22) ont montré que le pourcentage de patientes avec un taux sérique dACE
supérieur aux valeurs usuelles augmentait avec le stade de la maladie (tableau 6).
La synthèse de ces 6 études a montré que le pourcentage des femmes ayant un
taux de lACE élevé serait de 11,7 % au stade I et II, de 23,3 %
au stade III et de 58,2 % au stade IV.
Tableau 6. Incidence de l'élévation du taux de l'ACE selon le stade du cancer mammaire
| AUTEURS | STADE |
SEUIL |
|||
| I
n (%) |
II
n (%) |
III
n (%) |
IV
n (%) |
||
| Hayes,
1986 (11) Fujino, 1986 (8) Barak, 1988 (14) Safi, 1989 (13) Dnistrian, 1991 (17) Pavesi, 1994 (22) |
2 (0,0)
54 (7,4) 38 (7,9)* 36 (6,0) 12 (8,0) 45 (6,6) |
14 (14,0)
16 (25,0) 39 (26,0) 13 (15,0) 65 (12,3) |
7 (0,0)
7 (28,6) 15 (20,0) 16 (19,0) 7 (71,0) 21 (19,0) |
7 (0,0)
17 (41,2) 47 (72,0) 18 (72,0) 4 (75,0) 17 (41,1) |
3
12,5 5 3 5 5 |
| TOTAL |
334 (11,7)
|
73 (23,3)
|
110 (58,2)
|
||
n = nombre
total de sujets dans le groupe.
(%) = pourcentage des patients avec une élévation du taux de lACE.
* = valeurs correspondant aux stades I et II.
Malgré laugmentation
sensible du pourcentage de patientes ayant des taux sériques élevés, lors dune
utilisation combinée des dosages de lACE et du CA15-3, les taux restent
normaux dans des proportions trop importantes pour que le dosage de ces deux
marqueurs soit intéressant pour le dépistage ou le diagnostic précoce du cancer
du sein : 28 % délévation pour les deux marqueurs dans les tumeurs
de type T1 et T2, 38 % délévation dans les tumeurs de type T3 et
T4 (43).
Les performances du seul dosage de lACE dans le cancer du sein sont inférieures
à celles du CA15-3 aussi bien pour la détection dune rechute et/ou métastase
que pour lappréciation de lefficacité du traitement de ces dernières
(30, 33, 45).
Cinq études (9, 20, 27, 29, 34) ont évalué lintérêt de lACE, du
CA15-3 et dautres marqueurs sériques dans la surveillance des patients
opérés dun cancer du sein. Elles ont conclu à la supériorité du CA15-3
dans la détection précoce dune rechute ou dune métastase. Cependant
7 à 11 % des patientes en phase métastatique avaient un taux de CA 15-3
normal mais un taux dACE supérieur aux valeurs seuils (9, 20, 27, 29,
34) (tableau 7). Le pourcentage de patientes développant une rechute ou
une métastase avec des taux de lACE élevés variait de 15,8 % à 64 %
selon les études. Le CA15-3 était élevé chez 41 à 87 % de ces femmes.
Tableau 7. Pourcentage de patientes ayant un taux élevé de CA 15-3 et/ou dACE dans le cancer du sein métastasé.
| Auteurs |
n |
ACE élevé n (%) |
CA15-3 élevé n (%) |
CA15-3
élevé n (%) |
ACE
élevé n (%) |
Valeur
seuil U/mL |
Valeur
seuil ng/mL |
| Vizcarra,
1996(9) Pectasides, 1996(27) Molina, 1995(29) Coveney, 1995(20) Vizcarra, 1994(34) |
117
149 91 87 63 |
52 (44,4
%)
51 (34,1%) 30 (33 %) 56 (64 %) 10 (15,8 %) |
75 (64,1
%)
102 (68,2%) 37 (41%) 76 (87 %) 28 (44,4 %) |
33 (28,2
%)
- 17 (19 %) - - |
10 (8,5 %)
- 10 (11 %) 6 (7 %) - |
30
30 60 25 30 |
5
5 10 5 5 |
* Supérieur à la valeur seuil
La corrélation entre la réponse au traitement et lévolution des taux de lACE semble être meilleure avec le CA15-3 combiné ou non à lACE (30-33, 40).
Le groupe de travail a recommandé de ne pas doser lantigène carcino-embryonnaire, dans le dépistage, le bilan initial, la surveillance et lévaluation thérapeutique dune patiente ayant un cancer du sein, sauf chez les patientes métastatiques qui nexpriment pas le CA 15-3.
2 Marqueurs sériques et cancer colorectal
Les marqueurs usuels dans le cancer colorectal sont lantigène carcino-embryonnaire (ACE) et le CA19-9. Dautres marqueurs sont en cours dévaluation : CA50, CA195, CA72-4 ou TAG 72 (Tumor Associated glycoproteïn 72), CA242, TPA (Tissue Polypeptide Antigen), Villine, LAP (Leukocyte Alkaline Phosphatase), prolactine plasmatique. Ils ne semblent pas offrir, sauf situation particulière, un avantage en terme de sensibilité ou de spécificité vis-à-vis de lACE ou du CA19-9. Le groupe de travail na pas estimé utile de les considérer.
2.1 L'Antigène Carcino-Embryonnaire
Les caractéristiques de lACE ont été décrites ci-dessus.
Comme tout autre marqueur biologique, le groupe de travail a fortement recommandé, pour un même patient, que les dosages soient faits par le même laboratoire et avec la même méthode.
2.1.1 Intérêt de l'ACE dans le cancer colorectal : revue de la littérature
LACE reste le marqueur le plus utilisé dans les cancers colorectaux, en particulier dans leur suivi.
2.1.2 Dépistage, diagnostic précoce
Le cancer colorectal
réunit les conditions justifiant un dépistage :
- une incidence élevée : 33 000 nouveaux cas par an en France ; un
pronostic médiocre : plus de 15 000 décès par an (46) ;
- un traitement efficace au stade initial.
La sensibilité du test de dépistage permet de détecter des tumeurs chez des
patients asymptomatiques lorsquun traitement à visée curative est le plus
efficace. La sensibilité de lACE variait entre 43 et 63 % selon les
études et le seuil de normalité adopté (24, 47-51) (tableau 8). Cette
sensibilité variait selon le stade de la maladie (1, 24, 47-55).
Tableau 8. Sensibilité et spécificité de lACE dans la détection dun cancer colorectal.
| Auteurs |
Sensibilité % |
Spécificité % |
Seuil ng/mL |
| Frenette,
1994 (24) Eskelinen, 1994 (47) Fernandez-Fernandez, 1995 (48) Carpelan-Holmström, 1995 (49) Von Kleist, 1996 (50) Filella, 1996 (51) |
62,9
63,0 46,4 43,0 43,9 60,0 |
57,1
88,0 95,0 90,0 95,6 -- |
2,5
2,5 5,6 5,0 4,0 4,5 |
|
Extrêmes
|
43,0 - 63,0 |
57,1 - 95,6 |
2,5 - 5,6 |
Un taux dACE supérieur aux valeurs usuelles a été observé chez 4,4 % de sujets sains (50). Ce marqueur est exprimé par des cancers autres que les cancers colorectaux (cancer du sein, cancers broncho-pulmonaires, cancer ovarien, cancer de la prostate, cancer médullaire de la thyroïde) et dans dautres affections bénignes (colites ulcéreuses, maladie de Crohn, maladies hépatobiliaires, pancréatite) (24, 43, 50, 55).
LACE ne doit pas être utilisé pour le dépistage ou le diagnostic précoce du cancer colorectal, car sa sensibilité et sa spécificité sont insuffisantes.
2.1.3 Bilan initial
Des études (48-51, 53,
56-60) ont montré que le taux initial de lACE était corrélé avec le stade
de la maladie (tableau 9). La relation entre taux élevé dACE et
cancer évolutif nétait pas parfaite. Un nombre important de patients ayant
un cancer colorectal à un stade avancé avait un taux dACE normal :
21 % des patients de stade Dukes D avaient un taux dACE < 5 ng/mL
(59).
La plupart des études évaluant
lACE en préopératoire ont montré dans une analyse multivariée que ce marqueur
était un indicateur pronostique indépendant de la classification de Dukes, du
type histologique, de la localisation, de lâge et du sexe (1, 52, 58,
61, 62).
Une relation directe entre le taux de lACE préopératoire et la survenue
dune rechute après chirurgie curative a été décrite (1, 52, 56, 60). Une
corrélation négative avec la survie a été observée. Un taux supérieur aux valeurs
usuelles de lACE préopératoire était associé à une survie faible. Dans
létude de Slentz (63), 428 sujets opérés dun adénocarcinome colorectal
(Dukes B et C) ont été suivis pendant au moins 10 ans. Leur taux de survie à
5 ans était significativement plus élevé chez les patients ayant un taux dACE
pré-opératoire normal (< 5ng/mL) comparé à ceux avec un taux dACE pré-opératoire
supérieur à 5 ng/mL : 64 % versus 53 %, p < 0,05. Dans létude
de Wang (59) incluant 318 patients (Dukes A à D), ces taux de survie étaient
de 85 % versus 55 %, p < 0,05.
À un stade clinique égal, la survie était meilleure lorsque le taux de lACE
préopératoire était faible (1, 58-60, 62-64).
Si lACE a une valeur pronostique indiscutable, il ny a pas à ce
jour de données évaluant son influence sur lindication dune thérapeutique
ultérieure et en particulier dun traitement adjuvant.
Le groupe de travail a recommandé de ne pas doser lACE dans le bilan initial dun cancer colorectal. Même sil a une valeur pronostique, aucune donnée de la littérature ne suggère le recours ou non au dosage de lACE pour décider dune thérapeutique et en particulier lindication dun traitement adjuvant.
Tableau 9. Incidence de lélévation du taux sérique de lACE en préopératoire et valeurs moyennes de ce taux selon le stade de Dukes, dans le cancer colorectal.
| Auteurs | Classification de Dukes | ||||
| A % (n) m + sd |
B % (n) m + sd |
C % (n) m + sd |
D % (n) m + sd |
Seuil ng/mL |
|
| Wanebo,
1978(56) Wolmark, 1984(57) Filella, 1994(58) Wang, 1994(59) Chiang, 1994(60) Alvarez, 1995(53) Fernandez-Fernandez, 1995(48) Carpelan-Holmström, 1995(49) Von Kleist, 1996(50) Filella, 1996(51) |
4 (58) |
5 (51) |
44 (63)
--- --- (413) 32,1 + 8,9 59 (96) 11,8 + 18,4 48 (112) --- 49 (156) --- 48 (46) 31,4 + 10,4 --- (40) 19,0 + 102,4 38 (60) --- 41 (42) --- 53 (45) 28,6 + 52,0 |
65 (31)
--- --- (120) 251,0 + 84,0 --- 79 (35) --- 70 (43) --- --- (7) 39,3 + 13,3 --- (23) 619,4 + 2067,6 77 (61) --- 69 (29) --- 80 (49) 478 ,2 + 917,8 |
5
2,5 3,5 5 5 5 --- 5 4 4,5 |
n : nombre
total de patients dans la classe, m+sd : valeur moyenne +
écart type de lACE,
--- : donnée non précisée dans larticle.
2.1.4 Surveillance après traitement initial
2.1.4.1 Évaluation postopératoire
Après traitement chirurgical
à visée curative dun cancer colorectal, le taux de lACE se normalise
en 4 à 6 semaines (65-69). Au-delà de 6 semaines, la persistance dun taux
élevé après le traitement chirurgical est un signe dune maladie persistante
locale ou métastatique. Ceci sapplique aussi bien à la résection du cancer
colorectal primitif quà la résection des métastases.
LACE est utile pour prédire le succès de la résection hépatique dune
métastase dun cancer colorectal (61, 70). Dans létude de Hohenberger
(61), la normalisation du taux de lACE après résection dune métastase
hépatique était corrélée à une survie globale ou sans rechute plus longue.
En cas de chimiothérapie adjuvante, un taux élevé de lACE peut persister
au-delà de 6 semaines. Dans létude de Moertel (71), parmi 253 patients
sans maladie évolutive apparente, 21 % sous 5FU-levamisole avaient un taux
dACE > 5ng/mL (au-delà de 6 semaines) du fait dune hépatotoxicité.
Après un geste chirurgical à visée curative, une valeur élevée de lACE au-delà de 6 semaines est en faveur de la persistance de tissu tumoral. Ceci peut amener à une modification de lattitude thérapeutique. Il y a un accord professionnel en faveur dun dosage de lACE en postopératoire.
2.1.4.2 Détection dune reprise évolutive
Lintérêt du dépistage
des reprises évolutives réside dans la possibilité den pratiquer la résection
avec pour objectif, un gain de survie. Lors de la surveillance ultérieure, après
normalisation, la constatation à plusieurs dosages successifs dun taux
élevé de lACE témoigne le plus souvent dune reprise évolutive avec
une spécificité variant de 84 % à 97 % et une sensibilité entre 55 %
et 97 % (52, 59, 60, 71, 72) (tableau 10).
Laugmentation de lACE na pas une valeur prédictive fiable
sur le type dévolution, même sil a été décrit quune croissance
lente des taux de lACE témoignait dune récidive locale et quune
croissance rapide atteignant des valeurs très importantes suggérait une dissémination
métastatique (60, 66).
Tableau 10. Sensibilité, spécificité, valeurs prédictives du taux sérique de lACE dans le dépistage des récidives du cancer colorectal.
| Auteurs, années |
Se |
Sp |
VPP |
VPN |
Taux de référence ng/mL |
|
Wang, 1994 (59)
|
97,0
64,5 59,0 58,0 55,0 |
88,0
96,9 84,0 93,0 91,3 |
84,0
- 72,0 79,0 61,1 |
99,0
- 75,0 83,0 89,0 |
5
5 5 5 6 |
| Extrêmes |
55,0-97,0 |
84,0-96,9 |
61,1-84,0 |
75,0-99,0 |
5 - 6 |
Se = sensibilité, Sp = Spécificité, VPP = valeur prédictive positive, VPN = valeur prédictive négative, - = non précisé dans larticle
McCall (72) a suivi 311
patients de stade A à C de la classification de Dukes pendant 3 ans après résection
curative de leur cancer colorectal, par des dosages répétés dACE. Une
récidive a été observée chez 32 % des patients dont 58 % avaient une
élévation du taux dACE. Lélévation de lACE a précédé, en moyenne
de 6 mois (1-30 mois), le diagnostic clinique de la récidive.
Dans ce contexte clinique, lintérêt des interventions exploratrices (second-look
operation) décidées devant une élévation du taux sérique de lACE, sans
que la récidive ne soit diagnostiquée, na pas été définitivement démontré.
Dans une étude rétrospective non randomisée (71), parmi 29 laparotomies exploratrices
décidées daprès le taux de lACE, 8 (28 %) nont pas dépisté
de récidive et 4 (14 %) ont permis une résection à visée curative.
De plus, un essai randomisé coordonné par J. Northover (sous légide du
Cancer Research Campaign et du US National Institute of Health) dont le but
était dévaluer lintérêt de lACE dans le suivi des patients
opérés dun cancer colorectal, est en cours de publication (1, 73, 74).
Cet essai a débuté en 1982 et sest terminé en 1993. La surveillance post-opératoire
des patients a été effectuée par des dosages mensuels de lACE. Les patients
ayant une augmentation de lACE ont été randomisés en deux groupes :
- groupe I : le clinicien était informé de lélévation des taux sériques
de lACE et encouragé à faire une laparotomie exploratrice (second-look
surgery) même si le bilan était négatif ;
- groupe II : le praticien nétait pas informé des taux de lACE,
le patient était suivi cliniquement.
Un troisième groupe était constitué des patients sans augmentation de lACE.
Nous ne disposons que de résultats préliminaires sous forme de lettre de réponse
à dautres écrits. Malgré un nombre significativement plus important de
réintervention à visée curative dans le groupe I, il na pas été observé
de différence significative en terme de survie chez les patients des groupes
I et II qui ont eu une réintervention (1, 73).
La surveillance postopératoire par dosages répétés dACE nest pas recommandée, en dehors dessais prospectifs. Si cette surveillance peut permettre le dépistage des récidives et un traitement précoce de la maladie évolutive, il nest pas démontré quelle permette de proposer une stratégie qui améliore la survie de façon significative.
2.1.5 Le Suivi du traitement palliatif dune reprise évolutive
Plusieurs études (1,
75, 76), toutes avec un petit nombre de patients, ont montré une corrélation
entre les taux de lACE et la réponse au traitement des métastases. Dans
létude de Noda et coll. (75), le taux de lACE, 2 mois après le début
dune chimiothérapie par le 5-FU, avait diminué significativement chez
les sujets en rémission complète ou partielle. La durée de survie de ces patients
était plus longue.
Une étude australienne (76) incluant 33 patients ayant une métastase hépatique
traitée par cryothérapie associée ou non à une chimiothérapie intra-artérielle,
a montré quune diminution des taux de lACE postopératoire était
significativement associée à une survie plus longue.
Les données de la littérature sont insuffisantes pour conclure en 1997 à lintérêt de lACE dans le suivi thérapeutique dune reprise évolutive.
2.2 Le CA 19-9
Le carbohydrate-antigen
19-9 est appelé aussi GICA (Gastro Intestinal Carbohydrate Antigen). Le CA19-9
est une sialoglycoproteïne de structure proche du groupe sanguin Lewis a. Cest
un déterminant antigénique porté par une protéine de type mucine dans le sérum.
Il a été défini par un anticorps monoclonal, le 1116 NS19, préparé contre des
cellules issues dun cancer rectocolique humain (la lignée SW 1116).
La plupart des méthodes actuelles de dosage du CA19-9 utilisent cet anticorps
monoclonal. Le dosage du CA19-9 seffectue souvent par une méthode immunométrique,
fondée sur le principe du " sandwich ". La limite supérieure
de la normale généralement admise est de 37 U/mL (1, 55, 77). Le CA19-9 est
un marqueur très utilisé pour le cancer du pancréas (1).
Les causes de variations physiologiques du CA19-9 sont rares. Le CA19-9 nest
pas influencé par le tabagisme (77). Par contre, dautres affections bénignes
hépatobiliaires et pancréatiques, ou malignes (pancréatique, hépatocellulaire,
gastrique, colorectale, mammaire, bronchique, ovarienne) peuvent sassocier
à une élévation du CA19-9 (1, 55, 77).
2.2.1 Intérêt du CA 19-9 dans le cancer colorectal : revue de la littérature
Le taux de CA19-9 était
élevé dans 17 % à 32,7 % des cancers colorectaux (78-80). Le taux
et lincidence délévation de ce marqueur étaient corrélés avec le
degré dextension (48, 50, 53, 79, 81) avec une sensibilité plus grande
chez les patients en phase métastatique (79). La sensibilité du CA19-9 était
toujours inférieure à celle de lACE à tous les stades de la maladie (50,
80).
Dans une analyse multivariée, Diez et coll. (80) ont montré que le CA19-9 était
un indicateur pronostique indépendant de la classification de Dukes, de la localisation
de la tumeur, du sexe, de lâge et du taux dACE. La survie des patients
ayant un CA19-9 élevé était significativement plus mauvaise comparée à celle
des patients dont le taux de CA19-9 était normal (79).
Laugmentation du CA19-9 au cours de la surveillance après normalisation
des taux permet de suspecter lapparition dune récidive ou dune
métastase dun cancer colorectal (1). Quatre vingt seize parmi 370 patients
suivis après résection de leur cancer colorectal ont eu une rechute. Une élévation
du taux du CA19-9 a été observée chez 48 % des patients. Une augmentation
progressive du CA19-9 supérieure à 48 U/mL a été observée chez 25 % des
patients avant le diagnostic clinique de la rechute survenue en moyenne 3 mois
plus tard. Par contre, lACE était anormal dans 84 % des rechutes.
Une augmentation progressive du taux dACE a été observée chez 75 %
des patients avant le diagnostic clinique de la récidive. Lassociation
des deux marqueurs naméliorait pas les performances de lACE seul
(78).
Le rôle du CA19-9 et de lACE comme indicateurs pronostiques et dune
réponse au traitement du cancer colorectal métastatique a été analysé. Lanalyse
univariée a montré une corrélation significative de la survie avec le CA19-9
et lACE. Mais lanalyse multivariée a montré que seule lélévation
du taux du CA19-9 était un facteur pronostique de la survie. LACE par
ailleurs, était corrélé à la réponse thérapeutique (82).
En 1997, les données sont insuffisantes
pour recommander le CA 19-9 pour le dépistage, le diagnostic, la surveillance
ou le suivi du traitement des patients.
Les recommandations du groupe
de travail devront être actualisées selon les conclusions de la conférence de
consensus : " Prévention, dépistage et prise en charge des cancers
du colon " (janvier 1998).
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Nous remercions l'Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en Santé (ANAES) de nous avoir autorisés à reproduire ce texte extrait des recommandations et références médicales 1997. L'ensemble des textes de recommandations et références médicales 1997 sont édités par l'ANAES dans un recueil que vous pourrez acquérir auprès de l'ANAES - Service Communication et Diffusion - 159, rue Nationale - 75640 PARIS CEDEX 13